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GRAMMAIRE DE LA LANGUE CHINOISE ORALE ET ÉCRITE

Paris. — Typographie Ad. Lainé, rue des Saints-Pères, 19.

惟學學半念終始曲于學厥德修岡覺

GRAMMAIRE DE LA LANGUE CHINOISE ORALE ET ÉCRITE

Section titled “GRAMMAIRE DE LA LANGUE CHINOISE ORALE ET ÉCRITE”

PAR PAUL PERNY Auteur du Dictionnaire français-chinois

CONFUCIUS disait : je commente les anciens livres, mais je n’en compose pas de nouveaux ; j’ai foi dans les anciens et je les aime. 子曰述而不作。信而好古 ( LÉN YU, ch. 7. v. 1. )

PARIS

MAISONNEUVE & CieERNEST LEROUX
Libraires ( à la Tour de Babel )Libraire des Sociétés Asiatiques de Paris et Calcutta
15, QUAI VOLTAIRE, 1528, RUE BONAPARTE, 28

ET A LA LIBRAIRIE AD. LAINÉ, RUE DES SAINTS-PÈRES,

1873 Tous droits réservés.

子謂子夏曰汝為君子儒無為小人儒

子曰知者樂水仁者樂山知者動仁者靜知者樂 子曰君子博學於文約之以禮亦可以弗畔矣夫

Nous avons annoncé la publication d’une grammaire essentiellement pratique de la langue chinoise, soit orale, soit écrite. Depuis cette époque, on a souvent demandé à nos éditeurs cette grammaire chinoise. L’impression des travaux sinologiques marche avec une lenteur forcée, même lorsque ces travaux ne sont pas entravés par des obstacles particuliers.

Notre grammaire chinoise est naturellement divisée en deux parties; chaque partie formerait un volume. Pour satisfaire le vœu public, nous suivons le conseil de quelques sinologues distingués, qui nous ont engagé à publier d’abord la première partie de notre travail, qui traite spécialement de la langue orale. La deuxième partie traite de la langue écrite; c’est la plus importante et la plus considérable. Elle est sous presse. Nous avons l’espoir que rien ne viendra en retarder l’impression, qui est poussée avec activité. Devant rendre compte de ce travail dans son ensemble, nous attendrons, pour le faire, la publication de la deuxième partie. La préface, que nous y consacrerons, paraîtra seulement avec cette deuxième livraison. Nous avons apporté un soin minutieux à la correction typographique, ainsi que nos lecteurs auront lieu d’en faire la remarque.

Les textes chinois, qui ornent le frontispice de cet ouvrage, sont tirés des anciens livres de la Chine. Nous en donnons ici la traduction :

Texte supérieur de la page :

« Instruire les autres est la moitié de la doctrine; celui qui, depuis le commencement jusqu’à la fin, s’attache à donner des préceptes aux autres s’instruit lui-même, sans s’en apercevoir. » (Choū kīn, chap. 8.)

Texte inférieur de la page :

« Confucius interpellant Tsè hià lui dit : Que votre savoir soit le savoir d’un homme supérieur et non celui d’un homme vulgaire. » (Lén yù, chap. 6, v. 11.)

Texte vertical du côté droit :

« L’homme instruit est comme une eau limpide qui réjouit; l’homme humain est comme une montagne qui réjouit; l’homme instruit a en lui un grand principe de mouvement; l’homme humain, un principe de repos; l’homme instruit a en lui des motifs de joie. » (Lén yù, chap. 6. v. 21.)

Texte vertical du côté gauche :

« Confucius dit : L’homme supérieur doit appliquer toute son étude à faire son éducation, à acquérir des connaissances; il doit attacher une grande importance aux rites. En agissant ainsi, il pourra ne pas s’écarter de la droite raison. » (Lén yù, chap. 6, v. 25.)

1º Origine du langage, d’après les Chinois. — 2º Diversité des langues; ses causes. — 3º Classification générale des langues. — 4º Origine et antiquité de la langue chinoise. — 5º Facilité de la langue chinoise. — 6º Division de la langue chinoise en langue orale et langue écrite.

Le langage est la pensée même, considérée dans sa forme essentielle et invariable. La pensée de l’homme ne peut être considérée comme existant individuellement et d’une manière concrète, si elle n’est limitée et circonscrite par la parole. L’homme occupé à créer le langage est une absurdité pareille à celle de l’homme occupé à inventer la société. L’homme, le langage, la société, ont été le résultat d’une création simultanée. Lumière du monde moral, lien de la société, vie des intelligences, dépôt de toutes les vérités, de toutes les lois, la parole règle l’homme, ordonne la société, explique l’univers. Tous les jours, elle tire l’esprit de l’homme du néant, comme aux premiers jours du monde une parole divine et féconde tira l’univers lui-même du chaos. La parole est le plus profond mystère de notre être. Loin d’avoir pu l’inventer, l’homme ne peut même pas la comprendre 1. La raison a été nécessaire pour inventer la raison, la parole pour inventer la parole.

Les philosophes chinois ne paraissent pas avoir jamais discuté sur l’origine du langage. De même qu’ils admettent que le Ciel a fait l’homme raisonnable, ils admettent qu’il l’a doué du don de la parole. Penser et parler découle de la nature de l’homme, et appartient à l’essence de son être. Dans la préface du Chē kīn 詩 經, on lit ces paroles remarquables : « L’homme naît intelli- « gent et comme associé à la spiritualité du Ciel. Son âme se replie sur elle-même « quand les objets extérieurs frappent ses sens : de là ses désirs et ses vouloirs. Il « ne peut s’y arrêter sans réfléchir ; la réflexion le conduit à la parole, et sa langue « n’est que l’écho de son cœur 1. »

On compte sur la surface du globe au moins huit cent soixante langues parlées, divisées en plus de cinq mille dialectes. De ces huit cent soixante langues, cinquante-trois appartiennent à l’Europe, cent cinquante-trois à l’Asie, cent quinze à l’Afrique, cent dix-sept à l’Océanie, et quatre cent vingt-deux à l’Amérique. Sur la cause toujours subsistante de la diversité des langues, les Chinois nous semblent avoir raisonné plus philosophiquement que certains philologues européens. Dans l’ouvrage Sín lỳ hoúy tŏng 性 理 會 通, le philosophe Y tcheou parle ainsi : « La diversité des langues ne tient assurément pas à notre « nature. Elle n’est point son œuvre, puisque dans les premiers moments de « la joie, de la tristesse, de la douleur, de la colère, de la compassion, où la « nature agit presque toute seule, les cris des hommes de tous les pays sont à « peu près les mêmes. Pourtant, cette cause radicale est si fortement enracinée « dans notre nature que nulle puissance humaine ne peut la détruire. Elle « n’est pas, non plus, l’œuvre de la raison, puisque la diversité des langues « ne suit ni règle ni principe, et brise en quelque sorte tous les liens de la « société. Est-ce une altération insensible de la langue primitive? Est-ce une « suite du peu de commerce des peuples les uns avec les autres? Non, car les « langues sont trop différentes, et l’ont été dès la plus haute antiquité… Il « faut que l’homme soit déchu de son premier état, car il y a une prononcia-

que la forme ou l’expression, toutes leurs doctrines sont comprises dans celles de G. de Humboldt : « L’homme, au sortir des mains du Créateur, n’aurait pas reçu une langue toute faite, mais sim- plement le pouvoir de la produire spontanément par un procédé purement instinctif. » Qui ne reconnaîtra là un simple subterfuge d’amour-propre philosophique?

« tion vraie et propre de chaque mot. Quelle est-elle? Sont-ce nos ancêtres « qui ne l’ont pas connue? L’avons-nous altérée? Mais pourquoi? Les cris des « animaux, le chant des oiseaux, ne sont-ils pas encore comme dans les pre- « miers temps? La cause n’est-elle pas qu’ils se sont conservés dans l’état de « leur première origine? Quant à l’homme, il faut qu’il soit déchu de la « sienne, puisque chaque royaume a sa langue à part, et même chaque pro- « vince sa prononciation particulière. La nature est une, la raison est une, le « beau est un. Ce désordre si sensible dans les langues dérive d’un plus grand « désordre. Il est ou une punition ou un décret du Ciel. »

Deux savants d’Europe qui n’ont probablement jamais lu les philosophes de la Chine signeraient, sans aucun doute, les paroles que nous venons de rapporter. L’un est Niebuhr 1, le célèbre historien de Rome, qui dit que pour tout savant les restes de l’ancien monde montrent qu’un tout autre ordre de choses a dû exister avant celui-ci, et que ce dernier ordre a dû subir un changement essentiel. Quant à Herder 2, l’auteur de l’ouvrage : Idées sur l’histoire de l’hu- manité, il affirme avec assurance que, d’après l’examen des langues, il est clair que la séparation de l’espèce humaine doit avoir été violente, c’est-à-dire que les hommes ont dû être violemment et soudainement séparés les uns des autres. On trouve dans le Lỳ ký 禮 記 ou Livre des rites des Chinois un texte assez curieux qui semble faire allusion à la dispersion des peuples : « L’uni- vers est égaré de sa voie, depuis que les langues ont été divisées comme en branches et en familles. » 天 下 無 道 自 言 有 枝 葉。

Les linguistes s’accordent aujourd’hui à reconnaître trois grands types essentiels, qui ont donné lieu à autant de classes de langues. Cette division des langues est la plus rationnelle, la plus logique. Le premier de ces types renferme les langues monosyllabiques; le deuxième, les langues agglutinantes; le troisième, les langues à flexion.

Toutes les langues ont commencé par le monosyllabisme. Une seule, croyons-nous, est demeurée dans ce même état, parce que, l’une des premières, sinon la première peut-être, elle a possédé un corps merveilleux d’écriture figurative, imagée, symbolique. Ce corps d’écriture a comme enchaîné à jamais la langue orale aux signes merveilleux de cette même écriture, et l’a

fixée très-probablement pour toujours. Est-ce un bien, est-ce un inconvénient? Cette langue est la langue chinoise. Nos lecteurs savent qu’aucune langue du monde n’est parlée autant que l’idiome chinois. Un peuple sagace et intelligent, de plus de 400 millions d’hommes, échange ses pensées dans cette langue. En dehors de la Chine, plus de 100 millions d’hommes lisent et entendent son admirable écriture 1. La Chine a une grande estime pour sa langue, qu’elle regarde comme supérieure à beaucoup d’autres. Pour soutenir son opinion, elle a des arguments qui ne sont nullement méprisables. L’écriture chinoise, dont les images et les symboles ne sont liés à aucun son 2, peut être lue dans toutes les langues du monde. Dans cette langue, les catégories de mots ne sont pas distinguées par des sons acoustiques particuliers. Le même mot peut représenter tour à tour presque toutes les parties du discours. La distinction se fait surtout à l’aide de la règle de position des mots. Cette position seule imprime à ces mots le cachet spécial de telle ou de telle relation. Dans la conversation, l’intonation qui en dérive, sert surtout à établir le sens des mots.

Le plus grand nombre des idiomes du globe compose le deuxième type général des langues, auquel on donne le nom de langues agglutinantes. En général, dans ces langues-ci, les mots qui représentent la relation se collent, pour ainsi dire, à la fin de la racine restée immuable. Cette classe de langues se subdivise en une foule d’autres, selon la manière plus ou moins intime dont les mots de relation s’attachent soit à la racine, soit aux mots entre eux. Toutefois un certain nombre de langues agglutinantes ne repoussent nullement les flexions ou les désinences qui expriment les divers rapports des mots entre eux. C’est là comme un passage naturel entre cette classe et la suivante.

Ce qui caractérise les langues du troisième type, dites langues à flexion, c’est qu’il y a fusion complète de la signification et de la relation. Tandis que, dans les langues agglutinantes, les mots sont formés par des membres dont chacun conserve encore une sorte d’individualité, ces membres, au contraire, dans les langues à flexion, se confondent en un seul organisme, de façon à n’avoir plus d’existence distincte.

Les langues à flexion sont réparties en deux grands groupes que l’on désigne


sous les noms de famille aryaque ou indo-européenne 1 et de famille sémitique ou syro-arabe 2. Depuis un demi-siècle, l’étude raisonnée et synthétique des langues, notamment celles de la famille aryaque, est entrée dans une voie nouvelle, qui jette un jour précieux et inattendu sur l’histoire même des nations européennes, particulièrement sur les époques de leur vie antéhistorique. Nous admirons les beaux travaux des linguistes modernes, parmi lesquels nous citerons F. Bopp, E. Burnouf, Lassen, Max Müller, Windischmann, Eichhoff, Egger, etc. Cependant il nous semble que ces savants, épris d’une admiration peut-être trop exclusive en faveur des langues à flexion, décernent à ces dernières, d’une manière trop absolue, la palme sur toutes les autres. Leur argument palmaire est que les langues à flexion sont l’apanage exclusif des peuples qui de tout temps auraient marché à la tête de la civilisation. Pour que ce jugement fût sans appel, il faudrait que les anciennes langues fussent aussi connues que nos langues modernes à flexion. Les anciens peuples n’ont pas été moins civilisés que nous, bien que les langues à flexion leur fussent inconnues. L’Orient, par exemple, offre encore de nos jours un champ immense aux études philologiques. Ce champ nous semble encore peu exploré, comme la géographie de ces hauts sites de l’Asie, où fut le berceau du genre humain. On a jugé quelques langues de l’Asie sur les rapports de gens peu sérieux, sur des traductions pâles et décolorées d’ouvrages orientaux. Est-il possible de porter un jugement sérieux sur une langue d’après de semblables données?

La chronologie chinoise est sans doute assez obscure pour les temps primitifs de la monarchie chinoise. Cependant, quelle que soit l’opinion que l’on adopte sur cette question, la langue chinoise est indubitablement la plus ancienne des langues que l’on parle à présent sur toute la surface du globe. Une opinion s’accrédite de jour en jour davantage dans le monde savant; nous la faisons connaître à nos lecteurs sans émettre notre opinion personnelle sur cette grave question. Certains plateaux de la haute Asie auraient été habités et peuplés par des émigrations antédiluviennes. Traversant les plaines immenses du Sennaar, voisines de la petite Boukharie, qui porte le nom chinois de 天山南路, la colonie primitive des Chinois aurait poussé constamment sa marche, ainsi que le firent plus tard les émigrations noémiques,


vers les régions de l’est, et se serait arrêtée, pour s’y fixer, sur le sol qui forme aujourd’hui la province que l’on nomme le Chèn sȳ 陝西. Un fait unique peut-être dans les annales de tous les empires, c’est qu’à cette heure la Chine soit encore, d’une manière certaine, habitée par la postérité de la colonie primitive qui vint s’y établir. La Chine n’a jamais été non plus, comme tous les pays d’Occident, envahie par des hordes de barbares, qui en modifiant les mœurs et les coutumes, altèrent surtout la langue du peuple conquis, quand ils ne la font pas disparaître. Fixée par son écriture figurative, idéologique, la langue chinoise, sauf quelques modifications inévitables, qui ont dû tomber plus spécialement sur la prononciation, la langue chinoise a conservé sa forme première, c’est-à-dire un monosyllabisme qui suffit largement à tous les besoins de la pensée. Ses mots sont tout à elle. D’où les a-t-elle tirés? Ce monosyllabisme particulier n’a aucune analogie avec les langues vivantes ou mortes les plus anciennes 1. Au moyen des livres sacrés de la Chine, qu’on nomme Kin 經, c’est-à-dire Livres par excellence, et qui sont incontestablement les plus beaux comme les plus anciens monuments profanes de l’antiquité, on saisit le fil de son histoire à plus de deux mille ans avant notre ère. Les odes sacrées de la Chine, ses inscriptions antiques, nous montrent déjà à cette époque la langue chinoise aussi pleine d’énergie que de beautés pénétrantes. Le style de ces livres sacrés, leurs récits simples, naïfs, touchants, idylliques, surtout les chants en l’honneur du ciel et des ancêtres, ont un parfum inexprimable de grâce et de simpli- cité, qui laissent bien loin derrière eux les livres homériques et tous les autres de l’antiquité profane. Son Choū kīn 書經 nous montre les arts et les sciences déjà florissantes sous le règne du célèbre Yaô 堯, 2367 av. J.-C. Les propriétés du triangle rectangle n’étaient pas inconnues à Yù le Grand 大禹, non moins illustre par sa sagesse que par ses immenses travaux. L’astronomie, la musique, inséparables en ces temps anciens de la vraie philosophie, étaient cultivées dès lors avec un égal succès. Quel peuple de l’univers peut aujourd’hui présenter des annales qui soutiennent la comparaison avec celles de la Chine? Les Chaldéens, les Babyloniens, les Égyptiens, ne sont plus en cause; leur langue a presque entièrement disparu avec eux. La première mention d’une langue étrangère à la Chine, dont il soit question dans les Annales chinoises, remonte au règne de Taỹ kēn 太庚, environ 1691 av. J.-C.


Des ambassadeurs étrangers étaient venus rendre hommage à ce Prince. Il fallut leur donner des interprètes. On ignore de quelle contrée venait cette ambassade.

FACILITÉ DE LA LANGUE CHINOISE, SURTOUT DE LA LANGUE ORALE

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L’ignorance a répandu sur la langue chinoise des préjugés épais, qui ont envahi non-seulement les classes ordinaires de la société européenne, mais encore les membres des corps savants de l’Europe. Grâces à ces préjugés, le seul nom de langue chinoise est encore, comme au temps d’Abel Rémusat, le synonyme de mystère impénétrable, de même qu’une sorte de ridicule, attaché depuis longtemps au nom du peuple chinois, demeure aussi vivace que jamais. M. Rémusat faisait remarquer qu’à une époque antérieure à lui la suffisance de certains savants se plaisait à alimenter ces ridicules préjugés pour faire déverser sur eux un prestige d’honneur d’autant plus considérable. Malgré les travaux remarquables publiés depuis un demi-siècle sur la langue chinoise, cette langue passe encore de nos jours pour une langue si difficile que peu de personnes osent en entreprendre l’étude. Sur tout le continent européen, c’est à peine si à présent on compterait douze ou quinze personnes en état de lire ou de parler la langue chinoise. Par suite de ce déplorable préjugé, on ne cesse de répéter qu’une langue qui exige toute la vie d’un homme pour en connaître seulement l’alphabet est inabordable. Ne dit-on pas chaque jour encore, que toute la science d’un lettré chinois consiste à retenir de mémoire un chiffre plus ou moins élevé de caractères hiéroglyphiques parmi les cent mille que l’on dit former le vocabulaire de cette langue ? Aussi, imbus de ces funestes préjugés, où est le linguiste qui ose aborder cette langue, dont les symboles antiques offrent pourtant de si vastes horizons aux recherches philosophiques? Où est l’historien qui essaye de visiter les textes originaux du seul peuple de l’univers qui, à travers les révolutions des siècles et la ruine des empires, demeure encore debout, seul débris de tant de ruines accumulées sur ce globe? Où est le disciple d’Hippocrate et de Galien, qui ait le courage de fouiller dans les originaux, ces vastes et riches herbiers de la Chine, dépôt immense des plus minutieuses et sagaces recherches, fruit de l’expérience accumulée de plus de quarante siècles, et dont le résultat serait si utile à l’humanité souffrante? Où est le diplomate qui, en arrivant en Chine, ait le courage de s’affranchir d’un ridicule préjugé et de se mettre de suite à même de parler, de lire la langue chinoise, afin de se passer de comprador, dans la discussion si grave des intérêts internationaux? Où est le savant qui ait le désir d’étudier ces immenses encyclopédies, qui n’ont pas leur pareille chez aucun peuple de l’univers, et dans lesquelles les Chinois ont consigné tous leurs procédés ingénieux

sur les arts libéraux, sur l’agriculture, etc.? Non, aucun savant n’ose entreprendre une telle étude. Le préjugé vulgaire enlève même le simple désir de se livrer à cette étude. Voici pourtant la vérité toute nue sur cette langue, qui fait en Europe l’épouvante des esprits les plus cultivés. Aucune langue n’est aussi simple et aussi facile que la langue chinoise. Notre travail en sera la preuve à tous nos lecteurs. Nous ajouterons ici : Est-il une langue, dans l’univers, qui ait autant de titres à l’attention des hommes sérieux? Le chinois n’est-il pas le moyen par lequel plus de cinq cents millions d’hommes se communiquent mutuellement leurs pensées?

La langue chinoise se divise en langue orale et langue écrite. La langue orale, que l’on nomme vulgairement en Europe langue mandarine, est moins difficile à apprendre que toute autre langue alphabétique. Ses mots radicaux sont tous invariables et en fort petit nombre. On n’en compte même pas cinq cents. La langue chinoise n’a ni déclinaison ni conjugaison, ce qui aplanit énormément la difficulté d’une langue. L’ordre des mots dans la phrase est toujours fixe et régulier. Les règles de la syntaxe sont également régulières et bien peu nombreuses. La seule difficulté de la langue orale consiste à saisir avec une grande justesse d’oreille les modulations vocales, et à les reproduire en parlant, car ces modulations varient le sens des mots radi- caux. Cette difficulté est, au fond, peu sérieuse, puisque, sans le secours d’aucun livre, d’aucune grammaire, sans notions préliminaires sur le génie et sur les formes de la langue chinoise, sur ses principes constitutifs, mais aidé seulement d’un indigène chinois, un missionnaire, après six ou huit mois d’étude, est en état d’exercer les fonctions de son ministère apostolique en Chine 3. On ne peut apprendre seul la langue parlée, puisqu’on ne saurait s’exercer soi-même à saisir et à reproduire exactement la nuance des différentes modulations des mots chinois. Dirigé par le travail que nous publions, exercé par un maître indigène ou un Européen habile, un jeune sinologue, après trois ou quatre mois seulement d’étude, commencera à parler très-convenablement la langue chinoise. Est-il une seule de nos langues modernes, même parmi les plus faciles, que l’on puisse en aussi peu de temps parler avec la même facilité? Assurément un jeune sinologue ne sera pas capable de saisir le génie, la délicatesse, les grâces de ce langage antique, mais il pourra converser directement avec les Chinois, et suffire à ses besoins.

On peut très-bien entendre et parler la langue chinoise sans pouvoir lire une ligne, un seul caractère. On peut de même lire couramment et comprendre les caractères chinois, sans être en état de parler la langue orale. Les sinologues d’Occident sont à peu près tous dans ce dernier cas. Bien que la connaissance de la langue parlée, celle du génie, des mœurs, des coutumes publiques et privées des Chinois, soient une précieuse ressource pour entendre les livres chinois, cependant ces connaissances ne sont nullement indispensables pour posséder la langue écrite. Un sinologue peut même devenir éminent dans la connaissance de cette langue, sans pouvoir soutenir une conversation chinoise. L’écriture chinoise dessine aux yeux les idées incorporées dans les images. A l’origine, elle était surtout figurative; peu à peu, elle est devenue partie figurative, partie phonétique. En somme, l’écriture chinoise est idéologique, ou si l’on veut, idéographique. Tout ce qu’on a dit sur la difficulté de la langue écrite, à cause de la multitude et de la variété des caractères, n’est, en réalité, qu’une exagération ridicule, qui passe de bouche en bouche, parce qu’on n’examine pas sérieusement la question. Affirmer sans cesse qu’il y a, dans la langue chinoise, soixante, quatre-vingts et même cent mille caractères, n’est-ce pas comme si l’on disait qu’un de nos Dictionnaires français renferme tant de milliers de mots? Nous avons un Dictionnaire français, celui de Boiste 3, qui renferme juste le double plus de mots que les Dictionnaires chinois les plus usuels. Que dirait-on d’un étranger qui, voulant apprendre le français, n’aurait pas de plus grand souci que celui de savoir le nombre exact des mots de cette langue? La langue française est riche, lui dirait-on; jugez-en vousmême. Elle renferme au moins cent vingt mille mots. Apprendre une langue qui renferme un tel nombre de mots, eh! mais la vie de l’homme le plus laborieux n’y *suffirait pas!

  • — Voilà littéralement l’exagération que l’on fait sur la langue chinoise. Des deux Dictionnaires chinois les plus usuels, l’un renferme environ quarante-trois mille caractères; l’autre, trente-trois mille. Sur ce dernier nombre, plus des deux tiers (qu’on ne l’oublie pas), plus des deux tiers sont tombés en désuétude. Cela simplifie énormément, comme on le voit, le véritable état de la question. Mais ce n’est pas tout : sur dix ou quinze mille caractères qui restent, une partie n’est vraiment nécessaire qu’aux écrivains de profession, aux membres des corps savants, à ceux, en un mot, qui veulent se faire un nom dans la république des lettres et composer des ouvrages. Cinq ou six mille caractères, bien

connus, suffisent très-largement pour lire couramment tous les livres ordinaires. Or est-ce là une difficulté sérieuse? N’est-il pas incomparablement plus facile, ainsi que le fait judicieusement observer M. Abel Rémusat 3, de retenir des caractères qui représentent des idées, qui peignent la pensée, que de retenir les mots de nos langues alphabétiques qui ne figurent que de simples sons? Ce serait une grave erreur que de s’imaginer que les caractères chinois sont entre eux sans analogie, que la connaissance des uns ne fasse rien pour celle des autres. Réduits par l’analyse à un petit nombre de chefs ou de clefs, les caractères chinois se recomposent suivant des règles plus constantes, plus faciles à retenir que celles qui président à la formation des dérivés dans nos langues les plus savantes. Avec la langue chinoise, l’esprit n’a qu’une opération à exécuter, au lieu que, dans toute autre langue, on n’a rien quand on a seulement le son d’un mot, parce que ce son ne conduit presque jamais à sa signification. Dans nos langues d’Europe, savoir lire n’est rien; dans la langue chinoise, c’est tout, outre qu’il est bien plus facile à la mémoire de retenir des symboles ingénieux, pittoresques, que des prononciations bizarres ou insignifiantes qui ne disent rien à la vue. La langue chinoise, comparée à nos langues modernes, paraît sans doute singulière. Ceux qui ne la connaissent pas s’en font seuls une fausse idée, de même qu’ils la jugent propre à entraver le progrès des connaissances. Au reste, comme le fait toujours observer M. Rémusat, si, à cause de la nature de cette langue, les éléments des sciences humaines sont un peu moins accessibles au commun des hommes, il est plus difficile par cela même de s’en tenir à des notions superficielles. En Chine, mais en Chine seulement, l’étude des caractères est véritablement l’étude des choses. Le même sinologue en concluait avec raison qu’en Chine le nombre des demi-savants devait être beaucoup moins considérable qu’en Europe. La plupart de ceux qui taxent les Chinois d’ignorance, dit un sinologue distingué de nos jours, sont hors d’état d’en juger par eux-mêmes, puisqu’ils ne savent point la langue écrite des Chinois, que peu de livres chinois ont été traduits, qu’ils n’ont point vécu en Chine, qu’ils ignorent l’existence et même les noms des immenses travaux philologiques chinois, des vastes encyclopédies de cette langue, et qui n’ont rien de comparable dans aucun pays de l’univers 4. En se pénétrant bien, dès le début de ses études, du génie particulier de la langue chinoise écrite, de la valeur qui résulte de la position des mots dans

la phrase, du rôle que jouent, dans cette langue curieuse, certains mots, que nous désignerons sous le nom d’affixes ou de particules, dont l’emploi est de déterminer les rapports des mots entre eux; en un mot, en étudiant avec ordre et intelligence, on sera, en peu de mois, en état de lire, de comprendre la langue écrite de la Chine. Qu’on ne l’oublie pas, la science d’un sinologue ne consiste nullement dans le nombre plus ou moins considérable de caractères chinois que l’on aura gravés dans sa mémoire, mais bien dans la connaissance raisonnée du rôle que jouent dans une phrase les mots chinois selon leur position. On pourrait avoir consacré des années entières à l’étude du chinois, et en savoir beaucoup moins qu’un jeune sinologue qui n’aura étudié la langue que durant quelques mois, mais qui aura compris et observé nos conseils. Il est impossible de préciser la durée du temps nécessaire pour lire aisément le chinois; mais, après avoir lu ce qui précède, il n’est aucun lecteur qui ne sente instinctivement que la langue chinoise n’est pas, au fond, plus difficile que toute autre langue, et surtout qu’elle n’est pas au-dessus de la portée d’aucune intelligence.

EXPOSÉ DES ERREURS ET DES PRÉJUGÉS VULGAIRES SUR LA LANGUE CHINOISE. — LEUR RÉFUTATION.

Le but principal de cet ouvrage est de vulgariser la langue chinoise. Ce but sera en grande partie atteint dès qu’on aura dissipé les erreurs et les préjugés répandus sur cette langue. On a souvent déjà réfuté ces erreurs. Dans ses Mélanges asiatiques, M. Abel Rémusat s’y est appliqué avec un soin particulier. Néanmoins, ces erreurs sont encore très-répandues, même dans le monde savant. Les écrivains de nos jours, qui traitent les questions des langues, se montrent aussi imbus que jamais de ces préjugés, et contribuent à les perpétuer par leurs appréciations inexactes. Voici quelques passages d’auteurs modernes, qui résument à peu près tous les autres, tant ils ont su accumuler d’erreurs exhorbitantes en moins de paroles. Chacun de ces auteurs occupe une chaire hébraïque en France : « La langue chinoise 5, avec sa structure inorganique et incomplète, n’est- 5 De l’Origine du langage, par E. RENAN, p. 195.

« elle pas l’image de la sécheresse d’esprit et de cœur qui caractérise cette « langue? Suffisante pour les besoins de la vie, pour la technique des arts « manuels, pour une littérature légère de petit aloi, pour une philosophie qui « n’est que l’expression souvent fine, mais jamais élevée, du bon sens pra- « tique, la langue chinoise exclut toute philosophie, toute science, toute reli- « gion… Dieu n’y a pas de nom; les choses métaphysiques ne s’y expriment « que par des locutions détournées; encore ignorons-nous le sens précis que « ces locutions présentent à l’esprit des Chinois. » Voilà un jugement si affirmatif sur la langue chinoise que tout lecteur en tirerait la conclusion que M. Renan est très-versé dans la connaissance de cette langue. Cet auteur, pourtant, ignore complétement la langue chinoise. Nous pourrions relever vingt autres passages aussi erronés que le précédent sur la même langue, dans le même ouvrage. Pour parler pertinemment de la structure d’une langue, ne faut-il pas la connaître au moins convenablement? Si on ne la connaît pas, est-il possible de pouvoir parler de sa littérature, de sa philosophie? Affirmer que la langue chinoise exclut toute philosophie, toute science, toute religion!… Et l’école philosophique de Confucius! Seul, depuis plus de deux mille ans, ce philosophe fait une école qui n’a jamais eu son égale. A cette heure, ce sage païen compte ses disciples par dizaines de millions! Si la langue chinoise exclut toute science, comment se fait-il que les Chinois nous aient devancés en tout et pour tout? Dieu n’y a pas de nom! Cela est aussi inexact que tout ce que le même auteur ajoute. Dans un travail qui a pour titre : Origine de l’alphabet, M. Guinaud, professeur d’hébreu à la Faculté de Lyon, parle ainsi : « La chétive construction « des mots chinois a voué la langue à une pauvreté radicale. L’idiôme littéraire « des descendants de Tsín ne possédait que 450 syllabes, et son écriture 450 idéo- « grammes (sic). Si leur intelligence se fût bornée à 450 idées, tout était dit; la « race entière, vouée à une espèce d’idiotisme, n’avait pour se mouvoir qu’un « obscur univers de moins de 500 pas de longueur. Mais les fils du Ciel sont « doués d’une riche intelligence; ils possèdent une littérature étendue; leur « civilisation a devancé la nôtre presque sur tout le champ des découvertes « modernes… Cette langue d’enfant, ébauche informe de la parole, au ser- « vice d’une pensée adulte et pleine, condamnait l’homme à une dure gymnas- « tique intellectuelle. Il s’est produit en Chine ce phénomène inouï d’un esprit « qui valait plus que sa langue, et d’une science qui débordait de toute part la « parole… Pour découvrir la pensée au travers du dédale de significations « des mots chinois, la pénétration, la finesse, la ruse, étaient indispensables. « Il fallait une espèce de divination pour épier et surprendre au passage le mot « de l’énigme enveloppé sous des expressions équivoques, sans aucun doute : « c’est ce travail perpétuel d’artificieuse interprétation qui a façonné le peuple

« chinois aux habitudes de duplicité, de patience, de sagacité, qui le distingue. « … La combinaison de 450 syllabes avec les 214 clefs ont produit le total « effroyable de 80 mille caractères. En France, pour écrire 80 mille mots de « notre idiome, 24 lettres nous suffisent abondamment. Pour écrire 450 mots « chinois, il fallut 80 mille lettres. C’est plus qu’il n’en fallait pour apprendre « à lire toute sa vie… Ces 80 mille mots, épuisant à peu près toutes les com- « binaisons des syllabes primitives avec les clefs, la Chine ne peut plus ajouter « un mot à son Vocabulaire, et une conception à son entendement… Cette « langue infortunée s’est donc constituée, de son vivant, à l’état de langue « morte, et s’est ensevelie elle-même dans son linceul d’hiéroglyphes… » L’auteur de l’Origine de l’alphabet laisse croire à ses lecteurs qu’il connait à fond la langue dont il parle. Chaque phrase citée plus haut renferme une erreur. Cela n’est pas étonnant, puisque l’auteur ne connaît point le premier mot de la langue chinoise. Mais ce qui étonne, c’est qu’un homme grave, sérieux, puisse traiter, avec un pareil aplomb, un sujet qui lui est tout à fait étranger. La construction des mots chinois dans le discours n’est pas plus chétive que dans toute autre langue. Qu’entend l’auteur par ces mots : les descendants de Tsín? Comment l’idiome de ces descendants ne possédait-il que 450 syllabes, et l’écriture 450 idéogrammes? Si la langue chinoise est si pauvre, comment les Chinois peuvent-ils posséder une littérature étendue? Comment nous ont-ils devancés en tout? L’auteur confond sans cesse les syllabes, les mots avec les caractères de l’écriture. Il insiste sur ces 80 mille caractères; la vie ne suffit pas pour apprendre à lire. La langue française compte plus de 120 mille mots. Est-ce que la vie ne suffit pas pour l’apprendre? La Chine ne peut plus ajouter un mot à son Vocabulaire et une conception à son enten- *dement!

  • C’est une erreur non moins grande que toutes les autres. Peu de langues peuvent aussi facilement s’enrichir de nouveaux mots que la langue chinoise. La langue chinoise est donc bien loin de s’être ensevelie dans son linceul d’hiéroglyphes. Le passage suivant est d’un auteur qui n’a pas plus pénétré dans le sanctuaire de la langue chinoise que les deux précédents. Donnant carrière à son imagination toute méridionale, il nous livre aussi les rêves de sa pensée pour des réalités. Tout cela est écrit dans un ouvrage qui a pour titre : la Science du langage 5 : « La proposition chinoise, privée d’unité, ne connait aucun de « ces enroulements synthétiques qui forment le discours. Le Chinois ne peut « suivre sa pensée dans ses nuances et dans son étendue. Obligé de la revêtir « d’une expression uniforme et invariable, la vie manque au début du dis- « cours; le Chinois s’arrête essoufflé … La langue chinoise ne répond pas

« aux catégories réelles des choses. C’est par les formes grammaticales que « les catégories trouvent leur expression dans la parole. Or les formes gram- « maticales sont totalement absentes de cette langue. N’ayant pas de classes « de mots déterminés, les mots de cette langue sont sans vie, sans mouve- « ment, sans couleur et sans forme… La Chine est la patrie par excellence « de l’abstraction… Trois systèmes de religion divisent l’humanité; ils ré- « pondent à la division des langues en trois grandes catégories. Ces systèmes « religieux sont le monothéisme, le panthéisme, l’athéisme. L’athéisme, dit « cet auteur, répond à la forme des langues chinoises. Est-ce que cette forme « de langage n’est pas en harmonie avec la forme de l’esprit athée du Chinois « qui fait du vide la première cause, du néant la fin suprême, qui nie les « plus hautes réalités, Dieu et l’àme, qui ne voit partout que des fantômes « sans corps, menés par le hasard, de cet esprit enfin qui renferme sa vie « dans une abstraction universelle? »

Tout sinologue qui lira les extraits précédents ne reviendra pas de son étonnement. Il est impossible, en effet, d’accumuler en moins de mots autant d’erreurs sur une langue. C’est ainsi que se perpétuent les préjugés, cent fois combattus, contre la langue chinoise. Nous citerons, en dernier lieu, un passage d’une dissertation publiée dans le Journal des savants, qui a pour auteur M. B… S…-H…, membre de l’Institut de France. Ce savant, plein d’admiration pour un sinologue moderne, a voulu rendre compte de l’un des ouvrages de son ami et collègue à l’Institut. Sa dissertation, d’ailleurs remarquable à bien des points de vue, renferme de nombreux passages inexacts. Nous citerons le suivant :

« Lorsque les Chinois ont pu commencer à faire l’analyse de leur propre « langue, ils ont rencontré une difficulté très-sérieuse; c’était la multitude « des caractères composés. Il a fallu mettre de l’ordre dans cette abondance, « qui menaçait d’être une vraie confusion, et l’on a réuni ensemble ceux des « caractères qui avaient des parties semblables. On a fait ainsi des sections « ou des classes, non pas de mots, mais de caractères, et ces classes ont été « appelées par les Chinois d’un mot célèbre : pou, qui veut dire tribunal. La « partie identique dans chaque classe est ce qui détermine le pou, c’est-à-dire « la classe ou la section; c’est aussi ce qu’on appelle la clef. Selon les Chinois, « ce serait le tribunal devant lequel chaque caractère vient, en quelque sorte, « comparaître et témoigner. »

Nos lecteurs ne peuvent se figurer l’étonnement qu’éprouverait tout lettré chinois, en apprenant de semblables jugements portés sur leur langue. Que les Européens, diraient-ils avec raison, apprennent au moins notre langue, et en- suite ils la jugeront.

CONSEILS POUR L’ÉTUDE DE LA LANGUE CHINOISE

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1° Nécessité d’une direction pour cette étude. — 2° Fausses méthodes à éviter. — 3° Méthode à suivre pour la langue orale. — 4° Méthode pour la langue écrite.

Chacun sait, au moins d’une manière générale, que la civilisation chinoise se présente sous un aspect tout à fait exceptionnel. Par ses coutumes publiques, par ses mœurs privées, par le génie singulier de sa race, mais surtout par sa langue idéologique, la Chine tranche, en effet, de la façon la plus complète avec tous les autres peuples du monde. Pourtant, il ne serait ni sage ni raisonnable d’en conclure, comme on l’a fait souvent, que la raison, l’intelligence, la science, les vertus morales et sociales soient l’apanage exclusif des autres peuples, et qu’à cause de son originalité réelle, la Chine n’ait droit qu’à notre dédain. Les sinologues, qui ont étudié le peuple chinois dans ses annales, dans ses monuments littéraires, ont tous été épris d’une véritable admiration pour les habitants de l’Empire du milieu. Les anciens missionnaires de la Chine, avec la dignité de leur caractère apostolique et l’autorité de leur science incontestable, ont constamment rendu justice aux patriarcales institutions de cet empire, à la beauté de son code civil, à l’intelligence et à la sagacité du peuple chinois, aux richesses de sa langue écrite. Ils n’ont pas discerné avec moins de tact les abus que l’élément païen a inévitablement introduits dans l’antique civilisation chinoise, qui, malgré les révolutions des temps, semble encore coulée comme dans un moule de fer. Plus le génie de la langue chinoise diffère de celui des langues connues, plus il importe de donner une direction aux études du jeune sinologue, afin de ménager son temps et le faire avancer rapidement dans la connaissance de cette langue. Vouloir apprendre seul cette langue comme on apprend une langue d’Europe, marcher à l’aventure, se forger à soi-même à priori un système qui sera vicieux, c’est s’exposer à un regrettable mécompte et faire fausse route. C’est ainsi qu’un bon nombre de jeunes sinologues ont renoncé à cette étude qui ne leur a offert tant d’obscurité qu’à cause de la mauvaise méthode qu’ils suivaient.

Nous allons signaler ici les méthodes défectueuses d’un bon nombre de jeunes sinologues. 1° Certains jeunes sinologues, qui veulent, avant tout, s’adonner à la langue orale, s’imaginent qu’il convient d’abord de s’adonner exclusivement à l’étude des caractères chinois, et que la langue orale ne sera plus ensuite qu’un jeu pour eux. C’est là une erreur grave, qui les détourne de la véritable voie. Un sinologue européen, dont le but est uniquement de lire, de comprendre la langue écrite, comme on lit et comme l’on comprend une langue morte, peut seul suivre cette méthode. 2° Quelques-uns, en arrivant dans l’extrême Orient, s’adonnent avec ardeur à la langue orale, mettant tout à fait de côté l’étude des caractères chinois. Cette méthode n’est pas moins défectueuse que la précédente. L’expérience montre que neuf fois sur dix on finit alors par mettre de côté l’étude de la langue écrite, ou qu’on l’étudie d’une manière si imparfaite qu’on est censé l’ignorer. 3° Le plus grand nombre de ceux qui, en Orient, se livrent à l’étude des caractères chinois, se bornent à une connaissance vague, superficielle de ces signes idéologiques. Ils ne les analysent point, ils ne les décomposent point; ils ne se rendent pas compte de leur valeur de position dans le discours, encore bien moins des règles qui ont présidé à leur formation. Toute leur connaissance consiste à reconnaître un caractère comme on reconnaît la figure de quelqu’un qu’on a vu plusieurs fois. La belle ordonnance du système de l’écriture chinoise leur échappe totalement. Au défaut de cette méthode, ils joignent souvent celui d’étudier exclusivement les caractères chinois dans des ouvrages composés par des Européens. Quoique bien écrits, ces ouvrages respirent le parfum du génie européen, et empêchent de saisir le génie chinois dans toutes ses nuances exquises et délicates. L’esprit logique des Européens se fait toujours sentir dans une composition chinoise. Le défaut général de la plupart de ces ouvrages est de manquer de cette élasticité, de ce moelleux délicat, de ce vague élégant qui flatte et charme l’oreille comme une douce musique. 4° On rencontre souvent des jeunes sinologues ardents, intelligents, qui, au début de leurs études, veulent faire de suite des recueils d’expressions pour en meubler leur mémoire. Pleins de cette idée, ils recueillent sans ordre tout ce qui leur tombe sous la main; ils font des extraits, des compilations de vocabulaires imprimés ou manuscrits. Ce travail précoce ne saurait être fait avec discernement. De là une perte de temps irréparable. Le grand desideratum des

jeunes sinologues est un Dictionnaire bien fait, commode, complet de la langue chinoise. Cet ouvrage n’existe pas encore. Un jeune sinologue se sent le désir de combler ce vide qui ne peut, au fond, l’être qu’après une longue et minutieuse étude de la langue. Signaler cet écueil, sera suffisant pour le faire éviter. 5° Voici une méthode défectueuse qui n’est point rare du tout, malgré sa singularité. On rencontre des jeunes sinologues qui se mettent en tête d’apprendre par cœur des vocabulaires; ils apportent un zèle remarquable à cette étude, mais le chemin qu’ils font n’est pas long. Ils s’arrêtent bientôt découragés et presque dégoûtés de la langue chinoise. 6° D’autres jeunes sinologues visent principalement à l’étude de la langue écrite. Ils se persuadent que les 214 clefs ou radicaux sont les racines primitives, exclusives et complètes de tous les caractères, et que la langue écrite est formée sur ce plan. Ils apprennent par cœur ces 214 clefs, et puis, sans autre secours que l’imparfait Dictionnaire du P. Basile de Glemona ou d’autres vocabulaires non moins incomplets, ils commencent la traduction des livres sacrés de la Chine. Cette entreprise, au-dessus de leurs forces, ne tarde pas à être abandonnée.

1° Aucune langue n’est peut-être aussi simple, aussi facile que la langue orale de la Chine. Il est vrai qu’elle ne ressemble en rien à nos langues d’Europe. On ne peut vouloir apprendre le chinois comme on apprend une langue à flexion. Quant aux caractères chinois, dès qu’on en aura saisi l’ordonnance, on sera soi-même étonné de la simplicité merveilleuse et surtout de la richesse de ce système d’écriture. On ne peut apprendre seul la langue orale chinoise. Les mots chinois se prononcent tous sur une modulation plus ou moins accentuée de la voix, comme il en existe, au fond, dans toutes les langues du monde. En chinois, cette modulation est beaucoup plus sensible que dans les autres langues. Voilà toute la différence. Pour saisir exactement cette modulation, il est nécessaire de l’entendre. Un maître indigène ou un Européen habile est indispensable pour exercer à la prononciation chinoise. Ce maître doit avoir l’organe trèsnet et bien articuler tous les sons. Cette modulation de la voix n’est nullement une espèce de chant, comme on le répète à tort dans une foule d’ouvrages. Il est donc inexact de dire que la langue chinoise soit une langue chantante. Dans le chapitre suivant, nous donnerons l’explication des modulations ou des tons de la langue chinoise. Plus on est versé dans la connaissance des règles de prosodie de sa langue 2

maternelle, mieux et plus vite on saisira les nuances des modulations vocales des mots chinois. 2° Quant à ces tons chinois, une bonne méthode à suivre est de s’exercer exclusivement, pendant plusieurs jours, à ne prononcer que des mots chinois qui sont au même ton. Ensuite, on passe à un autre. La comparaison de ces deux tons fera apercevoir sensiblement la nuance qui les distingue. On suivra la même marche pour les trois autres tons, et, enfin, pour les mots aspirés. Cet exercice est très-important. Il convient de ne pas vouloir passer trop vite sur cet exercice de prononciation. Si, dans toute langue parlée, un bon accent a beaucoup d’importance, combien plus dans la langue chinoise, la plus modulée et la plus harmonieuse des langues 6! 3° Le génie de la langue chinoise est presque l’antipode du génie de nos langues européennes. Pour bien parler chinois, il faut sans doute faire, avec une grande justesse de voix, les modulations et les intonations chinoises; mais ce qui est encore plus important, c’est de se dépouiller de toute habitude de construire ses phrases à l’européenne. En quelques semaines, sous la direction d’un maître habile et patient, on saisit promptement les nuances des cinq modulations chinoises; on les reproduit avec assez de justesse, même sans avoir ce qu’on appelle les oreilles musicales. Mais l’écueil contre lequel les jeunes sinologues viennent presque tous échouer, est celui de conserver le génie européen et de parler français en chinois, s’ils sont Français. Il est important d’apprendre à penser comme un Chinois, de ne proférer aucune expression, aucune phrase que l’on ne sache être bien chinoise. Lorsque la tournure de phrase est vraiment chinoise, on sera compris, lors même que la modulation des tons laisserait à désirer. Cette nécessité de se dépouiller du génie européen, de ne pas parler sa langue maternelle en chinois, est d’une importance capitale. 4° Un jeune sinologue évitera de se faire traduire des thèmes, des dialogues en chinois, sous prétexte d’avancer plus rapidement. Cette méthode, commune aux novices, est très-défectueuse. En voici la raison : le maître de langue auquel on s’adresse, traduit toujours ces compositions, ces dialogues mot à mot et d’une manière servile. Cette traduction conserve le génie de la langue maternelle de celui qui a fourni le texte de la composition. Que si cette traduction est écrite en caractères chinois, le style en sera rude, barbare, décousu, et ouvrira la porte à une foule d’équivoques. Le Chinois a ses expressions propres pour chaque chose, pour chaque objet. Voilà ce qu’il est important de retenir. 5° Au bout de cinq ou six semaines d’étude, un jeune sinologue pourra

suivre une conversation ordinaire. Les expressions, les tournures de phrases sembleront lui manquer; il éprouvera un cruel embarras pour rendre sa pensée. Cet embarras véritable est pourtant plus factice que réel. Ce jeune sinologue sait assez pour dire bien des choses; mais, sans qu’il s’en doute, son malheur est de penser trop en sa langue maternelle. Cette langue est sur le bord de ses lèvres; il voudrait traduire la pensée qui s’y trouve aussi formulée en sa langue, et il ne le peut. Mais s’il a soin de se dépouiller tous les jours un peu du génie européen, il pourra dire déjà beaucoup de choses et les bien dire, après sept ou huit semaines seulement d’étude. Il est important qu’un jeune sinologue écoute beaucoup un Chinois causant avec un autre, ou qu’il fasse lui-même un dialogue, par exemple, avec un jeune enfant chinois. C’est ainsi qu’on apprend les véritables expressions, les tournures exactes des phrases chinoises. Convient-il d’avoir toujours à la main, comme le font la plupart des jeunes sinologues, une plume pour écrire tout ce que l’on entend? — Oui, si l’on veut apprendre mal et lentement la langue parlée.Non, si l’on veut faire de ra- pides et sérieux progrès. Plus on se rapproche de la méthode maternelle, plus on est dans le vrai. La mémoire est forcée d’agir, et c’est là le point principal. 6° La langue chinoise plus qu’aucune langue de l’Asie est douce et harmonieuse. Cette qualité ne lui vient pas exclusivement de ses modulations vocales; elle vient surtout de l’usage de certaines particules dont le rôle est souvent d’être purement phonétique. Ces mots, que nous désignons sous le nom de particules, ont, en chinois, un double rôle. Ils servent d’abord à varier les rapports et le sens des mots chinois; ensuite, ils servent à donner de la grâce, du poids, du nombre et de la mesure aux pensées que l’on exprime verbalement ou par écrit. Pour acquérir une diction exacte, facile, agréable, l’usage de ces particules est indispensable. Nous le ferons remarquer en temps et lieu dans le cours de cet ouvrage. La langue chinoise abonde en idiotismes, au génie tout oriental. Un jeune sinologue ne laissera échapper aucune occasion de remarquer ces idiotismes. Les proverbes, les maximes vulgaires sont presque tous dans cette catégorie. Il importe de retenir tous ceux qu’on entend proférer. Le génie d’un peuple passe, pour ainsi dire, dans ces adages, dans ces maximes et ces proverbes populaires. C’est là qu’on saisit plus aisément le génie d’une langue. 7° Il convient de faire marcher à peu près de front la langue parlée et la langue écrite. Au début, la méthode paraît lente, mais on ne tarde pas à se féliciter de la suivre. On retient de mémoire, chaque jour, huit, dix, quinze mots chinois bien choisis de la langue orale. On a constamment sous les yeux les caractères chinois de chacun de ces mots que l’on a gravés dans sa mémoire. On s’exerce soit avec un pinceau chinois, soit avec une plume européenne,

à retracer la figure aussi exacte que possible de chaque caractère. On répète cet exercice jusqu’à ce qu’on ne se trompe plus. On reprend, le jour suivant, l’exercice de la veille et des jours précédents, en y ajoutant de nouveaux caractères. Ces caractères ne seront assurément pas gracieux à la vue. Cela importe peu. L’essentiel est de pouvoir les tracer fidèlement. L’exercice et les conseils d’un maître rendront de jour en jour ces traits moins disgracieux et d’une forme plus chinoise. A peine saura-t-on tracer deux ou trois cents caractères simples, que l’on sera conduit à faire une foule de remarques intéressantes sur le retour continuel de ces mêmes caractères simples dans les composés. Ces remarques ne donneront pas seulement une grande facilité pour retenir et écrire les caractères, mais elles feront saisir, dès le début des études chinoises, l’ordonnance des caractères, la valeur de position des mots chinois, laquelle est presque tout en cette langue, etc. Les caractères composés sont tous formés de la réunion de deux, trois, quelquefois quatre caractères simples et de quelques traits radicaux purement toniques. Les caractères simples reviennent continuellement dans la composition des autres, soit comme éléments idéographiques, soit comme éléments phonétiques, selon leur position dans la construction du caractère. Les exemples suivants feront saisir notre pensée, même aux lecteurs les plus novices en fait de chinois.

Voici des caractères simples, faciles à retenir.

1° 人 Jên. L’homme. Homo. (Ce ca-9° 月 Yuě. La lune. Luna.
ractère s’écrit 亻 quand il10° 土 Toǔ. La terre. Terra.
devient clef.)11° 木 Moǔ. Le bois. Lignum.
2° 力 Lў. La force. Robur, vis.12° 山 Chān. La montagne. Mons.
3° 口 Keǒu. La bouche. Os.13° 田 Tiẽn. Le champ. Ager.
4° 大 Tá. Grand, élevé. Magnus, altus.14° 心 Sīn. Le cœur. Cor.
5° 子 Tsè. Le fils. Filius.15° 手 Cheòu. La main. Manus. (Ce
6° 工 Kōng. Le travail. Opus.caractère s’écrit 扌 quand il
7° 女 Niù. La femme. Mulier.devient clef.)
8° 日 Jě. Le soleil. Sol.

Les caractères suivants sont composés avec ceux qui précèdent. Nous donnons deux ou trois caractères composés avec chacùn des simples. On discernera sans peine le mode de leur composition.

1° Avec le caractère 人 ou 亻 jên, l’homme : 仙 siēn, génie, immortel. La clef est 亻 jên; l’autre partie du caractère est 山 chān, montagne. 仔 Tsè, porter. Outre la clef 亻 jên, on voit le caractère 子 tsè, fils.

2° Avec le caractère 力 lў, force : 加 kiā, augmenter. La clef est 力 lў; l’autre membre du caractère est 口 keòu, bouche. 功 kōng, mérite, meritum. Dans ce caractère composé, la clef est placée à droite. Le second membre est 工 kōng, qui veut dire travail, art, opus, ars, qui donne la prononciation au composé.

3° Avec le caractère 口 keǒu, bouche : 叨 taō, désirer vivement. La clef est 口 keǒu, bouche; l’autre membre du caractère est 刀 taō, couteau. 吐 toǔ, vomir. La clef est 口 keǒu, bouche; le deuxième membre est 土 toǔ, terre, qui est le groupe phonétique du composé.

4° Avec le caractère 大 tá, grand, élevé : 夫 foū, secourir. La clef est 大 tá. Le trait 一 est seul ajouté. 天 tiēn, le ciel, cœlum. La composition a eu lieu de la même manière que dans 夫 foū, sinon que le trait 一 a été ajouté au-dessus, de manière à donner la figure suivante 天.

5° Avec le caractère 子 tsè, fils, filius : 孔 kǒng, vide, trou, vacuum, foramen. Outre 子 tsè, qui est la clef, on voit dans ce signe le caractère 乙. 字 tsé, caractère d’écriture, littera. Outre la clef 子 tsè que l’on voit au-dessous, l’autre partie est 宀 miên, qui est lui-même une clef, celle des toits, des faîtes. — 6° Avec le caractère 工 kōng : 左 Tsò, main gauche. On voit ce caractère composé de deux traits radicaux, placés sur la clef.

7° 巫 oū, magicien, devin, sagus. La clef est 工 kōng. Les deux autres membres sont le caractère 人 jên répété.

8° 明 mīn, clair, évident, clarum. La clef est 日 jě, soleil; l’autre partie est 月 yuě, lune.

9° 林 Līn, forêt, sylva. Ce caractère est composé du signe 木 moǔ, bois, arbre, répété. 果 kò, fruit, fructus. La clef est placée au-dessous; c’est 木 moǔ, arbre. L’autre partie est 田 tiẽn, champ.

10° 打 tà, frapper, percutere. La clef est 扌 cheòu, main, et l’autre partie 丁. 扣 keǒu, frapper sur ou contre, tundere. La clef est 扌 cheòu, main; l’autre partie 口 keǒu, bouche, groupe phonétique.

8° Dès qu’on a retenu quelques centaines de mots et autant de caractères, il sera très-utile de s’exercer à en faire toutes les applications possibles, soit dans la langue parlée, soit dans la langue écrite. Si l’on veut devenir un véritable sinologue, il faut pouvoir écrire tout ce qu’on sait. Comment un Européen, dont l’esprit est si méthodique, dont le jugement est si solide, pourraitil se persuader qu’il ne lui est pas possible de retenir deux ou trois mille caractères? Une fois qu’on a compris l’agencement de ces signes, on fait de rapides progrès.

1° Un sinologue éminent se flattait, il y a un demi-siècle, d’avoir dissipé le préjugé général qui fait supposer la langue chinoise inabordable. L’exemple de ce savant, ses travaux, ses leçons de professeur, semblaient de nature à faire atteindre cet heureux résultat. « N’est-il pas temps, disait M. Rémusat en « 1820, que le zèle et la persévérance des orientalistes français leur ouvre enfin « un libre accès à ces richesses si variées de la Chine, dont l’ignorance a pu « seule jusqu’ici méconnaître le prix, et qu’une négligence peu philosophique « a laissées si longtemps dans l’oubli? » Mort à la fleur de l’âge, cet orientaliste distingué n’a pas eu le temps de propager, selon ses louables désirs, l’étude des lettres chinoises en France. Quelques rares savants ont entendu sa voix et ont répondu isolément à son appel. Malgré les deux chaires d’enseignement public, le goût des études chinoises n’a fait presque aucun progrès parmi nous. Les préjugés contre cette langue ne sont ni moins universels ni moins enracinés qu’à l’époque de M. Rémusat. A quelle cause faut-il attribuer cette espèce de défaveur qui pèse encore de nos jours sur la langue chinoise? Un sentiment de discrétion enchaîne ici la parole sur nos lèvres. L’étude de la langue chinoise a été rendue pourtant bien plus facile depuis cette époque. De nombreux ouvrages élémentaires, des traductions exactes d’ouvrages chinois, ont été publiés soit dans notre propre langue, soit dans les langues d’Europe. Des grammaires, des vocabulaires sont venus aplanir les difficultés que rencontraient les jeunes sinologues. Sous la direction d’un maître habile, on pénètre vite dans le sanctuaire de cette langue. Notre vœu le plus ardent est de rendre le chinois populaire. L’Europe se doute à peine des trésors d’antique philosophie, des richesses accumulées dans les herbiers chinois, dans ses livres médicaux, dans ses vastes encyclopédies. Elle serait particulièrement étonnée d’y trouver presque toutes ses inventions modernes, connues à la Chine depuis des siècles. 2° Même sans cours public, un jeune orientaliste peut aborder seul l’étude de la langue chinoise écrite, comme on le fait pour une langue morte. ’Qu’il soit d’avance pénétré de la pensée que cette langue n’offre aucune difficulté réelle;

PROLÉGOMÈNES DE LA GRAMMAIRE. 23 qu’il se rende compte de l’idée-mère qui a présidé à la formation du système de l’écriture idéo-phonétique; qu’il possède les règles si peu nombreuses de la syntaxe chinoise; aidé de quelque traduction littérale d’un ouvrage chinois, il fera seul de rapides progrès. 3° Voici deux conseils importants que le savant P. de Prémare adresse, avec instances, à tout jeune sinologue. Le premier est d’apprendre, chaque jour, par cœur, quelques lignes du texte de l’un des quatre livres classiques de la Chine, et de persévérer jusqu’à ce qu’on les ait retenus tous de mémoire. L’entreprise n’est au-dessus des forces d’aucun jeune sinologue. Jeune missionnaire, que ne m’a-t-on donné ce précieux conseil? dit le P. de Prémare. Il existe une traduction française des Sé choū (quatre livres) 6. Le texte chinois sera facile à comprendre avec ce secours. On peut commencer par le livre des Entretiens philosophiques de Móng tsè. Le style est moins concis que dans les autres. On apprendra ensuite les Entretiens de Confucius avec ses disciples, ou le livre dit : Lén yù; enfin, on abordera les deux autres. Nous insistons vivement pour que l’on suive ce conseil, si l’on veut bien saisir le génie de la langue chinoise. Le deuxième conseil est de ne jamais étudier sans avoir sous la main le cahier destiné à recevoir des notes. On y inscrira toutes ses remarques, les tournures élégantes que l’on rencontre, les expressions qui frappent l’esprit, les sentences, les maximes, les proverbes, les idiotismes chinois. On y consignera pareillement les difficultés que l’on rencontre au début de cette étude. On s’amassera des matériaux abondants, en suivant ce conseil, et l’on ne tardera pas à se féliciter de l’avoir mis en pratique. 4° La science d’un sinologue ne consiste nullement à retenir un nombre plus ou moins élevé de caractères, pas plus que celle d’un académicien à retenir un plus ou moins grand nombre de mots de nos Dictionnaires français. Cette science consiste à savoir analyser, composer et décomposer les caractères, à connaître à fond les règles invariables de la syntaxe chinoise, la valeur de position des mots et le rôle si important des particules chinoises. Ensuite on peut aborder avec confiance un texte purement chinois. On commence par les petits livres d’histoire., On y apprend les mœurs, les coutumes du pays, mais surtout le génie de la langue, les tournures les plus ordinaires du langage, les expressions chinoises pour les différents styles. Ces livres portent le nom générique de Siaò chǒ 小 說 ou petit langage 7. Les Chinois ont une foule de romans moraux que l’on peut aborder au début de ses études, avec ou sans

traduction à la main. Ces romans sont, aux yeux des Chinois, des ouvrages de littérature courante, destinés à former le style des jeunes Chinois. Ils sont infiniment utiles pour la langue parlée. On y apprend, en peu de temps, une foule d’expressions chinoises pour le haut langage comme pour le langage ordinaire 6. 5° Pour devenir un véritable sinologue, il ne faut pas se borner à l’étude des caractères chinois. Il faut étudier l’histoire, les coutumes, les doctrines morales et religieuses du peuple chinois. Sans cette connaissance, il y a une foule de passages que l’on ne comprendra pas dans les livres chinois, ou du moins que l’on ne saisira que vaguement.

DES INFLEXIONS DE LA VOIX OU DES CINQ TONS DANS LA LANGUE CHINOISE ET DES ASPIRATIONS GUTTURALES.

1° Des inflexions vocales dans toutes les langues. — 2° Des inflexions de la voix en particulier dans la langue chinoise. — 3° Nombre et distinction des cinq tons de la langue chinoise. — 4° Moyen de saisir et de rendre exactement ces tons. — 5° Des aspirations gutturales.

DES INFLEXIONS DE LA VOIX DANS LES LANGUES

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EN GÉNÉRAL.

« Le caractère essentiel du langage consiste, non pas seulement dans l’ar- « ticulation des mots, mais encore dans les inflexions de la voix, qui déter- « minent souvent le vrai sens des mots.

« Les mots ne peindraient que très-imparfaitement nos idées, s’ils ne rece- « vaient chaque fois leur expression particulière des diverses modifications « des sons et des inflexions naturelles de la voix, qui sont le vrai langage des « sentiments qui nous animent. « Les sons deviennent plus intenses, plus soutenus, plus forts et plus ap- « préciables, lorsque le sentiment dont ils sont l’expression est plus énergique, « plus fort; ils s’élèvent d’autant plus vers l’aigu que le sentiment qui les « produit est plus animé et plus vif. « La nature a établi entre notre oreille et l’expression de notre voix des « rapports tellement déterminés, tellement invariables, qu’il est impossible « que nous nous transmettions nos sentiments les uns aux autres d’une autre « manière. Ces rapports sont les mêmes pour tous les peuples et produisent « sur leurs sens la même impression. « Ainsi, les accents de la joie, de la douleur, etc., ont un caractère si par- « ticulier, si inaltérable, qu’ils sont toujours semblables à eux-mêmes; aucun « d’eux ne peut devenir méconnaissable pour aucun homme de quelque pays « qu’il soit 8. » On est généralement persuadé que les inflexions de la voix parlée, dans nos langues modernes, se composent de sons absolument inappréciables et qu’il ne serait pas possible, par exemple, de noter la voix parlée. C’est une grave erreur. Lulli et Grétry, tous deux musiciens célèbres, ont souvent noté sur-lechamp les paroles qu’on leur adressait en société. Sans nous en apercevoir, sans même y réfléchir, nous changeons la quantité ou l’accent prosodique des mots chaque fois que l’expression l’exige. Il est hors de doute, ainsi que le fa t judicieusement remarquer le savant P. de Prémare, que si Démosthène et Cicéron ont laissé bien loin derrière eux tous les autres orateurs, c’est moins à cause de la richesse de leur diction qu’à cause du talent singulier qu’ils ont eu de rendre leur style suave, harmonieux et surtout sonore par l’accent prosodique ou modulé. Cet accent ou ces tons qui composent un élément si important du langage, et dont le rôle fut si considérable dans les premiers âges du monde, ont perdu, par le laps des temps, une grande partie de leur importance; mais on se tromperait en croyant que ces accents ont disparu ou ne jouent qu’un rôle insignifiant. Si l’on disait à la plupart des Français, par exemple, que leur langage est modulé, que, dans une foule de cas, cette modulation de la voix détermine seule le sens, l’acception présente d’un mot, on leur causerait, en vérité, un grand étonnement. Cependant, quoi de plus vrai?

N’est-ce pas l’élévation seule de la voix, qui fait souvent distinguer une phrase interrogative d’une phrase affirmative? Ainsi, il est parti? interrogatif. Abiit-ne? — Oui, il est parti! affirmatif. — Voilà deux tons de voix bien distincts sur le même mot. Personne ne s’y méprend; personne ne songe qu’il fait alors deux tons ou deux modulations, qui, dans chaque cas, déterminent un sens particulier. Nous avons cinq, et quelquefois six manières de varier le sens d’un même mot français, par la seule modulation de la voix. Voilà donc notre langue chantante! Rien de plus vrai. Prenons pour exemple le mot oui. On changera tout à fait son acception par une simple modulation de la voix et cela jusqu’à six fois. Voilà six tons bien distincts. Il y a le oui affirmatif. — Il y a le oui qui veut dire peut-être, cela se peut. — Il y a le oui de surprise, d’étonnement, qui veut dire : vraiment! Il y a le oui interrogatif. — Il y a le oui, qui veut dire : soit, j’y consens, je le ferai. — Il y a le oui, oui, répété, qui veut dire : c’est chose entendue, c’est chose convenue! — En entendant prononcer ce mot oui sur chacun de ces tons, il est certain qu’aucun Français ne se méprendra sur le vrai sens du mot, de même que celui qui aura modulé ces six inflexions de voix n’aura même pas eu la pensée qu’il modulait de la sorte. Toutefois, en règle générale, cette modulation de la voix, qui, dans la langue française, détermine le sens et l’acception propre d’un mot, se fait sur tout l’ensemble de la phrase, tandis que, dans la langue chinoise, la modulation se fait et doit se faire sur chaque monosyllabe en particulier.

Les peuples les plus anciens avaient une grande inclination à moduler sensiblement leur langage. Malgré la concision des langages primitifs, ou peutêtre même à cause de cette concision, les langues anciennes étaient pleines de figures, d’onomatopées et surtout très-imitatives de leur nature. Leur style simple en apparence mais très-imagé, plein de vie, agissait physiquement sur les sens, remuait le cœur et réunissait ainsi les deux qualités essentielles de la musique. Chacun sait que, dès son berceau, la Chine a eu une musique très-avancée. Les sages de cet empire ont tous parlé avec admiration de cette antique musique dont le sens et le secret harmonieux est perdu depuis des siècles 8. Cette musique ancienne, dont quelques lambeaux décolorés étaient encore

conservés sept ou huit siècles avant l’ère chrétienne et jetaient dans une sorte de ravissement moral les sages de l’époque, s’est reflétée d’une façon toute particulière sur la langue chinoise. Comment dans le cours des siècles cette harmonieuse et musicale modulation s’est-elle conservée aussi rare? Le grand nombre de termes homophones de la langue chinoise a contribué, pour sa large part, à la conservation de ces accents modulés. Dans la langue orale, c’est la modulation, qui fait discerner les diverses acceptions de tous les termes homophones de la langue. De toutes les langues parlées, à cette heure, aucune n’admet peut-être encore d’une manière aussi sensible la modulation ou l’inflexion de la voix que la langue chinoise. C’est là le caractère distinctif, le cachet spécial et propre de ce langage tout monosyllabique. Les Chinois font naturellement les modulations des mots de leur langue, comme nous faisons celles de notre langue maternelle. Il est certain que ces modulations de la voix donnent au langage chinois une douceur, une harmonie qu’on ne retrouve peut-être que dans cette langue à un degré aussi sensible. Un Chinois, qui n’est pas lettré, ne se doute nullement du rôle important des modulations de la voix dans sa langue. Les jeunes étudiants chinois eux-mêmes apprennent, par l’oreille, le son et le ton de chaque caractère de la langue. C’est là le motif pour lequel, dans toutes les écoles de l’Empire, les élèves chinois préparent à haute voix leurs leçons. Ces modulations de la voix dans la langue chinoise se font si finement qu’un étranger ne doit nullement s’étonner de ne point les saisir à la première audition.

Les modulations ou les inflexions de la voix, dans la langue chinoise, se réduisent, au fond, à deux tons généraux. Le premier ton général porte le nom de pĭn chēng 平 聲 (voix égale), c’est-à-dire : ton uni, sans élever ni baisser la voix. Le deuxième ton général porte le nom de tsě 仄, c’est-à-dire : ton modulé par l’élévation ou par l’abaissement de la voix. La poésie chinoise n’a égard qu’à ces deux tons généraux. Mais, dans la pratique, surtout pour la langue orale, on distingue, comme il suit, les tons chinois. Le premier ton général se divise en deux : 1° Le ton ouvert (tsīn, clair 清), que l’on nomme vulgairement : cháng pĭn 上 平, c’est-à-dire : ton plain-élevé. — Il se fait d’une manière unie, comme la note longue et octavale de la musique. 2° Le ton muet (tchŏ, obscur 濁), que l’on nomme vulgairement hiá pĭn 下 平, c’est-à-dire : ton plain bas. — Il se fait de la même manière que le précédent, mais sur une note inférieure.

Le deuxième ton général se divise en trois : 1° Le ton élevé, chàng chēn 上 聲 (voix montante). — On élève la voix en finissant, comme, par exemple, lorsque quelqu’un ayant fait un refus offensant par le mot NON, on lui répète son NON, en haussant la voix et en appuyant sur la finale n. Ou bien encore, si l’on veut, comme serait un mot que l’on prononcerait du au sol. 2° Le ton abaissé, kiŭ chēn 去 聲 (voix abaissée). — On baisse la voix, comme le fait, par exemple, un enfant sur l’i du mot oui, quand il profère un mot à regret, forcément. Ou bien encore, en descendant la voix de la note sol à la note . 3° Le ton rentrant ou bref, joŭ chēn 入 聲 (voix rentrée). — On retire alors sa voix, on l’avale en quelque sorte, comme fait, par exemple, un homme qui s’interrompt sur une finale, soit par surprise, soit par respect pour celui qui prend la parole ; en un mot, comme on prononce une syllabe brève. Ce cinquième ton exclut les sons nasaux. Aussi, pour faire disparaître la nasale d’un mot, on a coutume de dire, en chinois, qu’il passe au son joŭ 入 ou bref. Voilà donc cinq inflexions de la voix ou cinq tons dans le langage chinois. Soit que l’on parle le langage oral, soit que l’on prononce à haute voix un caractère chinois, on doit prononcer chaque mot, chaque caractère sur le ton de voix qui lui est propre. Manquer ce ton, c’est s’exposer au double inconvénient ou de n’être pas du tout compris, ou de dire toute autre chose que ce que l’on a en vue.

Le 1er ton se nomme :cháng pĭn上 平。
Le 2e . —hiá pĭn下 平。
Le 3e —chàng chēn上 聲。
Le 4e —kiŭ chēn去 聲。
Le 5e —joŭ chēn入 聲。

Lorsqu’on écrit les mots chinois avec nos lettres latines, on est convenu de désigner les cinq tons par les signes suivants, que l’on place sur la voyelle des monosyllabes chinois 9 :

mā 媽, mère. Le 1er ton se représente par le trait —. Exemple : { yā 啞, muet. hō 呵, souffle.

.

{ mâ 麻, chanvre. Le 2e ton se représente par le signe ^. Exemple : { yâ 牙, dent. { hô 河, fleuve. { mà 馬, cheval. Le 3e ton — — ` — { yà 雅, excellent. { hò 火, feu. { má 罵, maudire. Le 4e ton — — ’ — { yá 訝, admirer. { hó 賀, cadeau. { mă 抹, essuyer. Le 5e ton — — ˘ — { yă 鴨, canard. { hŏ 合, union.

Quant aux Chinois, ils ne marquent généralement d’aucun signe les caractères de leurs livres pour indiquer les tons. Quand ils le font, c’est surtout dans les livres élémentaires, en faveur des jeunes Chinois. Il y a des caractères qui changent de ton et de prononciation. Il est évident alors que le sens se modifie en conséquence. C’est alors principalement que l’on place un signe au caractère pour indiquer ce changement. Seulement, les Chinois ne divisent pas le premier ton général en deux. Voici la manière dont ils indiquent les quatre tons, sé chēn 四 聲. Ils placent un demi-cercle ou petit c à l’un des angles du caractère chinois. Le carré suivant représente un caractère chinois.

2e ton. ╭ ╮ 3e ton.

1er ton. ╰ ╯ 4e ton.

MOYEN DE SAISIR ET DE RENDRE EXACTEMENT LES TONS

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L’unique difficulté de la langue orale, pour un Européen, consiste à saisir et à bien faire les nuances de ces cinq modulations ou inflexions de la voix. Toutefois, cette difficulté ne doit nullement effrayer un jeune sinologue. Il est peut-être moins difficile de bien faire les accents chinois que nos accents latins de prosodie. On parle bien latin lorsque l’on fait distinctement sentir, pour toute oreille exercée, la quantité prosodique, et qu’on le fait avec une certaine harmonie de voix. N’est-il pas plus difficile, dit ici le P. de Prémare, de bien prononcer, par exemple, le vers latin suivant :

Bĕātŭs īllĕ quī prŏcūl nĕgōtĭīs,

que de faire attention au son de mots qui n’en admettent jamais qu’un seul à

la fois? Un bon maître et quelques semaines d’exercice suffisent pour lever cette difficulté de la langue orale, qui, en réalité, n’est pas sérieuse. Les premiers jours qu’on étudie le chinois, il n’est pas possible de saisir distinctement les variantes de ces modulations. A l’aide des conseils suivants, un jeune sinologue saisira promptement et fera correctement les tons chinois en parlant. 1° Au début de ses études, il importe beaucoup de ne pas prononcer indistinctement les mots chinois qui sont sur tous les tons. Alors l’oreille ne saisit rien avec netteté et ne fait aucune différence entre ces tons. Cette confusion inévitable des sons porte naturellement, mais à tort, un jeune sinologue à s’exagérer énormément une difficulté plus apparente que réelle. On fait des efforts de voix; l’unique résultat est de se fatiguer en vain. De même qu’un Français ne se préoccupe nullement des inflexions réelles de sa langue, ainsi doit faire un jeune sinologue, qui ne devra donc pas s’en aller disant, répétant, écrivant qu’avec son chant, la langue chinoise est bizarre et ridicule. Par ses modulations plus accentuées, la langue chinoise est simplement plus harmonieuse. On choisira exclusivement, pendant quelques jours, des mots chinois qui ont l’accent du premier ton; on passera ensuite au deuxième ton, en les comparant l’un à l’autre. La nuance de ces deux tons sera sensible. Le cinquième ton n’étant, au fond, que le premier plus bref, ne causera aucun embarras. Il ne faut pas perdre de vue que tous les mots de la langue chinoise sont des monosyllabes. Lors même que quelques-uns de ces mots ont deux ou trois voyelles de suite, on les prononce toujours en chinois comme de vrais monosyllabes, dans la rigueur du terme. C’est pour ce motif que nous continuerons de dire, comme l’ont fait presque tous les sinologues, que la langue chinoise est monosyllabique. 2° Dans tout l’Empire chinois, les mots de la langue se prononcent sur l’un ou l’autre des cinq tons ci-dessus. Mais, comme la Chine est immense, nos lecteurs n’auront pas de peine à comprendre que, sous une telle variété de latitudes, il y a les variantes de tons sur les mêmes mots, entre les habitants du Nord de la Chine, par exemple, et ceux des provinces méridionales. Voilà d’où proviennent les variantes d’accentuation que l’on trouve dans les ouvrages européens. Les uns ont suivi la tonation de Pékin, d’autres celle du Su-tchuen, d’autres enfin celle de Canton. Chacun accentuera et prononcera selon l’usage de la province dans laquelle il se trouve, sans s’étonner de ces variantes. 3° Voici une observation importante. Pour bien faire les modulations ou les tons chinois, il ne suffit pas d’être tout oreille à la voix du maître, qui exerce à prononcer. Il faut par-dessus tout avoir un œil très-attentif à la bouche du maître, pour discerner le mouvement de sa langue et celui de ses lèvres. Tout

le secret d’une bonne prononciation chinoise est là. Les Chinois n’articulent nullement les mots de leur langue comme nous le faisons pour la nôtre. Ce qui donne un caractère particulier à la tonification dans la bouche des Chinois, c’est qu’ils n’ont pas les dents tout à fait disposées comme les Européens. Le rang supérieur, par exemple, sort et avance presque à tous en dehors; le rang inférieur rentre et se retire en dedans. Une telle disposition influe considérablement sur la prononciation. Les Chinois distinguent les divers sons par la manière dont on les forme en parlant. Pour eux, les sons des dents, de la langue, des lèvres, du palais et du nez sont les plus importants. Ils font aussi, avec beaucoup de raison, une distinction entre les sons qui se forment en appuyant la langue sur les dents d’en haut ou sur les dents d’en bas. Ils compriment légèrement les lèvres ou les resserrent. Un jeune sinologue qui fera promptement et avec intelligence ces observations sur la manière chinoise de faire les mouvements de la langue, prononcera très-bien et sans effort de voix. Il aura le véritable accent de la langue, ce qui est presque tout. Le mot chinois eûl tsè 兒 子, le fils, par exemple, et quelques autres de ce genre, font, au début, le désespoir d’un novice, uniquement parce qu’il ne suit pas le mouvement de la langue que fait un Chinois; qu’il replie, au contraire, sa langue en demi-cercle contre le palais, il prononcera très-bien ce mot du premier coup. Ainsi en sera-t-il pour les H aspirées, qui forment un autre genre de difficultés. Plus la prononciation des tons chinois est douce, moins un jeune sinologue devra faire d’efforts de voix et de gosier pour y parvenir. Écouter et observer surtout la bouche du maître, voilà la double règle qui renferme toutes les autres.

Outre les modulations ou tons réguliers dont chaque mot de la langue chinoise est susceptible, il faut y ajouter les aspirations ou les sons durs du gosier. Ces aspirations ont le même but que celui des tons ordinaires. Elles servent aussi à varier le sens des termes homophones de la langue. Omettre ou faire mal l’aspiration d’un mot qui en est susceptible, c’est absolument comme si l’on manquait le ton ordinaire d’un mot ou qu’on le fît mal. On ne sera pas compris. Cette aspiration consiste en un son légèrement dur ou provenant un peu du gosier. Elle a beaucoup de ressemblance avec le son de la lettre H, commençant les mots chinois, c’est-à-dire qu’elle donne aux mots aspirés un son plus ou moins sifflant. L’aspiration dans la langue chinoise n’affecte que les mots qui commencent par les cinq consonnes initiales suivantes : K, P, Toh, Ts, T, Nous avons

compté plus de trois cents mots qui reçoivent l’aspiration chinoise. Pour indiquer qu’un mot est aspiré, on a, comme pour les tons, adopté un signe de convention. Ce signe est un petit c que l’on place à côté du signe tonique. Ainsi :

MOTS NON ASPIRÉS.MOTS ASPIRÉS.
Tchā 楂, la lie, le dépôt, fœx.Tchāᶜ 差, se tromper, errare.
Tsē 資, les biens, bona.Tsēᶜ 雌, femelle d’oiseaux.
Keǒu 狗, le chien, canis.Keǒu 口, bouche, os.
波, le flot, fluctus.Pōᶜ 玻, verre, vitrum.
Tān 單, simple, simplex.Tǎn 貪. ambitionner, ambire.

Dans les provinces méridionales de la Chine, c’est-à-dire dans tout l’ouest de l’Empire, on fait vivement sentir les aspirations gutturales. Leur omission aurait une véritable importance dans ces contrées-là. Dans toute la partie boréale de l’Empire, l’aspiration est médiocre. Dans les contrées du midi, elle est presque imperceptible, de même que les sons ordinaires s’y font avec une plus grande douceur. Cette remarque s’applique, en général, à la langue parlée des peuples tropicaux. La douceur énervante du climat, qui a coutume de rendre les mœurs très-molles, produit le même effet sur le langage. Les aspirations gutturales, les consonnes rudes, se trouvent rarement dans ces dialectes. M. de Bonald fait remarquer avec raison que les langues des peuples du Nord sont hérissées de consonnes et d’aspirations plus ou moins fortes du gosier; les voyelles dominent, au contraire, dans les langues des peuples du Midi. C’est aussi la raison pour laquelle dans toutes les langues les jurements sont fortement articulés et composés des consonnes les plus rudes. Cette remarque s’applique avec la même justesse à la langue chinoise.

DES MOTS RADICAUX OU PRIMORDIAUX DE LA LANGUE CHINOISE 10

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1º Caractère spécial des mots chinois. — 2º Du nombre des mots primitifs de la langue. — 3º Erreur des linguistes européens. — 4º Division des sons initiaux de la langue chinoise en neuf séries. — 5º Tableau général des mots radicaux de la langue chinoise avec leur prononciation.

Le monosyllabisme tonique de la langue chinoise orale, le génie particulier de cette langue, son écriture surtout, ont donné lieu en Europe à des jugements erronés, à des appréciations inexactes. C’est là sans doute une des principales causes de l’indifférence générale pour l’étude de cette langue. Tous les mots de la langue chinoise, sans exception, sont des mots primitifs. Ils sont demeurés les mêmes, sans changer de forme ni sans se multiplier. Invariables de leur nature, une seule altération a pu se produire dans le langage parlé, savoir : celle des modulations ou des inflexions de la voix. Cette altération, qui a eu lieu dans le cours des siècles, n’a pourtant pas été profonde, et ne s’est produite que fort lentement. Aujourd’hui encore on joue sur les théâtres chinois des pièces qui ont plus de mille ans de date et qui sont très-bien comprises par les spectateurs.

Le nombre des mots radicaux ou primitifs de la langue chinoise est peu considérable. Le génie de cette langue n’admettant que des monosyllabes, il n’eût pas été possible d’en fournir assez pour suffire à toutes les idées. Attacher plusieurs sens à chacun de ces mots n’était qu’obvier en partie à l’inconvénient d’un petit nombre de mots, sans parler du vaste champ qu’on ouvrait


aux équivoques. Qu’ont imaginé alors les Chinois? — Ils ont multiplié et reproduit les mêmes mots avec des différences de tons et de prononciation. Les grammairiens européens et chinois ne sont pas d’accord sur la manière de compter les mots primitifs de la langue chinoise. La raison en est bien simple. Les oreilles ne saisissent pas toutes de la même manière les articulations de la langue. Il y a des oreilles qui saisissent deux sons assez distincts dans une articulation de voix où d’autres ne saisissent qu’un seul son. Telle est la cause de cette différence dans la manière de compter les mots chinois 10. Ainsi, les uns élèvent le nombre des mots primitifs à 550, quelques autres à 487. M. Rémusat en compte 430. Nous prenons pour base du tableau ci-après le Dictionnaire tonique chinois, qui porte le titre de où fāng yuên ŷn 五方元音. Ce Dictionnaire jouit, dans le monde lettré de la Chine, d’une réputation universelle. D’après ce guide sûr, nous comptons, nous, 304 mots radicaux, primordiaux ou sons dans la langue chinoise. Au reste, on peut varier d’opinion sur cet article sans qu’il en résulte de graves inconvénients. Chaque mot chinois peut être diversifié, quant au sens, par les tons ou les inflexions de la voix. La majorité de ces mots est susceptible de recevoir les cinq tons ou les cinq inflexions de la voix, outre l’aspiration. Il en est qui ne sont modifiés que par trois tons; d’autres par deux, et quelques-uns même ne sont susceptibles que d’un seul ton. Avec cette variété réelle de tons et d’aspirations, le nombre des mots de la langue chinoise se monte au chiffre de 1289, ni plus ni moins. Ce nombre si restreint de mots a fait dire souvent que la langue orale de la Chine était fort pauvre. Si l’on entend par ces mots l’absence d’un lexique abondant de racines primitives, on a raison. Mais est-ce en cela seulement que consiste la beauté, la clarté, la richesse d’une langue? Avec leurs 304 mots, les Chinois parlent aussi vite que nous, disent même plus de choses en moins de mots que nous. La civilisation chinoise est, de l’aveu de tous, très-avancée. Cela ne prouve donc pas que le langage chinois soit aussi pauvre que certains savants veulent bien le dire. Les mots chinois, par un artifice aussi simple, aussi naturel qu’il est ingénieux, deviennent souvent, tour à tour, dans une phrase, substantifs, verbes, adverbes, etc., sans que la clarté en soit altérée ni que le langage en soit monotone pour autant. Les métaphores, les allusions et toutes les autres figures des langues les plus riches abondent dans la langue chinoise, et cha-


cune de ces figures, donnant un sens nouveau aux caractères, lui prête chaque fois une gràce nouvelle. Les différentes manières de combiner les mots chinois les uns avec les autres leur donnent tantôt un nouveau sens, tantôt une acception plus ou moins restreinte, et cela selon la volonté de l’écrivain. Les Chinois ont plusieurs articulations qui nous manquent, de même que nous en avons qu’ils n’ont pas. Ainsi, les sons des lettres latines B, D, R, X, Z, ne se trouvent pas dans leur langue. Un Chinois les prononcera par les sons des lettres suivantes : P, T, L, S, S. Il ne pourrait donc prononcer avec facilité les mots latins : Baptizo, Donec, Roma, Xaverius, Zoophytus 10. Aussi un sinologue moderne a-t-il eu raison de faire remarquer qu’aucune langue n’est aussi rebelle à la représentation alphabétique que la langue chinoise.

N’ayant qu’une idée confuse de la langue chinoise, un bon nombre de philologues européens ont commis une erreur grave en parlant des mots primitifs, radicaux de la langue chinoise. Cette erreur est devenue presque générale. Avec 450 racines environ, les Chinois, disent-ils, ont su se créer un Vocabulaire de 50, de 80 mille mots. Ces savants ont fait une confusion fâcheuse entre les mots radicaux, primi- tifs, c’est-à-dire entre les sons de la langue parlée et les caractères de l’écriture. Il n’est pas exact de donner aux caractères de l’écriture le nom de mots comme on le fait communément, puisque ces caractères ne sont en réalité ni des mots ni des lettres exclusivement phonétiques comme les nôtres. L’écriture chinoise est une immense dérogation à tout autre système exclusivement phonétique. Elle est une peinture, souvent une image de l’idée elle-même. Cette peinture a été variée, d’après un système ingénieux, d’une manière considérable. Les sinologues seuls peuvent comprendre l’abondance, la richesse de ce système. Aucune erreur, aucune confusion n’est possible à la vue d’un caractère chinois. Sa vue seule réveille l’idée de la chose exprimée. Aussi, en Chine, savoir lire est presque tout, tandis qu’en français, par exemple, ce n’est presque rien. Un sinologue peut souvent comprendre l’acception d’un mot français qu’il ignore, par la seule vue d’un caractère chinois qui exprime l’objet ou l’idée du mot français qu’il ne comprend pas. Ce cas arrive facilement quand il s’agit de termes spéciaux, de mots français dérivés des langues étrangères. Je trouve, par exemple, le mot canthus, terme de médecine dont


j’ignore le sens. Le caractère chinois, par sa seule vue, m’apprend qu’il s’agit de l’angle, du coin de l’œil, comme si je voyais la chose. Toutefois, il ne faut pas oublier que, dans le laps du temps, les Chinois ont élargi le système de leur écriture d’abord exclusivement imagée, figurative, en y introduisant largement l’élément phonétique. Cependant, même dans ce caslà, les Chinois s’en sont tenus rigoureusement au nombre de mots ou de sons primitifs de la langue. C’est ainsi qu’il est arrivé que vingt, trente caractères chinois et plus, tous différents par le sens, ont dû être prononcés par le son ou l’articulation d’un seul et même mot. Par exemple, le mot lỳ, qui s’écrit de cette manière 里, veut dire lieue chinoise, stadium. Si l’on ajoute à ce caractère celui qui veut dire homme, on aura le signe suivant : 俚, lequel veut dire homme vil, un méchant, tout en gardant le son de lỳ. Au lieu du caractère homme, si l’on ajoute celui de roi 王, on aura cette figure : 理 lỳ, qui veut dire : gouverner, régir. Voilà trois caractères différents prononcés par le même son de voix. Le mot , qui s’écrit de cette manière 馬, veut dire cheval; si on place en avant la clef qui veut dire femme, on aura 媽 , mère, mater; si, au lieu de la clef femme, on place la clef pierre, lapis, chě, on aura 碼, qui veut dire pierre précieuse; si, au lieu de cette dernière clef, on place celle des vers, on aura 螞 , qui veut dire sangsue; avec la clef des esprits, on aura le signe 禡 , sacrifice, sacrificium. La confusion n’est jamais possible à la vue du caractère. Dans la langue parlée, pour éviter la confusion, l’équivoque des termes homophones, on se sert presque habituellement de mots doubles ou composés. Tous les mots de la langue chinoise commencent par une consonne et finissent par une voyelle ou une diphthongue. Le mot eûl est le seul qui fasse ex- ception. Les mots chinois étant très-courts sont aussi faciles à retenir et à prononcer. Les auteurs chinois du Dictionnaire de Kāng hȳ insistent avec raison dans la Préface de cet ouvrage célèbre pour que l’on donne, dans tout l’Empire, une prononciation exacte et uniforme, afin de rendre le langage partout également clair et net. Ils divisent en neuf séries les sons initiaux des mots de la langue, en indiquant quels sont les organes de la bouche qui servent surtout à bien faire ces sons. Les sons initiaux, tous censés articulés, sont au nombre de trente-six, selon les Chinois. Pour nous, une dizaine rentrent les uns dans les autres; nos oreilles européennes n’y trouvent pas matière à une distinction assez sensible pour la signaler.

MOTS / RADICAUX.PRONONCEZ / comme dans :1er TON. / Non aspiré.1er TON. / Aspiré.2e TON. / Non aspiré.2e TON. / Aspiré.3e TON. / Non aspiré.3e TON. / Aspiré.4e TON. / Non aspiré.4e TON. / Aspiré.5e TON. / Non aspiré.5e TON. / Aspiré.
CHA.Chameau …
CHAY.Chaînette . .
CHAN.Chanoine …
CHANG.Champêtre. .
CHAO.
CHE.Cheval… .
CHÈ.Chèvre… .
CHEN.Chêne… .
CHEOU.
CHO.Chocolat…
CHOA.
CHOAY.Choisir …
CHOAṄ.Chouannerie.
CHOANG.Chouan …
CHOU.… … . .
CHOUY.… … . .
CHUEN.… … . .
EUL.… … . .
FA.… … . .
FAN.Fanal… .
FANG.Fantaisie . .
FEY.… … . .
FEN.Fenêtre …忿
FEOU.… … . .
FONG.Fontaine…
FOU.… … . .
GAY.… … . .
GAN.Ganache…
GANG.Gant … .
GAO.… … . .
GÈ.Gaîté … .
GEN.Guenille…
MOTSPRONONCEZ1er TON.2e TON.3e TON.4e TON.5e TON.
---------------------
RADICAUX.comme dans :Non aspiré.Aspiré.Non aspiré.Aspiré.Non aspiré.Aspiré.Non aspiré.Aspiré.Non aspiré.Aspiré.
GEOU.… … . .
GO.… … . .
HAY 10.… … . .
HAN.… … . .
HANG.… … . .
HAO.… … . .
HÈ.… … . .
HEN.… … . .
HEOU.… … . .
HY.… … . .
HIA.… … . .
HIAY.… … . .
HIANG.… … . .
HIAO.… … . .
HIE.… … . .
HIEN.… … . .
HIEOU.… … . .
HIN.… … . .
HIO.… … . .
HIONG.… … . .
HIOU.… … . .
HIU.… … . .
HIUE.… … . .
HIUEN.… … . .
HIUN.… … . .
HO.… … . .
HOA.… … . .
HOAY.… … . .
HOUAN.… … . .
HOUANG.… … . .
MOTSPRONONCEZ1er TON.2e TON.3e TON.4e TON.5e TON.
---------------------
RADICAUX.comme dans :Non aspiré.Aspiré.Non aspiré.Aspiré.Non aspiré.Aspiré.Non aspiré.Aspiré.Non aspiré.Aspiré.
HOUEN.… … . .
HOU.… … . .
HOUY.… … . .
HONG.… … . .
Y.… … . .
YA.… … . .
YAY.… … . .
YANG.… … . .
YAO.… … . .
YE.… … . .
YEN.… … . .
YEOU.… … . .
YN.Inaction… .
YO.… … . .
YOU.… … . .
YONG.… … . .
YU.… … . .
YUE.… … . .
YUEN.… … . .
YUN.… … . .
JAN.Janissaire . .
JANG.Jambon … .
JAO.… … . .
JE.Jeter … . .
JE.Geai… …
JEN.… … . .
JEOU.… … . .
JO.… … . .
JOU.… … . .
JONG.Joncher … .
JOUY.… … . .
JOUAN.… … . .
MOTSPRONONCEZ1er TON.2e TON.3e TON.4e TON.5e TON.
RADICAUX.comme dans :Non aspiré.Aspiré.Non aspiré.Aspiré.Non aspiré.Aspiré.Non aspiré.Aspiré.Non aspiré.Aspiré.
JUEN.… … . .
KAY.… … . .
KAN.Canon… .
KANG.Canton …
KAO.Kaolin… .
KE.Kermès …
KEN.Kœnigsberg .
KEOU.… … . .
KY.… … . .
KIA.… … . .
KIAY.… … . .
KIANG.… … . .
KIAO.… … . .
KIE.… … . .
KIEN.… … . .
KIEOU.… … . .
KIN.… … . .
KIO.… … . .
KIONG.… … . .
KIOU.… … . .
KIU.… … . .
KIUE.… … . .
KIUEN.… … . .
KIUN.… … . .
KO.… … . .
KONG.… … . .
KOU.… … . .
KOUA.… … . .
KOUAY.… … . .
KOUAN.… … . .
KOUANG.… … . .
KOUE.… … . .
RADICAUX.comme dans :Non aspiré.Aspiré.Non aspiré.Aspiré.Non aspiré.Aspiré.Non aspiré.Aspiré.Non aspiré.Aspiré.
KOUEN.… … . .
KOUY.… … . .
LA.… … . .
LAY.Lait… .
LAN.Lanifère… .
LANG.Lampe… .
LAO.… … . .
LE.Laitue… .
LEANG.… … . .
LEAO.… … . .
LEN.Lénitif… .
LEOU.… … . .
LY.… … . .
LIÉ.Liège … .
LIEN.… … . .
LIEOU.… … . .
LIM.Limite… .
LIN.Linéament. .
LIO.… … . .
LIU.… … . .
LIUEN.… … . .孿
LO.… … . .
LONG.Lombard…
LOU.… … . .
LOUAN.… … . .
LOUY.Louis … .
MA.… … . .
MAY.… … . .
MAN.Mânes… .滿
MANG.Manger …
MAO.… … . .
ME.Mais… . .
MOTSPRONONCEZ1er TON.2° TON.3° TON.4° TON.5° TON.
RADICAUX.comme dans :Non aspiré.Aspiré.Non aspiré.Aspiré.Non aspiré.Aspiré.Non aspiré.Aspiré.Non aspiré.Aspiré.
MEY.Meilleur… .
MEN.… … . .
MEOU.… … . .
MY.… … . .
MIAO.… … . .
MIE.… … . .
MIEN.Mienne …綿
MIEOU.… … . .
MIN.Mine… . .
MO.… … . .
MONG.Montagne . .
MOU.… … . .
NA.… … . .
NAY.Naïf… . .
NAN.… … . .
NANG.Nantir… .
NAO.… … . .
NEN.… … . .
NEOU.… … . .
NY.… … . .
NIANG.… … . .
NIAO.… … . .尿
NIE.Nièce … .
NIEN.… … . .
NIEOU.… … . .
NIO.… … . .
NIU.… … . .
NIN.… … . .
NO.… … . .
NOU.… … . .
NOUY.… … . .
OU.… … . .
RADICAUX.comme dans :Non aspiré.Aspiré.Non aspiré.Aspiré.Non aspiré.Aspiré.Non aspiré.Aspiré.Non aspiré.Aspiré.
OUA.… … . .
OUAY.… … . .
OUAN.… … . .
OUANG.… … . .
OUEN.… … . .
OUY.… … . .
OUO.… … . .
OUNG.… … . .
PA.… … . .
PAY.… … . .
PAN.Panache… .
PANG.Pantin… . .
PAO.… … . .
PE.… … . .
PEN.Pénible … .
PEY.… … . .
PEOU.… … . .
PY.… … . .
PIAO.… … . .
PIE.… … . .便
PIEN.… … . .便
PIEOU.… … . .
PIN.Pinacle … .
PO.… … . .
POU.… … . .
PONG.… … . .
SA.… … . .
SAY.… … . .
SAN.Sanitaire…
SANG.Sang … . .
SAO.… … . .
SE.… … . .
MOTSPRONONCEZ1er TON.1er TON.2e TON.2e TON.3e TON.3e TON.4e TON.4e TON.5e TON.5e TON.
RADICAUX.comme dans :Non aspiré.Aspiré.Non aspiré.Aspiré.Non aspiré.Aspiré.Non aspiré.Aspiré.Non aspiré.Aspiré.
… …… … . ..^.\..U.
SE.Sève …
SEN.… … . .
SEOU.… … . .
SY.… … . .西
SIANG.… … . .
SIAO.… … . .
SIE.… … . .
SIEN.Sienne… .
SIEOU.… … . .
SIN.Sinus … .
SIOU.… … . .
SIU.… … . .
SIUE.… … . .
SIUEN.… … . .
SIUN.… … . .
SO.… … . .
SOU.… … . .
SOUAN.… … . .
SONG.… … . .
SOUY.… … . .
TA.… … . .
TAY.… … . .
TAN.Tanner … .
TANG.Tantôt… .
TAO.… … . .
TCHA.… … . .
TCHAY.… … . .
TCHAN.… … . .
TCHANG.… … . .
TCAO.… … . .
TCHE.… … . .
TCHE.… … . .
MOTSPRONONCEZ1er TON.2e TON.3e TON.4e TON.5e TON.
RADICAUX.comme dans :Non aspiré.Aspiré.Non aspiré.Aspiré.Non aspiré.Aspiré.Non aspiré.Aspiré.Non aspiré.Aspiré.
TCHEY.… … . .
TCHEN.… … . .
TCHEOU.… … . .
TCHO.… … . .
TCHOU.… … . .
TCHOUA.… … . .
TCHOUAY.… … . .
TCHOUAN.… … . .
TCHOUANG.… … . .
TCHOUE.… … . .
TCHOUY.… … . .
TCHOUN.… … . .
TCHONG.… … . .
TE.Tête … .
TEN.Tenu …
TEOU.… … . .
TY.… … . .
TIAO.… … . .
TIE.… … . .
TIEN.Tienne…
TIEOU.… … . .
TIN.… … . .
TO.… … . .
TOU.… … . .禿
TOUY.… … . .退
TOUAN.… … . .
TONG.Tou … .禿
TSA.… … . .
TSAY.… … . .
TSAN.… … . .
TSANG.… … . .
TSAO.… … . .
MOTSPRONONCEZ1er TON.1er TON.2e TON.2e TON.3e TON.3e TON.4e TON.4e TON.5e TON.5e TON.
RADICAUX.comme dans :Non aspiré.Aspiré.Non aspiré.Aspiré.Non aspiré.Aspiré.Non aspiré.Aspiré.Non aspiré.Aspiré.
¯¯ˊˊˇˇˋˋ˘˘
TSE.… … . .
TSE.… … . .
TSEN.… … . .
TSEOU.… … . .
TSY.… … . .
TSIANG.… … . .
TSIAO.… … . .
TSIE.… … . .
TSIEN.… … . .
TSIEOU.… … . .
TSIO.… … . .
TSIN.… … . .
TSIU.… … . .
TSIUE.… … . .
TSO.… … . .
TSOUAN.… … . .
TSOU.… … . .
TSOUY.… … . .
TSONG.… … . .
TSUEN.… … . .

FIN DES PROLÉGOMÈNES.

NOTIONS PRÉLIMINAIRES SUR LA LANGUE ORALE, VULGAIREMENT DITE : LANGUE MANDARINE

Section titled “NOTIONS PRÉLIMINAIRES SUR LA LANGUE ORALE, VULGAIREMENT DITE : LANGUE MANDARINE”

1° Caractère propre de ce langage. — 2° Ses nuances. — 3° Son mécanisme simple et facile. — 4° Manière de le saisir promptement. — 5° Des dialectes ou patois de la Chine.

1. — CARACTÈRE PROPRE DE LA LANGUE ORALE

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Dans toute la Chine, à l’exception du littoral de ce vaste Empire, on parle la même langue. Cette langue commune porte en chinois le nom de Kouān hoá 官話, expression qui veut dire langue commune, langue générale. Autrefois, en Europe, on a cru que ces deux mots chinois signifiaient langue man- darine ou langue des mandarins 1. On supposait à tort que les fonctionnaires publics de la Chine avaient un langage à part. L’usage a prévalu de donner à la langue commune de la Chine le nom de langue mandarine. Nous nous conformerons à cet usage, en désignant la langue orale de la Chine tantôt par ces

mots : langue mandarine, tantôt par l’expression chinoise Kouān hoá. La cour de Pékin, les dignitaires de l’Empire, les fonctionnaires civils et militaires, les lettrés, l’aristocratie ou noblesse chinoise, n’ont pas un autre langage que celui du reste de la nation. En Chine, comme dans tous les pays civilisés, la haute classe de la société parle un langage plus élégant, fait usage de tournures plus nobles , d’expressions mieux choisies que ne le fait la classe vulgaire ou plébéienne de la Chine. L’accent est également plus noble et plus harmonieux. Mais l’homme du peuple comprend ce langage relevé aussi clairement que celui dont il se sert. Certains sinologues de France, qui ne sont point versés dans la connaissance pratique de la langue mandarine ou parlée de la Chine, se plaisent à la regarder comme une espèce de patois. A leurs yeux, savoir parler la langue mandarine n’est rien ou presque rien. C’est là un préjugé très-fâcheux qu’il faut combattre. La langue mandarine ou le kouān hoá n’est nullement l’ancienne langue dégénérée de la Chine, comme ils le pensent. La langue orale de nos jours a été toujours la même en Chine, à peu de chose près. Cette langue a de la force, de la dignité et une grâce incontestable. « Son grand « mérite, selon la parole d’un ancien et savant missionnaire, est d’être comme « l’eau, qui prend toutes les formes et toutes les couleurs. La langue manda- « rine se plie, en effet, à tous les caractères; elle s’étend à tous les sujets, se « prête à toutes les situations, et ne se refuse à aucun sentiment. » Le kouān hoá est aussi propre à la familiarité qu’à l’aisance des discours publics, des instructions et des sujets de morale. Il admet des synonymes, des mots composés, des particules numérales et d’autres mots euphoniques qui servent merveilleusement à l’harmonie, à la cadence du langage. Enfin, on nous pardonnera de dire qu’il l’emporte, sans contredit, sur toutes les langues de l’Europe, par l’avantage de dire plus de choses en moins de temps. Toutefois, si l’on veut écrire le kouān hoá, on éprouve une sorte d’embarras. Les caractères de la langue écrite, si riches en idées et en images, semblent souffrir de se plier à l’air familier, négligé du langage parlé, à son aisance, à son abondance d’expression, laquelle réveille ou supplée l’attention de ceux auxquels on parle. Il arrive même assez souvent que l’on est embarrassé pour trouver le caractère correspondant à l’expression du langage ordinaire.

Dans la langue orale de la Chine, on distingue trois nuances assez tranchées Il y a le langage de la classe savante et élevée. Ce langage est plus harmonieux, plus riche en figures, en métaphores. Ceux qui le parlent se plaisent à citer les auteurs de l’antiquité ou à faire allusion aux belles maximes

qu’il renferme. Il y a le langage de la classe ordinaire et aisée de la Chine. Ce langage est plus coulant, plus large, moins orné de figures que le précédent. Le peuple, la classe ouvrière des villes et des campagnes, a son langage à part. Celui-ci est moins doux à l’oreille; il est rempli d’expressions simples et même triviales. Un missionnaire ne pourrait convenablement adopter ce dernier style, bien qu’il doive être en état de comprendre ces expressions triviales et de pouvoir s’en servir au besoin. Malgré ces trois nuances bien distinctes dans le langage parlé, la langue orale est la même dans toute la Chine. On se comprend dans tout l’Empire. Vu l’immense étendue de l’Empire chinois, la prononciation des mots, l’accent tonique de la voix ne sont pas et ne peuvent pas être parfaitement uni- formes dans toutes les provinces. Ainsi, dans les contrées du nord de l’Empire, le langage est plus ferme; dans les provinces occidentales il est plus ac- centué; dans celles du midi, il est plus doux, mais aussi plus mou. Chaque province a pareillement ses variantes d’expressions, ses mots favoris; certains termes communs reçoivent ici ou là une acception plus ou moins large. Ces expressions locales se nomment en chinois toǔ tǎn 土 談。

MÉCANISME SIMPLE ET FACILE DE LA LANGUE ORALE

Section titled “MÉCANISME SIMPLE ET FACILE DE LA LANGUE ORALE”

Le mécanisme de la langue chinoise orale est très-simple, comme, du reste, celui de toutes les langues anciennes. L’ordre des mots suit invariablement la pensée. Les inversions de mots, dans la langue orale, ont lieu dans un seul cas. Le rapport indiqué en français par les mots de, du, ou en latin, par le génitif, se place régulièrement avant le sujet. Ainsi, le livre de Pierre, le couteau de Jean, se disent en chinois comme dans la tournure latine : Petri liber, Joannis culter. Il n’y a ni déclinaisons ni conjugaisons dans la langue chinoise. Les mots n’ont pas non plus de genres propres. Voilà trois énormes difficultés de moins dans la langue chinoise. On parle bien chinois, si l’on se sert des expressions consacrées pour chaque chose, si l’on fait distinctement les modulations de la voix sur chaque mot, et si l’on emploie une tournure de phrase vraiment chinoise. Tous ces petits mots, connus dans nos langues à flexion, sous le nom d’article et autres, et qui sont une source de difficultés dans l’étude d’une langue, n’existent point non plus dans la langue chinoise. On ne peut imaginer un mécanisme plus simple et plus ingénieux en même temps que celui de cette langue.

MANIÈRE DE SAISIR PROMPTEMENT LE MÉCANISME

Section titled “MANIÈRE DE SAISIR PROMPTEMENT LE MÉCANISME”

DE LA LANGUE.

La connaissance raisonnée de la langue chinoise, soit orale, soit écrite, consiste principalement à bien saisir le rôle de la position des mots dans le discours. C’est ce que nous appellerons désormais la règle de position des mots. Ce point est capital dans l’étude de la langue chinoise. On ne parle jamais d’une manière correcte, élégante; mais surtout on ne traduit jamais avec facilité et exactitude la langue écrite, sans la connaissance de cette règle de position des mots. On peut dire, en effet, que c’est ici la clef de la langue chinoise. N’ayant ni déclinaisons ni conjugaisons, les Chinois ont trouvé un système aussi simple qu’il est ingénieux pour exprimer toutes les variétés de sens, les divers rapports des mots entre eux, les nuances des temps, des modes que fournissent, dans les langues à flexions, les désinences des noms communs et des verbes. Voici en quoi consiste le système chinois : au moyen de quelques mots, que nous désignerons sous le nom d’affixes ou de particules, les Chinois obtiennent tout ce que donnent les désinences. Ces affixes sont peu nombreux et se placent d’une manière uniforme. Mais ce qui suit est encore plus merveilleux. Dans leur langue, par une disposition fort simple, celle du placement, de la disposition des mots dans le corps du discours, un seul et même mot, un substantif, par exemple, peut, en demeurant toujours invariable, devenir successivement adjectif, verbe actif, verbe passif, verbe neutre et même adverbe. Ce système, très-simple au fond, et d’une pratique très-facile, a eu pour effet direct de multiplier singulièrement le nombre des mots de la langue et de la rendre très-riche en expressions, malgré sa pauvreté apparente. L’usage de ce mécanisme ne produit aucune obscurité ou équivoque dans la langue. Au reste, on ne peut étudier la langue chinoise, surtout la langue écrite, sans remarquer aussitôt le rôle des mots selon leur position, ou, si l’on veut, la règle de position 1. La seule chose qui pourrait échapper d’abord à un jeune sinologue, c’est l’importance capitale de cette règle. — Quant aux règles de la syntaxe chinoise, elles sont peu nombreuses et toujours invariables, comme nous le verrons à la IIe partie, au chap. vi, qui a pour titre : Règles de la syntaxe chinoise.

Sur tout le littoral de la Chine, on parle un langage particulier. Ce langage n’est autre chose qu’une corruption de la langue mandarine. Ces idiomes ou ces patois portent en chinois le nom de hiāng tăn 鄉 談 , qui veut dire langage campagnard ou des gens de la campagne. On compte sept ou huit espèces de ces jargons ou patois. Mais trois d’entre eux sont plus connus : ce sont ceux de Canton, du Foŭ kién et du Kiāng nân. Chacun de ces dialectes est assez différent d’un autre pour qu’on ne soit pas compris ailleurs que dans son pays. Ce n’est pas ici le lieu d’indiquer les causes qui ont pu donner naissance à ces patois particuliers. Toutefois, même sur le littoral de l’Empire, où l’on parle ces dialectes, la langue chinoise écrite est identiquement la même que dans tout le reste de l’Empire. On peut s’entendre très-bien en écrivant, si on ne peut le faire en parlant. Lorsque l’on possède la langue mandarine, on apprend très-vite un de ces dialectes particuliers. De l’aveu de tous les sinologues, si l’on est obligé d’apprendre un de ces patois, il vaudrait mieux commencer ses études chinoises par la langue mandarine. Au reste, dans les contrées du littoral, la haute classe de la société chinoise, les fonctionnaires publics, parlent tous la langue mandarine.

Dans le cours de cette Grammaire, nous traduirons par leurs équivalents chinois les termes grammaticaux. C’est en faveur de ceux qui veulent enseigner aux Chinois nos langues et nos sciences de l’Europe. Un jeune sinologue peut ne pas se préoccuper de la traduction de ces mots spéciaux, tant qu’il n’aura pas besoin de les employer.

Notre Grammaire est à l’usage des Européens qui veulent apprendre le chinois. Tel est le motif qui explique l’ordre et la méthode que nous avons adoptés dans tout le cours de cet ouvrage.


En chinois : Tsé lỹ tchē mîn 自立之名, ou Tỹ mîn 體名。

1° Comment les Chinois divisent les mots de leur langue. — 2° Les neuf classes de substantifs chinois. — 3° Du genre dans les substantifs. — 4° Du nombre dans les substantifs. — 5° Des augmentatifs et des diminutifs en chinois. — 6° Des substantifs devenant par position adjectifs, verbes actifs, verbes passifs, verbes neutres, verbes causatifs, adverbes. — 7° Des substantifs doubles ou composés, dont les uns peuvent à volonté être transposés sans changer de sens, et les autres ne le peuvent pas.

COMMENT LES CHINOIS DIVISENT LES MOTS DE LEUR LANGUE

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Les Chinois divisent tous les mots de leur langue en deux grandes classes. La première classe comprend ce qu’ils appellent les mots pleins, chě tsé 實 字, c’est-à-dire les mots qui par eux-mêmes ont une signification propre. Cette classe se subdivise en deux sections : l’une renferme les mots vivants, sēn tsé 生 字, ou bien, hô tsé 活 字, c’est-à-dire, ceux qui expriment les actions, les passions, tels que les verbes; l’autre renferme les mots morts, sè tsé 死 字, c’est-à-dire ceux qui expriment les noms et la qualité des choses, tels que les substantifs et les adjectifs. La deuxième classe comprend ce qu’ils appellent les mots vides, hiū tsé 虛 字, ou bien encore les termes auxiliaires de la parole, tsoú yù 助 語。 La plupart de ces mots vides, de ces termes auxiliaires, sont simplement des particules qui ne sont point absolument essentielles au discours. Leur office est de marquer d’abord les rapports des mots entre eux, de modifier plus ou moins le sens des mots pleins, et surtout de donner de la grâce, de l’harmonie et du poids à la phrase du discours. Pour les Chinois, ces distinctions ont de l’importance, car le mérite littéraire d’une composition chinoise consiste surtout dans l’emploi plus ou moins habile de ces espèces de mots pléniers ou secondaires. Pour un jeune sinologue européen, cette distinction n’a pas la même importance.

Un certain nombre de mots chinois demeurent toujours substantifs. Les autres peuvent, selon leur position dans une phrase, devenir adjectifs, verbes, adverbes, etc. Nous en donnerons des exemples à la fin de ce chapitre.

Pour plus de clarté, en faveur des jeunes sinologues, nous diviserons les substantifs ou noms communs chinois en neuf classes.

Ire CLASSE DE SUBSTANTIFS.

Cette classe de substantifs est la plus nombreuse. Elle comprend tous les substantifs simples, c’est-à-dire tous ceux auxquels on n’adjoint aucun terme auxiliaire ou explétif. Nos lecteurs n’oublieront pas qu’il n’y a point d’article, en chinois, comme, du reste, dans toutes les langues très-anciennes 5.

人 Jên, l’homme, homo.土 Toŭ, la terre, terra.
父 Foú, le père, pater.心 Sīn, le cœur, cor.
母 Moù, la mère, mater.水 Choùy, l’eau, aqua.
子 Tsè, le fils, filius.火 Hò, le feu, ignis.
天 Tiēn, le ciel, cœlum.手 Cheòu, la main, manus.
王 Ouâng, le roi, rex.月 Yuě, la lune, luna.
玉 Yú, la marguerite, lapis pretios.

Cette classe comprend tous les substantifs auxquels on ajoute communément le terme explétif Tsè 子。 Ce terme explétif sert ici à indiquer l’une ou l’autre des trois choses suivantes : 1° que le substantif est pris dans un sens général, indéterminé; 2° que ce mot chinois est un véritable substantif; 3° que les mots de cette classe ne deviennent presque jamais adjectifs. Le terme explétif Tsè 子 s’ajoute de la même manière après les substantifs doubles ou composés, et y remplit le même office.

刀子 Taō tsè, le couteau, cultrum.名子 Mīn tsè, le nom, nomen.
日子 Jě tsè, le jour, dies.夫子 Foū tsè, le maître, magister.
女子 Niù tsè, la femme, mulier.君子 Kiūn tsè, le sage, sapiens.
肚子 Toú tsè, le ventre, venter.法子 Fă tsè, la méthode, methodus.
口子 Keǒu tsè, la bouche, os.果子 Kò tsè, le fruit, fructus.

Cette classe renferme les substantifs qui sont presque tous suivis du mot auxiliaire Teoû 頭。 Ce terme auxiliaire se place, en général, après les noms

qui désignent un objet de forme ronde, circulaire, solide, unie, etc., et après les objets matériels. Souvent aussi ce terme auxiliaire détermine le véritable sens du mot radical.

木 頭 Moŭ teŏu, le bois, lignum.丫 頭 Yā teŏu, la servante, ancilla.
石 頭 Chě teŏu, la pierre, lapis.奶 頭 Laỳ teŏu, la mamelle.
舌 頭 Chě teŏu, la langue, lingua.夫 頭 Foū teŏu, le chef, dux.
日 頭 Jě teŏu, le soleil, sol.枕 頭 Tchěn teŏu, l’oreiller, cervic.
蒜 頭 Souán teŏu, l’ail, allium.碼 頭 Mă teŏu, le port, portus.
行 頭 Hín teŏu, le chef d’orchestre.

Nous groupons, dans une même classe, six espèces de substantifs, auxquels, par une pensée identique, on ajoute un terme auxiliaire spécial, qui indique soit un emploi, soit une profession mécanique ou intellectuelle, soit l’individu ou même toute une classe d’individus. Dans cette quatrième classe, un mot exprime l’action, l’autre désigne l’agent de cette action.

木 匠 Moŭ tsiáng, le charpentier,鐵 匠 Tiě tsiáng, le forgeron, ferra-
faber.rius.
石 匠 Chě tsiáng, le tailleur de pier-畫 匠 Hoá tsiáng, le peintre, pictor.
re, lapicida.雕 匠 Tiāo tsiáng, le graveur, sculp-
工 匠 Kōng tsiáng, l’ouvrier, opifex.tor.
銀 匠 Yîn tsiáng, l’orfévre, argenta-
rius.主 人 Tchoù jên, le maître, herus.
銅 匠 Tŏng tsiáng, le chaudronnier,男 人 Lân jên, l’homme, vir.
ærarius.女 人 Niù jên, la femme, mulier.
鞋 匠 Hây tsiáng, le cordonnier, su-夫 人 Foū jên, l’épouse, uxor.
tor.匠 人 Tsiáng jên, l’ouvrier, artifex.
皮 匠 Pỳ tsiáng, le corroyeur, coria-詩 人 Chē jên, le poëte, poeta.
rius.媒 人 Meŷ jên, l’entremetteur, pro-
錫 匠 Sỹ tsiáng, le plombier, plum-xeneta.
barius.仇 人 Tcheôu jên, l’ennemi, inimicus.
泥 水 匠 Nỳ choùy tsiáng, le maçon,恩 人 Gēn jên, le bienfaiteur, bene-
cæmentarius.factor.
土 匠 Toŭ tsiáng, le potier, figulus.証 人 Tchén jên, le témoin, testis.
瓦 匠 Ouà tsiáng, le tuilier, tegula-差 人 Tchāy jên, le satellite, satelles.
rius.罪 人 Tsoúy jên, le pécheur, peccator.
乞 人 Kỳ jên, le mendiant, mendi-水 手 Choùy cheòu, le marin, nauta.
cus.船 手 Tchouán cheòu, le rameur.
文 人 Ouên jên, l’homme lettré.炮 手 Paó cheòu, le canonnier.
工 夫 Kōng foū, le travail, opus.書 手 Choū cheòu, le copiste, libra-
民 夫 Mîn foū, le porteur, bajulus.rius.
丈 夫 Tcháng foū, le mari, maritus._______
農 夫 Lông foū, le laboureur, agri-儒 家 Joŭ kiā, la secte de Confucius.
cola.道 家 Taó kiā, la secte de Laò tsè.
挑 夫 Tiāo foū, le porte-faix, gerulus.農 家 Lông kiā, la corporation des
轎 夫 Kiáo foū, le porteur de palan-laboureurs.
quin , lecticarius.醫 家 Ȳ kiā, la corporation des mé-
渡 夫 Toú foū, le batelier, navicular.decins.
人 夫 Jên foū, le serviteur, famulus._______
醫 生 Ȳ sēn, le médecin, medicus.
先 生 Siēn sēn, le maître, magister.

Ve CLASSE.

Le nombre des mots primitifs de la langue chinoise étant très-restreint , on les a multipliés par les inflexions de la voix et par les aspirations. Il en résulte un bon nombre de termes homophones dans la langue orale. Chaque terme, chaque idée ayant son caractère spécial, aucune équivoque n’est possible dans la langue écrite. Pour éviter, au contraire, dans le langage parlé , l’amphibologie qui proviendrait soit de ces termes homophones, soit des mots qui pourraient être pris comme verbes, on fait un usage assez fréquent de mots doubles ou de mots composés. L’équivoque, qui serait possible à l’égard de l’un de ces mots tout seuls, ne l’est plus quand ils sont réunis.

De ces mots doubles ou composés, il en est dont les deux termes sont tout à fait synonymes ou à peu près. Dans d’autres, le premier mot renferme l’idée principale, et le deuxième, une idée accessoire. Unis ensemble, ces deux mots rendent la pensée d’une manière plus vive, plus claire et plus nette. Il y a une série de mots doubles dont les deux termes forment toujours entre eux une antithèse. En français cette classe de mots est unie par une des particules conjonctives et, ou. Ces particules ne se rendent jamais en chinois.

Les mots doubles ou composés peuvent , ainsi que les mots simples , selon leur position , devenir adjectifs, verbes, etc. 12.

Tiēn niù 天 女 , la fille du ciel, pour l’hirondelle. Foù yuên 府 園 , le jardin de la ville, pour le préfet.

意 思 Ý sē, la pensée, le dessein, / mens, consilium.衣 裳 Ȳ châng, le vêtement, vestis.
朋 友 Pông yeòu, l’ami, amicus.衣 服 Ȳ foû, le vêtement, vestis.
利 益 Lý y̆, l’utilité, utilitas.恩 祐 Gēn yeóu, la faveur, favor.
牙 齒 Yâ tchě, la dent, dens.瘟 疫 Ouēn yŭ, la peste, pestis.

耳 朶 Eùl tò, l’oreille, auris.記 性 Ký sín, la mémoire, memoria.
眼 睛 Yèn tsīn, l’œil, oculus.孝 敬 Hiáo kín, la piété, pietas.
本 分 Pèn fén, le devoir, munus.

父 母 Foú moù, le père et la mère.買 賣 Maỳ maý, le marchand en dé- / tail.
男 女 Lân niù, l’homme et la femme.
天 地 Tiēn tý, le ciel et la terre.是 非 Ché feȳ, le bien et le mal.
兄 弟 Hiōng tý, le frère aîné et le / frère cadet.長 短 Tchăng touàn, le bien et le mal.
東 西 Tōng sȳ, l’Orient et l’Occident.上 下 Cháng hiá, le haut et le bas.
好 歹 Haò taỳ, le bien et le mal.左 右 Tsò yeóu, la droite et la gau- / che 12.

VIe CLASSE.

Cette classe de substantifs, assez nombreux et assez élégants, offre une grande analogie avec un certain nombre de mots anglais composés, v. g. rock fish, poisson de rocher; bloody-bay, baie du sang; bank-bill, billet de banque; sea port, port de mer, etc. Si l’on transposait un mot, le sens serait tout changé, et quelquefois même les mots n’auraient plus de sens.

書 房 Choū fâng, la bibliothèque. / Littér. : la maison des li- / vres.晚 飯 Ouàn fán, le souper. Litt. : le / riz du soir.
天 神 Tiēn chên, l’ange. Litt. : l’es- / prit du Ciel.天 主 Tiēn tchoù, Dieu. Litt. : le Sei- / gneur du Ciel.
早 飯 Tsào fán, le déjeuner. Litt. : / le riz du matin.家 主 Kiā tchoù, le maître.
午 飯 Où fán, le dîner. Litt. : le riz / , du midi.口 才 Keŏu tsây, l’éloquence. Litt. : / l’habileté de la bouche.
天 堂 Tiēn tâng, le Ciel ou le pa- / radis.

信 德 Sín tĕ, la foi. Litt. : la vertu / de la foi.時 菓 Chê kò, une primeur. Litt. : le / fruit du temps.
望 德 Ouáng tĕ, l’espérance. Litté- / ralement : la vertu de l’es- / pérance.外 教 Ouáy kiaó, le paganisme. Litt. : / la religion du dehors.
愛 德 Gaý tĕ, la charité. Litt. : la / vertu de la charité.裂 教 Liĕ kiaó, l’hérésie. Litt. : la / religion qui a brisé.
靈 牧 Lîm moŭ, le prêtre. Litt. : le / pasteur de l’âme.左 道 Tsò taó, l’erreur. Litt. : la doc- / trine de gauche.
煉 獄 Lién yoŭ, le purgatoire. Litt. : / le lieu de la purification.天 主 教 Tiēn tchoù kiaó, le chris- / tianisme. Litt. : la reli- / gion du maître du Ciel.

VIIe CLASSE.

Les Chinois ont eu l’ingénieuse idée de grouper sous certains chefs caractéristiques les noms des différentes familles qui composent l’histoire naturelle. C’est comme une division par famille, qui aide singulièrement à retenir tous les noms qui en font partie. Ainsi, les noms d’arbres ont été groupés sous la clef d’ arbre; ceux des plantes sous la clef du mot herbe, plante; ceux des poissons sous la clef de poisson, etc. Chaque fois qu’on rencontre un caractère ayant une semblable clef, on sait d’avance qu’il s’agit généralement d’un arbre, d’une plante, d’un poisson, etc. Il ne reste plus que l’espèce à déterminer.

栢 樹 Pĕ choú, le cyprès, cupressus.鰈 魚 Kò yû, la morue, morua.
李 樹 Lý choú, le prunier, prunus.鯖 魚 Chê yû, le maquereau, scomber.
桃 樹 Táō choú, le pêcher, malus per- / sica.鯊 魚 Chā yû, le requin, squalus.
栗 樹 Lỳ choú, le châtaignier, cas- / tanea.鯨 魚 Kīn yû, la baleine, balæna.
梨 樹 Lŷ choú, le poirier, pirus.花 石 Hoā chĕ, le marbre, marmor.
松 樹 Sōng choú, le pin, pinus.玉 石 Yú chĕ, le jade.
磚 石 Tchēy chĕ, le jaspe, jaspis.
鯉 魚 Lỳ yû, la carpe, carpio.磁 石 Tsĕ chĕ, le kaolin, magnes.

VIIIe CLASSE.

En ajoutant à certains verbes chinois la particule tché 者, qui, ille, on obtient une classe de substantifs assez nombreux. Cette particule fait du verbe une espèce de participe présent, que l’on emploie substantivement. Ce genre de substantif est élégant et même énergique en chinois. Toutefois on n’en fait guère usage que dans la langue écrite. Ainsi, croire, credere, se dit en chinois

sín 信。 Si l’on ajoute à ce verbe la particule tché 者, on aura : sín tché, le croyant ou celui qui croit, credens.

信 者 Sín tché, le fidèle, credens.渴 者 Kŏ tché, celui qui a soif, sitiens.
洗 者 Sỳ tché, le baptiseur, baptista.有 才 者 Yeòu tsāy tché, celui qui a / du talent, doctus.
使 者 Chè tché, l’envoyé, legatus.有 貌 者 Yeòu maó tché, celui qui est / beau, pulcher visu.
苦 者 Koŭ tché, Celui qui souffre, / patiens.生 物 者 Sēn oŭ tché, celui qui crée, / créator 12.
饑 者 Kȳ tché, celui qui a faim, esu- / riens.

IXe CLASSE.

Voici une classe de mots doubles ou composés, qui a un cachet exclusivement chinois. Soit dans la langue parlée, soit dans la langue écrite, on en fait un très-grand usage. Cette classe de mots est fondée sur les idées générales de la cosmogonie chinoise, en conformité avec les maximes des plus anciens rois du pays. Dès les temps les plus reculés, les Chinois, à tort ou à raison, ont cru trouver des rapports entre le ciel et la terre, entre les choses spirituelles et les objets matériels. Ils ont établi de la sorte des distinctions plus ou moins systématiques que l’on trouve à chaque page de leurs anciens livres. Tous les mots composés de cette classe de substantifs sont employés comme noms collectifs, indiquant la pluralité, la totalité. Chaque fois que l’on cite ou que l’on rencontre un de ces termes collectifs, il est évident que la phrase doit être entendue ou traduite au pluriel.

Ainsi, par exemple, la Chine était autrefois divisée en neuf grandes provinces que l’on désignait par ces mots : Kièou Tcheōu 九 州, les neuf régions. Aujourd’hui encore, un Chinois se sert de ce mot pour désigner tout l’Empire actuel. — Les Chinois ont coutume de rapporter en général toutes les couleurs à cinq espèces, où sĕ 五 色, quinque colores. Si l’on veut dire en chinois toutes les couleurs sans exception, on dit simplement : où sĕ 五 色, les cinq couleurs. Pour les Chinois, les éléments pris dans leur généralité sont au nombre de cinq : où hîn 五 行。 A présent encore, il suffit d’employer cette expression pour désigner tous les éléments sans exception.

Nous avons fait un recueil, en forme de tableau, avec une explication his- 12 Quelques substantifs chinois sont formés comme le suivant :

Verbe actif.Verbe passif.Substantif.
Tsáo 造, créer.Cheóu tsáo 受 造, être / créé, creari.Cheóu tsáo tŷ 受 造 的, / les créatures, creaturæ.

torique, de cette sorte de noms collectifs chinois, les plus usités, en suivant l’ordre des nombres cardinaux. Nous renvoyons ce tableau à la fin de la Grammaire, où l’on pourra le consulter quand besoin sera, sous la note C, avec le le titre de : Tableau des noms collectifs doubles ou composés, selon leur ordre numérique.

III. — DU GENRE DANS LES SUBSTANTIFS. Louý12.

La juste application des genres est une des grandes difficultés dans l’étude des langues. Cette difficulté n’existera pas pour un jeune sinologue. La langue chinoise n’admet aucun genre ni dans les noms communs ni dans les adjectifs. Lorsqu’on a besoin d’établir la distinction du sexe parmi les êtres intelligents ou inintelligents, on se sert de quelques expressions particulières, que l’on ajoute au nom dont on veut déterminer le genre.

Ainsi, le mot lân ou nân 男 désigne, en chinois, les êtres intelligents du sexe masculin. On dira : Un homme, lân jên 男 人; un jeune enfant, lân ouā ouā 男 娃 娃 ou lân ŷn hiây 男 嬰 孩。 Le mot niù 女 indique le sexe féminin : une femme, niù jên 女 人; une petite fille, niù ouă ouă 女 娃 娃

Les noms qui expriment la parenté, l’alliance, sont exprimés en chinois de manière à désigner toujours le genre. Le mot générique tsīn 親, indiquant la parenté, est aussi un terme affectueux que les enfants ajoutent presque toujours au nom des parents en parlant d’eux. Mon père, meus pater, ngò tŷ fo i tsīn 我 的 父 親 : ma mère, mea mater, ngò tŷ moù tsīn 我 的 母 親。

Quant aux êtres animés et inintelligents, il y a pareillement quelques termes spéciaux qui désignent les sexes chaque fois que le nom commun ne le fait pas suffisamment. Ainsi, les mots kōng 公 et moù 牡 servent à désigner les quadrupèdes mâles; les mots pīn 牝 et moù 母, les quadrupèdes femelles. Le mot hiông 雄 désigne le mâle chez les oiseaux, et celui de tsê 雌, la femelle.

En général, la langue chinoise écrite est fort riche en expressions variées. Elle n’a pas seulement des caractères pour désigner le sexe des êtres animés, mais elle en a pour marquer, dans un grand détail, leurs qualités ou leurs défauts. Par exemple, 馬 veut dire cheval; 𩡺, un cheval de 8 ans; hán 駻, un cheval de 6 pieds de haut; chuén 馴, un cheval doux; 駱,

cheval blanc dont la queue est noire. Le même caractère, avec une légère variante, exprime ces différentes qualités.

IV. — DU NOMBRE DANS LES SUBSTANTIFS. Soú 數。 { Tān soú 單 數, ou I. Du nombre singulier : { Chaò soú 少 數。

Le singulier, dans la langue chinoise, n’a aucun signe particulier, tous les mots chinois étant invariables.

II. Du nombre pluriel : Tō soú 多 數。

Le génie de la langue chinoise est tel que, très-souvent, on n’emploie aucun signe pour désigner le pluriel, sans qu’il en résulte d’équivoque. L’en- semble de la phrase, le contexte, indiquent, en général, d’une manière assez claire le nombre pluriel. Cependant, lorsque l’on veut marquer le pluriel en chinois, il y a cinq manières de le faire : 1° Dans la langue parlée, on emploie souvent le mot mên 們, qui s’ajoute soit au substantif, soit au pronom personnel. Ainsi : l’homme, jên 人; les hommes, jên mên 人 們; je ou moi, ngò 我; nous, ngò mên 我 們。 Dans la langue écrite, on emploie souvent la particule tèn 等, au lieu de mên 們: nous, ngò-tèn 我 等。 2° Le pluriel se fait souvent, en chinois, comme dans l’hébreu, par la simple répétition du mot au singulier. Ainsi :

人 jên, l’homme, homo. | 刻 刻 kě kě, tous les moments, à 人 人 jên jên, les hommes. | chaque instant. 天 tiēn, le jour, dies. | 家 kiā, la famille, familia. 天 天 tiēn tiēn, tous les jours, cha- | 家 家 kiā kiā, toutes les familles. que jour. | 處 tchoŭ, le lieu, locus. 年 niên, l’année, annus. | 處 處 tchoŭ tchoŭ, partout, en tout 年 年 niên niên, tous les ans, cha-| lieu. que année. | 個 kó, un, unum. 時 chê, le temps, tempus. | 個 個 kó kó, chaque, chacun. 時 時 chê chê, en tout temps, tou-| 字 tsé, caractère, caracter. jours. | 字 字 tsé tsé, tous les caractères. 刻 kě, le moment, momentum. |

3° Très-souvent, en chinois, soit dans la langue orale, soit dans la langue écrite, le pluriel est suffisamment indiqué par des noms collectifs qui se placent les uns avant le substantif, les autres après. La position de ces mots

collectifs ne peut être intervertie à volonté; on changerait le sens de la phrase en le faisant. Voici les principaux de ces collectifs qui font le pluriel. Les six noms collectifs suivants se placent toujours avant le substantif. Tō 多, un bon nombre, beaucoup, multùm, multi; bien des gens, multi hominum, tō tō tỷ jên 多 多 的 人。 Tchóng 衆, tous, omnes; tous les hommes, chacun, tchóng jên 衆 人; tous disent, omnes aiunt, tchóng jên chŏ 衆 人 説; tous les chrétiens ne sont pas des saints, tchóng kiaó yeòu poŭ ché chén jên 衆 教 友 不 是 聖 人。 Tchoū, 諸 tous, omnes; tous les philosophes, tchoū tsè 諸 子; toutes les familles, omnes familiæ, tchoū kiā 諸 家; tous les moyens, omnes modi, tchoū pān 諸 般。 Soú 數, nombre de, plurimi; quelques, aliquot; nombre de gens, soú jên 數 人; quelques jours auparavant, soú jě tsiên 數 日 前。 Kỳ 幾, quelques, aliquot; quelques hommes, kỳ kó jên 幾 個 人; quelques paroles, kỳ kiú hoá 幾 句 話。 Choú 庶, tous, beaucoup, omnes, plurimi. (Ce dernier mot collectif ne s’emploie guère que dans les livres.) Tous les lettrés, choú sé 庶 士。 Les cinq noms collectifs suivants se placent toujours après le substantif. Toū 都, tous, omnes, omninò. Les hommes et les femmes sont tous venus, lân niù toū laŷ leào 男 女 都 來 了; tous venaient le féliciter, jên toū laŷ hó tā 人 都 來 賀 他。 Souvent on sous-entend le sujet, et l’on dit simplement : ils sont tous venus, toū laŷ leào 都 來 了。 Il n’en veut pas du tout, toū poŭ yaó 都 不 要。 Kiāy 皆, tous, omnes. Tous les hommes ont des frères, jên kiāy yeòu hiōng tý 人 皆 有 兄 弟。 Kiú 俱, tous, omnes. Son père et sa mère sont tous morts, foú moù kiú kó ché leào 父 母 俱 過 世 了。 Les vers des trois amis sont-ils tous achevés? sān hiōng chē kiú ouân leào mô? 三 兄 詩 俱 完 了 麼? Toutes ces raisons sont de purs prétextes, tché sỹ hoá kiú ché ché tsě 這 些 話 俱 是 飾 詞。 Hân (ou) hiên 咸, tous, omnes. Tous les royaumes sont en paix, ouán kouě hiên līn 萬 國 咸 寧。 Kiēn 兼, tous. Sa vertu et sa beauté sont égales, tě máo kiēn tsuền 德 貌 兼 全。 4° Il y a, dans la langue chinoise, certains mots qui désignent par euxmêmes la multitude, la foule, une agrégation. Comme les noms collectifs, ces mots chinois font aussi l’effet du pluriel. Il faut en dire autant des noms de nombre. Ainsi les mots mîn 民, peuple, kiűn 羣, troupeau, pě 百, cent,

tsiēn 千, mille, ouán 萬, dix mille et autres noms de nombre, indiquent suffisamment le nombre pluriel dans une phrase. Pě kouān 百 官, les cent mandarins, c’est-à-dire tous les mandarins. Ouán mîn 萬 民, les dix mille peuples, c’est-à-dire tous les peuples. Tous les substantifs composés de la IXe classe sont regardés comme des noms collectifs, et ils font en chinois la marque du pluriel. Pareillement, en chinois, l’universalité se désigne souvent et même plus élégamment par deux négations, oǔ poŭ 無 不 ou mô poŭ 莫 不. Exemple : Chacun sait, quisque scit, se tourne en chinois par : il n’est personne qui ne sache : oǔ yeòu jên poŭ tchē táo 無 有 人 不 知 道, littéralement : non esse homo non sciens. Les mots oǔ et poŭ sont les deux négations. Dieu est partout. En chinois, il est plus élégant et plus expressif de dire : il n’est aucun lieu où Dieu ne soit pas, Tiēn Tchoù oǔ sò poǔ tsaý 天 主 無 所 不 在; Dieu sait tout : il n’est rien que Dieu ne sache, Tiēn Tchoù oǔ sò poǔ tchē 天 主 無 所 不 知. 5° On se sert, mais surtout dans les livres, de quelques comparaisons, qui font l’office du pluriel par leur idée d’agrégation. Par exemple : joǔ lîn 如 林, comme les arbres d’une forêt; joǔ chān 如 山, comme des montagnes. Jên chān jên haỳ 人 山 人 海, une grande multitude d’hommes.

DES AUGMENTATIFS ET DES DIMINUTIFS EN CHINOIS

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Dans les langues à flexions, il y a deux manières d’exprimer l’augmentation ou la diminution du sens, soit dans les substantifs, soit dans les adverbes. La première consiste à employer quelques particules adverbiales, comme cellesci de la langue française : bien, fort, très, peu, guère, etc. La deuxième est l’emploi de mots à terminaisons particulières. Ainsi, aiguillon, médaillon, sont des augmentatifs d’aiguille, de médaille; grandiose est un augmentatif de grand; maisonnette, fillette, sont des diminutifs de maison, de fille. En chinois, on se sert de particules que l’on ajoute au mot. Voici les onze particules d’un usage plus fréquent pour former les augmentatifs. Ces particules ne peuvent être employées indifféremment l’une pour l’autre, bien que, dans les exemples ci-dessous, leur signification puisse sembler la même. L’usage indique peu à peu à un jeune sinologue la manière de s’en servir. Ces particules ont aussi, quant au degré de signification, une valeur différente; sans parler de l’euphonie, on ne peut, dans notre langue française si morte, faire ressortir les nuances de signification de chacun de ces mots chinois.

1re série. — Augmentatifs chinois.

1° La particule taý 太 est souvent employée.

EXEMPLES : Vous venez très-matin. Ngỳ laŷ tě taý tsào 你 來 得 太 早。 Ne soyez pas si modeste. Poŭ yaó taý kiēn 不 要 太 謙。 Ses lèvres sont très-vermeilles; il n’a pas de barbe. Tsoùy cháng taý kouāng; mǒ yeòu hoû tsè 嘴 上 太 光。 沒 有 鬍 子。 Voilà une chose très-singulière. Tché taý kȳ leào 這 太 奇 了。 2° La particule chén 甚 est d’un fréquent usage dans les livres, surtout dans les livres classiques. EXEMPLES : La malice du fourbe est plus redoutable que la panthère. Kiēn jên tohē ngǒ chén yû tchãy 奸 人 之 惡 甚 于 豺。 Cela est bien étonnant! Chén ché kȳ kouáy 甚 是 奇 怪。 Il n’est pas bien perspicace. Ouên lỳ poŭ chén tǒng teóu 文 理 不 甚 通 透。 3° La particule tsoúy 最 qui veut dire : très, bien, beaucoup, s’emploie autant dans la langue orale que dans la langue écrite. EXEMPLES : Cela est admirable. Tsoúy miáo 最 妙。 Très-grand. Tsoúy tá 最 大。 Cela est excellent. Tsoúy haò 最 好。 4° La particule tsuě 絕, bien, grand, beaucoup, absolument, s’emploie également dans la langue orale, mais plus encore dans la langue écrite. EXEMPLES : Le conseil est bien bon, consilium optimum est. Tsuě miáo tỹ tchoù ý 絕 妙 的 主 意。 Il n’y avait aucun homme, ne quidem unus homo. Tsuě oǔ y̌ jên 絕 無 一 人。 Ce lieu est absolument désert, locus desertus. Tsuě oǔ jên kiū 絕 無 人 居。 5° L’adjectif haò 好, bien, bon, etc., s’emploie souvent comme augmentatif, mais avec le sens de l’étonnement, de l’admiration. EXEMPLES : Qu’il est grand! Haò tá 好 大。 Quelle grande sottise! Haò hoû chǒ 好 胡 說。 6° La locution chě fēn 十 分, dix parties, est d’un usage très-fréquent, soit dans la langue parlée, soit dans la langue écrite. EXEMPLES : Louer beaucoup quelqu’un, impensé laudare. Chě fēn tsán meỳ tã. 十 分 讚 美 他。

Il avait l’air très-fin, erat nitidus et ornatus. Sēn tě chě fēn tsīn sieóu, 生得十分清秀。 7° L’expression poŭ kó 不過, au-delà de tout, fait un augmentatif trèsénergique. EXEMPLES : Juste au plus haut degré. Kōng taó poŭ kó tỹ. 公道不過的。 Il est ennuyeux au possible, molestissimus homo. Laò taó poŭ kó 老到 不過。 8° La particule tě 忒, bien, beaucoup, est surtout employée dans les livres. Elle est comme une variante de taý 太, quant au sens. EXEMPLES : J’ai bu trop vite. Tsieòu tě tchě kỹ leào 酒忒喫急了。 Vous prenez les choses trop à cœur, nimis afficeris. Ngỳ ỳ tě tō sīn 你也 忒多心。 9° La particule augmentative kỹ 極 est plus spécialement en usage dans les livres. EXEMPLES : C’est bien parler. Chǒ tě kỹ ché 說得極是。 Rien n’est plus risible, nihil cachinnis dignius. Tohé ỳ kǒ siáo kỹ leào 這也 可笑極了。 10° Les particules ohă 煞 ou ohă 殺 et sè 死 produisent en chinois un sens augmentatif analogue à celui de nos mots français : mourir de joie, de tristesse, tuer quelqu’un de douleur. EXEMPLES : Il est aimable à faire mourir. Ché gaý tě jên chă tỹ 是愛得人殺的。 Vous êtes trop simple. Ngỳ ỳ chă laò chě leào 你也煞老實了。 Il meurt tout en vie. Tã hò hò sè 他活活死。 11° Le mot cháng 上 sert aussi d’augmentatif, soit dans la langue parlée, soit dans la langue écrite. EXEMPLES : Il a un peu plus de dix-sept ans. Chě tsỹ soúy y̌ cháng 十七歲以上。

2e série. — Des diminutifs en chinois.

1° Le mot chinois eûl 兒 (enfant, petit) ajouté à un substantif, sert à former une classe nombreuse de diminutifs, surtout dans la langue orale. EXEMPLES : Un petit enfant, parvulus. Hiây eûl 孩兒。 Un petit coffre, arcula. Hô eûl 盒兒。

Une petite table, mensula. Tohŏ eûl 桌兒。 Un caillou, lapillulus. Chě eûl 石兒。 Une petite pierre précieuse. Yú eûl 玉兒。

2° L’adjectif siào 小, petit, répété, forme le diminutif tout petit tout petit, ou un petit peu.

Un tout petit couteau. Siào siào taō tsè 小小刀子。 Il est très-jeune. Niên ký siào siào 年紀小小。(Se dit au physique et au figuré.)

3° Le mot sỹ 些 veut dire : un peu, quelque peu, parum. Si on le répète, on aura un diminutif expressif, en usage surtout dans la langue orale, sỹ sỹ tỹ 些些的。

Il va un peu mieux. Tā haò leào sỹ 他好了些。 Il y a un peu d’inconvénient. Yeoù sỹ poŭ hào 有些不好。 Un tout petit peu. Y̌ sỹ sỹ tỹ 一些些的。.

4° Le mot tièn 點, point, punctum, répété, a le même sens que le précédent, un tout petit peu, ou très-peu.

Très-peu d’eau. Y̌ tièn tièn choùy 一點點水。 Un tout petit peu de vin. Y̌ tièn tièn tsieòu 一點點酒。

5° Les mots suivants répétés forment aussi chacun un diminutif, savoir : liŏ 略, sý 細, ouŷ 微, chaò 稍, etc.

Savoir très-peu. Liŏ liŏ tchē taó 略略知道。 Il a tout raconté en détail. Sý sý chŏ leào y̌ piēn 細細說了一篇。 J’en ai entendu quelque petite chose. Littér. : J’ai entendu, en somme, une ou deux paroles. Liŏ ouên y̌ eûl 略聞一二。 Prendre une petite collation. Siào tohŏ sān peȳ 小酌三杯。

6° Les Chinois font des diminutifs assez élégants, en se servant des noms de mesure, de poids, etc., dont on indique une petite quantité de l’un d’eux.

Les petits enfants savent tous que cela est mauvais. Sān tchě tŏng tsè kiāy tchē kŏ oú 三尺童子皆知可惡。 Si j’obtiens un peu d’avancement. Tăng tě y̌ tsěn tsín 儻得一寸進。 Il était un peu excité par le vin. Tā yeòu sān fēn tsieòu hín 他有三分 酒興。

Ayez un peu de patience. Tchè ché jèn laý sān fēn 只是忍耐三分。 Il n’a pas un brin (littér. : un poil) d’humanité. Oŭ y̌ haô tsīh lỳ 無一 毫清理。

DES SUBSTANTIFS OU NOMS COMMUNS DEVENANT, PAR POSITION, ADJECTIFS, VERBES, ADVERBES

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Ce mécanisme si simple, si ingénieux, qui consiste à faire jouer divers rôles dans le discours à un même mot, est surtout l’apanage de la langue chinoise. On trouve sans doute dans plusieurs langues des cas de ce genre, mais ils ne sont pas d’une application aussi étendue, ni aussi fréquente que dans la langue chinoise. Par cette règle de position des mots, la langue chinoise acquiert une souplesse et une abondance excessives. Avec un petit nombre de mots, les Chinois ont su exprimer toutes les idées, de même qu’avec un nombre très-limité de traits, ils ont formé un corps merveilleux d’écriture.

Nous allons donner quelques exemples de ce mécanisme de la règle de position, appliquée aux substantifs ou noms communs. Nos lecteurs auront ensuite, à chaque pas, dans le cours de leurs études sinologiques, l’occasion de faire les remarques de ce rôle des mots chinois, selon leur place dans le discours.

1re série. — Noms communs devenant, par position, adjectifs

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La nature humaine, humana natura. Jên sín 人性。 Le genre humain, humanum genus. Jên loúy 人類。 On voit dans ces exemples le substantif homme, jên 人, devenu l’adjectif humain, ne.

Yuên tsoúy 原罪, le péché originel. Le mot yuên signifie : origine, ra- cine, source. Dans ce cas, il devient l’adjectif originel. Yâng joŭ 羊肉, ovilla caro, viande de mouton. Pèn ý 本意, propre intention. Le mot pèn, racine, devient l’adjectif propre, personnel. Nieôu joŭ 牛肉. Bovilla caro, viande de bœuf. Tchoū joŭ 猪肉. Porcina caro, viande de porc. Kȳ joŭ 鷄肉. Gallina caro, viande de poule. Chacun des substantifs yâng, mouton, nieôu, bœuf, tchoū, porc, kȳ, poule, est devenu ici adjectif.

2e série. — Substantifs ou noms communs devenant, par position, verbes actifs.

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Les substantifs, qui deviennent verbes actifs, changent, en général, leur ton ordinaire; ils passent au 4e ton, au kiú chēn 去聲, qui est celui du mouve-

ment. En bonne règle, on devrait mettre un accent à ces caractères pour indiquer ce changement; on ne le fait guère que dans les livres élémentaires à l’usage des étudiants. Les substantifs, qui deviennent verbes actifs, sont fort nombreux. Il en est qui, non-seulement changent de ton et d’acception, mais de prononciation. Ainsi le mot yŏ 樂, musique, musica, deviendra lŏ, se réjouir, lætari.

1° Par le changement de ton : Régnez dans mon cœur. Ouáng tsaý ngò sīn loúy 王在我心內。 Le mot ouâng 王, roi, rex, est devenu ici le verbe régner, ouáng, au 4e ton. Il n’y a pas de nom par lequel on puisse le nommer. Oŭ mīn kŏ mín 無名 可名。 Non est nomen quo possint nominare (eum). Le peuple ne trouva pas de nom à lui donner. Mīn oŭ lên mín yēn 民無 能名焉。 Populus non potuit nominare eum. Dans ces deux exemples, le substantif mīn 名, nom, nomen, est devenu le verbe nommer, désigner, au 4e ton. Le mot yēn qui termine ce dernier exemple est purement euphonique et ne s’emploie que dans la langue écrite. Il peut se marier. Tā kŏ tsȳ́ tsȳ́ ỳ 他可妻妻也。 Le substantif tsȳ́ 妻, épouse, uxor, est devenu ici le verbe épouser, se ma- rier. Le mot final ỳ est pour la cadence de la phrase. 2° Par le changement de prononciation.

Il entend la musique sans se réjouir. Tā ouên yŏ poŭ lŏ 他聞樂不樂。 Le mot yŏ, musique, est devenu lŏ, lætari. Marquer un criminel du fer chaud sur la figure. Tsȳ́ tsé 刺字. Le mot tsé épine, spina, est devenu ici le verbe tsȳ́, acu pungere. Députer quelqu’un. Tà tchāy jên 打差人。 Le mot tchā 差 erreur, er- ror, est devenu le verbe tchāy, députer, envoyer, ablegare. Publier un édit. Tchoū kaó ché 出告示. Le mot ký est devenu ici le verbe ché, avertir, signifier par écrit.

3e série. — Substantifs ou noms communs devenant, par position,

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verbes passifs.

Ce n’est que dans la langue écrite qu’on rencontre des exemples de ce genre. L’amphibologie que ces exemples feraient naître dans la langue orale produit un effet tout différent dans la langue écrite.

Si celui qui occupe le premier rang dans l’État se conforme aux rites, alors le peuple est facilement gouverné. Cháng haó lý tsě mīn ý ohè ỳ 上好禮

則 民 易 使 也。 Littéralement : Si superiores amant ritus, tunc populus facilè gubernatur. Le verbe chè 使 est devenu ici verbe passif. Le mot ỳ 也, qui termine la phrase est seulement pour l’euphonie. Hélas! une liaison affectueuse de quatre années est rompue en une matinée! Kǒ liên! sé niên sē gaý ỳ tán kuě tsuě 可 憐 四 年 思 愛 一 旦 決 絕。 Littéralement : Eheu! quatuor annorum necessitudo sic uno die abrumpitur. Le mot tsuě 絕, rumpere, est devenu ici verbe passif. Il fut trompé par quelque fourbe. Ouŷ kiēn jên yû leào 為 奸 人 愚 了。 Littéralement : à deceptore homine deceptus fuit.

4e série. — Substantifs ou noms communs devenant, par position,

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verbes neutres.

Le sage n’est pas un ustensile vulgaire. Kiūn tsè poŭ kŷ 君 子 不 器。 Le peuple est tranquille. Mîn gān 民 安。 La vertu du sage est comme le vent. Kiūn tsè tchē tě fōng 君 子 之 德 風。 Les premiers qui firent des progrès dans les rites sont regardés comme des hommes grossiers. Siēn tsín yû lý yè jên ỳ 先 進 於 禮 野 人 也。 Aimez la vertu et le peuple sera bon. Yoǔ chán eûl mîn chán ỳ 欲 善 而 民 善 矣。 Ceux qui connaissent la vertu sont rares. Tchē tě tchě sièn ỳ 知 德 者 鮮 矣。

5e série. — Substantifs ou noms composés devenant, par position,

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adverbes.

A la vérité, je ne devais pas refuser. Pèn laỳ poŭ tāng tsě 本 乃 不 當 辭。 Le substantif pèn 本 est devenu ici l’adverbe equidem. J’ai une affaire dont je devrais naturellement charger un ami de vous parler. Ngò yeòu sé, pèn tāng tǒ y̆ kó pǒng yeòu 我 有 事 本 當 托 一 个 朋友。 Aller à pied, pedetentim ire. Poú hîn kó laŷ 步 行 過 來。 Le mot poú, en français, pas, passus, est devenu ici adverbe, pedetentim.

SUBSTANTIFS DOUBLES OU COMPOSÉS QUI PEUVENT

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OU NE PEUVENT PAS ÊTRE TRANSPOSÉS SANS CHANGER DE SENS.

Dans la langue orale, pour éviter les équivoques que produiraient parfois les termes homophones de la langue, on se sert de mots doubles ou composés. Il y a une série de ces mots dont on peut transposer l’ordre sans changer le sens.

L’usage apprend peu à peu quels sont ces mots doubles. Il suffira d’appeler sur ce point l’attention d’un jeune sinologue, en donnant ici quelques exemples.

1re série. — Substantifs doubles ou composés dont on peut à volonté

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intervertir l’ordre.

Se réjouir, gaudere. Hỳ houān 喜 歡, ou bien, houān hỳ 歡 喜。 Aller et venir, ire et redire. Ouàng laŷ 往 來, ou laŷ ouàng 來 往。 Le libre arbitre, liberum arbitrium. Tchoù tchāng 生 張, ou tchāng tchoù 張 主。 La poule, gallina. Moù kȳ 姆 雞, ou kȳ moù 雞 姆。 Frapper gravement, graviter percutere. Tà tchóng 打 重, ou tchóng tà 重 打。 Les élèves non gradués. Tŏng sēn 童 生, ou sēn tŏng 生 童。

2e série. — Mots composés dont le sens change si l’on intervertit

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leur ordre.

Chŏ hoá 說 話, parler, dire, loqui. — Hoá chŏ 話 說, l’histoire dit, on raconte, historia ait. Loú cháng 路 上, en route, in viâ. — Cháng loú 上 路, se mettre en route. Y̆ tsieòu peȳ 一 酒 盃, un verre à boire le vin. — Y̆ peȳ tsieòu 一 盃 酒, un verre plein de vin. Hiá mà 下 馬, descendre de cheval, ex equo descendere. — Mà hiá 馬 下, être sous le cheval, sub equi pedibus. Pán kīn 半 斤, une demi-livre, dimidia libra. — Kīn pán 斤 半, une livre et demie, una libra cum dimidiâ. Hiá cheòu 下 手, commencer, incipere. — Cheòu hiá 手 下, être sous le pouvoir de quelqu’un, sub ditione esse. Mién tsiěn 面 前, en présence, coram. — Tsiěn mién 前 面, la partie antérieure du visage, anterior facies. Tý hiōng 弟 兄, les frères. — Hiōng tý 兄 弟, le frère cadet.

3e série. — Mots composés qui n’auraient plus de sens si l’on

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intervertissait leur ordre.

Cette classe de mots doubles est fort nombreuse; en voici seulement quelques exemples :

多 少 Tō chaō, beaucoup, nombreux, plurimi, ùm.恩 赦 Gēn ché, les indulgences, indulgentiæ.
好 歹 Haò taỳ, le bon et le mauvais, vitia.祕 跡 Pỳ tsÿ, les sacrements, sacramenta.
是 非 Ché feȳ, le vrai et le faux, vitia.銀 錢 În tsiěn, l’argent en général, argentum.
道 理 Taó lỳ, la doctrine, doctrina.本 分 Pèn fén, le devoir, munus, officium.
異 端 Ý touān, les superstitions, su-perstitiones.忿 怒 Fén loú, la colère, ira.
慣 習 Koùán sỹ, l’habitude, consuetudo.齋 期 Tchaȳ kȳ, les jours de jeûne, tempus jejunii.
瞻 禮 Tchān lỳ, la fête, festum.眼 睛 Yèn tsīn, l’œil, oculus.
時 侯 Chê heóu, le temps, tempus.

Chacun de ces mots n’aurait plus de sens si on intervertissait leur ordre. Il en serait de même pour la plupart des verbes composés ou à doubles mots.

4e série. — Exemples de mots composés qui ne perdraient pas leur signification par la transposition, mais que l’usage a consacrés

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天 地 Tiēn tý, le ciel et la terre.富 貴 Foú kouý, le riche et le noble.
日 月 Jĕ yuě, le soleil et la lune.清 濁 Tsīn tchŏ, le clair et l’obscur.
高 下 Kaō hiá, le haut et le bas.晝 夜 Tcheóu yé, le jour et la nuit.
陰 陽 În yâng, le principe mâle et le principe femelle.貴 賤 Kouý tsién, le noble et le vil.
父 母 Foú moù, le père et la mère.長 短 Tchǎng touàn, le long et le court. Au figuré, les défauts.
善 惡 Chán ngŏ, le bien et le mal.

En déplaçant un de ces mots composés, le sens existerait de même, mais l’euphonie, à laquelle les Chinois attachent la plus haute importance, serait brisée. L’usage a, d’ailleurs, consacré cet ordre. Il pourrait, en outre, arriver que, par le déplacement de l’un des mots doubles de ce genre, ce mot changeât de rôle, et devînt verbe neutre; le ton et la signification, dans ce cas-là, seraient différents.

Nous avons surtout pour but l’utilité pratique de nos lecteurs. Bien que les exemples suivants puissent paraître d’une minime importance à divers points de vue, nous n’en jugeons pas ainsi. On retient plus promptement les mots chinois ainsi groupés, et l’on en fait plus vite une grande variété d’applications.

東 Tōng, l’Orient, Oriens.西 Sȳ, l’Occident, Occidens.
北 Pě, le Nord, Septentrio.南 Lân, le Midi, Meridies.
經 Kīn, le Nord-Sud.維 Ouŷ, l’Est-Ouest.
晝 Tcheóu, le jour, dies.夜 Yé, la nuit, nox.
生 Sēn, la vie, vita.死 Sè, la mort, mors.
丈 Tcháng, le mari, maritus.婦 Foú, la femme, uxor.
賞 Chàng, la récompense, prœmium.罰 Fǎ, la punition, pœna.
始 Chè, le principe, principium.終 Tchōng, la fin, finis.
左 Tsò, la gauche, sinistra.右 Yeóu, la droite, dextra.
善 Chán, la vertu, virtus.惡 Ngŏ, le vice, vitium.
師 Sē, le maître, magister.弟 Tý, le disciple, discipulus.
君 Kiūn, le prince, princeps.臣 Tchěn, le vassal, vassallus.
飲 Yù, le boire, potus.食 Chě, le manger, cibus.
經 Kīn, le texte, textus.傳 Tchouán, la glose, glossa.
本 Pèn, le capital, sors.利 Lý, l’intérêt, lucrum.
花 Hoā, les fleurs, flores.菓 Kò, les fruits, fructus.
老 Laò, le vieillard, senex.幼 Yeóu, le jeune homme, juvenis.
福 Foŭ, la fortune, fortuna.禍 Hó, l’infortune, infortunium.
友 Yeòu, l’ami, amicus.仇 Tcheôu, l’ennemi, inimicus.
主 Tchòu, le Seigneur, Dominus.僕 Poŭ, le serviteur, famulus.
神 Chên, l’esprit, spiritus.形 Hīn, le corps, corpus.
首 Cheòu, la tête, caput.尾 Ouỳ, la queue, cauda.
哥 Kō, le frère aîné, frater major.弟 Tý, le frère cadet, frater minor.
姐 Tsiè, la sœur aînée, soror major.妹 Meý, la sœur cadette, soror minor.
有 Yeoù, l’être, ens.無 Oŭ, le néant, non ens.
山 Chān, la montagne, mons.谷 Koŭ, la vallée, vallis.
草 tsǎo, les herbes, herbæ.木 moŭ, les arbres, arbores.
鳥 niaò, les oiseaux, aves.獸 cheoú, les animaux, bestiæ.
祥 tsiâng, le bon augure.殃 yāng, le mauvais augure.
朝 tchaō, le matin, mané.夂 sỹ, le soir, vesperé.
榮 yûn, la gloire, fama.辱 joŭ, l’ignominie, dedecus.
雨 yù, la pluie, pluvia.晴 tsīn, la sérénité, serenitas.
夏 hiá, l’été, æstas.冬 tōng, l’hiver, hiems.
舅 kieoú, le beau-père, socer.姑 koū, la belle-mère, socrus.
僧 sēn, le bonze, bonzius.尼 nŷ, la bonzène, bonzia.
病 pín, la maladie, morbus.安 gān, la santé, valetudo.
奢 chē, la prodigalité, prodigalitas.嗇 sě, l’avarice, avaritia.
壽 cheóu, la longévité, longævitas.殤 chāng, la vie courte, vita brevis.

倚賴之名 ou 加名。 Ȳ laý tchē mîn ou Kiā mīn.

1° Formation des adjectifs en chinois. — 2° Place des adjectifs dans le discours. — 3° Adjectifs devenant, par position, substantifs, verbes actifs, verbes neutres, verbes pronominaux, adverbes. — 4° Manière d’exprimer en chinois les défauts ou les négations des qualités. — 5° Des différentes classes d’adjectifs chinois, savoir : adjectifs simples, composés, verbaux, démonstra- tifs, indéfinis, etc. — 6° Adjectifs changeant de tons et de prononciation, et, par suite, d’acception. — 7° Exemples d’adjectifs à sens opposé. — 8° Règles générales pour traduire facilement en chinois différentes classes d’adjectifs français. — 9° Degrés de comparaison dans les adjectifs : du comparatif, du superlatif.

Tout nom commun ou substantif indiquant une qualité, un attribut, devient adjectif en chinois, et cet adjectif se forme par la simple addition de la particule Tỹ13.

Noms communs … … . .… . devenant adjectifs.
白 Pě, le blanc ou la blancheur.白 的 Pě tỹ, blanc, albus.
黑 Hě, le noir ou la noirceur.黑 的 Hě tỹ, noir, niger.
紅 Hông, le rouge ou la rougeur.紅 的 Hông tỹ, rouge, ruber.
黃 Houâng, le jaune.黃 的 Houâng tỹ, jaune, flavus.
藍 Lân, le bleu clair.藍 的 Lân tỹ, bleu, cæsius.
紫 Tsè, le violet.紫 的 Tsè tỹ, violet, violaceus.
綠 Loŭ, le vert.綠 的 Loŭ tỹ, vert, viridis.
青 Tsīn, le bleu céleste.青 的 Tsīn tỹ, bleu, cæruleus.
活 Hô, la vie.活 的 Hô tỹ, vivant, e, vivus.
死 Sè, la mort.死 的 Sè tỹ, mort, e, mortuus.
熱 Jě, le chaud … … . .熱 的 Jě tỹ, chaud, e, calidus.
冷 Lèn, le froid … … . .冷 的 Lèn tỹ, froid, e, frigidus.
生 Sēn, la crudité … … .生 的 Sēn tỹ, cru, e, crudus.
熟 Choŭ, la maturité … …熟 的 Choŭ tỹ, mûr, e, maturus.
聖 Chén, la sainteté … …聖 的 Chén tỹ, saint, e, sanctus.
明 Mĭn, la clarté … … . .明 的 Mĭn tỹ, clair, e, lucidus.
方 Fāng, le carré … … . .方 的 Fāng tỹ, carré, ée, quadratus.

PLACE DES ADJECTIFS CHINOIS DANS LE DISCOURS

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En chinois, les adjectifs et les mots pris adjectivement se placent toujours avant le substantif ou le nom qu’ils qualifient. Toutefois, par euphonie, et sans qu’il y ait équivoque, à cause du génie même de la langue, on supprime très-souvent la particule ou l’affixe Tỹ 的, aussi bien dans les adjectifs simples que dans les adjectifs composés.

Ainsi l’on dira :Au lieu de dire :
白 花 Pě hoā, fleur blanche …白 的 花 Pě tỹ hoā.
黑 紙 Hě tchè, papier noir … .黑 的 紙 Hě tỹ tchè.
紅 布 Hông poú, toile rouge …紅 的 布 Hông tỹ poú.
黃 帶 Houâng taý, ceinture jaune.黃 的 帶 Houâng tỹ taý.
青 天 Tsīn tiēn, ciel azuré … .青 的 天 Tsīn tỹ tiēn.
活 魚 Hô yû, poisson vivant …活 的 魚 Hô tỹ yû.
熱 水 Jě choùy, eau chaude …熱 的 水 Jě tỹ choùy.
明 道 Mîn taó, doctrine lumineuse .明 的 道 Mîn tỹ taó.
方 桌 子 Fāng tchŏ tsè, table carrée.方 的 桌 子 Fāng tỹ tchŏ tsè.

III. — ADJECTIFS DEVENANT, PAR POSITION, SUBSTANTIFS, VERBES ACTIFS, VERBES NEUTRES VERBES PRONOMINAUX, ADVERBES.

Si l’on déplace l’adjectif chinois, et qu’on le mette, par exemple, après le nom qu’il qualifie, cet adjectif devient alors lui-même soit un substantif, soit un verbe, et quelquefois un adverbe. Voici des exemples de chacun de ces cas.

I. — Adjectifs devenant, par position, substantifs.

好 人 Haò jên, bon homme.人 的 好 Jên tỹ haò, la bonté de
l’homme.
Col 1Col 2
罪 人 Tsoáy jên, l’homme pécheur.人 的 罪 Jên tỹ tsoáy, le péché de
l’homme.
明 道 Mĭn táō, la doctrine lumineuse.道 之 明 Taó tchē mĭn, la clarté de la
doctrine.
高 天 Kaō tiēn, le ciel élevé.天 之 高 Tiēn tchē kaō, la hauteur
du ciel.
厚 地 Heóu tý, la terre épaisse.地 之 厚 Tý tchē heóu, l’épaisseur
de la terre.

君 子 成 人 之 美 Kiūn tsè tchên jên tchē meỳ, le sage perfectionne les qualités des autres. 吾 不 知 其 美 也 Oû poŭ tchē kÿ meỳ ỳ, moi, je ne connais pas sa beauté. 吾 不 知 其 惡 心 Oû poŭ tchē kÿ gŏ sīn, je ne connais pas sa laideur.

II. — Adjectifs devenant, par position, verbes actifs.

La loi de la grande étude consiste à développer le principe lumineux de la vertu. Tá hiŏ tchē táō tsaý mĭn mĭn tě 大 學 之 道 在 明 明 德。 Le premier mot mĭn devient ici le verbe étendre, développer, vulgare. Le peuple l’estime comme le Seigneur. Pě sín koúy tchē joŭ tý 百 姓 貴 之 如 帝。 Le peuple l’élève comme le Ciel. Pě sín kaō tchē joŭ tiēn 百 姓 高 之 如 天。 Le Ciel seul peut élever ses yeux. Ouŷ tiēn lên kaō kÿ moŭ 惟 天 能 高 其 目。 Il estimait ce qui est vilain, et méprisait ce qui est beau. Ngŏ tchĕ koúy eûl meỳ tchĕ tsién 惡 者 貴 而 美 者 賤。 Littéralement : turpia æstima- bat, et formosa negligebat. La piété filiale la plus grande est de respecter son père et sa mère. Hiaó mô tá yû nién foú moù 孝 莫 大 於 嚴 父 母。 Dans les exemples ci-dessus, tirés des livres classiques de la Chine, les adjectifs koúy , précieux, kaō , élevé, tsién , vil, niên , sévère, sont devenus des verbes actifs en prenant l’accent du mouvement. Laò tsè diminue la clémence et la justice. Laò tsè siaó jên ngý 老 子 小 仁 義。 L’adjectif siaó, petit, est devenu le verbe diminuer, amoindrir. L’artisan qui veut perfectionner son œuvre doit, avant tout, bien aiguiser son instrument. Kōng yoŭ chán kÿ sé. pÿ siēn lý kÿ kÿ 工 欲 善 其 事必 先 利 其 器。 On voit dans ces derniers exemples les mots chán et devenus verbes actifs.

III. — Adjectifs devenant, par position, verbes neutres.

善 人 Chán jên, l’homme droit.人 善 Jên chán, l’homme est droit.
冷 水 Lèn choùy, eau froide.水 冷 Choùy lèn, l’eau est froide.
活 魚 Hô yû, poisson vivant.魚 活 Yû hô, le poisson est vivant.
大 道 Tá taó, Doctrine profonde.聖 人 之 道 大 Chén jên tchē taó tá, / la doctrine du saint est profonde.
大 雨 Tá yù, grande pluie.這 幾 天 雨 大 Tchē kÿ tiēn yù tá, / Ces jours-ci la pluie est grande.

士 之 任 重 而 道 遠 Sé tchē jén tchóng eûl taó yuèn, le fardeau des lettrés est lourd et leur route est longue. 以 約 失 之 者 鮮 矣 Ỳ yŏ chĕ tchĕ sièn ỳ, ceux qui se perdent en restant sur leurs gardes sont bien rares.

IV. — Adjectifs devenant, par position, verbes pronominaux.

Ces adjectifs sont précédés du pronom tsé , se, sui, sibi, se.

美 Meỳ, beau, pulcher.自 美 Tsé meỳ, se complaire en soi.
惡 Oŭ, vilain, deformis.自 惡 Tsé oú, se mépriser.
輕 Kíń, léger, levis.自 輕 Tsé kíń, se rendre méprisable.
賤 Tsién, vil, vilis.自 賤 Tsé tsién, idem.
高 Kaō, grand, altus.自 高 Tsé kaó, se vanter.
大 Tá, élevé, magnus.自 大 Tsé tá, se vanter.

V. — Adjectifs devenant, par position, adverbes.

L’adjectif chinois placé devant un mot qui a le sens de verbe actif ou de verbe neutre devient ordinairement adverbe.

Adjectifsdevenant adverbes.
明 Mĭn, clair, clarus.明 訓 Mĭn hiún, enseigner clairement, / clarė edocere.
明 Mĭn, clair, clarus.明 達 Mĭn tǎ, percevoir clairement, clarė / percipere.
善 Chán, saint, sanctus.善 領 秘 跡 Chán līn pÿ tsÿ, recevoir sain- / tement les sacrements, sanctė sus- / cipere sacramenta.
冒 Maó, téméraire, temerarius.冒 領 Maó līn, recevoir témérairement / ou profaner, profanare.
神 Chên, spirituel, spiritualis.神 領 Chên līn, recevoir spirituellement, / mentaliter suscipere.
厚 Heóu, épais, spissus.門 人 欲 厚 葬 之 Mên jên yoŭ heóu / sáng tchē, les disciples dési- / raient l’enterrer pompeusement.
大 Tá, grand, altè, plurimùm.大 笑 Tá siaó, rire beaucoup, plurimùm / ridere.
大 Tá, grand, altè, plurimùm.大 信 Tá sín, faire grandement un acte / de foi, vehementer fidem elicere.
真 Tchēn, vrai, verum.老 爺 是 真 醉 假 醉 Laò yê ché tchēn
假 Kià, faux, falsum.tsoúy kià tsoúy. Le maître est-il / vraiment ou faussement ivre? / Magister est-ne verè vel falsè ebrius?
輕 Kīh, léger, levis.輕 信 Kīh sín, croire médiocrement, levi- / ter credere.

IV. — MANIÈRE FRÉQUENTE D’EXPRIMER EN CHINOIS LES DÉFAUTS OU LES NÉGATIONS DE QUALITÉS.

Lorsque l’on veut exprimer, en chinois, la négation d’une qualité, d’un attribut quelconque, on se sert du mot lui-même qui exprime la qualité, en le faisant précéder d’une particule négative. Cette forme répond à nos mots français illégitime, immortel, imprudent, incrédule, etc.

好 人 Haò jên, bon homme.不 好 人 Poŭ haò jên, méchant h.
合 法 的 事 Hô fǎ tỳ sé, acte lé- / gitime.不 合 法 的 事 Poŭ hô fǎ tỳ sé / acte illégitime.
正 人 Tchén jên, homme droit.不 正 人 Poŭ tchén jên, homme vi- / cieux.

DES DIFFÉRENTES CLASSES D’ADJECTIFS CHINOIS

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I. — Adjectifs simples.

Les adjectifs simples ne sont composés que d’un seul mot. Tels sont tous ceux que nous avons donnés en exemples, page 74 et suiv. de ce chapitre. Il n’y a rien de particulier à dire sur ces adjectifs.

II. — Adjectifs composés.

Ces adjectifs sont composés de deux ou trois mots, et forment, comme les substantifs de ce genre, une double série. Dans la première, les deux mots sont synonymes ou à peu près, quant au sens général de l’idée, mais ils ont

chacun une nuance différente, en sorte que l’idée est rendue en chinois d’une manière plus vive, plus énergique et souvent plus élégante. Dans la deuxième série, les deux adjectifs font antithèse.

Les particules conjonctives et, ou, et d’autres de ce genre qui sont employées dans un bon nombre de langues pour unir deux termes, ne s’expriment jamais en chinois.

1re série.

窮 苦 的 kiŏng koŭ tỳ. Pauvre.Kiŏng marque le dénûment. / Koŭ, marque la souffrance.
懶 惰 的 Làn tó tỳ. Paresseux.Làn marque la lenteur, l’indolence ph. / marque l’indolence morale.
驕 傲 的 Kiaō gaó tỳ. Orgueilleux.Kiaō marque la jactance extér. / Gaó marque le mépris des autres.
慳 吝 的 Kiēn līn tỳ. Avare.Kiēn dénote l’avarice extr. / Līn dénote la cupidité d’esprit.

2e série.

大 小 tá siaò. Les grands et les petits.長 短 tchăng touàn. Long ou court.
善 惡 chán ngŏ. Le bien et le mal.輕 重 kīn tohóng. Léger ou pesant.
老 幼 laò yeoú. Les vieux et les jeun.內 中 大 小 事 louý tohōng tá siaò
匹 夫 pÿ foū. Les hommes et les fem-. Les grandes et les petites
mes du peuple.affaires du dedans ou du de-
富 貴 foú koúy. Riche et noble.hors.
冷 熱 lèn jĕ. Froid ou chaud.天 地 tiēn tỳ. Le ciel et la terre.

Les adjectifs verbaux sont souvent employés dans les livres chinois, et plus rarement dans le langage parlé. On les forme par la simple addition de la particule tỳ 的 faite au verbe.

往 來 的 ouàng laŷ tỳ. Les allants et les venants. Littéralement : ceux qui vont et qui viennent. 買 賣 的 maỳ maý tỳ. Les commerçants. Littéralement : ceux qui achètent et qui revendent.

V. — Adjectifs démonstratifs et indéfinis.

Section titled “V. — Adjectifs démonstratifs et indéfinis.”

Les adjectifs démonstratifs et indéfinis sont presque toujours confondus avec les pronoms du même nom, et s’expriment en chinois de la même manière. (Voyez le chapitre VI des pronoms, articles III et V, pages 133-135.)

6° On trouve dans la langue écrite deux autres classes d’adjectifs, qui se forment par la simple addition de la particule tchĕ 者, ille, qui, faite soit à un substantif, soit à un verbe.

1° — Substantifs devenant adjectifs.

仁 jên. L’humanité… … . .仁 者 jên tchĕ. Humain, e.
勇 Yòng. La force … … . .勇 者 yòng tchĕ. Fort, e.
義 ngý. La justice … … . .義 者 ngý tchĕ. Juste.
節 Tsië. La tempérance… …節 者 tsië tchè. Tempérant.
能 lên. Le pouvoir … … . .能 者 lên tchĕ. Puissant, e.

2° — Verbes devenant adjectifs.

生 Sēn. Vivre… … … . .生 者 Sēn tchè. Vivant, e, vivus.
死 Sè. Mourir … … … . .死 者 Sè tchè. Mort, e. Mortuus.
知 tchē. Savoir… … … . .知 者 tchē tchè. Sachant, sciens.
惡 Oú. Haïr … … … …惡 者 Oú tchĕ. Haïssant, odiens.
從 Tsŏng. Suivre… … … .從 者 tsŏng tchè. Suivant, sequester.
孝 Hiaó. Vénérer… … … .孝 者 hiaó tchè. Pieux, pius.

Dans les livres, il n’est pas rare de trouver la particule tchĕ 者, ajoutée à des mots qui sont eux-mêmes adjectifs, v. g. 聖 者, les saints. L’adjectif chinois acquiert, dans ce cas, un caractère plus énergique et moins indéterminé yû tchĕ 愚 者, les ignorants.

ADJECTIFS CHANGEANT DE TONS ET DE PRONONCIATION

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Une foule de mots chinois sont susceptibles de modifier leur ton modulé et même leur prononciation. Il est bien évident que le mot change alors tout à fait d’acception. Les adjectifs, qui subissent l’un ou l’autre de ces changements, deviennent tantôt de véritables verbes actifs, tantôt des verbes neutres.

Ainsi : 好 haò, bon, bien, bonus, bené, devient haó au 4e ton, et veut dire aimer, être adonné à.

好 酒 haó tsieòu. Aimer le vin.好 玩 haó ouân. Aimer le jeu.
好 色 haó sĕ. Aimer la luxure.好 學 haó hiŏ. Aimer l’étude.

惡 ngŏ. Mauvais, malus, malè, devient oú 惡 au 4e ton, et veut dire haïr, détester.

Certains sinologues pourront regarder ce paragraphe comme peu important. Au point de vue pratique de la langue orale, nous savons qu’il aura son utilité réelle.

LANGUE ORALE.

新 的 sīn tỳ. Nouveau, recens.舊 的 kieóu tỳ. Vieux, antiquus.
幼 的 yeóu tỳ. Jeune, juvenis.老 的 laò tỳ. Vieux, senex.
輕 的 kīn tỳ. Léger, levis.重 的 tchóng tỳ. Lourd, gravis.
短 的 touàn tỳ. Court, brevis.長 的 tcháng tỳ. Long, longus.
生 的 sēn tỳ. Cru, crudus.熟 的 choŭ tỳ. Cuit, coctus.
嫩 的 lén tỳ. Tendre, tener.硬 的 gén tỳ. Dur, durus.
公 的 kōng tỳ. Public, publicus.私 的 sē tỳ. Privé, privatus.
單 的 tān tỳ. Simple, simplex.雙 的 choāng tỳ. Double, duplex.
熱 的 jě tỳ. Chaud, calidus.冷 的 lèn tỳ. Froid, frigidus.
細 的 sý tỳ. Fin, subtilis.粗 的 tsoū tỳ. Épais, crassus.
乾 的 kān tỳ. Sec, siccus.濕 的 chě tỳ. Humide, humidus.
正 的 tchén tỳ. Vrai, verus.假 的 kià tỳ. Faux, falsus.
圓 的 yuên tỳ. Rond, rotundus.方 的 fāng tỳ. Carré, quadratus.
近 的 kín tỳ. Proche, proximus.遠 的 yuèn tỳ. Loin, longinquus.
高 的 kaō tỳ. Élevé, altus.矮 的 gaỳ tỳ. Bas, demissus.
大 的 tá tỳ. Grand, magnus.小 的 siaò tỳ. Petit, parvus.
多 的 tō tỳ. Beaucoup, plurimi.少 的 chaò tỳ. Peu, pauci.
奢 的 chē tỳ. Prodigue, prodigus.吝 的 līn tỳ. Avare, avarus.
慈 的 tsē tỳ. Clément, clemens.嚴 的 niên tỳ. Sévère, severus.
正 的 tchén tỳ. Droit, rectus.歪 的 ouaȳ tỳ. Courbé, inclinatus.
貴 的 kouý tỳ. Précieux, pretiosus.畢 的 pỳ tỳ. Vil, humilis.
胖 的 páng tỳ. Gras, obesus.瘦 的 seóu tỳ. Maigre, macilentus.
肥 的 feŷ tỳ. Gras, pinguis.瘦 的 seóu tỳ. Maigre, macilentus.
甘 的 kān tỳ. Doux, dulcis.苦 的 koŭ tỳ. Amer, amarum.
清 的 tsīn tỳ. Clair, limpidus.混 的 houén tỳ. Trouble, turbidus.
美 的 meỳ tỳ. Beau, pulcher.醜 的 tcheōu tỳ. Vilain, deformis.
易 的 ý tỳ. Facile, facilè.難 的 lân tỳ. Difficile, difficile.
永 的 yùn tỳ. Éternel, æternum.暫 的 tçhán tỳ. Transitoire, transitor.
滿 的 màn tỳ. Plein, plenum.空 的 kōng tỳ. Vide, vacuum.
硬 的 gén tỳ. Raide, rigidus.柔 的 jeoù tỳ. Flasque, mollis.
活 的 hô tỳ. Vivant, vivus.死 的 sè tỳ. Mort, mortuus.
明 的 mîn tỳ. Clair, clarum.暗 的 gán tỳ. Obscur, obscurum.
强 的 kiăng tỳ. Fort, fortis.弱 的 jŏ tỳ. Débile, debilis.
稀 的 hȳ tỳ. Rare, rarum.蜜 的 mỳ tỳ. Épais, spissum.
野 的 yè tỳ. Sauvage, sylvestris.家 的 kiā tỳ. Domestique, domesticus.

RÈGLES POUR TRADUIRE FACILEMENT EN CHINOIS

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DIFFÉRENTES CLASSES D’ADJECTIFS FRANÇAIS

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On peut donner à un jeune sinologue la règle suivante au moyen de laquelle il traduira lui-même promptement en chinois, non-seulement les 6

classes d’adjectifs français dont la terminaison ou suffixe est régulière , mais beaucoup d’autres mots chinois du même genre. I. — Les adjectifs français , dont la terminaison ou suffixe est en able, du latin abilis, qui expriment une disposition à, une aptitude à, la possibilité d’être ou de devenir, se traduisent en chinois de l’une ou de l’autre de ces deux manières :

1° Chaque fois que l’adjectif peut se tourner par digne de, à qui est dû, on fait précéder l’adjectif du mot kŏ 可 , et on le fait suivre de tỳ 的

可 欽 的 kŏ kīn tỳ. Adorable (digne / d’être adoré), adorabilis.可 比 的 kŏ pỳ tỳ. Comparable, com- / parabilis.
可 愛 的 kŏ gaý tỳ. Aimable, ama- / bilis.可 尊 敬 的 kŏ tsēn kín tỳ. Hono- / rable, honorabilis.
可 厭 的 kŏ yén tỳ. Abominable, abo- / minabilis.可 怕 的 kŏ pă tỳ. Formidable, for- / midabilis.
可 罰 的 kŏ fă tỳ. Condamnable , / condemnabilis.可 憐 的 kŏ liên tỳ. Misérable, mise / rabilis.
可 信 的 kŏ sín tỳ. Croyable, credi- / bilis.

2° La plupart des autres adjectifs de cette catégorie en able peuvent tourner par qui peut être. Alors on fait suivre le verbe chinois du mot tĕ 得 , qui exprime en chinois la possibilité. Lorsque ces adjectifs français ont une préfixe qui marque la négation, comme dans inévitable, incroyable, impo- table, etc., on ajoute simplement la particule négative poŭ 不 avant le mot tĕ 得

避 得 的 pý tĕ tỳ. Évitable (qui peut / être évité), evitabilis.飲 得 的 hŏ tĕ tỳ. Potable, pota- / bilis.
醫 得 的 ȳ tĕ tỳ. Curable (qui peut / être guéri).又 買 得 的 yeoú maỳ tĕ tỳ. Rache- / table, redimendus.
勝 得 的 chén tĕ tỳ. Domptable, vin- / cibilis.補 得 的 poù tĕ tỳ. Réparable, repa- / rabilis.
醫 得 的 ȳ tĕ tỳ. Guérissable, sana- / bilis.分 得 的 fēn tĕ tỳ. Sécable, sectilis.
使 得 的 chè tĕ tỳ. Faisable, possi- / bilis.當 得 的 tāng tĕ tỳ. Tolérable, tole- / rabilis.
喫 得 的 tchĕ tĕ tỳ. Mangeable.賣 得 的 maý tĕ tỳ. Vendable, ven- / dibilis.
掂 得 的 ýn tĕ tỳ. Mesurable, men- / surabilis.活 得 的 hô tĕ tỳ. Viable, vita- / lis.

Les mêmes adjectifs avec la négation.

避 不 得 的 pý poŭ tĕ tỳ. Inévitable, / inevitabilis.喫 不 得 的 tchĕ poŭ tĕ tỳ. Imman- / geable, non manduc.
醫 不 得 的 ȳ poŭ tĕ tỳ. Incurable, / insanabilis.補 不 得 的 poù poŭ tĕ tỳ. Irrépa- / rable, irreparabilis.
勝 不 得 的 chén poŭ tĕ tỳ. Indomp- / table, indomitus.當 不 得 的 tāng poŭ tĕ tỳ. Intolé- / rable, intolerabilis.
使 不 得 的 chè poŭ tĕ tỳ. Infaisa- / ble, non faciendus.活 不 得 的 hô poŭ tĕ tỳ. Inviable , / non vitalis.

II. — Les adjectifs dont la terminaison ou suffixe est en ant, désinence des participes présents, se traduisent, en chinois, comme ce participe lui-même chaque fois qu’ils sont pris substantivement. Mais si ces adjectifs verbaux expriment une qualité actuelle, effective, inhérente à un sujet, en un mot, une pro- priété d’où résulte un effet, on les traduit, en chinois, en faisant précéder le verbe qui exprime la qualité, par ce mot chinois : lên 能 , lequel indique la possibilité.

能 和 睦 的 lên hô moŭ tỳ. Accom- / modant, commodus.能 得 罪 人 的 lên tĕ tsoúy jên tỳ. / Offensant, injuriosus.
能 引 人 的 lên ỳn jên tỳ. Attrayant, / illecebrosus.能 透 的 lên teoŭ tỳ. Pénétrant, per- / means.
能 安 慰 人 的 lên gān ouý jên tỳ. / Consolant, consolat.能 赫 人 的 lên hĕ jên tỳ. Terri- / fiant, terribilis.
能 肥 的 lên feŷ tỳ. Fécondant, fe- / cundans.能 噤 牙 齒 的 lên kin yâ tchĕ tỳ. / Agaçant, hebetans dentes.
能 養 活 人 的 lên yàng hô jên tỳ. / Nourrissant, nutriens.能 惹 人 的 lên jĕ jên tỳ. Agaçant, / provocans.

III. — Les adjectifs français qui ont la désinence en bre, du latin ber ou bris, dont le sens est qui porte en soi, se rendent, en chinois, par le verbe auxiliaire yeòu 有 , que l’on place avant le nom chinois.

有 名 的 yeòu mìn tỳ. Célèbre, cele- / bris.有 養 活 的 yeòu yàng hô tỳ. Salu- / bre, salubris.
有 凶 的 yeoù hiōng tỳ. Lugubre, / lugubris.有 淡 薄 的 yeoù tán pŏ tỳ. Sobre, / sobrius.

IV. — Les adjectifs, dont la désinence en é n’est autre chose que celle des participes passés, expriment en général l’action soufferte, l’effet, v. g. abhorré,

aimé, ou la qualité du sujet, comme dans zélé. Ces adjectifs, disons-nous, se traduisent comme les verbes passifs chinois.

受 人 的 恨 cheoú jên tỳ hèn. Ab- / horré, odiosus.受 人 的 傷 cheoú jên tỳ chāng. / Blessé, vulneratus.
受 人 的 愛 cheoú jên tỳ gaý. Aimé, / amatus.有 熱 烈 的 yeoù jĕ liĕ tỳ. Zélé, / studio incensus.
受 人 的 凌 辱 cheoú jên tỳ līn joŭ. / Injurié, injuriam ferens.

V. — Les adjectifs français dont la désinence ou suffixe est : fique, du latin ficus, facere, ont, en général, le sens de qui fait, qui produit. On les rend, en chinois, par le mot lên 能, pouvoir, posse, soit seul, soit accompagné de tchoŭ 出 ou de sēn 生, qui, l’un et l’autre, signifient : produire.

能 出 銀 子 的 lên tchoŭ ŷn tsè tỳ. / Aurifique, aurifer.能 兜 人 睡 lên teōu jên choúy. So- / porifique, soporificus.
能 生 冷 的 lên sēn lèn tỳ. Frigori- / fique, frigorificus.能 生 的 lên sēn tỳ. Prolifique, pro- / ferens.
能 生 病 的 lên sēn pín tỳ. Morbifi- / que, morbificus.能 兜 人 出 汗 的 lêntoūjêntchoŭ / hán tỳ. Sudorifique, sudatorius.

VI. — Les adjectifs, dont la désinence est ible, du latin ibilis, désignant la possibilité, la capacité d’être ou de devenir, se traduisent, en chinois, d’une manière assez régulière. On place après le mot chinois le verbe auxiliaire tě 得, pouvoir, posse, ou auparavant, le verbe auxiliaire kŏ 可, qui indique aussi la possibilité.

分 得 的 fēn tě tỳ. Divisible, divisi- / bilis.壞 不 得 的 houaý poŭ tě tỳ. Incor- / ruptible, incorruptib.
選 得 的 siuèn tě tỳ. Éligible, qui / potest eligi.說 不 得 的 chŏ poŭ tě tỳ. Indi- / cible, ineffabilis.
軟 得 的 jouàn tě tỳ. Flexible, flexi- / bilis.錯 不 得 的 tsŏ poŭ tě tỳ. Infailli- / ble, infallibilis.
開 得 的 kaȳ tě tỳ. Extensible, ex- / tensibilis.覺 不 得 的 kiŏ poŭ tě tỳ. Insensi- / ble, insensibilis.
赫 得 人 的 hě tě jên tỳ. Horrible, / horribilis.見 不 得 的 kién poŭ tě tỳ. Invisible, / invisibilis.
改 不 得 的 kaỳ poù tě tỳ. Incorri- / gible.摸 得 的 mō tě tỳ. Sensible, sensibil. / 見 得 的 kién tě tỳ. Visible, visibil.

VII. — Les adjectifs dont la désinence est en eux, du latin osus, forment une classe très-nombreuse en français. Chaque fois que ces adjectifs marquent une qualité, un défaut, ils peuvent se tourner par qui est, qui a, et s’expriment aisément en chinois par le verbe substantif ché 是 esse, ou le verbe auxiliaire yeoù 有 habere, que l’on place avant le mot chinois.

有 驕 傲 的 yeoù kiāo gáo tỳ. Or- / gueilleux, superbus.有 痰 火 脚 的 yeoù tǎn hò kiŏ. / Goutteux.
有 利 益 的 yeoù lý ỹ tỳ. Avanta- / geux, utilis.有 仁 慈 的 yeoù jên tsě tỳ. Miséri- / cordieux, misericors.
有 多 的 yeoù tō tỳ. Copieux, co- / piosus.有 雲 的 yeoù yûn tỳ. Nuageux, ne- / bulosus.
有 嫉 妒 的 yeoù tsỹ toŭ tỳ. En- / vieux, invidiosus.有 熱 切 的 yeoù jě tsiě tỳ. Pieux, / pius.
有 茨 的 yeoù tsě tỳ. Épineux, spi- / nosus.有 味 道 的 yeoù oúy taó tỳ. Sa- / voureux, sapidus.
有 名 聲 的 yeoù mîn chēn tỳ. Fa- / meux, famosus.

VIII. — Les adjectifs dont la désinence est en ique, du grec ικος, et du latin icus, indiquant une idée de propriété, d’appartenance, se traduisent, en chinois, par le verbe yeoù 有, avoir, habere, que l’on place avant le mot chinois.

有 魔 鬼 的 yeoù mô koùy tỳ. Dia- / bolique, diabolicus.lancolique , melan- / cholicus.
有 蠱 脹 病 的 yeoù koù tcháng pín / tỳ. Hydropique, / hydropicus.有 瘋 癱 的 yeoù fōng tān tỳ. Pa- / ralytique, paralytic.
有 憂 氣 的 yeoù ngeōu ký tỳ. Mé-有 疑 惑 的 yeoù nỹ houây tỳ. Scep- / tique, scepticus.

Pỳ kiáo tchē mîn 比 較 之 名 。

Comme il peut y avoir entre les objets comparés un rapport de supériorité, d’infériorité ou d’égalité, on distingue de même trois sortes de comparatifs. Dans ce paragraphe et le suivant, nos lecteurs auront déjà occasion de remar- 86 GRAMMAIRE CHINOISE.

quer la richesse et l’abondance de la langue chinoise. En retenant les exemples suivants, on traduira aisément tous les comparatifs chinois.

Ce comparatif se fait, en chinois, de plusieurs manières.

1re manière. — L’idée se tourne ainsi : cela comparé à ceci est.

M. Tǒng est plus savant que M. 12. Tǒng yê pỳ Mà yê kén tsaÿ hiŏ 童 爺 比 馬 爺 更 才 學。 Littéralement : Tǒng dominus comparatus do- mino magis (est) doctus.

Cette maison-ci est plus élevée que celle-là. Tché ỹ kiēn fâng tsè pỳ lá kó kén kaō 這 一 閒 房 子 比 那 更 高。 Littéralement : hæc domus com- parata huic est magis alta.

Ce riz est bon, mais celui-là est meilleur. Tché kó mỳ haò, taó tỳ lá kó kén haò 這 个 米 好 到 底 那 个 更 好。 Littéralement : Hæc oryza bona, attamen illa est melior.

2e manière. — Au lieu de l’adjectif comparatif, les Chinois emploient plus volontiers le nom commun ou substantif. Ainsi, au lieu de dire : Paul est plus savant que Pierre, ils préfèrent dire : la science de Paul est plus grande que celle de Pierre.

M. est plus savant que M. Lỳ. Tournez : la science de M. est plus grande que celle de M. Lỳ. Mà yê tsaÿ hiŏ pỳ Lỳ yê tỳ kēn tá 馬 爺 才 學 比 李 爺 的 更 大。 Littéralement : domini scientia comparata Lỳ domini (scientiæ) est major.

M. est plus fervent que M. Ouên. Tournez : la ferveur de M. est plus grande que celle de M. Ouên. Pĕ yê tỳ jĕ-tsiĕ pỳ Ouên yê tỳ kén tá 白 爺 的 熱 切 比 文 爺 的 更 大。 Littéralement : domini fervor comparatus Ouên domini fervori est major.

3e manière. — Le comparatif français exprimé par ces mots : il vaut mieux, il est meilleur, il est préférable, se traduit, en chinois, par ces mots : kén haò 更 好 (meilleur), ou bien par ceux-ci : poŭ joŭ 不 如, mô joŭ 莫 如, non sicut ac, ou bien encore par ces expressions synonymes : Lîn kŏ 寧 可, Lìn yuén 寧 願, il est préférable, potius est.

La charité vaut mieux que l’obéissance. Tín mín poŭ joŭ kōng kīn 聽 命 不 如 恭 敬。 Littéralement : obedientia non potest comparari charitati. Il cst préférable de mourir que de pécher. Lîn kŏ ou Lîn yuén sè poŭ fán tsouý. 寧 可 ou 寧 願 死 不 犯 罪。 Littéralement : potiùs est mori et non peccare. L’eau ne vaut pas le vin. Chouỳ poŭ joŭ tsieoù 水 不 如 酒。 La connaissance du bien ne vaut pas l’amour du bien. Tchē chán poŭ joŭ haó tchē 知 善 不 如 好 之。 Littéralement : noscere bonum non compararı (potest) amori illius. En fait de vêtement, on préfère la nouveauté; en fait de personne, on préfère l’âge avancé. (Prov.) Ȳ mô joŭ sīn ; jên mô joŭ koù 衣 莫 如 新 ; 人 莫 如 古。 Il n’y a rien de mieux que de perfectionner sa personne. Mô joŭ sieōu kÿ chēn 莫 如 修 其 身

4e manière. — Souvent on emploie la particule , beaucoup, que l’on ajoute à l’adjectif.

Cela est meilleur. Haò tě tō 好 得 多。 Plus éloigné. Yuèn tě tō 遠 得 多

5e manière. — La quantité dont une chose l’emporte sur une autre ou en est surpassée s’exprime, en chinois, par l’adjectif au positif, que l’on place avant le nombre de quantité. Ceci est très-pratique dans la langue orale.

Plus haut de 4 pouces. Kaō sé tsẽn tō 高 四 寸 多。 Plus long de 2 pieds. Tcháng eúl tchě tō 長 二 尺 多。 Plus court de 3 pouces. Touàn sān tsẽn tō 短 三 寸 多。 Plus bas de 8 pouces. Gaỳ loŭ tsẽn tō 矮 六 寸 多

6e manière. Lorsque les mots de comparaison plus de, moins de se rapportent à une chose qui peut se compter, plus se rend, en chinois, par le mot , moins, par chaò 。 On les place comme dans les exemples suivants :

Plus de dix taëls. Chě leàng tō 十 兩 多 12. Trois taëls plus six tsiẽn. Sān leàng tō loŭ tsiẽn 三 兩 多 六 錢 14.

Un taël vaut environ 7 fr. 80 cent.

Dix livres moins 3 onces. Chě kīn chaò sān leàng 十 斤 少 三 兩 12. Quatre ligatures moins 10 sapèques. Sé tiáo chaò chě kó tsiẽn 四 條 少 十 个 錢 14.

7° manière. — Lorsque l’on interroge, l’adjectif reste souvent au positif, parce que, dans ce cas, le comparatif n’a pas besoin d’être exprimé.

Quel est le meilleur? Là kó haò sỹ 那 个 好 些

8° manière. — Les comparatifs faits à l’aide des prépositions suivantes , ., ne se rencontrent que dans les livres. S’il arrive qu’on s’en serve dans la langue parlée, c’est lorsque l’on cite un texte, une maxime, un proverbe.

L’empereur Houâng tý avait plus de prudence que Yâo et Chuén. Houâng tý hiên yû Yâo Chuén 黃 帝 賢 於 堯 舜。 Littéralement : Houâng tý prudens super Yâo et Chuén. Les feuilles frappées par la bruine sont plus rouges que les fleurs de la deuxième lune. Chouāng yĕ hông yû eúl yuĕ hoā 霜 葉 紅 于 二 月 花

9° manière. — L’expression y̆ fă 一 發, beaucoup plus, encore plus, sert à faire des comparatifs, usités seulement dans la langue écrite.

La chose est beaucoup plus facile. Lá kó y̆ fă yông ý 那 个 一 發 容 易。 Cela est beaucoup mieux. Y̆ fă miáo leào 一 發 妙 了

10° manière. — Dans la langue écrite, on emploie souvent aussi le mot tchoũ , surpasser, exceller, sortir de.

Il est plus savant que les autres. Tã tchoũ tchóng jẽn 他 出 衆 人。 Il est plus habile que les autres. Tã tchoũ sĕ tsaỹ jên 他 出 色 才 人

11° manière. — On trouve encore dans les livres cinq ou six autres manières de faire des comparatifs. Nous nous bornons ici à citer l’emploi du mot , davantage, plus.

Si l’eau est plus profonde. Jŏ chouỳ y̆ chēn 若 水 益 深

Ces comparatifs se font presque tous sur le modèle des exemples suivants :

La France est moins grande que la Chine. Fă kouĕ mô tě Tchōng kouĕ tché yáng tá 法 國 莫 得 中 國 這 樣 大。 Littéralement : Gallia non ha- bet Sinarum amplitudinem; ou bien : Fă kouĕ pỳ Tchōng kouĕ siaò sȳ 法 國 比 中 國 小 些。 Littéralement : Gallia comparata Sinis minor est. Cette maison est moins vaste que celle-là. Tché ỹ kiēn fâng tsè mô tě lá kó tché yáng kouãn 這 一 間 房 子 莫 得 那 个 這 樣 寬. ou bien : Tché ỹ kiēn fâng tsè pỳ lá kó siaò sȳ 這 一 間 房 子 比 那 个 小 些

I. — Les Chinois ont une tournure spéciale pour ce genre de comparatifs : Paris est aussi grand que Pékin. On dit en chinois : Paris, Pékin, ces deux villes, sont d’une égale grandeur. Telle est la tournure invariable dans la langue orale.

Paris est aussi grand que Pékin 12. Fă kouĕ kīn tchěn Pě kīn eúl tchěn ỹ yáng kouãn 法 國 京 城 北 京 二 城 一 樣 寬。 Aux solstices, les nuits sont aussi longues que les jours. Tōng hiá tché tcheóu yé ỹ yáng tchăng 冬 夏 至 晝 夜 一 樣 長。 Ma robe est aussi longue que la sienne. Ngò tỳ chān tsè tā tỳ chān tsè toū ché ỹ yáng tchăng 我 的 衫 子 他 的 衫 子 都 是 一 樣 長。 Aimer quelqu’un autant que sa vie. Gaý sỹ tā joŭ sēn mín ỹ pān 愛 惜 他 如 生 命 一 般

II. — Dans la langue écrite, le comparatif ne s’exprime pas s’il y a interrogation.

De ou de Chāng lequel est le plus sage 14? Sē yù chāng ỳ choŭ hiên? 師 與 商 也 孰 賢? Littéralement : cum Chāng (si comparentur) quis sapiens?


Pour les talents, c’est un homme aussi distingué que Lỳ taý pě. Tsè jên tāng ché Lỳ taý pě ỹ liêôu jên oŭ 此 人 當 是 李 太 白 一 流 人 物

III. — Les Chinois, même dans la conversation, font un usage fréquent de comparaisons, tirées les unes des mœurs de certains personnages anciens qui ont laissé une réputation bonne ou mauvaise, les autres tirées de la nature. De même que nous disons d’un bel homme, c’est un Adonis; d’un prince cruel, c’est un Néron; d’un poëte fameux, c’est un Corneille, etc.; ainsi les Chinois ont-ils une foule de comparaisons du même genre, que tout le monde entend. Il est important de recueillir sur un album toutes ces sortes de comparaisons. (Voir, à la IIe partie de la Grammaire, le chap. VIII, qui a pour titre : Richesse et abondance de la langue chinoise.)

DU SUPERLATIF. Tché kÿ tỳ 至 極 的

Nous distinguons trois espèces de superlatifs : le superlatif absolu, le superlatif relatif, le superlatif excessif. — Les formes chinoises sont très-variées et très-nombreuses pour exprimer ces divers degrés de superlatifs.

Ce superlatif indique une qualité, sans aucune comparaison avec d’autres objets de même espèce.

1re forme. — On ajoute à l’adjectif ces mots : tě hèn 得 狠 ou tě kìn 得 緊 15. Cette forme est la plus usitée dans la langue orale.

Le style de Confucius est très-serré. Kǒng tsè ouên fă chēn tě hèn 孔 子 文 法 深 得 狠。 La tour de Nan kin 14 est très-élevée. Lân kīn tă kaō tě hèn 南 京 塔 高 得 狠。 Le palais d’été est très-beau à voir 16. Yuèn mîn yuên haò kán tě hèn. 遠 明 園 好 看 得 狠


Je suis très-content. Ngò hỳ houān tě hèn. 我 喜 歡 得 狠。 Ce matin il fait très-froid. Kīn tsaò lèn tě hèn 今 早 冷 得 狠。 Le piment est très-mordant. Hoā tsiaō lă tě hèn 花 椒 辣 得 狠

forme. — On fait précéder l’adjectif de l’un ou l’autre de ces mots : tché ou tsouý , qui indiquent l’extréme, le suprême degré.

Dieu est très-clément. Tiēn tchoù tché jên 天 主 至 仁。 Nous sommes amis intimes. Ngò yù niên hiōng tché kiaō 我 與 年 兄 至 交。 Cela est très-précieux. Tsoúy koúy 最 貴。 Vos paroles sont bien vraies. Niên hiōng tchē yên tsoúy ché 年 兄 之 言 最 是. Vous avez là une très-bonne idée. Ngỳ sò kién tsoúy chán 你 所 見 最 善

forme. — On répète l’adjectif, soit simple, soit composé. Cette forme est aussi élégante qu’elle est expressive.

Très-bon. Haò haò tỳ 好 好 的。 Très-petit. Siaò siaò tỳ 小 小 的。 Très-évident. Mīn mīn pě pě tỳ 明 明 白 白 的。 Très-grand pécheur. Tchóng tchóng tsouý jên 重 重 罪 人。 Parler très-obscurément, par mille détours. Ouỳ ouỳ kioŭ kioŭ chŏ 委 委 曲 曲 說。 Interroger avec soin. Sý sý fàng ouén 細 細 訪 問。 Faire une révérence très-profonde. Chēn chēn tà ỳ kōng 深 深 打 一 恭。 Parler de la manière la plus positive. Chǒ tě hô hô hién hién 說 得 活 活 現 現。 Marcher avec de très-grands airs. Hín hín teŏu teŏu tseòu 興 興 頭 頭 走

forme. — On emploie l’expression cháng tèn tỳ 上 等 的, qui veut dire : le suprême degré, le degré supérieur, ou celle de cháng pǐn tỳ 上 品 的, qui a le même sens. L’opposé est hiá tèn tỳ ou hiá pǐn tỳ, le plus bas degré. L’usage indique les cas où l’on se sert de ces expressions.

La contrition parfaite. Cháng tèn tỳ tóng houỳ 上 等 的 痛 悔。 La contrition imparfaite. Hiá tèn tỳ tóng houỳ 下 等 的 痛 悔。 Élève très-accompli. Cháng tèn tỳ hiŏ sēn 上 等 的 學 生。 Élève médiocre. Tchōng tèn tỳ hiŏ sēn 中 等 的 學 生

Élève très-faible. Hiá tèn tỳ hiŏ sēn 下 等 的 學 生。 Remède souverain. Cháng tèn tỳ yŏ 上 等 的 藥

forme. — L’expression dix parties, chě fén 十 分 fait en chinois un superlatif absolu. Ainsi l’on dit : Très-grand. Chě fén tá 十 分 大。 Très-bon. Chě fén haò 十 分 好。 Très-joyeux. Chě fén hỳ houān 十 分 喜 歡。 D’une beauté incomparable. Chě fén meỳ maó 十 分 美 貌。 Les reines-marguerites sont épanouies; elles répandent la plus délicieuse odeur. Kioŭ hoā kay̆ leào , chě fén lân mân 菊 花 開 了 十 分 爛 蔓。 J’ai ouï dire que sa fille était la plus belle et la plus savante. Ngò ouên tã lin gaý chě fén tsaỹ meỳ 我 聞 他 伶 愛 十 分 才 美。 Cette affaire marche à merveille. Tsě sé chě fén chuén lieôu 此 事 十 分 順 溜

forme. — Dans la langue écrite, on emploie plus volontiers l’une des neuf particules suivantes pour faire le superlatif. Ces particules se placent toutes, excepté la dernière, avant l’adjectif. Leur signification est à peu près la même ; elles marquent l’excès, la perfection, le degré absolu; mais chacune avec des nuances qu’il n’est pas possible de faire saisir à un jeune sinologue. La lecture des auteurs chinois fait sentir peu à peu la variété légère des acceptions de chacune de ces particules et les cas où il faut les employer.

1° La particule taý

太 要 緊 Taý yáo kìn. Très-né- / cessaire.不 要 太 謙 poŭ yaó taý kiēn. Ne / soyez pas si modeste.
太 容 易 taý yông ý. Très-facile.這 太 奇 了 tché taý ky̆ leào. Voilà / une chose très-singul.
太 早 taý tsaò. Très-matin.

2° La particule tsië

切 要 緊 tsië yáo kìn. Très-néces- / saire.切 愛 tsië gaý. Très-grand amour. / 切 碎 tsië soúy. Très-menu.

3° La particule tsuě

絕 妙 tsuě miáo. Très-admirable. / 絕 好 tsuě haò. Très-bon.絕 無 tsuě oŭ. Absolument non.

4° La particule chén

甚 美 chén meỳ. Très-beau. / 甚 明 chén mīn. Très-évident. / 甚 少 chén chaò. Très-peu.甚 靈 chén lîm, Très-excellent. / 甚 醜 chén tcheŏu. Très-vilain.

5° La particule ky̆

極 妙 ky̆ miáo. Très-admirable. / 極 白 ky̆ pě. Très-blanc.極 厚 ky̆ heoú. Très-épais.

6° La particule Tóng

痛 愛 tóng gaý. Aimer souveraine- / ment.痛 恨 tóng hén, Détester souverain. / 痛 欲 tóng yoŭ. Désirer souverain.

7° La particule tchóng

重 愛 tchóng gaý. Aimer excessive- / ment. / 重 哭 tchóng koŭ. Pleurer amère- / ment.重 貴 tchóng kouý. Estimer considé- / rablement. / 重 罪 人 Tchóng tsoúy jên. Un très- / grand pécheur.

8° La particule numérique ouán , dix mille, soit seule, soit multipliée encore par mille, tsiē̆n ouán 千 萬

Le roi des rois. Ouán ouâng tchē ouâng 萬 王 之 王。 Le sage des sages. Ouán kiūn tchē kiūn 萬 君 之 君。 Le maître des maîtres. Ouán sē tchē sē 萬 師 之 師。 Venez demain de très-bonne heure. Mīn jě tsiē̆n ouán tsaò sȳ laŷ 明 日 千 萬 早 些 來。 N’oubliez pas notre engagement de demain. Mīn jě tchē yŏ tsiē̆n ouán poŭ kŏ ouâng 明 日 之 約 千 萬 不 可 忘。 Il n’eut pas le plus petit doute. Ouán ouán poŭ ngŷ 萬 萬 不 疑

9° La particule toŭ , qui se place après l’adjectif.

病 篤 Pín toŭ. Maladie très-grave. / 敦 篤 tēn toŭ. Très-sincère.渠 篤 kiū toŭ. Trop bon.

forme. — Les Chinois ont un idiotisme qui tient lieu de superlatif, soit dans la langue parlée, soit dans la langue écrite. Il consiste à répéter le mot en plaçant au milieu le nom de nombre un, y̆ , et quelquefois ceux de trois, sān , quatre, sé . Cette tournure répond assez à un hébraïsme fort commun dans l’Écriture sainte.

Pensez-y fort sérieusement. Ngỳ siàng y̆ siàng 你 想 一 想。 Regardez très-attentivement. Ngỳ kán y̆ kán 你 看 一 看。 Rechercher avec une grande diligence. Fàng y̆ fàng 訪 一 訪。 Réfléchir beaucoup. Tsaý sān sē 再 三 思, ou bien Tchŏng sé siàng 重 四 想

Ce genre de superlatif exprime la qualité par comparaison avec une autre chose. Voici les deux formes les plus communes pour exprimer ce degré de superlatif.

Il est le plus savant des hommes. Toŭ choū jên louý, tā ché teŏu y̆ kó 讀 書 人 內 。 他 是 頭 一 個。 Littéralement : inter studentes homi- nes, ille est prior. Il est mon plus fidèle ami. Ngò tỳ pŏng yeòu louý, tā ché teŏu y̆ kó 我 的 朋 友 內 。 他 是 頭 一 個。 Littéralement : inter amicos meos, ille est prior. De toutes les affaires humaines le mariage est la plus importante. Houēn ȳn lày jên sēn tý y̆ kién tá sé. 婚 姻 乃 人 生 第 一 件 大 事

Les Chinois ont un très-grand nombre de formules pour marquer le superlatif au degré le plus élevé, au degré excessif. Nous nous bornons à en indiquer dix ou onze des plus usitées. 1re forme. — A ces mots tĕ hèn 得 狠, qui servent à faire les superlatifs ordinaires, on ajoute ceux-ci : kó yû 過 餘 ou kó fén 過 分, qui peuvent se traduire ainsi : au-delà de toute expression ou de toutes les bornes.

Misérable au-delà de tout ce qu’on peut dire. Tsaō niĕ tĕ hèn kó yû 遭 逆 得 狠 過 餘。 Vous êtes trop généreux avec moi. Jên hiōng kó yû yóng hoúy 仁 兄 過 餘 用 惠2e forme. — On emploie l’une de ces expressions : mô pỳ tỳ 莫 比 的 oŭ pỳ tỳ 無 比 的 qui veulent dire : au-dessus de tout, qui ne peut étre comparé à rien.

Le péché est le plus grand de tous les maux, ou, un mal incomparable. Tsouý mô pỳ tỳ tá ngŏ 罪 莫 比 的 大 惡。 La piété filiale est ce qu’il y a de plus grand dans les œuvres de l’homme. Jên tchē hîn mô tá yû hiaó 人 之 行 莫 大 於 孝3e forme. — Cette tournure chinoise est plus usitée dans les livres que dans la conversation. Elle répond un peu à ces mots français : par-dessus tout, plus

Suite de la manière de compter.

十 一 chĕ y̆. 11 onze. Littér. : dix-un , undecim. 十 二 chĕ eúl. 12 douze. — dix-deux , duodecim. 十 三 chĕ-sān. 13 treize. — dix-trois. 十 四 chĕ sé. 14 quatorze. — dix-quatre, etc. 十 五 chĕ où. 15 quinze. 十 六 chĕ loŭ. 16 seize. 十 七 chĕ tsy̆. 17 dix-sept. 十 八 chĕ pă. 18 dix-huit. 十 九 chĕ kieòu. 19 dix-neuf. 二 十 eùl-chĕ. 20 vingt, deux-dix. 二 十 一 eùl chĕ y̆. 21 vingt et un, deux dix un. 三 十 sān chĕ. 30 trente, trois dix. 四 十 sé chĕ. 40 quarante, quatre dix. 五 十 où chĕ. 50 cinquante. 六 十 loŭ chĕ. 60 soixante. 七 十 tsy̆ chĕ. 70 soixante-dix. 八 十 pă chĕ. 80 quatre-vingts. 九 十 kieòu chĕ. 90 quatre-vingt-dix. 百 pĕ. 100 cent. 一 百 pĕ. 100 un cent. 二 百 eùl pĕ. 200 deux cents. 三 百 sān pĕ. 300 trois cents. 千 tsiēn. 1,000 mille. 一 千 y̆ tsiēn. 1,000 un mille. 二 千 eùl tsiēn. 2,000 deux mille. 三 千 sān tsiēn. 3,000 trois mille. 一 萬 y̆ ouán. 10,000 dix mille. 二 萬 eúl ouán 20,000 vingt mille. 三 萬 sān ouán. 30,000 trente mille. 十 萬 chĕ ouán. 100,000 cent mille. 一 百 萬 y̆ pĕ ouán. 1,000,000 un million. 二 百 萬 eúl pĕ ouán. 2,000,000 deux millions. 一 千 萬 y̆ tsiēn ouán. 1,000,000,000 un milliard.

L’expression chinoise qui indique l’absence d’une quantité dans un nombre, ou le zéro, est līn 零, plus, reste. Ainsi, par exemple, cent trois, y̆ — pĕ līn sān kó 一 百 零 三 个, c’est-à-dire : cent, plus trois. On l’écrit, dans les noms de nombre, par un 〇, qui, en chinois, ne veut jamais indiquer autre

chose que le vide ou l’absence d’une quantité. Cet 〇 ou ce zéro ne sert donc jamais aux Chinois de multiplicateur, comme chez nous. Bien que, dans l’usage ordinaire, on ait rarement besoin d’autres mots pour exprimer les quantités, et qu’on se serve, en écrivant, d’autres caractères, il arrive de rencontrer, mais dans les livres seulement, des caractères exprimant des quantités fort élevées, et s’écrivant par un seul signe. Nous les donnons ici : 億 ý. Cent mille. Vulgairement : 十 萬 chĕ ouán. 兆 tchaó. Un million. — 一 百 萬 y̆ pĕ ouán. 京 kīn. Dix millions. — 一 千 萬 y̆ tsiēn ouán. 秭 tsè. Cent millions. — 萬 萬 ouán ouán. 垓 Kaȳ. Un milliard. 壤 Jàng. Dix milliards. 溝 keōu. Cent milliards. 澗 kién. Un billion. 正 tchén. Dix billions. 載 tsaỳ. Cent billions 12.

1° Lorsque l’on parle d’un nombre indéterminé, incertain, au-dessous de dix, comme, par exemple, trois ou quatre, cinq ou six, on n’exprime jamais en chinois la conjonctive ou. On dit simplement : 三 四 sān sé. Trois-quatre. 五 六 où loŭ. Cinq-six. Si le nombre dépasse dix, on l’exprime ainsi : 十 多 个 chĕ tō kó. Plus de dix. 十 多 年 chĕ tō niên. Plus de dix ans, ou 十 年 多 chĕ niên tō. 一 百 多 里 y̆ pĕ tō lỳ. Plus de cent lieues, ou bien 一 百 餘 里 y̆ pĕ yû lỳ. Souvent aussi les Chinois se servent, dans ce cas, des mots à peu près, en- viron, tchā poŭ tō 差 不 多 17. 差 不 多 一 百 里 tchā poŭ tō y̆ pĕ lỳ. Environ cent lieues. 差 不 多 四 里 tchā poŭ tō sé lỳ. Environ quatre lieues. 2° Lorsque le nombre cardinal est pris pour nombre ordinal, comme dans les exemples suivants, on les traduit ainsi :

螺 思 第 十 四 位 Louý sē tý chĕ sé ouý. Louis XIV, Ludovicus, quarta decima persona. 必 約 第 九 位 Py̆ yŏ tý kieoù ouý. Pie IX, Pius, nona persona. 3° Lorsque l’on veut exprimer la durée de règne d’un prince, on dit, en chinois, v. g. : Il a été sur le trône quatorze ans. Tā tsaý ouý chĕ sé niên 他 在 位 十 四 年。 4° Les chiffres de commerce ont une forme particulière, comme on le voit au tableau de la page 98. Ils se placent, comme nos chiffres arabes, en lignes horizontales; on les lit de gauche à droite. Dans les nombres composés de mille, centaines, dizaines et unités, les coefficients se placent au-dessus de chaque degré correspondant. Ainsi, pour représenter les trois sommes suivantes, on disposera les chiffres de cette manière :

4 5 6 2 1 8 7 2 4 2 4 〤 〥 〦 〡 〨 〧 〤 〢 千 百 十 〢 千 百 十 〢 百 十 〤

Le 〇 ne s’emploie qu’au milieu des nombres pour indiquer seulement l’absence d’un degré intermédiaire. Jamais on ne le place à la fin d’une quantité.

EXEMPLES : 1 0 8 0 4 〡 〨 万 〇 百 〇 〤

S’il s’agit d’un nombre plein, sans addition d’unités, le multiplicateur se place sur la même ligne et précède le degré décuple.

EXEMPLES : 3 0 0 0 | 4 0 0 | 6 0 〣 千 | 〤 0 | 〦 十 , etc.

Les Chinois emploient quelquefois dans les livres une sorte de barre, dans le genre des chiffres de commerce. Bien que cet usage soit rare, nous donnons le tableau de ces barres numérales à la page 111.

DES NOMS NUMÉRAUX OU DES PARTICULES NUMÉRALES

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Les anciens missionnaires de la Chine ont donné à cette classe de mots chinois le nom de particules numérales ou numériques. Malgré l’idée assez vague qui s’attache à ce nom, on a continué à le donner à cette classe de mots. Un auteur moderne a cru mieux les définir, en les appelant : substantifs auxi- liaires. Cette définition n’a que le mérite d’être plus vague que l’ancienne.

Les Chinois ont eu l’idée de choisir dans leur langue un certain nombre de mots exprimant, les uns, une idée générale, mais caractéristique; les autres, une propriété frappante d’objets. Ces mots expriment, par exemple, la longueur, l’étendue, l’unité, la parité, la rondeur, la hauteur, un fragment, un objet roulé, une forme pointue, etc. Les Chinois ajoutent cette espèce de mots aux noms de nombre cardinaux. Ainsi, une table devrait rigoureusement se traduire, en chinois, par ces mots : y̆ tchŏ tsè 一 桌 子, una mensa, mais on ne serait pas compris. Il faut dire : y̆ tchāng tchŏ tsè 一 張 桌 子。 Le mot tchāng est ici particule numérale, accompagnant le nom de nombre chaque fois qu’il est question d’un objet de longueur, d’étendue. Un couteau, littéralement : y̆ taō 一 刀。 Ces deux mots, dans le langage parlé, ne seraient pas compris à cause des nombreux homophones chinois. Mais si l’on dit : y̆ pà taō 一 把 刀, chacun comprendra de suite. La particule pà sert à indiquer tout objet ayant un manche. Un parapluie se dira de même : y̆ pà sàn 一 把 傘。 Ces deux mots seuls : y̆ sàn seraient inintelligibles. Une paire de bas : y̆ chouāng ouâ tsè 一 雙 襪 子。 La particule chouāng indique toute espèce d’objets doubles, ou les noms d’objets pairs. Si l’on demandait à quelqu’un, par exemple, combien il a de paires de bas, il répondrait en chinois, comme nous le faisons en français : trois, quatre paires, sān sé chouāng, sans répéter le mot bas. Les objets disposés en ligne, en rang, se désignent par la particule numérale hâng 行。 Ainsi, on dira : une ligne, une rangée de maisons, y̆ hâng fâng tsè 一 行 房 子。 Le mot keoŭ 口, bouche, est la particule numérale qui sert à désigner, entre autres, les membres d’une famille. On dira : pă keoŭ jên 八 口 人, huit bouches, au lieu de huit personnes. Par l’usage que les Chinois font de cette classe de mots, on voit que, dans leur esprit, ce ne sont pas de véritables noms de nombre. C’est là pourtant le côté qui a frappé davantage l’esprit de ceux qui les ont désignés les premiers sous le nom de particules numérales. Ces mots ne sont pas strictement des noms de nombre. Leur rôle est premièrement de faire éviter, dans la langue parlée, l’équivoque, l’obscurité; deuxièmement, d’exprimer la chose avec plus de grâce, plus d’élégance et plus de clarté; troisièmement, d’établir une sorte de distinction entre les choses générales et les choses particulières. Il est à remarquer que les choses qui ne sont pas susceptibles d’être divisées en parties ne sont jamais précédées de la particule numérale. On ne peut jamais omettre à volonté ces particules dans la conversation. Le moindre inconvénient serait de n’être pas compris. Les particules numérales ne sont pas des mots exclusivement affectés à cet usage. Isolés des nombres cardinaux, ils ont leur signification propre. Le nombre des particules numérales dépasse un peu la centaine. Nous les

avons réunies, en forme de tableau alphabétique, dans notre Dictionnaire français-chinois, au mot caractère, page 67. Nous y renvoyons le lecteur. L’usage de ces particules étant très-régulier n’offre dans la pratique aucune difficulté. Nous avons dans la langue française certains mots qui ressemblent beaucoup aux particules numérales chinoises, et font assez bien le rôle de ces particules. Nous disons, par exemple, une pièce de toile, un rouleau de papier, un acte de comédie, un grain de sable, une goutte d’eau, un monceau de paille, une pile de bois, etc. Tous ces mots rouleau, pièce, acte, grain, monceau, pile, et une foule d’autres de ce genre, représentent assez bien cette classe de mots chinois, et semblent très-propres à faire comprendre le rôle des particules numérales en chinois.

Les nombres ordinaux se forment, en chinois, par la simple addition du mot 第 au nom de nombre cardinal. Ainsi l’on dit :

第 一 tý y̆. Le premier, primus.第 十 tý chĕ. Le dixième, decimus.
第 二 tý eúl. Le deuxième, secundus.第 二 十 tý eúl chĕ. Le vingtième,
第 三 tý sān. Le troisième, tertius.vigesimus.
第 四 tý sé. Le quatrième, quartus.第 三 十 tý sān chĕ. Le trentième,
第 五 tý où. Le cinquième, quintus.trigesimus.
第 六 tý loŭ. Le sixième, sextus.第 一 百 tý y̆ pě. Le centième, cen-
第 七 tý tsÿ. Le septième, septimus.tesimus.
第 八 tý pă. Le huitième, octavus.第 一 千 tý y̆ tsiēn. Le millième,
第 九 tý kieoù. Le neuvième, nonus.millesimus.

Pour exprimer le nombre de fois, on dit en chinois :

一 次 y̆ tsě. Une fois, semel, ou bien一 回 y̆ houŷ.
二 次 eúl tsě. Deux fois, bis, —二 回 eúl houŷ.
三 次 sān tsě. Trois fois, ter, —三 回 sān houŷ.

Ainsi de suite.

Dans les livres on emploie souvent, au lieu des précédents, les mots qui suivent : tsaō 遭, pién 遍, fān 番三 遭 他 這 裡 來 了 Sān tsaō tā tché lỳ laŷ leaò. Il est venu ici trois fois. 你 幾 遭 這 裡 來 了 Ngỳ kỳ tsaō tché lỳ laŷ leaò. Combien de fois êtes-vous venu ici? 幾 番 要 來 看 你 Ky̆ fān yaó laŷ kán ngỳ. Que de fois j’ai voulu venir vous voir!

1° Dans les livres , on emploie assez souvent , pour marquer la division en quatre, les premiers caractères du livre sacré qui porte le nom de ý kīn 易 經。 Ces caractères sont : 元 yuên, 亨 hēn, 利 lý, 貞 tchēn. 2° Les Chinois ont un cycle dénaire pour la division du temps , et un autre duodénaire pour celle des heures de la journée. S’ils ont à marquer une division en dix , en douze parties, ils font usage de chacun des caractères de ces cycles. Toutefois, la pratique en est bannie de la langue parlée. La combinaison de ces deux cycles, répétée cinq et six fois, a fourni aux Chinois leur fameux cycle de soixante ans. (Voir les mots cycle et heure, dans notre Dic- tionnaire.) En géométrie, ils font usage des premiers caractères de ce même cycle, là où nous employons les lettres A. B. C. D. 3° Dans la division d’objets en grand , les Chinois se servent des mots cháng 上, tchōng 中, hiá 下, qui répondent à partie supérieure, — moyenne, — inférieure.

Ainsi, la première partie d’un ouvrage se dira cháng kiuén 上 卷. Celle du milieu… … … … … . . tchōng kiuén 中 卷. La dernière ou troisième partie… … … … . . hiá 下 卷.

Voici les expressions en usage dans la langue parlée : — 一 半 y̆ pán. La moitié, une moitié, demi, une demie. — 一 點 半 y̆ tièn pán. Une heure et demie. — 一 里 半 y̆ lỳ pán. Une lieue et demie. 半 點 pán tièn. Une demi-heure. 半 里 pán lỳ. Une demi-lieue. 半 信 半 不 信 pán sín pán poŭ sín. Croire à moitié, à demi. 半 生 半 活 pán sēn pán hô. Demi-mort. 半 人 半 鬼 pán jên pán koúy. Demi-mort de crainte. 半 酣 pán hān. Demi-ivre, entre deux vins.

Les Chinois, pour dire : à demi, à moitié, usent souvent de cette formule-ci : 七 死 八 活 tsÿ sè pă hô. A moitié mort.

Souvent on emploie la particule yû 餘 pour exprimer plus, au-delà de, sans détermination fixe de temps. 病 了 月 餘 pín leaò yuě yû, v. g. Il a été malade plus d’un mois. 住 了 月 餘 tchoú leaò yuě yû. Il s’arrêta plus d’un mois.

Pour exprimer la division en parties, les Chinois procèdent comme nous, en prenant pour base le tiers, le quart, le dixième, etc. Ainsi, ils disent : Pour le tiers : 三 分 有 一 分 sān fén yeoù y̆ fén, c’est-à-dire de trois parties il y en a une, ou bien : sān koù yeoù y̆ koù 三 股 有 一 股。 Pour le quart : 四 分 有 一 分 sé fén yeoù y̆ fén, c’est-à-dire, de quatre parties il y en a une. Pour les trois quarts : 四 分。四 股 有 三 分 sé fén ou sé koù yeoù sēn fén, ou 三 股 sān koù . Pour le huitième : 八 分 有 一 分 pă fén yeoù y̆ fén. Pour les six dixièmes : 十 分 有 六 分 chĕ fén yeoù loŭ fén.

Année chinoise.

Le Chinois ont deux manières pour exprimer les dates par années. La première, la plus commode, est d’employer les dates des années de règne des empereurs. Les empereurs chinois prennent, en montant sur le trône, un titre de règne. Ainsi, le premier empereur de la dynastie actuelle avait pour titre ou nom de règne ces mots : chuén tché 順 治。 Son règne a été de dix-huit ans. Un Chinois, pour indiquer son âge ou un événement passé, dira : Je suis né, cet événement a eu lieu la première, la huitième, la dixième année de la période dite : chuén tché. Tel événement est arrivé la quinzième année de la période dite : kăng hỹ. Ce nom ou titre de règne se nomme en chinois : kouĕ haó 國 號。 Les monnaies chinoises portent le titre des années de règne d’un empereur. Chez nous, le pontife choisit aussi un titre de pontificat, et date ses actes des années de ce même pontificat. Toutefois, nous ferons remarquer que si tel est en réalité le sens du titre de règne des empereurs de la Chine, dans la pratique on applique ce titre lui-même à la personne de l’Empereur. Ainsi, l’on dit vulgairement : L’Empereur Kăng hỹ 康 熙。 L’Empereur Taó kouāng 道 光。 L’Empereur Tŏng tché 同 治。 La deuxième manière de compter les années a lieu par le cycle de 60 ans, nommé en chinois kiă tsè 甲 子, du nom des deux premiers caractères. En

Chine, chacun sait par cœur ce cycle. Si l’on demande à un Chinois son âge, au lieu de répondre qu’il a tant d’années, il se borne à dire : Je suis né telle année du cycle 18.

Des mois.

Les mois chinois sont lunaires, et portent le nom même de la lune yuě 月。 Ils sont tous de vingt-neuf ou de trente jours. On donne aux mois de vingt-neuf jours le nom de petits mois, yuě siào 月 小 ; aux autres, celui de grands mois, yuě tá 月 大。 Pour combler le déficit que cause naturellement cette manière de supputer le temps, les Chinois ont tous les trois ans une lune supplémentaire. Ces années-là ont treize lunes ou treize mois. La lune supplémentaire porte le nom de Juén yuě 閏 月。 Les Chinois ont un cycle de dix-neuf ans, durant lequel ils intercalent sept fois cette lune supplémentaire. Il y a un ordre déterminé pour intercaler cette lune. Si on l’ajoute, par exemple, après la troisième lune ou le troisième mois, on dira alors, en parlant de cette lune intercalée : Juén sān yuě 閏 三 月。 Ainsi des autres. (Voir le mot Lune dans le Dictionnaire français-chinois.) Dans l’usage ordinaire, on désigne les mois chinois ou les lunes de la manière suivante :

1^re^ lune ou 1^er^ mois. Tchén yuě 正 月7^e^ lune ou 7^e^ mois. Tsỹ yuě 七 月
2^e^ lune ou 2^e^ mois. Eúl yuě 二 月8^e^ lune ou 8^e^ mois. Pă yuě 八 月
3^e^ lune ou 3^e^ mois. Sān yuě 三 月9^e^ lune ou 9^e^ mois. Kieoù yuě 九 月
4^e^ lune ou 4^e^ mois. Sé yuě 四 月10^e^ lune ou 10^e^ mois. Chĕ yuě 十 月
5^e^ lune ou 5^e^ mois. Où yuě 五 月11^e^ lune ou 11^e^ mois. Tōng yuě 冬 月
6^e^ lune ou 6^e^ mois. Loŭ yuě 六 月12^e^ lune ou 12^e^ mois. Lă yuě17 臘 月

Jours du mois.

Il y a une expression spéciale pour les dix premiers jours du mois. A partir du onzième jour du mois, on emploie les noms de nombres cardinaux. Le premier jour du mois se désigne ainsi : Tsoũ y̆ 初 一。 Le deuxième — — Tsoũ eúl 初 二。 Le troisième — — Tsoũ sān 初 三。 Le quatrième — — Tsoũ sé 初 四。 Le cinquième — — Tsoũ où 初 五。 Le sixième — — Tsoũ loŭ 初 六。 Le septième — — Tsoũ tsỹ 初 七

Le huitième — — Tsoũ pă 初 八。 Le neuvième — — Tsoũ kieoù 初 九。 Le dixième — — Tsoũ chĕ 初 十

Ensuite on dit :

Le 11. 十 一 日 chĕ y̆ jě.Le 20. 二 十 eúl chĕ.
Le 12. 十 二 chĕ eúl.Le 30 三 十 sān chĕ.
Le 15. 十 五 chĕ où.

Pour ces dix premiers jours, si l’on veut demander le quantième du mois, on se sert de ces mots : tsoũ kỳ 初 幾。 Pour demander le quantième à partir du 11, on dit : Chĕ kỳ 十 幾 ? Quel jour du mois?

Le 6 de la huitième lune se dira : pă yuě tsoũ loŭ 八 月 初 六Octavæ lunæ dies sextus. Le 8 de la cinquième lune : Où yuě tsoũ pă 五 月 初 八。 Le 15 de la onzième lune : Tōng yuě chĕ où 冬 月 十 五。 Le 20 de la douzième lune : Lă yuě eúl chĕ 蠟 月 二 十

Des heures. Chê chên 時 辰

Les Chinois divisent le jour en douze heures. Chacune de ces heures en vaut deux des nôtres. Nous renvoyons nos lecteurs pour tout ce qui concerne cet article au passage de notre Dictionnaire français-chinois, page 230.

Semaine.

Les anciens livres de la Chine, les kin 經 (livres par excellence) montrent que la division du mois en semaines, c’est-à-dire en séries de sept jours, a été connue autrefois dans ce pays 12. Certains usages chinois corroborent cette croyance. Quoi qu’il en soit, il est certain que l’usage pratique de cette division du temps a disparu depuis fort longtemps. Les Chinois ne connaissent plus l’observance régulière d’un septième jour. Ils n’ont pas d’expression pour


indiquer ce mode de division. Les catholiques chinois emploient seuls le mot semaine et ont une expression consacrée à chaque jour de la semaine.

一 个 主 日 ȳ kó tchoù je. Une se- / maine.瞻 禮 四 tchān-lỳ sé. Mercredi, feria / quarta.
两 个 主 日 leàng kó tchoù je. Deux / semaines.瞻 禮 五 tchān-lỳ où. Jeudi, feria / quinta.
主 日 tchoù jě. Dimanche, dies Do- / mini.瞻 禮 六 tchān-lỳ loŭ. Vendredi, fe- / ria sexta.
瞻 禮 二 tchān-lỳ eúl. Lundi, feria / secunda.瞻 禮 七 Tchān-lỳ tsỹ. Samedi. Sab- / batum.
瞻 禮 三 tchān-lỳ sān. Mardi, feria / tertia.

守 主 日 瞻 禮 Cheoù tchoù-jě, tchān-lỳ. Garder le dimanche, les fêtes.

DE L’ABAQUE CHINOIS OU MACHINE A COMPTER

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Pour faire toute espèce de calcul, au lieu d’employer l’écriture, les Chinois se servent d’un abaque, qu’ils nomment souán pǎn 算 盤 (table à compter). Son invention est due au célèbre Cheoù lỳ 首 隸, ministre de l’Empereur Houâng tý 黃 帝, qui régnait 2637 ans av. J.-C. En général, l’abaque chinois compte dix colonnes; on peut en porter le nombre à quinze, à vingt, si l’on veut. Mais il est rare que l’on ait besoin d’un abaque aussi développé. Celui de dix colonnes peut servir jusqu’aux millions de taëls. Cette machine à compter est d’un usage général dans toute la Chine. On la trouve sur les comptoirs de tous les magasins; les négociants ambulants l’emportent avec eux. Chaque famille chinoise a son abaque. C’est un meuble in- dispensable, qui entre dans le nécessaire de tout voyageur chinois. L’abaque chinois est si commode, quand on sait s’en servir, que son usage s’est étendu en Russie, en Pologne et même en Turquie. Nous ne voyons pas pourquoi nos comptoirs européens n’adopteraient pas une machine aussi simple et aussi commode.


Voici un modèle de l’abaque chinois.

1° L’abaque est divisé, comme on le voit, en deux parties. Une ligne horizontale coupe la machine dans toute sa largeur, laissant deux boules à chaque colonne dans la partie supérieure, et cinq boules à toutes les autres colonnes. 2° Chaque colonne représente une valeur numérique, qui augmente de dix en dix, en allant de droite à gauche. Les boules supérieures valent chacune cinq des boules inférieures de la même colonne. Chacune des cinq boules d’une colonne vaut un des degrés de cette même colonne. 3° On veut marquer, par exemple, le chiffre quatre sur l’abaque : on élèvera les quatre boules inférieures de la première colonne à droite. — Que si l’on veut marquer le nombre six, on abaissera la boule supérieure, et on ne laissera élevée qu’une des boules de la partie inférieure. Si l’on voulait marquer dix-huit, on élèverait la première des cinq boules de la deuxième colonne; on abaisserait la boule supérieure de la première colonne , laquelle vaut cinq, et on laisserait trois boules inférieures également élevées, ce qui donnerait le nombre dix-huit. Si l’on voulait marquer cinquante-huit, on abaisserait simplement la boule supérieure de la deuxième colonne, ainsi que celle de la pre- 110 GRAMMAIRE CHINOISE.

mière colonne, et l’on élèverait trois boules inférieures de cette même colonne. Tout cela est fort simple. 4° Si l’on veut marquer une somme dans laquelle se trouve un zéro ou une absence de dizaine, on ne dérange aucune boule dans la colonne correspondante, mais on passe à la suivante. L’exemple suivant, représenté sur l’abaque, servira de règle pour tous les cas.

Somme représentée sur l’abaque : 763, 809.

5° Avec un peu de pratique, on se sert aisément et rapidement de l’abaque chinois. Il faut auparavant posséder de mémoire une table très-ordinaire de multiplication.

PROCÉDÉ POUR FAIRE LES ADDITIONS AU MOYEN DE L’ABAQUE

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Pour faire une addition, quelque considérable qu’elle soit, au moyen de l’abaque chinois, il suffit de poser les sommes les unes après les autres, en les ajoutant chacune à celle qui précède immédiatement. Au fur et à mesure que l’on inscrit une somme sur l’abaque, on a le résultat ou le total de toute l’addition. Le procédé chinois est vingt fois plus simple et plus rapide que le nôtre. Au moyen de l’abaque chinois, on peut faire toute espèce de règle d’arithLANGUE ORALE.

2° Chiffres en écriture dite : Cháng fāng tá tchouán 上方大篆。

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Cette écriture est formée de lignes droites et brisées. Elle n’est qu’une variété de l’écriture du tableau précédent. Nos lecteurs verront l’origine de cette écriture au chapitre cité plus haut. Cette écriture-ci est encore très-usitée pour les sceaux des mandarins et des personnes privées.

1 2 3 4 5 6 7

8 9 10 100 1,000 10,000


1° Du sín 姓 ou nom générique des familles chinoises. Caractère de ces noms. Du livre des Cent familles. — 2° Du nom générique secondaire ou du ché 氏。 Sa différence avec le précédent. — 3° Du petit nom de lait, en chinois, laỳ mîn 奶名 ou joŭ mîn 乳名。 Caractère de ces noms, leur gracieuseté. — 4° Du nom tiré du cycle de famille ou du tsé peý 字輩。 — 5° Du nom dit : titre de famille tsé haó 字號。 — 6° Du nom posthume donné aux Empereurs, aux savants illustres. — 7° Des sobriquets chinois. — 8° Du titre des négociants et hôteliers chinois, ou du Tchaō paỹ 招牌。 Importance qu’on y attache en Chine. — 9° Des noms de l’Empire chinois, des vingt-deux dynasties, des provinces et des villes de la Chine; du nom des royaumes et des pays étrangers à la Chine.

OU DU Sín 姓。

Les Chinois ont des coutumes particulières qu’un sinologue ne peut ignorer s’il veut comprendre le sens exact de certaines expressions de la langue chinoise. Ces coutumes sont, la plupart, en usage depuis la plus haute antiquité.

Dans les premiers âges du monde, l’usage des noms de famille n’était point connu. Chaque individu portait un seul nom, presque toujours caractéristique, significatif; on le distinguait de ses homonymes en ajoutant à son nom ces mots : fils d’un tel. L’emploi de termes significatifs, exprimant tantôt le rang, tantôt le caractère, tantôt les vices ou les qualités, passa insensiblement en usage pour désigner toute une famille, toute une tribu ou une agrégation d’hommes. Cette coutume des peuples les plus anciens de l’Asie existait également chez ceux de l’Occident. Ainsi le mot Galis, dont les auteurs latins ont fait leur Galli, Gaulois, signifiait blanc. On donnait ce nom à la tribu primitive des Gaulois à cause de la blancheur de leur peau. De même le mot Frank, d’où l’on a fait successivement Franci et Français, voulait dire intrépide. La colonie d’émigrants qui vint peupler la Chine actuelle employait une désignation particulière, caractéristique de ce genre, pour distinguer les familles entre elles. Cette désignation n’était donc pas proprement un nom de famille, tel que nous l’entendons aujourd’hui. Il est important de faire cette différence pour l’intelligence de ce qui suit. Le mot chinois qui désigne cette appellation caractéristique est sín 姓。 Chaque famille chinoise avait donc son sín 姓, ou, si l’on veut, son appellation propre, composé d’un seul mot et d’un seul caractère de la langue écrite. Ce mot chinois sín 姓 répond plus exactement à l’idée de tribu, famille, racine, ou à celle de source principale, qu’à ces mots français : nom de famille.

Les Annales de la Chine se taisent sur le nombre de familles dont se composait la colonie primitive qui vint occuper le pays. Tout porte à croire qu’elle n’était pas fort considérable. Il est vrai qu’à cette époque de longévité humaine, chaque famille de la colonie pouvait compter un nombre respectable d’individus. On trouve dans les anciens livres de la Chine l’expression kieoù tsoŭ 九族 (les neuf générations) pour désigner toute une famille, c’est-àdire toutes les générations qu’un seul homme pouvait voir de son vivant. De nos jours encore, si l’on veut dire en Chine que toute une famille a été anéantie soit par une punition légale, soit par une autre cause, on emploie cette vieille expression : anéantir les neuf générations, miĕ kieoù tsoŭ 滅九族。

Quel nom particulier portait la colonie primitive des Chinois? On l’ignore; on sait seulement qu’elle se désignait elle-même par cette appellation générale : les Cent familles ou les Cent tribus, pĕ sín 百姓。 Par cette dénomina- tion, on est porté à conclure que la tribu d’émigrants comptait environ ce nombre de familles. L’expression chinoise pĕ sín se généralisa peu à peu dans le cours du temps. Vers la fin du règne de l’empereur Yaô 堯, c’est-à-dire vers l’an 2357 avant J.-C., on commença à l’employer pour désigner l’ensemble de la population chinoise; ce terme devint ensuite le synonyme, l’équi- valent de peuple (populus), comprenant toute la colonie, absolument comme

chez les Juifs l’expression : les douze tribus, désignait toute la nation juive. Maintenant encore, le corps de la nation chinoise se désigne par ces mots : pĕ sín 百 姓 (les Cent familles). On dit 百 姓 反 pĕ sín fàn. Le peuple se révolte. 百 姓 亂 pĕ sín louán. Le peuple est agité. Pour désigner le terme générique de peuple ou de nation, les anciens Chinois se servaient du caractère suivant qui se prononce mîn. C’est l’équivalent du caractère actuel mîn 民。 Ce caractère antique représente une femme nue, ayant de grosses mamelles. Selon le livre chinois : Loŭ choū tsīn ouēn 六 書 精 溫 10 ce caractère est l’image de la première femme. A cette époque, on ne portait pas encore de vêtements; on habi- tait les campagnes, couverts de sa seule innocence, qui était grande. Les hommes étaient véritablement les fils ou les créatures du Ciel. Bien des raisons portent à croire que la colonie chinoise se développa trèsrapidement 20. Elle poussa ses conquêtes depuis la province de Chèn sȳ 陝 西, son berceau en Chine, vers les régions du Nord et vers celles de l’Est. A cette époque, les familles chinoises se divisèrent en grandes branches ou grands rameaux. Chacun de ces rameaux prit une nouvelle désignation caracté- ristique, c’est-à-dire adopta un nouveau sín 姓。 Ces nouveaux sín se formèrent, la plùpart, de la manière suivante, qui n’est pas sans analogie avec l’origine de la plupart des familles nobles de l’Europe. Ici on prenait le nom d’un pays, d’une ville que l’on venait de conquérir; là, celui d’un fief accordé par le chef de la famille à un membre de la tribu qui avait fait une action éclatante. Ailleurs, c’était le nom d’un fleuve, d’une rivière, d’une montagne cé- lèbre où était survenue une aventure fameuse, que l’on choisissait. Quelquefois, pour perpétuer dans une famille le souvenir d’un parent célèbre, on adoptait l’un de ses surnoms pour en faire le sín d’une nouvelle branche de la famille. Il arrivait également que, pour perpétuer le souvenir d’un événement heureux, d’un fait extraordinaire, une des familles chinoises adoptait un sín qui devait rappeler cette idée. C’est aussi à la même époque que plusieurs des familles nombreuses de la colonie chinoise voulant, d’un côté, conserver leur sín primitif, et, de l’autre, se séparer de la branche principale, adoptèrent un

nom composé de deux mots ou deux caractères qui étaient simplement la réunion de deux sín 姓 ordinaires. Ce double sín se nomme en chinois : foŭ sín 複 姓。 Nous n’en connaissons qu’une trentaine de ce genre.

Toutefois, malgré l’accroissement prodigieux de la colonie des Cent fa- milles, ces désignations génériques appliquées à chaque famille sont demeurées très-restreintes. Depuis bien des siècles, on n’en ajoute plus de nouvelles aux anciennes. C’est ainsi que, dans tout l’Empire du milieu, dont la population dépasse aujourd’hui 400 millions d’habitants, l’ensemble de tous les sín 姓 de la nation ne dépasse guère le chiffre de 438. Sous la dynastie des Sóng, c’est-à-dire vers l’an 960 de J.-C., on a fait, pour la première fois, un Recueil de tous ces sín ou noms patronymiques chinois. Ce Recueil porte le titre de kiā sín 百 家 姓 , c’est-à-dire Noms des Cent familles. Ce Recueil est devenu un petit livre élémentaire que tout enfant chinois apprend par cœur au début de ses études 10.

Telle est l’origine et le sens des noms patronymiques chinois. Cette origine, le sens particulier de ces noms, joints à la nature même d’une langue dont l’écriture représente des idées et non pas de simples sons, comme dans nos langues à flexion, feront comprendre de suite à nos lecteurs pourquoi il est impossible de traduire en chinois un nom de famille étranger au Céleste Em- pire. La presque totalité de nos noms est simplement un son, une réunion de lettres alphabétiques purement phonétiques, sans aucune signification possible. On ne peut donc demander à un Chinois de traduire en sa langue un nom de famille européen. S’il veut le faire, il en sera réduit, comme les géographes chinois le font pour les noms de pays étrangers, à prendre, dans sa langue, deux ou trois sons à peu près équivalents et qui, réunis, rendront plus ou moins exactement celui du nom européen. Traduits et écrits en chinois de la sorte, ces noms européens ne seront pas compris d’un Chinois. Ils ne seront plus de vrais sín chinois, qui, par leur nature, ont un sens et ne sont composés que d’un monosyllabe, tiré du Vocabulaire même de la langue.

Bien que tous les sín 姓 chinois aient ainsi une signification spéciale, on ne songe plus aujourd’hui, comme cela fut aux origines de la colonie, au sens primordial du caractère par lequel on désigne une famille. Ainsi, par exemple, il y a des familles chinoises qui portent le nom de Chā 沙 , sable, arena; d’autres, celui de Chān 山 , montagne; d’autres, celui de Chě, pierre, lapis, etc. Il ne vient pas plus à l’esprit d’un Chinois, en employant ces mots pour désigner une famille, de songer aux mots sable, montagne, pierre, qu’il ne nous vient à nous, en pensée, de songer au sens de quelques

noms patronymiques européens, construits dans le même genre que les sín chinois. Ainsi, nous avons en français des noms tels que ceux-ci : Beau, Ba- taillon, Blanc, Buffet, Chevalier, Flageolet, Meunier, Vaillant, Vigneron, etc. Nous portons ces noms, nous les employons, sans songer aucunement à leur sens ordinaire. La première préoccupation d’un Européen, en arrivant en Chine, s’il est obligé, à cause de son séjour dans ce pays, de prendre un nom chinois, est de s’informer minutieusement du sens de son nouveau nom, comme s’il y cherchait une nouvelle à sensation.

Peut-on, en Chine, changer à volonté de nom de famille? Les Chinois sont, en général, très-attachés à leur sín de famille. Ils conservent avec le plus grand soin le livre de leur généalogie domestique. Ils peuvent ainsi voir presque tous les noms de leurs ancêtres jusqu’à une époque très-reculée. Nous avons connu un bon nombre de familles communes, plébéiennes, dont la généalogie connue, certaine, remontait à plus de quinze et même de dix-huit cents ans de date. Chaque famille chinoise tient ses actes et les tient fidèlement. Dès les temps les plus reculés, on voit que certaines familles, qui, pour de graves motifs, comme celui de se soustraire aux recherches d’un ennemi puissant, allaient se fixer dans une autre province, y vivaient sous un nom étranger. Elles changeaient leur sín, Kaỳ sín 改 姓. Il y a un cas où la loi chinoise autorise et même exige expressément le changement du sín de famille : c’est le cas de l’adoption. Tout enfant adopté doit prendre le nom ou le sín de la famille qui l’adopte. Dès qu’une famille a la certitude qu’elle n’aura plus d’héritier mâle, elle adopte un enfant plutôt que de laisser périr une branche de la famille.

En chinois, les titres d’honneur, de respect, de dignité, se placent toujours, soit dans la langue parlée, soit dans la langue écrite, après le sín de famille. Ainsi, un Chinois a pour sín le mot Tŏng 童. Veut-on lui donner le titre de monsieur? on dira : Tŏng yê 童 爺. Celui de monseigneur? on dira : Tŏng laò yê 童 老 爺. Celui d’Excellence? on dira : Tŏng tá jên 童 大 人. Les catholiques chinois donnent aux missionnaires le titre de Père spirituel, chên foú 神 父. Cette règle est invariable. (Voir le chapitre de l’Urbanité chinoise.)

Le sín chinois ou la désignation caractéristique d’une famille est considéré comme le tronc, la racine principale (pèn 本) de cette famille. Il y a une autre expression pour désigner les branches, les rameaux (tchē 枝) de ce même tronc ou racine principale; c’est le mot ché 氏. On l’emploie particulièrement à l’égard des femmes. En Chine, celles-ci ne sont effectivement con- sidérées que comme des rameaux, des branches secondaires, que l’on détache

du tronc ou de la souche principale. Au fond, cette expression chinoise, qui semble bizarre, est assez ingénieuse et même juste. Ainsi, une jeune fille chinoise, dont la famille a pour sín le caractère ouâng 王, se marie avec un jeune homme dont le sín est Lieôu 劉; après son mariage, la jeune femme est désignée sous les noms de Lieôu ouâng ché 劉 王 氏, comme qui dirait : rameau ou branche de la famille Ouâng, adjoint à la famille Lieôu. Cette coutume est aussi ancienne que générale dans la Chine. Tel est le sens principal du nom chinois dit Ché 氏.

Cette même expression ché 氏 a été employée, dès la plus haute antiquité, par une espèce d’antonomase, pour désigner les personnages très-cé- lèbres, ceux qui ont laissé un nom brillant dans la république des lettres. Cette expression, qui est alors tout honorifique, s’ajoute au sín 姓 de famille de celui qui a mérité de le recevoir. Par exemple, l’auteur du Diction- naire étymologique chinois, connu sous le titre de Chŏ ouên 說 文, le célèbre Hiù tchēn 許 慎, est communément désigné sous le titre de Hiù ché 許 氏. Le grand historien de la Chine, Sē mà tsiēn, qu’on a justement surnommé l’Hérodote de l’Empire du Milieu, est souvent désigné sous les simples titres de Sē mà ché. Ainsi en est-il de tous les autres personnages de grand renom, soit dans l’ordre civil, soit dans l’ordre militaire.

Dans l’intérieur des familles chinoises, il y a plusieurs manières de désigner les enfants en très-bas âge. A la naissance d’un enfant, un proche parent ou un ami intime de la famille choisit, pour le nouveau-né, un nom qu’on nomme indifféremment petit nom siaò mîn 小 名 ou Nom de lait { Laỳ mîn 奶 名。 { ou joù mîn 乳 名。

C’est, la plupart du temps, pour celui qui choisit ces noms, l’occasion de faire un compliment gracieux aux parents du nouveau-né, par le sens attaché au nom de lait. Ces noms se composent toujours de deux mots, et par conséquent de deux caractères. Même pour les plus modestes familles de la société, ce petit nom renferme toujours une idée gracieuse, honorable, souvent ambitieuse, si l’on pressait le sens rigoureux de ces mots. Ainsi, voici quelques-uns de ces noms :

Pour les garçons :Pour les filles :
玉 成 Yú-tchĕn. La marguerite par-來 寶 Laŷ paò. Future marguerite.
faite.紅 玉 Hông yú. Le jaspe rouge.

Pour les garçons. Pour les filles.

德 明 Tě mîn. La vertu éclatante.無 嬌 Oǔ kiaò. Sans attraits.
良 才 Leâng tsaÿ. Le talent ingénieux新 蓮 Sīn liên. Nouveau nénuphar.
靜 心 Tsín sīn. Le cœur tranquille.喜 蓮 Hỳ liên. Joyeux nénuphar.
太 玄 Taý hiuên. L’étincelle brillante.雙 貴 Chouāng koúy. Les deux for-
春 元 Tchoūn yuên. L’origine du prin-tunes.
temps.芙 蓉 Foû ŷn. Les fleurs du nénu-
招 財 Tchaō tsaÿ. Les richesses abon-phar.
dantes.長 姑 Tchàng koū. L’aînée des filles.
長 齡 Tcháng lîn. Le génie éclatant.
文 芳 Ouên fâng. La littérature odo-
rante.
蓮 仙 Liên siēn. Le divin nénuphar.

Bien que les jeunes filles aient aussi un nom de lait, on le choisit sans solennité et tout à fait dans l’intérieur de la famille. Une matrone chinoise, amie de la famille, se charge de ce soin. Ces noms, comme on le voit ici, sont, en général, une allusion à la beauté, aux grâces de la femme. Les qualités de la femme peuvent, à cause de la nature de la langue, être exprimées avec des formes très-variées.

Il y a une expression chinoise particulière pour interroger quelqu’un sur le sexe d’un enfant qui vient de naître. On la trouve déjà en vigueur à l’époque des écrivains du Chē kīn 詩 經 ou Livre des vers.

Avez-vous obtenu, demandera-t-on, une brique de pierre précieuse ou une simple tuile? Lóng tchāng hoǎy lóng ouà 弄 璋 或 弄 瓦? On répond : Lông tchāng, si un garçon est né; lông ouà, s’il s’agit d’une fille.

Les parents, les membres de la famille, les amis très-intimes, peuvent seuls se servir du petit nom de lait pour appeler quelqu’un.

En le faisant, on se permettrait un excès de familiarité, une violation des règles si exquises de l’urbanité chinoise. Dans la bonne société européenne, les choses ne se passent pas autrement. Un étranger ne se permet pas d’appeler quelqu’un par son seul nom de baptême.

S’il s’agissait du petit nom de lait du prince héritier, devenu Empereur, personne n’oserait l’employer ni même l’écrire. En parlant de ce nom, on dit en chinois : pý min 避 名, éviter le nom. Que si l’on avait à employer ce caractère dans un écrit, la règle est qu’on doit le modifier légèrement; on supprime un trait du caractère, assez pour qu’en le défigurant on change ce caractère. Ainsi, l’empereur Kāng hȳ avait pour petit nom : Hiuên yê 玄 燁 (Étincelle bleue). Dans le Dictionnaire publié par les soins de cet Empereur, on a supprimé à dessein un trait inférieur du deuxième caractère, en l’écrivant

ainsi : 燁。 Cet usage constant, qui provient d’un sentiment louable de respect pour l’autorité, est en vigueur sous chaque règne. Dans l’intérieur de la famille, les parents chinois se servent d’une expression plus intime encore, soit pour désigner, soit pour appeler leurs enfants. Ainsi, ils disent : 老 大 Laò tá. Toi, le premier né, ou bien : Tá lâng 大 郎。 老 貳 Laò eúl. Toi, le deuxième né, ou bien : eúl lâng 二 郎。 老 六 Laò loŭ. Toi, le sixième né, ou bien : loŭ lâng 六 郎。 Pour les filles, ils disent : 大 姑 Tá koū. Toi, la première née. 二 姑 Eúl koū. Toi, la deuxième née. 六 姑 Loŭ koū. Toi, la sixième née. Les filles comptent l’ordre de leur naissance entre elles seulement et indépendamment de leurs frères. La femme, en Chine, fait une catégorie à part. Les personnes étrangères à une famille, parlant d’un membre de cette famille, se servent également de la formule précédente légèrement modifiée de la manière suivante : si l’on parle de quelqu’un en son absence, on dira, par exemple : Ouâng laò sé 王 老 四, c’est-à-dire Ouâng le sixième, ou simplement Ouâng sé kō. Si on lui adresse la parole ou qu’on soit en sa présence, un Chinois n’omettra jamais d’y ajouter un terme honorifique. A l’endroit de l’urbanité, les Chinois ont l’épiderme fort délicat. On dira alors : Ouâng loŭ yê 王 六 爺, monsieur Ouâng le sixième, ou si l’on veut encore plus honorer ce Chinois, à cause de son âge, par exemple, on dira : Ouâng loŭ kōng 王 六 公. Le respectable, le vénérable Ouâng le sixième. — Cette règle est générale en Chine. Entre eux, les frères et les sœurs s’appellent ou par leur petit nom de lait, ou, plus communément, par leur ordre de naissance. Ils disent : 大 哥 tá kō. Toi, l’aîné, 二 哥 eúl kō. Toi, le deuxième frère. 八 哥 pă kō. Toi, le huitième frère. Les sœurs disent de même : 大 姑 tá koū. Toi, la première. 二 姑 eúl koū. Toi, la deuxième. 六 姑 loŭ koū. Toi, la sixième. Les Chinois ont des termes familiers, enfantins, qui sont formés à peu près comme les nôtres, d’un mot redoublé. Nous disons : papa; les Chinois disent : 爹 tië ou 爹 爹 tië tië. — maman; — 媽 ou 媽 媽 mā mā.

Nous disons : mon frère aîné; les Chinois disent : 哥 哥 kō kō. — ma sœur aînée; — 姊 姊 tsiè tsiè. — ma sœur cadette; — 妹 妹 meý meý. — ma belle-sœur; — 嫂 嫂 saò saò.

DU NOM TIRÉ DU CYCLE DE FAMILLE, DIT EN CHINOIS

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Tsé peý 字 輩。

Il existe, en Chine, une coutume très-ingénieuse et très-ancienne, au moyen de laquelle deux familles qui ont le même nom générique, le même sín 姓, peuvent, à l’instant même, découvrir si leur souche est commune. Les familles principales ont adopté, à une époque reculée, une sentence, une maxime, qui renferme pour signe distinctif ou devise domestique, quinze, vingt caractères, et s’exprime par le même nombre de mots. C’est comme une petite chaîne dont chaque caractère serait un anneau. Cette chaîne forme le cycle de famille, lequel porte le nom de Tsé peý 字 輩. Le premier caractère qui le compose est affecté d’abord au père et à tous ses frères, c’est-à- dire qu’on l’ajoute au sín ou nom patronymique, comme premier caractère d’un nom secondaire. Le deuxième caractère du cycle est affecté aux fils et aux cousins germains de ceux-ci; ainsi de suite. Chacun des caractères de ce cycle domestique est susceptible de se marier avec un autre caractère et de former avec lui un sens entier, complet. Lorsqu’un jeune Chinois a atteint l’âge de raison, qu’il commence à fréquenter l’école, on choisit un caractère chinois qui se combine, d’après une règle déterminée, avec le caractère du cycle de famille qui lui est affecté dans l’ordre de naissance. Ces deux caractères forment ce qu’on appelle en chinois le hiŏ mîn 學 名, le choū mîn 書 名 ou beau nom d’école. Ordinairement c’est le maître d’école qui est chargé du soin de composer ce nom. Le cycle suivant d’une famille chinoise donnera une idée plus nette de cette coutume chinoise. Il n’est composé que de huit caractères; on le recommence après la huitième génération.

1. 森 sīn.5. 祚 tsoú.
2. 永 yùn.6. 遐 hiâ.
3. 洪 hông.7. 昌 tchāng.
4. 錫 .8. 道 táo.

Supposons à présent une famille dont le nom patronymique soit Ouâng 王. Le chef de la famille sera désigné ainsi : Ouâng sīn 王 森. Ce dernier caractère est le premier du cycle. Tous les collatéraux auront aussi ce caractère ajouté à leur nom de famille. Le fils et tous ses cousins germains seront désignés ainsi : 王 永 Ouâng yùn, deuxième caractère du cycle.

Le petit-fils et ses collatéraux le seront ainsi : 王 洪 Ouâng hông, troisième caractère du cycle. Et ainsi de suite.

Deux Chinois qui ont le même nom patronymique se rencontrent. Veulentils savoir si leur souche primitive est commune et à quel degré ils sont parents? L’un d’eux fait connaître le cycle de famille. S’il est commun, la souche de parenté est certaine. En récitant ce cycle, on voit de suite la distance ou degré de parenté qui sépare l’un et l’autre.

V. — DU NOM APPELÉ Tsé haó 字 號。

Parmi les rares coutumes chinoises, tombées en désuétude, nous signale rons la collation solennelle du bonnet viril. Cette collation se faisait avec une solennité plus ou moins imposante, selon le rang de la famille, lorsqu’un homme avait atteint l’âge de vingt ans. On lui choisissait alors un surnom composé de deux mots ou de deux signes chinois, formant un sens complet. L’usage du surnom s’est conservé. On s’en sert dans les écrits publics, dans les actes importants. Si l’on adresse à quelqu’un une invitation, une pièce de quelque importance, c’est toujours par son Tsé haó 字 號 qu’on le désigne, et jamais par son nom d’école. Ce nom n’est pas choisi au hasard; il doit avoir une analogie avec le nom d’école. Dans la langue ordinaire, on désigne ainsi ce nom : Tsẽ tchāng 次 璋 ou deuxième titre. La politesse, la déférence chinoises obligent à employer ce titre en écrivant à quelqu’un. Ces titres étant composés de la même manière et dans le même sens que le précédent, nous n’en rapportons pas d’exemples ici.

VI. — DU NOM POSTHUME OU DU Hoúy 諱, EN CHINOIS.

Le hoúy 諱 est un nom posthume que l’on décerne aux hommes célèbres. Il rappelle en général les qualités, le talent, quelques circonstances remarquables de la vie de celui auquel on le décerne. Cet usage est fort ancien, puisqu’il remonte à l’époque de la dynastie Ȳn 殷, c’est-à-dire à l’an 1400 av. J.-C. Toutefois ce ne fut que sous la dynastie Tcheoū 周 (1122 av. J.-C.) qu’il fut confirmé par une loi. On se sert du houý pour nommer les ancêtres et les parents défunts. On l’inscrit sur la tablette, si célèbre en Chine, connue sous le nom de tablette de l’âme, Lim paÿ 靈 牌, et qui est exposée d’abord sur l’autel domestique de chaque famille, ensuite dans le temple des ancêtres, dit en chinois le Tsẽ tâng 祠 堂。 C’est au moment où, pour la première fois, après que le défunt a été exposé dans la salle principale de la maison,

revêtu de ses plus beaux habits, la famille se réunit en hémicycle autour de lui, qu’on décerne le nom posthume ou le hoúy, en pleurant sur ce défunt. Quant aux gens de lettres, aux savants, aux magistrats de l’un ou de l’autre ordre civil ou militaire, le nom posthume ou le hoúy 諱 qu’on leur décerne est comme le reflet de la mémoire qu’ils laissent ici-bas. Cette coutume chinoise ressemble à celle par laquelle nous décernons, en Europe, un titre élo- gieux à quelque savant, en l’appelant, par exemple, un nouveau Tacite, un nouvel Horace, le Racine, le Corneille français. Voici quelques-uns de ces titres au génie toujours oriental : fontaine d’éloquence, miroir de vérité, docteur de la doctrine lumineuse, docteur aussi pur que l’eau limpide. Un des plus grands honneurs auxquels un Chinois puisse aspirer est celui d’un hoúydécerné par la voix publique, car il est comme un titre à l’immortalité humaine. Aucun sage, aucun savant de la Chine n’a reçu autant de titres honorifiques que le philosophe Confucius, qui, du reste, est sans contredit le seul sage qui ait eu véritablement une École, et une École sans exemple jusqu’ici. Depuis 2300 ans, les disciples de Confucius font une secte qui compte ses adeptes par dizaines de millions. Les Empereurs de la Chine ont deux espèces de noms posthumes. L’un de ces noms est le Chě 諡. Par ce titre, on exprime, on énumère les qualités ou les actions remarquables du prince défunt. Ainsi, l’on dira, par exemple : Le saint, le vertueux, le divin, l’héroïque, le savant et guerrier empereur 聖 德 神 公 文 武 皇 帝 Chén tĕ chên kōng ouên où houâng tý. Le deuxième titre posthume des Empereurs est celui que l’on décerne dans le temple des ancêtres. Il porte le nom de Miaó haó 廟 號, ou titre du temple. On inscrit ce titre honorifique sur la tablette des membres défunts de la famille impériale. Il se rapporte à la parenté. Ce titre devient proprement le nom historique de chaque Empereur. Le fondateur d’une dynastie porte, en général, le titre de Ché tsoù 世 祖.

DES SOBRIQUETS CHINOIS OU Houén mīn 混 名

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Les Chinois ont l’esprit très-observateur, mais aussi très-enclin à la censure, à la raillerie. Ils saisissent, à la premiere vue, les défauts corporels, les travers d’esprit de quelqu’un. Ils sont, pour ce motif, très-prompts à imposer un sobriquet, qui est toujours l’indice du défaut physique ou moral de la personne qui le reçoit. Ainsi, ils disent :

王 麻 子 Ouâng mâ tsè. Ouâng le grêlé. 文 陀 子 Ouên tõ tsè. Ouên le bossu. 魯 𨅬 子 Loŭ paý tsè. Loŭ le boiteux. 風 禿 子 Fōng toŭ tsè. Fōng le chauve.

厭物 M. yén oŭ. Un tel l’ennuyeux. 蠢才 M. tchoŭn tsaÿ. Un tel l’imbécile. 老賊 M. laò tsĕ. Un tel le vieux fourbe. 多講的 M. tō kiàng tý. Un tel le bavard. 狗才 M. keòu tsaÿ. Un tel le maraud. 風子 M. fōng tsè. Un tel le braque.

Bien que cet usage soit principalement en vogue dans la classe populaire , la causticité chinoise ne se fait pas faute de décerner quelque nom de ce genre aux mandarins subalternes qui ont le malheur d’avoir un défaut saillant. Ils diront de lui : un tel le cupide, l’avare, le gourmand. Ils ont aussi un autre genre de sobriquet métaphorique, qui est très-sarcastique. En parlant d’un homme timide et inoffensif, ils diront : c’est un tigre de papier; à celui qui s’estime beaucoup trop, on donne le nom de rat tombé dans une balance où il se pèse lui-même. On compare malicieusement celui dont les manières sont trop affectées à un bossu qui fait une courbette. Les pièces de théâtre chinoises sont surtout remplies de ces sobriquets plaisants, ironiques et bien appliqués, desquels on peut dire le castigat ridendo mores du poëte latin.

DU TITRE DES NÉGOCIANTS ET DES HOTELLERIES CHINOISES

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Tchaō paÿ 招 牌。

Chaque famille de négociant, chaque hôtellerie a son enseigne particulière. On attache, en Chine, une grande importance à ces titres ou enseignes de commerce. Le jour où un nouveau négociant affiche, pour la première fois, le titre de sa maison, de son hôtellerie, c’est une fête de famille chez lui. Ses amis, ses connaissances lui apportent des cartes de félicitations sur lesquelles sont des distiques chinois, exprimant des vœux pour le succès de la nouvelle maison. La nouvelle enseigne est également ornée de guirlandes et de festons. Chacun fait un salut à la tablette en adressant un compliment au propriétaire. Un repas somptueux réunit une foule d’invités. L’usage ne permet pas, en Chine, de prendre, dans la même localité, le titre dont est déjà en possession une autre famille. Un procès en résulterait si on se le permettait. On conserve même avec soin l’enseigne primitive. Son antiquité est regardée comme un excellent titre de recommandation auprès de la clientèle. On désigne presque toujours, en Chine, une maison de commerce, une hôtellerie, comme on le fait chez nous, par le nom de l’enseigne : au lion d’or, au cheval blanc, à la croix rouge, etc. Les titres des négociants chinois, des hôtelleries, sont choisis avec soin et renferment toujours une pensée, un vœu assez expressifs.

I. — Titres d’hôtelleries chinoises.

日新店 Jě sīn tién. Hôtel de la / Renaissance.全德店 Tsuền tě tién. Hôtel de la / Vertu parfaite.
中和店 Tchōng hô tién. Hôtel de / l’Union générale.慶榮店 Kīn yûn tién. Hôtel de la / Félicité et de la gloire.
樂安店 Lǒ gān tién. Hôtel de la / Joie et de la paix.隆盛店 Lông chén tién. Hôtel de la / Grande abondance.
三合店 Sān hô tién. Hôtel des / Trois unions.興隆店 Hīn lông tién. Hôtel qui / procure la prospérité.
恒義店 Hên ngý tién. Hôtel de la / Justice perpétuelle.

II. — Titres de négociants chinois.

乾盛號 Kiên chén haó. A la Grande / abondance.義盛號 Ný chén haó. A la Justice / et à l’abondance.
廣濟號 Kouàng tsý haó. Au Grand / succès.萬全號 Ouán tsuên haó. Aux Dix / mille perfections.
榮隆號 Yūn lông haó. A l’Eclatante / prospérité.恒德號 Hên tě haó. A la Vertu per- / pétuelle.
泰元號 Taý yuên haó. A la Grande / origine.大興號 Tá hīn haó. A la Grande / paix.
廣興號 Kouàng hīn haó. A la Vaste / forêt.正順號 Tchén chuén haó. A l’Intè- / gre prospérité.
德泰號 Tě taý haó. A la Vertu par- / faite.

I. — Empire. Kouě 國。

1° Le mot Chine est inconnu des habitants de l’Empire que nous désignons sous ce nom. Il est d’origine européenne. Les Chinois ont quatre expressions pour désigner leur pays : 1° Tiēn hiá 天 下 (ce qui est sous le Ciel); 2° Tohōng kouě 中 國 (Empire du milieu), ce nom est le plus usité; 3° Tchōng hoâ 中 華 (la Fleur du milieu); 4° Hoâ hiá 華 夏 (la Fleur des Hiá).

2° L’expression Houâng tý 黃 帝 est affectée aux Empereurs; celle de Ouâng 王 aux Rois. Cette dernière implique chez les Chinois l’idée de la vassalité.

II. — Dynasties. Tchǎo 朝。

Vingt-deux dynasties ou familles ont régné sur la Chine 21. Lorsque l’on parle d’une dynastie, on ajoute au nom propre de la dynastie celui de Tchǎo. Ainsi, l’on dira : 宋 朝 Sóng tchǎo. La dynastie des Sóng. 元 朝 Yuên tchǎo. — Yuên. 明 朝 Mīn tchǎo. — Mīn.

Lorsque l’on parle de la dynastie régnante, on ajoute l’épithète : grande. Tá 大. On dira aujourd’hui : Tá tsīn tchǎo 大 清 朝. La grande dynastie des Tsīn.

III. — Provinces. Sèn 省。

La Chine a subi de fréquentes mutations dans la division de ses provinces. On compte aujourd’hui dix-huit provinces dans la Chine proprement dite. Cette division est de date récente. La dynastie actuelle, ayant annexé les trois vastes provinces de son patrimoine, on porte à présent le nombre des provinces au chiffre de vingt et un. Chaque province est divisée en deux, trois ou quatre grandes circonscrip tions territoriales dont chacune porte le nom de Taó 道。 Un mandarin est à la tête du Taó. La capitale ou métropole de chaque province est le siége d’un gouverneur que l’on désigne communément sous le nom de vice-roi, en chinois Tsòng toŭ 總 督 ou Tché taÿ 制 臺。 Quatre provinces ont à leur tête un sous-gouverneur foù taÿ, et relèvent d’une autre province. Le Kouý tcheoū 貴 州 relève du yûn nân. Le Kouàng sỹ 廣 西 — de Canton. Le Hoû nân 湖 南 — du hoû pě. Le Kān sieōu 甘 肅 — du Chèn sỹ.

On désigne communément la capitale de chaque province par ces mots : Sèn tchěn 省 城, ville par excellence de la province. Pour exprimer qu’on se rend à la capitale, on se sert de l’une ou de l’autre de ces expressions, selon qu’il faut monter ou descendre pour s’y rendre : Cháng sèn 上 省 ou Hià sèn 下 省。 On peut aussi désigner la ville capitale en ajoutant à son nom propre le mot sèn 省。 Ainsi : 雲 南 省 Yûn nân sèn, capitale du Yûn nân.

LANGUE ORALE.

成 都 省 Tchěn toū sèn, capitale du Su tchuen. 西 安 省 Sȳ gān sèn, capitale du Chèn sȳ. Chaque Taó 道 est divisé en départements ou préfectures Foù 府; en sous-préfectures Tcheoū 州; en chefs-lieux de canton Hién 縣。 Toutes les villes chinoises sont rangées sous ces trois catégories. Une préfecture a sous sa dépendance un certain nombre de villes du second et du troisième ordre. Le mandarin d’une ville se désigne souvent, en parlant de lui, par ce titre général de propre gouverneur du Foù : Pèn foù 本 府; du Tcheoū : Pèn tcheoū 本 州; du Hién : Pèn hién 本 縣; ou Pèn tăng 本 堂。 Nous avons lu, avec quelque surprise, dans les ouvrages de quelques sinologues européens, que les villes chinoises n’avaient pas de noms propres. C’est une erreur. Les Chinois désignent ordinairement les villes par leurs noms propres, composés, la plupart, de deux mots ou de deux caractères. Si l’on veut faire connaître le degré hiérarchique de la ville, on ajoute après le nom l’un de ces mots : 府 foù, pour les villes de premier ordre, 州 tcheoū, pour celles de deuxième ordre, 縣 Hién, pour celles de troisième ordre. Ainsi, l’on dit : 重 慶 府 Tchǒng kīn foù. 貴 陽 府 Koúy yâng foù. 安 平 州 Gān pîh tcheōu. 會 理 州 Hoúy lỳ tcheōu. 麻 里 縣 Mâ lỳ hién. 保 山 縣 Paò chān hién.

Les royaumes qui ceignent la Chine ont tous un nom particulier, selon le génie chinois. Ainsi, le Japon est Jě pèn kouě 日 本 國, qui peut se traduire par : regnum originis solis. La Corée est Kaō lỳ kouě 高 麗 國. La Mandchourie est Màn tcheōu 滿 州。 Le Leaò tōng est Leâo tōng 遼 東。 La Mongolie est Mông koù 蒙 古。 Le Thibet est Sȳ fān 西 番 ou Sȳ tsáng 西 藏。 L’Inde est Tiēn tchoŭ kouě 天 竺 國。

Le royaume de Siam est Siēn lô kouě 鮮 羅 國。 Le royaume d’An-nam est Gān lân kouě 安 南 國。

Mais, pour désigner les pays lointains comme ceux de l’Occident, les Chinois n’ont pu leur donner des noms caractéristiques. Ils expriment aussi approximativement que possible, par leurs signes, les sons des noms et des pays étrangers. C’est pour ce motif que le récit des voyageurs chinois dans des contrées étrangères offre des difficultés assez grandes à un lecteur européen. Ainsi :

L’Europe se dit : Geoū-lô-pā 歐 羅 巴。 L’Asie — Yà-sȳ-yà 亞 西 亞。 L’Afrique — Yà feȳ lý kiā 亞 非 利 加。 L’Amérique — Yà-mě-lý kiā 亞 默 利 加。 L’Océanie — Ouō-să nŷ 鄂 撒 尼。 La France — Fă kouě 法 國。 L’Angleterre — Ȳn kў lý 英 吉 利。 L’Espagne — Ȳ sȳ pā nŷ 依 西 巴 尼。 Le Portugal — Pō eûl toŭ ouà 波 爾 土 瓦。 L’Italie — Ý tá lỳ yà 意 大 里 亞。 La Hollande — Hô lân kouě 活 南 國。 L’Allemagne — Jě eul ma ny 熱 爾 瑪 尼。 La Russie — Ō lō sē kouě 鄂 羅 斯 國。

Si l’on veut désigner un habitant de l’un de ces pays, il suffit d’ajouter le mot jên 人, homme, au nom du royaume dont est originaire celui que l’on veut désigner. La France se dit : Fă kouě 法 國 ; un Français : Fă kouě jên 法 國 人。 Ainsi de tous les autres.


En chinois : Tchè mîn 指 名 ou Tỳ mîn 替 名c

1° Pronoms personnels. Leur usage en chinois. Leur variété. Manière de les remplacer dans le langage de la politesse. — 2° Pronoms relatifs ou conjonctifs. — 3° Pronoms démonstratifs. — 4° Pronoms possessifs. — 5° Pronoms indéfinis.

Singulier.Pluriel.
我 Ngò 22. Je ou moi.我 們 Ngò-mên. Nous.
你 Ngỳ. Tu ou toi.你 們 Ngỳ-mên. Vous.
他 Tā. Il, elle, lui.他 們 Tā-mên. Ils, elles, eux.

Les pronoms personnels sont très-usités, surtout dans la langue parlée. Quand ils sont sujets, ils se placent régulièrement avant le verbe. S’ils sont régimes, ils se placent toujours après le verbe.

我 愛 你 Ngò gaý ngỳ. Je vous aime, ego amo te. Au lieu de la particule mên 們, qui sert ici à faire le pluriel comme dans les substantifs, on emploie très-souvent, dans les livres, l’une ou l’autre des trois particules suivantes : tèn 等, tchaÿ 儕, choŭ 屬。 Ainsi, l’on dira : ngò tèn 我 等, ngò tchaÿ 我 儕, au lieu de dire : ngò-mên 我 們。 Chacune de ces particules emporte avec elle l’idée de classe, de catégorie, avec exclusion de ceux qui n’en sont pas.

Les dignitaires chinois, parlant d’eux-mêmes, disent communément : ngò tchaÿ 我 儕, ou bien encore : oû tchaÿ 吾 儕, nous, dans le même sens que le fait en Europe un supérieur qui parle de lui.


Riche en expressions qui rendent les formes de la pensée avec ses nuances, la langue écrite a d’autres termes pour exprimer les pronoms personnels. Voici les neuf termes qui reviennent souvent dans les livres :

1° Moi ou nous (au singulier) : yû 余, oû 吾, yû 予。 EXEMPLES : 吾 見 於 夫 子 Oû kién yû foū tsè. J’ai fait une visite à notre maître. 噫。天 喪 予 天 喪 予 Ý tiēn sáng yû, tiēn sáng yû. Hélas! le Ciel m’accable de douleur; le Ciel m’accable de douleur.

2° Toi, tu, votre (au singulier): eùl 爾, ou joù 汝。 EXEMPLES : 爾 國 臨 格 Eùl kouě līn kě. Que votre règne arrive. Adveniat regnum tuum.

3° Ils, eux, son, sa. Kỳ 其, ou ȳ 伊, ou kuě 厥, ou tchē 之。 Ce dernier mot est souvent régime du verbe actif. EXEMPLES : 其 心 不 死 Kỳ sīn poŭ sè. Son projet n’est pas mort. Le philosophe répondit : (Nos parents) étant vivants, il faut les servir selon les règles des rites; morts, il faut les ensevelir selon les mêmes règles, et offrir pour eux des sacrifices de la même manière. Tsè yuě: Sēng sè tchē ỳ lỳ; sè sáng tchē ỳ lỳ; tsý tchē ỳ lỳ. 子 曰 生 事 之 以 禮。死 喪 之 以 禮。 祭 之 以 禮。 — On voit ici le mot tchē 之 pris trois fois comme régime direct, eux, ils.

1° Dans le style élevé des ouvrages anciens, on trouve assez souvent cette expression-ci : tsoŭ hiá 足 下 (le dessous des pieds) pour désigner le pronom vous.

2° Voici un idiotisme chinois aussi fréquent dans la langue orale que dans la langue écrite. Ainsi, au lieu de dire : la prudence de Chuén est grande, un Chinois dit : Chuén, sa prudence est grande. Chuén kỳ tá hiên 舜 其 大 賢。 On emploie surtout cette tournure lorsque la phrase est admirative ou interrogative.

3° Lorsqu’un pronom personnel est suivi de l’adjectif même, il se rend invariablement en chinois par ces deux mots : tsé kỳ 自 己。 On dira : 我 自 已 Ngò tsé kỳ. Moi-même. 你 自 已 Ngỳ tsé kỳ. Toi-même.

他 自 已 Tã tsé kỳ. Lui-même. 我 們 自 己 Ngò-mên tsé kỳ. Nous-mêmes. 你 們 自 已 Ngỳ mên tsé kỳ. Vous-mêmes. 他 們 自 已 Tã mên tsé kỳ. Eux-mêmes.

4° L’adjectif français propre, indiquant la propriété exclusive à toute autre, se rend, en chinois, par le mot Tsīn 親, qui se place ainsi :

我 親 眼 見 了 Ngò tsīn yèn kién leào. J’ai vu de mes propres yeux. 親 口 Tsīn keoŭ. De ma propre bouche. 親 手 Tsīn chedu. De ma propre main, ou 親 筆 Tsīn pỹ.

Dans les livres, il est plus élégant de se servir soit du mot chēn 身, cor- pus, soit du mot kōng 躬, qui a le même sens.

修 己 身 Sieōu kỳ chēn. Perfectionner sa propre personne. 身 穿 野 服 Chēn tchouān yè foŭ. Il portait des habits grossiers. 躬 自 厚 而 薄 責 於 人 則 遠 怨 矣 Kōng tsé heóu eûl põ tsě yû jên tsě yuèn yuén ỳ. Soyez sévère envers vous-même, indulgent envers les autres, alors vous éloignerez de vous le ressentiment.

5° La politesse chinoise exige que l’on n’emploie jamais seul le pronom personnel je ou moi, surtout en présence de personnes élevées en dignité. Elle défend également de tutoyer, même un égal. Nous indiquons au chapitre XIV, qui a pour titre : De l’urbanité chinoise, les expressions consacrées par l’usage.

II. — DES PRONOMS RELATIFS OU CONJONCTIFS.

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Les pronoms relatifs ou conjonctifs sont les suivants : qui, que, quoi, quel, lequel, laquelle, le, la, les, dont, en. Qui, quæ, quod, quinam, quænam, is, ea, id, cujus, in. Voici, par des exemples, leurs équivalents dans la langue chinoise.

那 个 Lá kó, au singulier, 那 些 Lá sỹ, au pluriel. Qui, quis. 我 不 曉 得 是 那 个 Ngò poŭ hiaò tě ché là kó. Je ne sais qui. Nescio quis. 不 論 那 个 Poŭ lén là kò. Qui que ce soit. Quisquis ille sit. 那 个 做 這 一 件 事 Là kó tsoú tché ỹ kién sé. Qui a fait cela? Quis hoc fecit? 那 个 人 來 Là kó jên laŷ. Qui arrive? Quis venit?

2° Dans les livres, au lieu des mots lá kó, on emploie ceux-ci, qui sont plus relevés : choûy 誰 ou choǔ 孰. Qui.

誰 造 了 天 地 Choûy tsáo leào tiēn tý? Qui a créé le monde? Quis creavit cœlum et terram? 子 謂 子 貢 曰 汝 與 回 也 孰 愈 Tsè ouý tsè kóng yuě: joù yù hoûy ỳ choǔ yuě? Le philosophe interpella Tsè Kóng : Lequel de vous ou de Hoûy surpasse l’autre en qualité? 子 貢 問 師 與 商 也 孰 賢 Tsè Kóng ouén: sē yù chāng ỳ choǔ hiên. Tsè Kóng demanda : Qui de ou de Chāng est le plus sage?

3° Très-souvent, en chinois, on n’exprime pas le pronom qui, parce que la phrase chinoise se dispose autrement :

Dieu, qui est juste, punira les méchants. Tournez ainsi : Dieu est juste, il punira les méchants. 天 主 公 道。 他 要 罰 惡 人 Tiēn Tchoù Kōng taó; Tā yaó fǎ ngǒ jên.

Que, pronom relatif, signifiant lequel et servant de régime au verbe qui suit, s’exprime en chinois par ces deux mots : Sò 所 et , que l’on place de la sorte :

我 所 愛 的 書 Ngò sò gaý tý choū. Le livre que j’aime. Ego quem amo librum. 你 所 說 的 話 Ngỳ sò chŏ tý hoá. Les paroles que tu as dites. Tu quæ dixisti verba. 他 所 做 的 事 Tã sò tsoú tý sé. Les choses qu’il a faites. Ille quas fecit res.

Que signifiant quelle chose s’exprime par chén mô 甚 麼 ou chě mô 什 麼, quid, quod; que signifiant quoi : tsèn yáng 怎 樣. 要 做 甚 麼 ·Yaó tsoú chén mô. Que faire? Quid agendum? Oportet facere quid? 你 怎 樣 想 Ngỳ tsèn yáng siàng. Que vous en semble? Quid tibi videtur?

Quoi, quid, quæ, ne se dit qu’en parlant des choses. On le rend, en chinois, par chě mô 拾 麼 ou chén mô 甚 麼.

我 不 知 道 他 想 甚 麼 Ngò poŭ tchē taó tā siàng chén mô. J’ignore ce à quoi il pense. Ego non scio illum cogitare quid.

Quel, quinam, interrogatif, s’exprime, en chinois, par là ỹ kó 那 一 个 s’il s’agit des personnes, et par chén mô 甚 麼 s’il s’agit des choses.

那 个 人 肯 Là kó jên kěn. Quel homme voudrait? Quis vellet? 他 有 甚 麼 事 Tā yeoù chén mô sé. Quelle affaire a-t-il?

Lequel, laquelle? Quisnam, quænam? se traduisent comme dans les exemples précédents. 那 个 人 來 了 Là kó jên laŷ leào. Lequel est venu? Quisnam venit?

Les pronoms personnels le, la, les, is, ea, id, se placent toujours, en chinois, après le verbe.

我 愛 他 Ngò gaý tā. Je l’aime. Ego amo illum. 我 恨 他 Ngò hén tā. Je le déteste. Ego detestor illum. 我 要 他 們 Ngò yaó tā mên. Je les veux. Ego illa volo. 我 信 他 Ngò sín tā. Je le crois. Ego credo illum.

Dont, cujus, quorum, s’exprime absolument, comme le que relatif, par sò 所 et tý 的.

我 所 用 的 書 Ngò sò yóng tý choū. Le livre dont je me sers. Liber quo ut.r. 我 所 恨 的 事 Ngò sò hén tý sé. Ce dont j’ai horreur. Ego quæ abhorreo.

En, pronom relatif, se rend, en chinois, par ces mots : ỹn oúy 因 爲. Quia, propter id.

因 爲 莫 得 那 个 事 ỹn oúy mô tě lá kó sé. Il n’en est rien. Nihil tale est. 因 爲 有 那 个 事。我 更 喜 歡 你 ỹn oúy yeoù lá kó sé, ngò kén hỳ houān ngỳ. Je vous en aime davantage. Eò mihi carior es.

Ces pronoms se confondent la plupart du temps avec les adjectifs démonstratifs, et s’expriment de la même manière :

Pour les personnes et les choses prochaines.

Singulier.Pluriel.
這 个 人 Tché kó jên. Cet homme. / Hic homo.這 些 人 Tché sỹ jên. Ces hommes. / Hi homines.
這 一 件 事 Tché ỹ kién sé. Cette / chose. Hæc res.這 些 事 Tché sỹ sé. Ces choses. / res.
這 一 本 書 Tché ỹ pèn choū. Ce li- / vre. Hic liber.這 些 書 Tché sỹ choū. Ces livres. / Hi libri.

Pour les personnes et les choses éloignées.

Singulier.Pluriel.
那 个 人 Lá kó jên. Cet homme- / là. Ille homo.那 些 人 Lá sỹ jên. Ces hommes-là. / Illi homines.
那 一 件 事 Lá ỹ kién sé. Cette chose- / là. Ista res.那 些 事 Lá sỹ sé. Ces choses. Illæ / res.
那 一 本 書 Lá ỹ pèn choū. Ce livre. / Ille liber.那 些 書 Lá sỹ choū. Ces livres. Hi / libri.

Le pronom ce devant le mot que se rend, en chinois, par sò 所. On place après le sujet chinois et avant le verbe.

我 所 說 的 話 Ngò sò chŏ tý hoá. Ce que je dis. Quæ ego dico. 我 所 想 的 事 Ngò sò siàng tý sé. Ce que je pense. Quæ cogito

1° Dans la langue écrite, au lieu des expressions ci-dessus désignées, on se sert de préférence des trois mots suivants pour exprimer les pronoms démonstratifs ce, ces, savoir : tsě 此 et sē 斯 pour les personnes et les choses prochaines, et pỳ 彼 pour les personnes et les choses éloignées.

從 彼 而 來 審 判 生 死 者 Tsŏng pỳ eûl laŷ chèn pắn sēn sè tchě. Il viendra de là juger les vivants et les morts.

2° Pour exprimer, dans la langue écrite, les pronoms démonstratifs celui, celle, qui, les Chinois ont une tournure particulière. On ajoute au verbe de la phrase la particule tchě 者. Cette tournure est très-commune.

愛 人 者 Gaý jên tchě. Celui qui aime les hommes. 敬 人 者 Kín jên tchě. Celui qui honore les hommes.

Les pronoms possessifs, en usage dans la langue orale, se forment en ajoutant la particule tỳ 的 au pronom personnel. Souvent on sous-entend cette particule tỳ, par euphonie, sans qu’il en résulte aucune équivoque.

Pronoms possessifs de la langue orale.

我 的 Ngò tỳ. Mon, ma, mien. Meus, a, um. 你 的 Ngỳ tỳ. Ton, ta, tien. Tuus, a, um: 他 的 Tā tỳ. Son, sa, sien. Suus, a, um. 我 們 的 Ngò mên tỳ. Notre, nos. Noster, ri. 你 們 的 Ngỳ mên tỳ. Votre, vos. Vester, ri. 他 們 的 Tā mên tỳ. Leur, leurs. Eorum.

我 的 父 母 Ngò tỳ foú moù. Mon père et ma mère. 你 的 書 Ngỳ tỳ choū. Ton livre. 他 的 狗 Tā tỳ keòu. Son chien. 我 們 的 田 Ngò mên tỳ tieñ. Notre champ. 你 們 的 馬 Ngỳ mên tỳ mà. Votre cheval. 他 們 的 房 子 Tā mên tỳ fâng tsè. Leur maison.

Pronoms possessifs de la langue écrite.

Son, sien. Tŏ 它. 它 父 Tŏ foú Son père.

Votre, vos. Vester, ri. Eùl 爾. 爾 國 臨 格 Eùl kouě lîn kě. Que votre règne arrive.

Leur, de lui. Kuě 厥 ou kỳ 其. 其 人 品 之 美 Kỳ jên pĭn tchē meỳ. Sa figure est charmante. 修 厥 德 Sieōu kiuě tě. Retracez en vous leurs vertus.

L’urbanité chinoise ne permet guère d’employer le pronom possessif de la première personne. Les expressions consacrées par l’usage, pour remplacer ces pronoms, se trouvent au chapitre XIII : De l’urbanité chinoise.

Bien que plusieurs grammairiens modernes ne rangent plus les mots suivants sous cette catégorie de pronoms, on nous permettra, pour plus de sim- 136 GRAMMAIRE CHINOISE.

plicité, de les réunir sous un même article. Les principaux pronoms indéfinis sont : On, quiconque, quelqu’un, chacun, chaque personne, autre, autrui, nul, tel, tout, un tel, l’un et l’autre, l’un l’autre.

1° On, devant un verbe chinois se tourne presque toujours par : il y en a qui, sunt qui. Yeoù 有. On dit. Aiunt. Yeoù jên chŏ 有 人 說. Sunt homines dicentes. On m’aime. Yeoù jên gaý ngò 有 人 愛 我. On dit généralement, c’est-à-dire, chacun ou tous disent. Kó kó jên toū chŏ 個 個 人 都 說 ou Tchóng jên chŏ 衆 人 說. Ferè omnes aiunt.

Dans les livres, le pronom indéfini on, quelqu’un, se traduit par jên houăy 人 或 ou 或 tout seul. 或 問 houăy ouén. On demande.

2° Quiconque. Quicunque. Poŭ lén là kó 不 論 那 个. 不 論 那 人 說 Poŭ lén là kó jên chŏ. Quiconque dira.

3° Quelqu’un. Aliquis. Yeoù jên 有 人. 有 人 來 Yeoù jên laŷ. Quelqu’un arrive. 有 人 更 我 說 個 了 Yeoù jên kēn ngò chŏ kó leào. Quelqu’un m’a dit.

4° Chacun. Quisque. Kó kó 個 個. 個 個 人 愛 我 Kó kó jên gaý ngò. Chacun m’aime. 各 人 各 樣 的 本 性 Kŏ jên kŏ yáng tỳ pèn sín. Chacun a son caractère, c’est-à-dire, autant d’hommes autant de caractères.

5° Personne, avec une négation. Nemo. Oŭ yeoù jên 無 有 人. 無 有 人 不 知 道 Oŭ yeoù jên poŭ tchē taó. Personne n’ignore. Nemo nescit. Non est homo non sciens. 無 有 人 信 他 Oŭ yeoù jén sín tã. Personne ne le croit. Nemo credit illi. Non est homo credens ei. ou encore : 莫 得 一 个 人 信 他 Mŏ tě y̆ kó jên sín tã. Non est unus homo credens ei.

6° Autre. Alius. Piě tỳ 別 的. Piě tỳ jên. Autre homme. 我 們 要 說 別 的 話 Ngò mên yaó chŏ piě tỳ hoá. Disons autre chose.

7° Autrui. Alienus. Jên kiā tỳ 人 家 的, ou Tã jên 他 人. 人 家 的 財 物 Jên kiā tỳ tsaŷ oŭ. Les biens d’autrui. 毋 貪 他 人 的 財 物 Oŭ tãn tã jên tỳ tsaŷ oŭ. Biens d’autrui ne désireras.

8° Nul. Nullus. Oŭ yeoù 無 有. 無 有 人 想 Oŭ yeoù jên siàng. Nul ne pense. Non est homo putans. 我 無 有 事 Ngò oŭ yeoù sé. Je n’ai nulle affaire. 9° Tel. Talis. Yeoû joŭ 猶 如, siáng 像, táng 當. 事 情 不 是 猶 如 你 想 Sé tsîn poŭ ché yeoû joŭ ngỳ siàng. La chose n’est pas telle que vous pensez. Res non est sicut tu putas. 他 像 父 Tã siāng foú. Il est tel que son père. Similis est patri. Ille similis (est) patri. 他 當 一 个 豺 狼 Tã táng y̆ kó tchaÿ lâng. Il est comme un loup. Ille (est) sicut unus lupus. Un tel. Quidam. Mòng ou méy 某. Dans les livres, on emploie souvent le mot houăy 或. 或 曰 Houăy yuě. Un tel dit. Dans les petits romans, que l’on nomme siào chŏ 小 說, il n’est point rare de trouver des phrases où l’on emploie les premiers caractères du cycle de soixante ans pour rendre le sens de ces pronoms indéfinis : tel, un tel, l’un l’autre. 10° Tout. Totum, omne, peut se rendre, en chinois, de cinq ou six manières. L’usage apprend les cas où il faut, de préférence, employer l’une ou l’autre tournure. 樣 樣 Yáng yáng. Omne, omnia. 一 把 連 Y̆ pà liên. Unà simul omnia. 不 論 甚 麼 Poŭ lén chén mô. Quodcunque. 不 句 各 樣 Poú kiú kŏ yáng. Quolibet modo. 無 所 不 Oŭ sò poŭ. Nihil quod non. EXEMPLES : 樣 樣 他 會 做 Yáng yáng tã hoúy tsoú. Il sait tout faire. 一 把 連 你 都 拿 去 Y̆ pà liên, ngỳ toú lâ kiú. Emportez tout. 他 無 所 不 知 Tã oŭ sò poŭ tchē. Il sait tout. 11° L’un et l’autre. Uterque. Leàng kó 兩 个. 兩 个 都 不 好 Leàng kó toū poŭ haò. Ils ne valent rien l’un et l’autre. 12° L’un l’autre. Y̆ kó y̆ kó 一 個 一 個. 一 個 愛 一 個 Y̆ kó gaý y̆ kó. S’aimer l’un l’autre. 一 个 相 幫 一 个 Y̆ kó siāng pāng y̆ kó. S’aider l’un l’autre. Dans les livres, l’un l’autre se rend mieux par le mot kÿ 其 répété. 其 一 人 美 Kÿ y̆ jên meỳ. L’une était belle. 其 一 人 醜 Kÿ y̆ jên tcheŏu. L’autre était vilaine.

Yên pién fă 言 變 法, ou tsãn yên 參 言.

1° Facilité des conjugaisons chinoises. — 2° Noms des verbes en chinois. — 3° Espèces de verbes chinois. — 4° Du verbe substantif être ché 是. — 5° Des mots qui font l’office du verbe substantif. — 6° Deux sortes de verbes auxiliaires. — 7° Des verbes simples et composés. — 8° Ma- nière de former, en chinois, les modes et les temps des verbes, ou des conjugaisons en chinois. — 9° Des différentes voix dans les verbes, voix active, passive, neutre, etc. — 10° Des mots chinois qui sont toujours verbes. — 11° Des verbes chinois devenant, par position, substantifs, adjectifs verbaux, adverbes. — 11° Règles pour traduire en chinois certaines classes de verbes français.

Un des chapitres de nos langues à flexion le plus bizarre pour un étranger est assurément celui des verbes. Sur quoi est fondée la théorie des différentes classes de verbes, et surtout les flexions si variées de chaque temps des verbes? Quelle règle a déterminé les rapports des verbes? L’usage seul a fixé tous ces points de grammaire. Pourquoi ces verbes régissent-ils tantôt l’accusatif, tantôt un autre cas? Pourquoi ceux-ci veulent-ils être suivis de telles ou telles prépositions? Un Asiatique qui étudie nos langues n’y voit qu’un véritable chaos.

En chinois, au contraire, rien de plus simple et de plus facile à retenir que le chapitre des verbes. En une heure d’étude on connaîtra tout le mécanisme régulier des verbes chinois; on sera à même de conjuguer, si je puis ainsi dire, tous les verbes chinois. Nos lecteurs savent déjà que les mots de la langue orale sont invariables dans leur forme; ils ne sont donc ni déclinables ni conjugables. Toutefois, malgré l’absence de flexion ou de désinences, on exprime, sans difficulté, en chinois, les divers temps, les divers modes, les nuances d’idées représentées par les désinences des verbes. En chinois, le pronom personnel, qui précède ordinairement le verbe, indique le nombre. Quelques particules, ou, si l’on veut, quelques affixes, constamment les mêmes pour tous les verbes, indiquent les temps, les modes, les voix des verbes chinois. Cette règle est si générale qu’il suffit d’en connaître l’application faite à un seul cas pour savoir s’en servir pour tous les autres.

NOMS ÉQUIVALENTS EN CHINOIS DES DIFFÉRENTES ESPÈCES

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A cause du rôle qu’il joue dans le discours, les Chinois donnent au verbe, en général, un nom assez expressif. Ils l’appellent mot vivant, caractère vivant, sēn tsé 生字, ou bien, hô tsé 活字. Tout en distinguant dans la pratique le rôle des verbes, nous ne voyons nulle part que les Chinois aient établi entre eux des catégories, ni qu’ils désignent par des noms spéciaux les différentes espèces de verbes, comme nous le faisons dans nos langues modernes. Si, dans les pages suivantes, nous suivons l’ordre européen, c’est uniquement pour rendre plus accessibles au jeune sinologue nos observations. Les noms de nos différentes classes de verbes, tels que nous les classons dans les langues européennes, peuvent, quant à leur sens, être traduits en chinois de la manière suivante :

助言 Tsoú yên. Verbes auxiliaires. 行言 Hīn yên. — actifs. 被受言 Pý cheóu yên. — passifs. 自行言 Tsé hīn yên. — neutres. 似受言 Sé cheóu yên. — déponents. 單三位之言 Tān sān ouý tchē yên. — impersonnels. 出規之言 Tchoū kouȳ tchē yên. — irréguliers. Conjuguer un verbe. Yên pién fǎ 言變法, ou tsān yên 參言.

On trouve dans la langue chinoise les différentes espèces de verbes suivants : 1° le verbe substantif être, ché 是; 2° quatre ou cinq mots qui, dans un grand nombre de cas, sont employés en qualité de verbes substantifs; 3° une classe de mots qui jouent le rôle de verbes auxiliaires; 4° une autre classe de mots qui, par eux-mêmes, sont toujours verbes. C’est à cette classe notamment que s’applique l’expression de mots vivants, hô tsé 活字; 5° une nombreuse classe de noms communs qui, soit par position, soit par un simple changement de ton, ont le singulier privilége de devenir de véritables verbes. Ce mécanisme si simple de la langue chinoise n’est pas un de ses côtés les moins ingénieux. La plupart des verbes chinois sont simples, c’est-à-dire qu’ils sont composés d’un seul mot. Cependant, de même qu’il y a des substantifs, des adjectifs composés de deux mots, il y a pareillement des verbes composés de deux mots. On en fait usage surtout dans la langue parlée, soit pour éviter l’équivoque, soit pour rendre la pensée avec plus de force, de grâce ou de variété.

DU VERBE SUBSTANTIF ÊTRE, ESSE, EN CHINOIS : Ché 是

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Le verbe substantif chinois être, esse, ché 是 exprime toujours une simple affirmation.

是那一个 Ché là y̆ kó. Qui est-ce? 是不是你 Ché poŭ ché ngỳ. Est-ce vous? 是不是他 Ché poŭ ché tā. Est-ce lui? 你是甚麼人 Ngỳ ché chén mô jên. Qui êtes-vous? 我是法國人 Ngò ché fă kouĕ jên. Je suis Français. 富與貴是人之所欲也 Foú yù koúy ché jên tchē sò yoŭ ỳ. Les richesses et les honneurs sont l’objet des désirs des hommes. 貧與賤是人之所惡也 Pîn yù tsién ché jên tchē sò oú ỳ. La pauvreté et le mépris sont le sujet de la crainte des hommes.

On sous-entend le verbe substantif dans la plupart des cas où nous l’exprimons en français, particulièrement quand il s’agit seulement d’attribuer une qualité à un sujet. Cette suppression du verbe être ne cause aucune équivoque dans le langage.

好不好 Haò poŭ haò. Est-ce bon?天氣冷 Tiēn ký lèn. Le temps est
Littér. : Bon non bon.froid.
好 Haò. C’est bon?火性上 Hò sín cháng. La nature du
熱不熱 Jě poŭ jě. Est-ce chaud?feu est de monter.
熱 Jě. C’est chaud.

Dans la langue écrite, au lieu du verbe substantif ainsi sous-entendu, on met à la place une particule qui n’a pas de sens. Son rôle est d’attirer l’attention plus que ne le ferait le verbe être lui-même, par la suspension forcée que cette suppression impose à l’esprit.

柴也愚 Tchaÿ ỳ yû. Tchaÿ est peu éclairé 12. 參也魯 Tsān ỳ loù. Tsān est lourd. 師也辟 Sē ỳ pÿ. Sē est léger. 由也喭 Yeôu ỳ yén. Yeôu est grossier.

DES MOTS QUI FONT L’OFFICE DU VERBE SUBSTANTIF

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Cinq mots chinois font l’office du verbe substantif, dans un bon nombre de cas. Ces mots sont : oûy 爲, être; yeòu 有, avoir; tsaý 在, être dans, esse

11° Tchŏ 着. Se confier. Inniti.

Dans la langue écrite, ce mot placé après le verbe lui donne de la force et marque surtout que le but désigné par le verbe a été atteint. Ce mot suit toujours le nom ou le verbe auquel il est adjoint.

睡 不 着 Choúy poŭ tchŏ. Je ne puis dormir. 尋 不 着 Siûn poŭ tchŏ. Je ne trouve pas ce que je cherche. 遇 着 人 Yú tchŏ jên. Rencontrer quelqu’un en route. 尋 訪 着 了 Siûn fàng tchŏ leào. Je l’ai enfin trouvé. 收 留 着 我 Cheōu lieôu tchŏ ngò. Il m’a retenu chez lui. 背 着 母 親 Peý tchŏ moù tsīn. En cachette de sa mère. 慢 些 着 Mán sȳ tchŏ. Ne vous pressez pas autant. 三 人 說 着 話 Sān jên chŏ tchŏ hoá. Tous trois en parlant ainsi.

Des verbes simples.

Chaque verbe de cette classe n’est composé que d’un seul mot chinois. Les verbes suivants, à sens opposé, sont donnés comme exercices parmi les plus usuels de la langue orale.

加 Kiā. Augmenter. Augere.缺 Kiuě. Diminuer. Minuere.
買 Maý. Acheter. Emere.賣 Maý. Vendre. Vendere.
愛 Gaý. Aimer. Amare.恨 Hén. Haïr. Odisse.
長 Tchàng. Croître. Crescere.消 Siāo. Décroître. Decrescere.
信 Sín. Croire. Credere.疑 Ngŷ. Douter. Dubitare.
遮 Tchē. Couvrir. Cooperire.開 Kaÿ. Découvrir.
醫 Guérir. Sanare.殺 Chă. Tuer. Occidere.
問 Ouén. Interroger. Interrogare.答 Tă. Répondre.
走 Tseòu. Marcher. Ambulare.坐 Tsó. S’asseoir. Sedere.
上 Cháng. Monter. Ascendere.下 Hiá. Descendre. Descendere.
生 Sēn. Naître. Nasci.死 Sè. Mourir. Mori.
開 Kaÿ. Ouvrir. Aperire.關 Kouān. Fermer. Claudere.
許 Hiù. Permettre. Permittere.誡 Kiày. Défendre. Prohibere.
賞 Chàng. Récompenser. Remunerare.罰 Fă. Punir. Punire.
受 Cheóu. Recevoir. Accipere.付 Foú. Livrer. Tradere.
穿 Tchouán. Revêtir. Induere.脫 Tŏ. Oter. Exuere.
笑 Siáo. Rire. Ridere.哭 Koŭ. Pleurer.
活 Hô. Vivre. Vivere.死 Sè. Mourir.

Des verbes composés.

Cette classe de verbes forme, comme celle des substantifs composés, une double série. La première comprend les verbes formés de deux mots synonymes ou à peu près synonymes. Ces verbes composés rendent la pensée avec plus de force, plus de clarté, surtout dans la langue orale; avec eux l’équivoque n’est pas possible. La deuxième série comprend les verbes chinois qui forment une espèce d’idiotisme propre à la langue chinoise. Ainsi, le verbe parler, loqui, dicere, se dit en chinois : dire des paroles; lire se dit : étudier un livre; écrire… se dit : écrire des caractères, etc.

Première série des verbes composés.

喜 歡 Hỳ houān. Se réjouir. Gaudere.躲 避 Tò pý. Fuir. Fugere.
幫 助 Pāng tsoú. Aider. Auxiliari.起 身 Kỳ chēn. Partir. Proficisci.
教 訓 Kiáo hiún. Instruire. Docere.起 身 Kỳ chēn. Se lever. Surgere.
恭 敬 Kōng kîn. Adorer. Adorare.看 見 Kán kién. Voir. Videre.
聽 見 Tín kién. Écouter. Audire.選 擇 Siuěn tsě. Choisir. Eligere.
聽 見 Tín kién. Entendre. Audire.推 辭 Toūy tsě. Refuser. Recusare.
聽 見 Tín kién. Ouïr. Audire.催 逼 Tsoūy pỳ. Presser. Urgere.
答 應 Tă ȳn. Répondre. Respondere.

Deuxième série des verbes composés.

說 話 Chŏ hoá. Parler. Loqui.許 願 Hiù yuén. Faire un vœu. Vo-
讀 書 Toŭ choū. Lire. Legere.tum emittere.
寫 字 Sié tsé. Écrire. Scribere.說 道 Chŏ taó. Dire. Dicere.
喫 飯 Tchě fán. Manger. Manducare.稟 道 Pìn taó. Répliquer.
出 汗 Tchoŭ hán. Suer. Sudorem emit-出 門 Tchoŭ mên. Sortir.
tere.

MANIÈRE DE FORMER EN CHINOIS LES MODES ET LES TEMPS DES VERBES

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Dans la langue chinoise, soit orale soit écrite, certaines particules ou affixes servent à désigner d’une manière régulière les temps et les modes des verbes. Pour l’euphonie de la phrase on supprime souvent ces affixes, sans que cette suppression donne lieu aux amphibologies.

I. — De l’INDICATIF, en chinois : Tchě chŏ tchē tsě 輿 說 之 辭 23.

1º Le PRÉSENT DE L’INDICATIF. Hién tsaý tchē chê 現 在 之 時.

En règle générale, le pronom personnel précède seul le présent de l’indicatif. Lorsque l’on veut, en chinois, exprimer d’une manière sensible que l’action est au temps présent, on fait précéder immédiatement le verbe de l’une des expressions suivantes, à volonté : joŭ kīn 如 今 , à présent, nunc ; tsaý 纔 , maintenant, hoc ipso momento, ou enfin, tsieóu 就 , hic et nunc.

我 愛 Ngò gaý, ou 如 今 我 愛 joŭ kīn ngò gaý. J’aime. Amo. 你 愛 Ngỳ gaý. Tu aimes. Amas. 他 愛 Tā gaý, Il aime. Amat. 我 們 愛 Ngó-mên gaý. Nous aimons. Amamus. 你 們 愛 Ngỳ-mên gaý. Vous aimez. Amatis. 他 們 愛 Tā-mên gaý. Ils aiment. Amant.

II. — L’IMPARFAIT. Hiáng chê 向 時.

On le forme, en chinois, en plaçant avant le verbe ces mots : lá chê 那 時 , qui veulent dire : alors, en ce temps-là, tunc, illo tempore.

那 時 我 愛 Lá chê ngò gaý. J’aimais. Amabam. 那 時 你 愛 Lá chê ngỳ gaý. Tu aimais. Amabas. 那 時 他 愛 Lá chê tā gaý. Il aimait. Amabat.

Dans la langue écrite, très-souvent l’imparfait n’est indiqué par aucune particule. Il se déduit du sens même de la phrase, qui commence alors presque toujours par un de ces adverbes : autrefois, anciennement, auparavant, et autres de ce genre. Il est évident qu’il faut traduire, dans ces cas, au temps de l’imparfait.

連 日 也 要 來 Liên jě ỳ yáo laŷ. Ces jours derniers je voulais venir.

III. — Le PARFAIT OU PRÉTÉRIT. Kó kiú tchē chê 過 去 之 時.

Première règle. — On forme le parfait ou prétérit en faisant suivre le verbe de l’une de ces particules : leào 了 ou kó 過 , dont le rôle est uniquement de marquer l’action passée, accomplie. Pour marquer avec plus de force l’ac-

tion passée, on emploie quelquefois les deux particules ensemble. Ces deux particules, ayant le même sens, c’est l’euphonie qui détermine les cas où il faut employer l’une de préférence à l’autre. Si le verbe a un régime, la particule se place, en général, avant ce régime.

我 愛 了 Ngò gaý leào. J’ai aimé. Amavi. 你 愛 了 Ngỳ gaý leào, etc. Tu as aimé. Amavisti. 我 喫 了 Ngò tchě leào. J’ai mangé. Manducavi. 你 喫 了 Ngỳ tchě leào. Tu as mangé. Manducavisti. 我 笑 了 Ngò siáo leào. J’ai ri. Risi. 你 笑 了 Ngỳ siáo leào. Tu as ri. Risisti.

Ainsi pour tous les verbes simples ou composés.

Avec la double particule :

我 說 過 了 Ngò chŏ kó leào. J’ai parlé. Dixi. 我 父 親 亡 過 了 Ngò foú tsīn ouâng kó leào. Mon père est mort. Pater meus mortuus est.

Deuxième règle. — Lorsque le parfait ou prétérit est précédé du pronom relatif que, qui, au lieu des deux affixes kó 過 et leào 了 , on emploie, dans la langue orale, pour une plus agréable euphonie, la particule tỳ 的 .

我 所 說 的 話 Ngò sò chŏ tỳ hoá. Ce que j’ai dit. Quæ dixi. 我 所 穿 的 衣 裳 Ngò sò tchouán tỳ ȳ châng. Les vêtements que j’ai mis. Quæ ego indui vestimenta. 我 所 許 的 事 Ngò sò hiù tỳ sé. Ce que j’ai promis. Quæ ego spo- pondi. 我 所 想 的 事 Ngò sò siàng tỳ sé. Ce que j’ai pensé. Quæ cogitavi. 是 誰 做 的 Ché choûy tsoú tỳ. Qui les a faits?

Troisième règle. — Si l’on veut exprimer la conclusion, la fin absolue d’une action, on place de suite après le verbe, avant la particule leào 了 , le mot chinois ouân 完 , qui marque ce sens-là.

我 做 完 了 Ngò tsoú ouân leào. J’ai terminé, j’ai achevé cela. Omninò finivi. Littér. : Ego faciens finivi. 我 讀 完 了 Ngò toŭ ouân leào. J’ai tout étudié. Integriter studui. Littér. : Ego studens finivi. 我 說 完 了 Ngò chŏ ouân leào. J’ai tout dit. Omnia dixi. Littér. : Ego di- cens finivi.

我 寫 完 了 Ngò siè ouân leào. J’ai tout écrit. Omnia scripsi. Littér. : Ego scribens perfeci. 看 完 了 Kán ouân leào. Avoir fini de lire.

Quatrième règle. — Quand le verbe est accompagné d’une négation, au lieu des particules kó 過 et leào 了, on se sert, comme en français, du verbe auxiliaire avoir, yeòu 有 , avec la négation.

我 莫 有 喫 Ngò mô yeòu tchě. Je n’ai pas mangé. Non manducavi. 我 莫 有 說 Ngò mô yeòu chŏ. Je n’ai pas dit. Non dixi. 我 莫 有 讀 Ngò mô yeòu toŭ. Je n’ai pas étudié. Non studui. 他 莫 有 來 Tā mô yeòu laŷ. Il n’est pas venu. Non venit. 他 莫 有 起 來 Tā mô yeòu kỳ laŷ. Il n’est pas levé. Non surrexit. 他 莫 有 死 Tā mô yeòu sè. Il n’est pas mort. Non mortuus est.

Cinquième règle. — Au lieu des particules ou affixes kó 過 et leào 了 , usitées surtout dans la langue orale, on emploie plus élégamment dans la langue écrite les quatre ou cinq adverbes suivants, qui indiquent alors le temps passé et se placent toujours avant le verbe. Ces adverbes sont tsēn 曾 , ỳ 已 , kīn 經 , ký 既 et châng 嘗 . Chacun de ces mots veut dire déjà, jàm.

未 曾 見 他 Ouý tsēn kién tā. Je ne l’ai pas vu encore. 他 曾 說 先 生 幾 時 到 此 Tā tsēn chŏ siēn sēn kỳ chê taó tsě. Vous a-t-il dit à quelle époque ce maître arrivera ? 已 定 了 人 家 Ỳ tín leào jên kiā. Elle était déjà fiancée. 小 的 已 說 出 門 拜 客 Siào tỳ ỳ chŏ tchoŭ mên paý kě. Moi, votre serviteur, j’ai bien dit que vous étiez en visite. 不 知 兄 弟 為 何 就 經 行 了 Poŭ tchē hiōng tý ouý hô tsieóu kīn hīn leào. Je ne sais pourquoi mon frère est parti. 予 既 烹 魚 而 食 之 Yú ký pěn yû eûl chě tchē. J’ai fait cuire les poissons et je les ai mangés.

Sixième règle. — Dans la langue écrite, le texte suffit pour faire reconnaître, la plupart du temps, le parfait ou prétérit. C’est, par exemple, lorsque l’écrivain rapporte des événements passés, antérieurs à l’époque où il vivait. Il est évident que, dans ce cas, lors même que le verbe chinois n’est précédé ou suivi d’aucun des signes ordinaires du parfait, il faut entendre et traduire au temps passé.

已 有 成 命 Ỳ yeòu tchěn mín. Le décret est déjà rendu. 已 有 言 在 先 Ỳ yeòu yên tsaý siēn. On avait déjà réglé. 曾 許 家 人 否 Tsēn hiù kiā jên feòu ? Est-elle déjà fiancée?

IV. — LE PLUS-QUE-PARFAIT. Hiáng chê ỳ siēn 向 時 已 先.

Premier mode. — On forme ce temps en plaçant tout simplement avant le verbe le mot : siēn 先, auparavant, antè, anteà. Dans la langue écrite, c’est le contexte qui indique presque toujours ce temps du verbe.

我 先 愛 了 Ngò siēn gaý leào. J’avais aimé. Amaveram. 我 先 讀 了 Ngò siēn toŭ leào. J’avais étudié. Studueram. 我 先 說 個 了 Ngò siēn chŏ kó leào. J’avais dit. Dixeram.

Deuxième mode. — Dans les livres, on fait un fréquent usage de la tournure suivante pour former le plus-que-parfait; elle consiste à commencer la phrase par ces mots : ŷn oúy, ou simplement ŷn, parce que. Quia, ideò, eò quod.

因 一 門 人 送 了 十 二 盆 菊 花 Ŷn ỳ mên jên sóng leào chě eúl pěn kioŭ hoā. Un de ses clients lui avait envoyé douze vases de reines-marguerites. 因 平 日 來 往 慣 了 Ŷn pîn jě laŷ ouàng kouán leào. Ils avaient l’habitude de passer ensemble la journée.

Troisième mode. — Certains adverbes de temps et de qualité qui accompagnent le verbe, dans la langue écrite, servent à marquer le plus-que-parfait.

昨 日 正 要 來 拜 Tsŏ jě tchén yáo laŷ paý. Hier j’avais justement formé le projet de venir vous voir. 前 天 我 要 起 身 Tsiên tiēn ngò yáo ky̆ chēn. Avant-hier je voulais partir.

V. — LE FUTUR. Tsiāng laŷ 將 來.

Le futur peut se former de plusieurs manières en chinois.

Première manière. — Dans la langue orale, le mot le plus usuel pour former le futur est yáo 要, vouloir, que l’on place immédiatement avant le verbe de la phrase 12.

我 要 起 身 Ngò yáo ky̆ chēn. Je partirai. Proficiscar. 我 要 愛 Ngò yáo gaý. J’aimerai. Amabo.


我 要 喫 Ngò yáo tchě. Je mangerai. Manducabo. 我 要 讀 Ngò yáo toŭ. Je lirai. Legam. 他 要 來 Tā yáo laŷ. Il viendra. Veniet. 他 要 死 Tā yáo sè. Il mourra. Morietur. 我 要 去 Ngò yáo kiũ. J’irai. Ibo.

Deuxième manière. — Certains adverbes de temps, comme demain, mîn tiēn 明 天, après-demain, heóu tiēn 後 天; ensuite, heóu laŷ 後 來, etc., marquent suffisamment le futur. Dans ce cas, on n’accompagne le verbe d’aucune expression particulière.

我 明 天 去 Ngò mîn tiēn kiũ. Je partirai demain. Cras ibo. 我 後 天 趕 場 Ngò heóu tiēn kàn tchãng. Après-demain j’irai au marché. Postridiè forum frequentabo. 我 後 來 看 Ngò heóu laŷ kán. Je verrai ensuite. Posteà videbo. 我 慢 慢 想 Ngò mán-mán siàng. J’y penserai peu à peu. Paulatim cogitabo. 明 天 我 做 完 了 Mîn tiēn ngò tsoú ouân leào. J’aurai fini demain. Cràs finiam.

Troisième manière. — Le mot tsiāng 將 sert surtout, dans la langue écrite, à indiquer le futur.

他 將 死 Tā tsiāng sè. Il mourra. Morietur. 將 來 主 日 Tsiāng laŷ tchoù jě. Dimanche prochain. Dominicâ proximâ.

Quatrième manière. — On rencontre, dans les livres, le mot hoúy 會 servant à faire le futur.

善 人 會 升 天 Chán jên hoúy chēn tiēn. Les justes iront au ciel. Boni ascendent in cœlum.

Cinquième manière. — Dans la langue écrite, le futur se déduit très-souvent de l’ensemble, du contexte de la phrase, sans que le verbe y soit accompagné d’aucune des particules précitées. Lorsque la phrase chinoise est interrogative, le temps futur apparaît davantage.

天 下 紛 紛 何 時 定 乎 Tiēn hiá fēn fēn, hô ché tín hoû. L’Empire est tout troublé, quand sera-t-il pacifié? 雖 你 來 我 不 去 Siū ngỳ laŷ ngò poŭ kiũ. Quoique vous veniez, je n’irai pas. Etsi veneris, ego non ibo.

VI. — L’IMPÉRATIF. Mín tchē tsé 命 之 辭.

L’urbanité chinoise ne permet pas d’employer le commandement à l’égard des supérieurs ou même des égaux que l’on honore. En chinois, c’est surtout le ton de la voix qui, dans la langue orale, fait sentir que le verbe est à l’impératif, puisqu’en réalité il n’y a aucune particule distinctive pour marquer l’impératif. On emploie à volonté le pronom personnel; mais, ni ce pronom à la deuxième personne, ni les particules négatives ou prohibitives qui accompagnent souvent le verbe à l’impératif, ne sont des signes distinctifs de ce temps du verbe, ainsi qu’un sinologue moderne annonce l’avoir découvert le premier. EXEMPLES :

來 Laŷ ou 你 來 ngỳ laŷ. Viens. Veni. 去 Kiũ ou 你 去 ngỳ kiũ. Va. Exi. 喫 Tchě ou 你 喫 ngỳ tchě. Mange. Manduca. 出 去 Tchoŭ kiũ ou 你 出 去 ngỳ tchoŭ kiũ. Sors d’ici. Abeas. 說 Chŏ ou 你 說 Ngỳ chŏ. Dis. Dic.

Le prohibitif s’exprime, en chinois, par les particules négatives oŭ 勿, oŭ 無, mô 莫, poŭ 不, poŭ yáo 不 要.

不 要 說 Poŭ yáo chŏ. Ne dites pas. Ne dicas. 不 哄 我 Poŭ hòng ngò. Ne me trompez pas. Noli fallere me. 莫 要 說 這 等 風 流 話 Mô yáo chŏ tchě tèn fōng lieôu hoá. Ne tenez pas le langage d’une homme de plaisir. 勿 偷 盜 Oŭ teốu táo. Tu ne voleras pas. Non furaberis. 毋 貪 地 人 財 物 Oû tān tã jên tsaÿ oŭ. Bien d’autrui ne prendras ni ne désireras injustement.

VIII. — LE CONDITIONNEL. Jŏ kān tchē chê 若 干 之 時.

La tournure de la phrase, le contexte servent surtout à faire connaître que le temps du verbe est conditionnel.

要 開 口 又 開 不 得 Yáo kaŷ keŏu yeóu kaŷ poŭ tě. Quand on voudrait parler, il faut se taire. 要 閉 口 又 閉 不 得 Yaó pý keŏu, yeóu pý poŭ tě. Quand on voudrait se taire, il faut parler. 你 我 既 樂 看 花 飲 酒 自 當 隱 臧 山 中 Ngỳ ngò ký lŏ kán hoā ỳn tsieòu tsé tāng ỳn tsǎng chān tchōng. Puisque nous n’avons de plaisir qu’à boire et à jouir des fleurs, nous n’aurions rien de mieux à faire qu’à nous retirer dans les montagnes.

L’OPTATIF. Hín chŏ tchē tsé 幸 說 之 辭

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L’optatif s’exprime, en chinois, par cette tournure : Plaise à Dieu, plût à Dieu que! Utinam! Pā poŭ tě 巴 不 得, pā hín poŭ tě 巴 幸 不 得, Hén poŭ tě 恨 不 得. EXEMPLE :

巴 不 得 我 愛 Pā poŭ tě ngò gaý. Puissé-je aimer! Utinam amem!

L’INFINITIF PRÉSENT. Poŭ tín oúy tchē tsé 不 定 位 之 辭

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1° En chinois, l’infinitif n’est distingué par aucun signe distinctif. Comme dans les langues à flexion, l’infinitif chinois est souvent employé comme sujet de la phrase, surtout dans les adages, les proverbes, les maximes populaires. EXEMPLES :

說 是 說 , 做 是 做 Chŏ ché chŏ, tsoú ché tsoú. Dire c’est dire, faire c’est faire. 有 意 栽 花 花 不 發 Yeòu ý tsaỹ hoā, hoā poŭ fǎ. Avoir l’intention de planter une fleur, celle-ci ne poussera pas. 知 已 知 彼 Tchē kỳ tchē pỳ. Se connaître soi-même c’est connaître les autres. 將 心 比 心 Tsiāng sīn pỳ sīn. Prendre son cœur pour mesurer celui des autres.

2° Le parfait et le plus-que-parfait de l’infinitif se rendent, en chinois, comme le parfait ordinaire. EXEMPLES :

愛 了 Gaý leào. Avoir aimé. Amavisse. 讚 美 了 Tsán meỳ leào. Avoir loué. Laudavisse.

3° L’infinitif futur peut se faire par ces mots : Kaȳ tāng 該 當. Il convient, il faut. Oportet.

Le PARTICIPE PRÉSENT. Hién tsaý tchē mîn 現 在 之 名

Section titled “Le PARTICIPE PRÉSENT. Hién tsaý tchē mîn 現 在 之 名”

Première manière. — Il se forme, en général, dans le langage parlé, en ajoutant au verbe ces mots : chê heóu 時 候, maintenant, à présent. EXEMPLES :

他 喫 飯 時 候 說 話 Tā tchě fán chê heóu chŏ hoá. Il parlait en mangeant. Manducans loquebatur. 念 經 時 候 他 睡 瞌 睡 Nién kīn chê heóu tā choúy kŏ choúy. Il dormait en priant. Orans dormiebat. 他 走 路 時 候 發 汗 Tā tseòu loú chê heóu fǎ hán. Il suait en marchant. Ambulans sudorem emittebat.

Deuxième manière. — Le participe présent se forme aussi en ajoutant au verbe la particule tỹ 的, comme pour les adjectifs, ou, dans la langue écrite, le mot tchě 者. EXEMPLES :

愛 的 Gaý tỹ. Aimant. Amans. 好 學 的 Haó hiŏ tỹ. Aimant l’étude. Studio deditus. 好 色 的 Haó sě tỹ. Aimant la volupté. Voluptati deditus.

Troisième manière. — En plaçant avant le verbe, soit le mot kŏ 可, soit le mot ouŷ 為, on obtient un participe présent. EXEMPLES :

可 愛 Kŏ gaý. Aimant, ou pour aimer. Ad amandum. 為 讚 美 Ouŷ tsán meỳ. Louant, ou pour louer. Ad laudandum.

Quatrième manière. — En se servant du mot laý 賴, s’appuyer, se confier, inniti, on fait, dans la langue écrite, un participe présent très-commun et élégant. EXEMPLES :

賴 天 主 的 恩 Laý Tiēn Tchoù tỹ gēn. Confiant en la grâce de Dieu. 賴 人 之 力 Laý jên tchē lỳ. Espérant en la protection de quelqu’un.

Le participe passé se forme, de même que les adjectifs, en ajoutant au verbe le mot tchě 者.

忘 者 Ouàng tchě. Les choses oubliées. 記 者 Ký tchě. Les choses dont on se souvient. 昔 者 Sỳ tchě. Les choses passées. 解 者 Kiaỳ tchě. Les choses dont on s’est accusé.

Le participe passé passif se forme en ajoutant au parfait du verbe le mot tỹ 的. Quelquefois même ce mot tỹ 的, ajouté seul au verbe, suffit à cause du contexte. EXEMPLES :

殺 了 的 Chă leào tỹ. Tué. Occisus. 薦 了 的 Tsién leào tỹ. Protégé. Alicujus cliens. 愛 的 Gaý tỹ. Aimé. Amatus. 為 他 喜 的 是 銀 子 愛 的 是 酒 盃 Oûy tā hỳ tỹ ché ŷn tsè, gaý tỹ ché tsieòu peȳ. Pour lui, l’argent était sa joie, le vin l’objet de ses vœux. Argento et vino tantùm gaudet.

XIV. — Le GÉRONDIF.

Le gérondif se forme de la même manière que le temps précédent.

他 把 去 的 念 頭 去 在 一 後 Tā pà kiú tỹ nién teôu kiú tsaý ỳ heóu. Il renvoya à un autre temps sa pensée de partir. Profectum in aliud tempus distulit.

I. — VOIX ACTIVE, OU DES VERBES ACTIFS. Hîn yên 行 言.

Les mots chinois étant invariables, il n’y a pas, dans la langue chinoise, différentes classes de conjugaisons. Les mots chinois, pris dans le sens de verbes actifs, se reconnaissent aisément par le régime qui les suit. Dans la langue écrite, le verbe actif est souvent précédé d’une particule et de son régime. EXEMPLES :

我 打 你 Ngò tà ngỳ. Je vous bats. Ego percutio te. 我 學 道 理 Ngò hiŏ taó lỳ. J’étudie la doctrine. Studeo doctrinæ. 我 喫 飯 Ngò tchě fán. Je mange le riz. Manduco oryzam. 我 看 書 Ngò kán choū. Je lis un livre. Librum lego. 告 病 Kaó pín. Prétexter une maladie. Valetudinem excusare. 安 慰 病 人 Ngān ouý pín jên. Consoler les malades. 崇 德 Tsōng tě. Accumuler les vertus. Cumulare virtutes. 辨 惑 Pién houây. Dissiper les erreurs. Errores depellere. 醫 病 人 Ȳ pín jên. Guérir les malades. Ægros sanare.

II. — VOIX PASSIVE, OU VERBES PASSIFS. Pý cheóu yên 被 受 言.

La forme passive directe des verbes est peu employée dans la langue orale. Lorsque l’on veut donner à un verbe chinois la forme passive, on se sert de l’un des six modes suivants :

Premier mode. — On tourne la phrase de manière à lui donner la tournure active. Par exemple : être injurié, être maudit, se tourneront par : recevoir des injures, des malédictions. Cette forme est la plus usuelle dans la langue orale. EXEMPLES :

受 人 的 愛 Cheóu jên tỹ gaý. Être aimé. Amari. 受 人 的 勸 Cheóu jên tỹ kiuěn. Être averti. Moneri. 受 罰 Cheóu fă. Être puni. Puniri. 受 造 Cheóu tsǎo. Être créé. Creari.

受 人 的 罵 Cheóu jên tỹ má. Être maudit. Maledici. 受 打 Cheóu tà. Être battu. Cædi. 受 人 之 托 Cheóu jên tchē tŏ. Être chargé d’une commission. Alicui mandatum tradere. 他 父 親 打 了 他 Tā foú tsīn tà leào tā. Il a été battu par son père. A patre fuit percussus. 好 不 受 用 Haò poŭ cheóu yóng. N’être bon à rien.

Deuxième mode. — Lorsque la phrase n’est pas susceptible de prendre la tournure précédente, au lieu du mot cheóu 受, recevoir, on emploie le mot tě 得, contracter, prendre. EXEMPLE :

得 病 Tě pín. Être malade. Ægrotari. Littér. : contracter une maladie.

Troisième mode. — La forme passive d’un verbe se rend très-souvent, dans les livres, par le mot pý 被, placé avant le verbe. Cette manière est plus concise et plus énergique dans les livres. EXEMPLES :

被 定 十 字 架 上 Pý tín chě tsé kiá cháng. Être crucifié. Crucifigi. 被 老 爺 罵 了 幾 句 Pý laò yê má leào kỳ kiú. Être maudit par le mandarin. A præfecto maledici. 途 中 被 搶 Toŭ tchōng pý tsiăng. Être arrêté sur le grand chemin. In viâ comprehendi. 恐 怕 被 人 見 Kŏng pǎ pý jên kién. Craignant d’être vu par quelqu’un.

Quatrième mode. — Le mot kién 見, voir, videre, placé devant un verbe lui donne la forme passive. EXEMPLES :

爾 名 見 聖 Eùl mîn kién chén. Que votre nom soit sanctifié. Sanctificetur nomen tuum. 遯 世 不 見 知 而 不 悔 Tén ché poŭ kién tchē eûl poŭ hoùy. Fuir le siècle, être méconnu des hommes et n’en avoir aucun chagrin. 願 不 見 知 於 人 Yuén poŭ kién tchē yû jên. Désirer n’être pas connu des hommes. 可 見 有 真 才 者。處 處 見 賞 Kŏ kién yeòu tchēn tsaÿ tchě, tchoú tchoú kién chàng. Cela montre que celui qui a un vrai mérite en est toujours récompensé.

Cinquième mode. — Dans la langue écrite, les particules yû 於, yû 于, hoû 乎, ỳ 以, placées entre un verbe actif et son complément direct donnent à ce verbe actif le sens passif.

治 於 人 者 食 人 Tché yû jên tchě chě jên. Ceux qui sont gouvernés par les hommes nourrissent les au- tres hommes. 有 三 年 之 愛 於 父 母 Yeòu sān niên tchē gaý yû foú moù. A l’âge de trois ans nous sommes chéris par nos parents. 子 華 使 於 齊 Tsè hoâ ché yû tsỹ. Tsè hoâ ayant été envoyé dans le royaume de Tsỹ.

Sixième mode. — Une espèce d’idiotisme chinois sert souvent, dans la langue écrite, à donner au verbe le sens passif. La construction de la phrase, dans ces cas-là, est telle qu’on ne pourrait traduire autrement que par le passif.

他 的 怒 息 了 Tā tỹ loŭ sỹ leào. Sa colère s’est apaisée. 道 其 不 行 Taó kŷ poŭ hīu. La voie n’est pas parcourue. 德 之 不 修 。 學 之 不 講 Tě tchē poŭ siēou, hiŏ tchē poŭ kiàng. La vertu n’est pas cultivée, l’étude n’est pas recherchée. 舜 有 臣 五 人 而 天 下 治 Chuén yeòu tchěn où jên eûl tiēn hiá tché. Chuén avait cinq ministres, et l’Empire était bien gouverné. 上 焉 者 。 雖 善 無 徵 。 無 徵 不 信 。 不 信 民 弗 從 。 Cháng yēn tchě, siū chán oŭ tchēn, oŭ tchēn poŭ sín, poŭ sín mīn foŭ tsŏng. Les règles des anciens, quoique bonnes, ne sont pas authentiques; ne l’étant pas, on n’y ajoute pas une pleine foi; la foi manquant, le peuple ne les suit plus. 汪 貴 妃 冊 封 皇 后 Ouāng koúy feȳ tsě fōng houâng heóu. La reine Ouāng koúy va être élevée au rang d’impératrice.

1° En chinois on connaît aisément à la position qu’il occupe dans la phrase qu’un verbe doit être pris dans le sens neutre.

魚 活 Yû hô. Le poisson est vivant. 人 死 也 Jên sè ỳ. L’homme est mort.

2° La plupart du temps les verbes neutres chinois sont formés par un adjectif ou même un substantif, qui deviennent tels par leur position. Les livres classiques de la Chine sont remplis d’exemples de verbes neutres ainsi formés.

人 性 善 Jên sín chán. La nature de l’homme est bonne. 房 子 大 Fâng tsè tá. La maison est grande. 人 窮 智 短 Jên kiông tché touàn. La prudence du pauvre est courte. 馬 瘦 毛 長 Mà seóu maô tchâng. Les poils du cheval maigre sont longs. 這 个 人 大 方 Tché kó jên tá fāng. Cet homme est généreux. 只 怕 言 輕 Tchè pã yên kīñ. Je crains seulement que mes paroles soient de peu de poids.

Ces verbes se forment, en chinois, par le mot tsé 自, se, soi-même, se, sui, que l’on place avant le verbe actif.

自 辱 Tsé joŭ. Se déshonorer.自 用 Tsé yóng. Vivre à sa guise. Suo
自 量 Tsé leáng. S’examiner. Exami-arbitratu agere.
nare se.自 經 Tsé kīn. Se tuer. Seipsum sus-
自 誇 Tsé kouā. Se vanter.pendere.
自 娛 Tsé oú. Se réjouir. Gaudere.自 在 Tsé tsaý. Se bien porter. Bené
自 大 Tsé tā. Se vanter. Jactare se.valere.
自 居 Tsé kiū. Bien penser de soi. Op-自 訟 Tsé sóng. S’accuser soi-même.
timè de se cogitare.Se accusare.
自 得 Tsé tě. Content de soi. Esse
contentus sui.

Cette classe de verbes se forme, en chinois, de plusieurs manières : 1° par l’emploi du mot līn 令, qui implique l’idée du commandement; 2° par le mot chè 使, qui a le même sens; 3° la position d’un substantif ou d’un verbe neutre en font souvent un verbe causatif.

他 做 了 一 首 清 新 秀 美。使 我 輩 老 詩 人 動 手 不 得 Tā tsoú leào ỳ cheòu tsīn sīn sieòu meỳ chè ngò peý laò chē jên tóng cheòu poŭ tě. Elle composa une pièce de vers les plus beaux qu’on puisse imaginer, si bien qu’elle nous obligea, nous autres vieux poëtes, à ne pas en composer. 使 民 敬 忠 Chè mîn kín tchōng. Faire que le peuple soit respectueux et fidèle. 悅 於 人 Yuĕ yû jên. Réjouir les autres. 和 於 神 Hô yû chên. S’accorder avec les esprits.

Ces verbes sont fort peu nombreux dans la langue chinoise. Nous n’en connaissons que les cinq ou six exemples qui suivent.

下 雨 Hiá yù. Il pleut. Pluit. 落 雪 Lŏ suĕ. Il neige. Ningit. 下 雹 Hiá paó. Il grêle. Grandinat. 起 風 Kỳ fōng. Il fait du vent. Surgit ventus. 起 毬 Kỳ kieōu. Lancer un ballon. Folle ludere.

La plupart des noms communs et des adjectifs peuvent, selon leur position dans la phrase, devenir tantôt adjectifs, tantôt verbes, et quelquefois adverbes. En règle générale, tous les noms communs qui deviennent verbes changent de tons; ils passent, comme on dit en chinois, au quatrième ton, qui se nomme kiú chēn 去 聲, lequel est l’accent du mouvement. Nous ne connaissons d’exception que pour un mot ou deux, savoir : cháng 上, sur, au-dessus, monter, et hiá 下, au-dessous, infrà, lesquels passent au troisième ton. Un très-grand nombre de mots chinois ont le privilége de changer de prononciation, en changeant de sens. Ainsi, yŏ 樂, musique, deviendra lŏ 樂, se réjouir, etc. — La phrase chinoise est si régulière qu’on reconnaît aisément le nom commun devenu verbe, de même qu’on reconnaît aisément la voix de ce verbe. Le mécanisme chinois est simple, dès qu’on l’a compris; mais il s’éloigne de toutes nos idées grammaticales. La langue anglaise voit souvent ses noms communs devenir verbes, comme dans le chinois. Cependant, une classe de verbes chinois conserve toujours sa signification verbale, de même que certains substantifs demeurent toujours noms communs. Ces verbes ne sont sujets à aucune règle particulière.

Exemples de verbes demeurant toujours verbes.

來 Laŷ. Venir. Venire.陷 Hán. Tomber. Cadere in.
去 Kiú. Aller. Ire.克 Kĕ. Vaincre. Vincere.
作 Tsŏ. Faire. Facere.砍 Kăn. Couper. Cædere.
做 Tsoú. Faire. Facere.弄 Lóng. Jouer. Ludere.
催 Tsoūy. Presser. Urgere.擄 Liŭ. Enlever. Rapere.
俟 Sé. Attendre. Exspectare.犯 Fán. Violer. Violare.
有 Yeòu. Avoir. Habere.耕 Kēn. Labourer. Arare.
在 Tsaý. Être. Esse in.趕 Kàn. Poursuivre. Insequi.
加 Kiā. Augmenter. Augere.辨 Pién. Discerner. Distinguere.

PAR POSITION, SUBSTANTIFS, ADJECTIFS, ADVERBES, ET QUELQUEFOIS VERBES ACTIFS, DE NEUTRES QU’ILS ÉTAIENT.

La richesse et l’abondance de la langue chinoise consistent principalement dans le mécanisme à la fois simple et ingénieux par lequel le même mot change de rôle dans le discours. Les verbes chinois ont particulièrement ce privilége avec les noms communs.

Verbes devenant, par position, substantifs

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打 Tà. Frapper. Percutere… . .受 打 Cheóu tà Recevoir des / coups.
生 Sēn. Naître. Nasci… … .草 木 有 生 Tsăo moŭ yeoù sēn. Les / plantes ont la vie.
知 Tchē. Connaître. Noscere… .禽 獸 有 知 Kîn cheóu yeoù tchē. / Les animaux ont la / connaissance.
拜 Paý. Saluer. Salutare… . .拜 四 拜 Paý sé paý. Faire quatre / saluts.
是 Ché. Être. Esse… … . .年 兄 之 言 最 是 Niên hiōng tchē / yên tsoúy ché. Les / paroles de mon frère / sont très-vraies.
治 Tché. Régir. Regere… …夫 狄 不 可 以 中 國 之 治 治 也 / Foû tў poŭ kŏ ý tchōng / kouĕ tchē tché tché / ỳ. On ne peut régir / les Barbares comme / on régit les Chinois.
盡 Tsín. Épuiser. Exhaurire… . .謝 不 盡 Sié poŭ tsín. Remercier / sans fin.
差 Tchaÿ. Députer. Legare… .要 討 個 外 差 Yáo taǒ kó ouáy / tchaÿ. Je veux de / mander une ambas / sade au dehors.
喜 Hỳ. Se réjouir. Gaudere… .我 是 來 報 喜 的 Ngò ché laŷ paó / hỳ tў. Je suis une / messagère de joie.
慶 Kín. Honorer… … …一 人 有 慶 兆 民 賴 之 Y̆ jên yeòu / kín, tchaó mîn laý / tchē. Un seul cultive / la vertu, des millions / de cœurs volent vers / elle.
疑 Nŷ. Soupçonner. Suspicari… .恐 白 老 生 疑 Kŏng Pĕ laò sēn nŷ. / Je crains que le vieux / Pĕ n’ait des soup / çons.

II. — Verbes devenant, par position, adjectifs verbaux.

En ajoutant au verbe la particule tohĕ 者, on obtient une classe nom breuse d’adjectifs verbaux.

生 Sēn. Naître. Nasci… .生 者 Sēn tchĕ. Vivant. Vivens.
死 Sè. Mourir. Mori… . .死 者 Sè tchĕ. Mort. Mortuus.
事 Sé. Servir. Servire… … .事 者 Sé tchĕ. Servant. Serviens.
知 Tchē. Savoir. Scire… … .知 者 Tchē tchĕ. Ceux qui savent. / Scientes.

III. — Verbes devenant, par position, adverbes.

On ne peut lire une page de chinois sans rencontrer des verbes qui, accom pagnant un autre verbe, jouent le rôle d’adverbes.

偷 看 Teōu kán. Regarder furtivement. Furtim aspicere. 銼 聽 Tsŏ tīn. Entendre de travers. Male audire. 令 人 羞 死 Līn jên sieōu sè. Faire mourir quelqu’un de honte. Pudore aliquem afficere. 忍 忽 Jèn cheóu. Supporter patiemment. Patienter sufferre. 死 亡 Sè ouâng. Mourir éternellement. Æterniter mori.

IV. — Verbes neutres devenant, par position, verbes actifs.

陷 Hán. Tomber. Cadere in. 彼 陷 溺 其 民 Pỳ hán nŷ kŷ mîn. Ils précipitèrent leurs peuples dans un abîme de maux. 凍 Tóng. Avoir froid. Frigescere. 餒 Loùy. Avoir faim. Esurire. 凍 餒 其 妻 子 則 如 之 何 Tóng loùy kŷ tsў tsè tsĕ joŭ tchē hô? S’il a exposé au froid, à la faim, sa femme, ses propres enfants, que sera-ce des autres? Dans ces trois exemples, le verbe est suivi d’un régime direct, et prend nécessairement la signification active.

XII. — RÈGLES GÉNÉRALES POUR TRADUIRE EN CHINOIS CERTAINES CLASSES DE VERBES FRANÇAIS.

Première règle. — Tous les verbes français qui dérivent du latin et sont formés de la préposition cum, avec, simul, ensemble, se traduisent par le verbe chinois ordinaire, précédé du mot Tŏng 同, avec.

同 樂 Tŏng lŏ. Congaudere. 同 苦 Tŏng koŭ. Compati.

Deuxième règle. — Tous les verbes français dérivés du latin, ayant l’affixe re, rursùm, se traduisent communément par le verbe ordinaire, précédé soit du mot foŭ 復, qui indique la répétition, la réitération, soit du mot yeóu 又, qui a le même sens.

復 見 Foŭ kién. Revoir. Iterùm videre. 復 活 Foŭ hŏ. Ressusciter. Resurgere. 復 入 Foŭ joŭ. Rentrer. Reingredi. 復 新 Foŭ sīn. Renouveler. Renovare. 復 生 Foŭ sēn. Renaître. Renasci.

DES ADVERBES, Tchouāng tsé 壯 辭 ou Kín yên 近 言.

1° Adverbes de temps. — 2° Adverbes de lieu et de distance. — 3° Adverbes de quantité. — 4° Adverbes de qualité. — 5° Adverbes de rang. — 6° Adverbes de comparaison. — 7° Adverbes d’affirmation, de négation et de doute. — 8° Adverbes d’interrogation. — 9° Manière de faire les interrogations en chinois. — 10° Locutions adverbiales. — 11° Des adverbes devenant, par position, adjectifs, verbes, etc.

La langue chinoise n’a pas, à proprement parler, de mots qui soient ad- verbes. Les mots chinois le deviennent, soit par leur position dans la phrase, soit par l’usage. En général, tous les mots chinois pris adverbialement se placent avant le verbe. Dans la langue écrite, le contraire a lieu quelquefois. Il n’y a aucune règle à donner ici à un jeune sinologue, sinon à retenir par cœur ces expressions.

今 天 Kīn tiēn, ou 今 日 Kīn jě. Aujourd’hui. Hodiè. 昨 天 Tsŏ tiēn. Hier. Heri. 前 天 Tsiên tiēn. Avant-hier. Nudius tertius. 上 前 天 Cháng tsiên tiēn. Le jour d’avant-hier. Nudius quartus. 明 天 Mīn-tiēn, ou 明 日 mīn jě. Demain. Cràs. 後 天 Heóu tiēn. Après-demain. Postridiè. 第 二 天 Tý eúl tiēn. Le lendemain. Postero die. 第 三 天 Tý sān tiēn. Le surlendemain. Tertio die. 天 天 Tiēn tiēn. Journellement. Quotidiè. 過 了 六 天 Kó leào loŭ tiēn. Dans six jours. Post sex dies. Littér. : Transactis sex diebus. 今 年 Kīn niên, ou 本 年 Pèn niên. Cette année. Hoc anno. 今 月 Kīn yuĕ, ou 本 月 Pèn yuĕ. Ce mois. Hâc lunâ. 明 年 Mīn niên, ou 來 年 laŷ niên. L’an prochain. Anno futuro. 去 年 Kiú niên. L’an passé. Elapso anno. 如 今 Joŭ kīn. } } Maintenant. Présentement. A présent. Nunc. 此 時 Tsě chê. } 到 如 今 Taó joŭ kīn. Jusqu’à présent. Ad hanc diem.

那 時 Lá chê, ou 那 个 時 侯 Lá kó chê heóu. Alors. Tùm, tunc. 到 那 時 Taó lá chê. Jusqu’alors. 當 時 Táng chê, ou 就 tsieóu. Aussitôt. Extemplò. 先 Siēn, ou 昔 sy̆. Autrefois. Olim. 有 時 Yeòu chê. Quelquefois. Aliquotiès. 一 次 Y̆ tsě, ou 一 回 y̆ hoûy. Une fois. Semel. 二 次 Eúl tsě, ou 二 回 eúl hoûy. Deux fois. Bis. 第 一 次 Tý y̆ tsě. ou 第 一 回 tý y̆ hoûy. La première fois. 第 五 次 Tý où tsě, ou 第 五 回 tý où hoûy. La cinquième fois. 一 樣 Y̆ yáng, ou 一 般 y̆ pān. De même. Pariter. 一 定 Y̆ tín, ou 必 定 py̆ tín. Certainement. Certò quidem. 一 齊 Y̆ tsy̆, ou 一 路 y̆ loú. Ensemble. Unà, simul. 後 來 Heóu laŷ, 一 後 y̆ heóu, 然 後 jân heóu, ou 後 然 heóu jân. Ensuite. Deinceps. 自 今 一 後 Tsé kīn y̆ heóu. Désormais. Posthàc. 不 久 Poŭ kieòu, ou 不 多 時 poŭ tō chê. Bientôt. Brevi. 先 Siēn, ou 前 頭 tsiën teŏu. Jadis. Olim. 有 時 Yeòu chê. Jamais (sans négation). Unquàm. 全 不 Tsuēn poŭ, 總 不 tsòng poŭ, ou 萬 萬 不 ouán ouán poŭ. Jamais (avec négation). Nunquàm. 忽 然 Hoû jân. Subitement. Subitò. 單 Tān, ou 單 單 tān tān. Seulement. Solùm.

Tantôt se rend par le mot y̆ — répété avec le nom. V. g.

一 上 一 下 Y̆ cháng y̆ hiá. Tantôt en haut, tantôt en bas. 一 來 一 往 Y̆ laŷ y̆ ouàng. Tantôt en allant, tantôt en venant. 一 下 他 要 一 下 他 不 要 Y̆ hiá tā yaó y̆ hiá tā poŭ yaó. Tantôt il veut, tantôt il ne veut pas. Modò ait, modò negat. 常 常 Châng châng, ou 不 斷 poŭ touán. Toujours. Semper. 遠 多 久 Yuèn tō kieòu. Longtemps. Diù. 永 遠 久 Yùn yuèn kieòu. Depuis longtems. Jàm pridem. 多 久 Tō kieòu, Depuis fort longtemps. Perdiù. 許 久 Hiù kieòu. Depuis longtemps. 多 久 Tō kieòu. Longuement. Perdiù.

在 Tsaý. (sans mouvement interrogat.). Ubi. 在 那 裡 Tsaý là lỳ. (avec interrogat.). Ubinàm. 他 在 那 裡 Tā tsaý là lỳ. Où est-il? Ubinàm est?

到 那 裡 去 了 Taó là lỳ kiú leào. Où sont-ils allés? 不 拘 那 裡 Poŭ kiū là lỳ. . Quò (avec mouvem. et sans interrogat.). 不 論 那 裡 Poŭ lén là lỳ. 到 那 裡 Taó là lỳ. . Quò (avec interrogation). 你 到 那 裡 去 Ngỳ taó là lỳ kiú, ou 往 那 裡 去 ouàng là lỳ kiú? Où allez-vous? Quò vadis? 從 那 裡 Tsŏng là lỳ, D’où. Undenàm. 從 那 裡 來 Tsŏng là lỳ laŷ. D’où venez-vous? Undè venis? 你 是 那 裡 人 Ngỳ ché là lỳ jên. D’où êtes-vous? Undè gentium es? 怎 樣 Tsèn yáng. Quomodò? 那 裡. Là lỳ Par où? Quo loco? 這 裡 Tché lỳ. Ici. Hìc (avec ou sans mouvement) 他 在 這 裡 Tā tsaý tché lỳ. Il est ici. 你 這 裡 來 Ngỳ tché lỳ laŷ. Viens ici. 他 是 本 方 人 Tā ché pèn fāng jên. Il est d’ici. Hìc natus est. Ille est proprii loci homo. 到 如 今 Taó joŭ kīn. Jusqu’ici. Hùc usquè. 過 了 幾 天 Kó leào kỳ tiēn. D’ici à quelques jours. Post aliquot dies. 這 裡 Tché lỳ. Là. Hìc (sans mouvement) 那 裡 Lá lỳ Lá. Hìc (avec mouvement). 那 邊 Lá piēn. Là-bas. 在 上 Tsaý cháng. Là-dessus. Desuper. 在 下 Tsaý hiá. Là-dessous. Infrà. 到 那 時 Taó lá chê. Jusque-là. Usquè ad 那 邊 Lá piēn. Par-là. Per hàc. 你 走 那 邊 Ngỳ tseòu lá piēn. Allez par-là. 底 Tỳ, ou 矮 底 Gaỳ tỳ. Bas. Demissè. 底 下 Tỳ hiá… . : } 在 下 Tsaý hiá… : } En bas. 矮 點 Gaỳ tièn. Plus bas. Demissiùs. 矮 得 狠 Gaỳ tĕ hèn. Très-bas. 在 世 上 Tsaý ché cháng. Ici-bas. In terris. 在 內 Tsaý loúy… } 在 裏 頭 Tsaý lỳ teŏu. . } Dedans. Intrà. 裏 頭 Lỳ teŏu… } 裡 Lỳ se place après le mot. 心 裡 Sīn lỳ. Dedans le cœur. 家 裡 Kiā lỳ. Dedans la maison. 裏 頭 Lỳ teŏu … . } 內 Louý … . . } En dedans.

在 外 Tsaý ouáy … } 外 面 Ouáy mién … } Dehors. Foris. 外 頭 Ouáy teŏu … } 他 在 外 頭 Tā tsaý ouáy teŏu. Il est dehors. Est foris. 出 去 在 外 頭 Tchoŭ kiŭ tsaý ouáy teŏu. Sortir dehors. Exire foras. 趕 人 出 去 Kàn jên tchoŭ kiŭ. Mettre quelqu’un dehors. Foras aliquem exturbare. 外 面 Ouáy mién. Par dehors. Extrinsecus. 先 Siēn, ou 前 頭 Tsiên teŏu. Devant. Antè, anteà. 先 我 們 說 過 了 Siēn ngò-mên chŏ kó leào. Nous en avons parlé cidevant. De his antè diximus. 你 先 去 Ngỳ siēn kiŭ. Va, cours devant. Abi, praecurre. 先 王 Siēn ouâng. Le ci-devant roi. 去 接 人 Kiŭ tsiĕ jên. Au-devant. Aller au-devant de quelqu’un. 後 頭 Heóu teŏu. Derrière. Retrò. 高 的 Kaō tỳ. Haut. Altè. 高 點 Kaō tièn … } 高 些 Kaō sȳ … . } Plus haut. 高 得 狠 Kaō tĕ hèn. Très-haut. 先 Siēn. Plus haut, c’est-à-dire auparavant. Anteà. 先 我 說 過 了 Siēn ngò chŏ kó leào. Je l’ai dit plus haut. Anteà jàm dixi. 遠 Yuèn. Loin. Procul. 遠 點 Yuèn tièn . . } 遠 得 狠 Yuèn tĕ hèn . } Plus loin. Longiùs. 好 多 遠 Haò tō yuèn. Est-ce loin d’ici? Quàm longè est hinc? 這 裡 到 城 有 好 多 遠 Tché lỳ taó tchên yeòu haò tō yuèn. Ya-t-il loin d’ici à la ville? Quàm longè est hinc in urbem? Hoc loco usquè ad urbem est quanta distantia? 遠 處 來 Yuèn tchoŭ laŷ. Venir de loin. E longinquo venire. 不 久 他 要 死 Poŭ kieòu tā yaó sè. Il n’ira pas loin. In propinquo mors est. 不 遠 Poŭ yuèn, ou 近 Kín. Prés. Propè. 他 不 遠 Tā poŭ yuèn. Il est près d’ici. 不 遠 Poŭ yuèn. C’est près d’ici. 近 點 Kín tièn. Plus près. 近 得 狠 Kín tĕ hèn. Très-près.

多 Tō. Beaucoup. Multùm. 更 多 Kén tō, ou 多 點 tō tièn. Beaucoup plus. Multò magis

少 些 Chaò sȳ. Beaucoup moins. Multò minùs. 多 得 狠 Tō tĕ hèn. Beaucoup, au superlatif absolu. 好 多 Haò tō, ou 好 幾 个 haò kỳ kó. Combien? Quantùm. 至 少 Tché chaò. Au moins. Ad minùs. 都 Toū, ou 全 的 tsuên tỳ. Tout. Omninò. 一 樣 的 Y̌ yáng tỳ. Tout de même. Pariter. 不 久 Poŭ kieòu, ou 就 是 tsieóu ché. Tout à l’heure. Modò. 忽 然 Hoû jên. Tout à coup. Subitò. 合 時 的 Hô chê tỳ. Tout à propos. In tempore. 一 齊 Y̌ tsȳ. Tout à la fois. Simul. 不 拘 那 時 Poŭ kiū là chê. Toutes les fois que. 更 多 Kén tō, ou 多 狠 tō hèn. Trop. Nimis.

Les adverbes français de cette classe ont ordinairement leur terminaison en ment, qui n’est autre chose que le mot latin mente, avec un esprit, une disposition, d’une manière. Cette classe d’adverbes est la plus nombreuse. Comme les adjectifs, elle est susceptible de divers degrés de qualification. En chinois, on les forme en ajoutant à l’adjectif tantôt le mot yáng 樣, qui répond exactement au mente des latins, tantôt le mot jên 然, qui exprime l’élan, la sou- daineté et l’affirmation. Le comparatif et le superlatif de ces adverbes-ci se forme, en général, comme ceux des adjectifs, en ajoutant avant l’adjectif au positif les mots kén 更 ou tché 至.

昏 迷 樣 Houēn my̆ yáng. Aveuglément. Cæciter. 隸 然 Ly̆ jên. Abjectement. Abjectè. 果 然 Kò jên… . . } 自 然 Tsé jên… . . } Certainement. Certè. 其 然 Ky̆ jên… . . } 清 然 Tsīn jên. Clairement. Clarè. 全 然 Tsuên jên. Communément. Communiter. 合 式 然 Hô ché jên. Conformément. Conformiter. 槪 然 Káy jên. Courageusement. Fortiter. 容 易 樣 Yông ý yáng. Facilement. Faciliter. 偶 然 Ngeòu jên… . } 適 然 Chě jên… … } Fortuitement. Fortuitò. 驕 傲 然 Kiāo gaó jên. Hautement. Superbè. 讓 樣 Jáng yáng. Humblement. Humiliter

公 道 樣 Kōng táo yáng. Justement. Justè. 貴 樣 Kouý yáng. Magnifiquement. Magnificè. 了 然 Leaò jên, ou 的 然 ty̆ jên. Manifestement. Manifestè. 天 然 Tiēn jên. Naturellement. Naturaliter. 攝 然 Chĕ jên. Pacifiquement. Pacificè, quietè. 速 然 Sioŭ jên. Promptement. Promptè. 聖 樣 Chén yáng. Saintement. Sanctè. 忽 然 Hoû jên… … } 乍 然 Tchá jên… … } Subitement. Subitò. 晏 然 Yên, ou gán jên. Tranquillement. Tranquillè. 傫 然 Louý jên. Tristement. Tristè. 亂 然 Louán jên. Tumultueusement. Tumultuosè. 惘 然 Ouàng jên. Vainement. Inaniter.

頭 一 宗 Teôu y̆ tsōng, ou 第 一 宗 tý y̆ tsōng. Premièrement. Primò. 第 二 宗 Tý eúl tsōng. Secondement. Secundò. 第 三 宗 Tý sān tsōng. Troisièmement. Tertiò, etc. 先 Siēn. D’abord. Primùm. 後 Heóu. Après. Post. Se place avant l’adjectif. 先 Siēn. Auparavant. Priùs. 後 來 Heóu laŷ. Ensuite. Deinceps. 前 Tsiĕn. Avant. (Avant l’adjectif.)

這 樣 Tché yáng, ou 這 般 Tché pān. Ainsi. Sic, ità. 事 情 是 這 樣 Sé tsǐn ché tché yáng. Les choses sont ainsi. 是 他 的 本 性 Ché tā ty̆ pèn sín. Il est ainsi fait. Ità ingenio est. 巴 不 得 Pā poŭ tĕ. Utinam… . . } Ainsi soit-il. 亞 蒙 Yà mông. Amen. } 又 Yeóu, 又 如 yeóu joŭ, ou 一 樣 y̆ yáng. Aussi. Etiam. 你 們 兩 个 人 都 是 一 樣 窮 乏 Ngỳ mên leàng kó jên toū ché y̆ yáng kiōng fă. Il est aussi pauvre que vous. Vos duo homines omninò estis eodem modo pauperes. 一 樣 的 Y̆ yáng ty̆… 一 樣 多 Y̆ yáng tō… } 一 樣 大 Y̆ yáng tá… } Autant. Tantùm. 如 Joŭ… … . }

那 兩 本 書 價 錢 是 一 樣 的 Lá leàng pèn choū kiá tsiền ché y̆ yáng ty̆. Le prix de ces deux livres est le même. Istorum duorum librorum pretium est simile. 各 人 各 意 Kŏ jên kŏ ý. Autant de têtes, autant d’avis. Quot homines, tot sententiæ. 一 回 半 Y̆ hoûy pán. Une fois autant. Alterum tantùm. 兩 回 半 Leàng hoûy pán. Deux fois autant. Bis tantùm. 吾 未 見 好 德 如 好 色 者 也 Oû ouý kién haó tĕ joŭ haó sĕ tchĕ ỳ. Je n’ai encore vu personne aimer autant la vertu que la beauté du corps. 怎 樣 Tsèn yáng. Comme (de quelle manière). Quo modo. 你 曉 得 他 怎 樣 做 Ngỳ hiào tĕ tā tsèn yáng tsoú. Vous savez comment il s’est conduit. Tu scis illum quomodò egisse. 論 Lén. Comme (En tant que). Quoad. 論 天 主 耶 穌 受 不 得 苦 Lén Tiēn Tchoù, Yê-Soū cheóu poŭ tĕ koŭ. Comme Dieu, Jésus était impassible. 猶 如 Yeóu joŭ. Comme. Sicut. 翰 林 們 猶 如 歐 陽 修 Hán lîn mên yeóu joŭ Geoū Yâng Sieōu. Les académiciens comme Geoū Yâng Sieōu. 又 Yeóu. Quamvis. 雖 然 Siū jân. Même. Etiam. 雖 然 他 說 過 了 Siū jân tā chŏ kó leào. Quand même il l’aurait dit. 猶 如 Yeóu joŭ, ou 當 táng. De même que. Sicut. 當 強 盜 一 樣 的 Táng kiǎng táo y̆ yáng ty̆. De même qu’un voleur. 能 Lên ou 得 tĕ. A même de. Posse. 他 能 說 話 Tā lên chŏ hoá, ou 他 說 得 話 Tā chŏ tĕ hoá. Il est à même de parler. 更 好 Kén hào, ou 好 些 Hào sỹ. Mieux. Meliùs. 好 得 多 Hào tĕ tō. Beaucoup mieux. Multò melius. 好 一 些 些 的 Haó y̆ sỹ sỹ ty̆. } 好 一 點 點 的 Haó y̆ tièn tièn } Un peu mieux. Meliusculè. ty̆… . 好 得 狠 Haò tĕ hèn. Tout au mieux. Optimè. 論 流 Lén lieôu. A qui mieux mieux. Certatìm. 少 的 Chaò ty̆. Moins. Minùs. 少 些 Chaò sỹ… . } 少 點 Chaò tièn… . } Un peu moins. Paulò minùs. 少 多 點 Chaò tō tièn. . } 少 多 些 Chaò tō sỹ… } Beaucoup moins. 越 少 Yuě chaò répété, se dit moins répété.

他 比 你 更 才 學 Tā pỳ ngỳ kén tsaỹ hiŏ. Il est plus savant que vous. Tu æquiparatus illi magis (est) doctus. 多 Tō, 餘 yû. Plus. Plùs. 兩 百 多 人 Leàng pĕ tō jên. Plus de deux cents hommes. 一 千 多 Y̆ tsiēn tō. Plus de mille. Super mille. 我 說 過 十 多 回 Ngò chŏ kó chĕ tō hoûy. J’ai dit plus de dix fois. Suprà deciès dixi. 一 年 多 Y̆ niên tō. Plus d’un an. Diutiùs anno. 他 有 六 十 多 歲 Tā yeòu loŭ chĕ tō soúy. Il a plus de soixante ans. 越 多 越 好 Yuě tō yuě haò. Plus il y en a, plus cela vaut Eò plus, eò meliùs. 沒 法 子 Mò fǎ tsè. Il n’y a plus moyen. Non est remedium. 更 不 好 Kén poŭ haò. Pis. Pejùs. 他 更 不 好 Tā kén poŭ haò. Aller de mal en pis. In pejùs ruere. 差 不 多 Tchã poŭ tō. Presque. Fermè, propè. Distare non multùm. 差 不 多 他 做 完 了 Tchã poŭ tō tā tsoú ouân leào. Il a presque fini. 差 不 多 要 黑 Tchã poŭ tō yaó hĕ. Il est presque nuit. 狠 Hèn… . . } 得 狠 Tĕ hèn… . } Très. Admodùm. Fait le superlatif des 多 得 狠 Tō tĕ hèn… } adjectifs et des adverbes. 苦 得 狠 Koŭ tĕ hèn. Très-amer. Amarissimus. 好 得 狠 Haò tĕ hèn. Très-bon. Optimus. 高 得 狠 Kaõ tĕ hèn. Très-élevé. Altissimus.

ADVERBES D’AFFIRMATION, DE NÉGATION ET DE DOUTE

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Absolument. Omninò, prorsùs, integriter. En chinois : 都 toū. 全 全 Tsuên tsuên, 總 不 tsòng poŭ, ou 萬 萬 不 Ouán ouán poŭ. 我 都 不 要 Ngò toū poŭ yáo. 我 全 全 不 要 Ngò tsuên tsuên poŭ yáo… 我 總 不 要 Ngò tsòng poŭ } Je n’en veux pas absolument. yáo… . . 萬 萬 我 不 要 Ouán ouán ngò poŭ yáo… 我 的 父 母 都 不 在 Ngò tý foú moù toū poŭ tsaý. Je n’ai absolument plus ni père ni mère. 果 然 Kò jân. Certainement. Certissimè.

一 定 的 Y̆ tín tý… . } 必 定 Py̆ tín… . } Certes. Certè quidem. 果 然 是 Kò jân ché. Oui, certes. Ità, sanè. 算 Souán, 可 以 Kŏ ỳ. D’accord. Annuo, esto. 算。我 許 Souán, ngò hiù. D’accord; je le veux bien. Oui. Ità, etiam. — Les Chinois emploient peu ce mot comme particule affirmative, en réponse à une interrogation. Ils répètent plus volontiers le verbe de la demande. EXEMPLES :

Voulez-vous venir? — Oui. Un Chinois répond : Je veux. Avez-vous mangé? — Oui. — J’ai mangé. Croyez-vous? — Oui. — Je crois. Si l’on ne répond pas à une demande, l’affirmation oui se rend, en chinois, par le verbe substantif ché 是, cela est, que l’on répète, si l’on veut mieux affirmer : ohé ché 是 是. Ità, ità. Dans une phrase, oui se rend par le verbe vouloir. Yaó 要. 又 他 要 又 他 不 要 Yeóu tā yaó yeóu tā poŭ yáo. Tantôt il dit oui, tantôt il dit non. Modò ait, modò negat. Modò ille vult, modò ille non vult. 果 然 Kò jân, ou 一 定 y̆ tín. Sans doute. Haud dubiè. 果 然 他 做 好 Kò jân tā tsoú hào. Sans doute il a bien agi. 多 半 Tō pán. Sans doute. Probabiliter. 多 半 他 明 天 來 Tō pán tā mîn tiēn laŷ. Il arrivera sans doute demain. 恐 防 Kŏng fâng… } 恐 怕 Kŏng pă… . } Sans doute (peut-être). Forsàn. 恐 防 你 莫 有 想 Kŏng fâng ngỳ mò yeòu siàng. Sans doute vous n’avez pas pensé que. En chinois aussi deux négations valent une affirmation très-énergique. 言 不 可 不 慎 也 Yên poŭ kŏ poŭ tchĕn ỳ. Il faut bien veiller sur ses paroles. 隨 你 Soûy ngỳ… } 隨 便 Soûy pién… } Soit. Esto, ità, ad libitum tuum. 隨 意 Soûy ý… . . } 算。隨 意 Souán, soûy ý. } 隨 你 做 Soûy ngỳ tsoú. Soit, faites cela. Facias, licet. 算 得。我 說 過 了 Souán tĕ́, ngò chŏ kó leào. Eh bien! soit, je l’ai dit. Esto, dixerim. 算。我 許 Souán, ngò hiù, ou 我 肯 Ngò kěn. Soit, j’y consens. Esto, annuo.

甘 心 Kān sīn … } 情 願 Tsîn yuén … } Volontiers. Libenter. 喜 歡 Hỳ houān … } 情 願 得 狠 Tsîn yuén tĕ́ hèn. Très-volontiers. Lubentissimè. 莫 奈 何 Mô láy hô. Peu volontiers. Invité, ægrè. 容 易 Yông ý. Volontiers (facilement). Facilè. 我 容 易 信 Ngò yông ý sín. Je le crois volontiers. 一 定 Y̆ tín. Vraiment. Sanè, profectò. 一 定 是 他 做 的 Y̆ tín ché tā tsoú tỳ. Il a vraiment fait cela 怎 樣 你 信 這 些 事 Tsèn yáng? ngỳ sín tché sȳ sé. Ah! oui vraiment, vous croyez cela? (Ironiq.) Quomodò? tu credis istas res? 不 Poŭ. Ne. Haud. 後 來 一 句 話 我 都 不 說 Heóu laŷ y̆ kiú húa ngò toū poŭ chŏ. Je ne dirai plus un seul mot. Deinceps unum verbum ego, prorsùs non dicam. 不 怕 Poŭ pă. Ne craignez pas. 不 消 Poŭ siāo. Cela n’est pas nécessaire. Ne (interrogatif) ou non? 我 說 過 莫 有 Ngò chŏ kó mô yeòu? Ne l’ai-je pas dit? 毋。勿 Oŭ. Ne (prohibitif). 毋 偷 盜 Oŭ teōu táo. Vous ne volerez point. Non furaberis. 毋 殺 人 Oŭ chă jên. Vous ne commettrez pas d’homicide. 不 Poŭ. Non… . } Ne pas. } Ne point. 我 不 怕 你 Ngò poŭ pă ngỳ. Je ne vous crains point. 你 不 要 怕 Ngỳ poŭ yaó pá, ou 不 怕 得 poŭ pă tĕ́. Ne craignez point. 不 可 多 言 Poŭ kŏ tō yên. Il ne faut pas beaucoup parler. Ne pas, précédé ou suivi de ces mots : personne, nul, aucun, se tourne, en chinois, de la manière suivante : 無 有 一 个 人 不 知 道 Oŭ yeòu y̆ kó jên poŭ tchē taó. Personne ne l’ignore. Nemo hoc nescit. Non est unus homo non sciens. 人 人, ou 个 个 人 都 曉 得 Jên jên , ou kó kó jên toū hiào tĕ. Omnes, quilibet homo, prorsùs scit. 一 邊 我 都 不 顧 Y̆ piēn ngò toū poŭ koú. Je ne suis d’aucun parti. Nullius partis sum. Uni parti ego absolutè non faveo. 寸 男 尺 女 皆 無 Tsẽn lân tchẽ niù kiāy oŭ. (Idiotisme chinois.) Il n’a ni fils ni fille.

不 Poŭ … … 不 是 Poŭ ché… . 莫 Mô … … . 莫 得 Mô tĕ … . . } Non, minimé. 不 得 Poŭ tĕ… . . 莫 有 Mô yeòu… .

Les Chinois répondent rarement par le seul mot non. Ils répètent le verbe de la demande, avec sa négation. EXEMPLES : 要 不 要 Yaó poŭ yaó. Voulez-vous? Non. Les Chinois disent : 不 要 Poŭ yaó. Je ne veux pas. Nolo. 你 做 個 莫 有 Ngỳ tsoú kó mô yeòu. Avez-vous fait cela? Non. 莫 有 Mô yeòu. Je ne l’ai pas fait. 是 不 是 他 Ché poŭ ché tā. Est-ce lui ou non? Is-ne est an non? Est, non est ille? 不 是 他 Poŭ ché tā. Non. Non est ille. 你 肯 不 肯 Ngỳ kěn poŭ kěn. 我 不 肯 Ngò poŭ kěn. Non. Dites oui ou non. Vel ait vel negat. 要 死。不 怕 得。你 不 得 死 Yaó sè poŭ pă tĕ ngỳ poŭ tĕ sè. Je suis perdu! Non, non, ayez courage. Perii! Noli timere, non morieris. 萬 萬 我 都 不 許 Ouán ouán ngò toū poŭ hiù. Non, non, je ne consentirai jamais. Deciès, deciès, non consentiam. 萬 萬 我 都 不 背 眞 教 Ouán ouán ngò toū poŭ peý tchēn kiáo. Non, non, je n’abjurerai jamais la vraie religion! La particule négative mô 莫 implique souvent, en chinois, l’idée de la défense, de la prohibition : 莫 笑 Mô siáo. Ne riez pas. Ne rideas. 莫 管 Mô kouàn. Ne vous mêlez pas. Ne cures. Dans les livres on rencontre encore ces mots : hieōu 休, piĕ 別, feȳ 非, qui jouent le rôle de particules négatives. 未 曾 Ouý tsěn. Non, pas encore. Nondùm. 他 未 曾 說 Tā ouý tsěn chŏ. Il n’a pas encore dit. 不 單 單 另 外 Poŭ tān tān lín ouaý. Non-seulement, mais encore. Non solùm, sed etiam. 奉 教 人 不 單 單 要 愛 朋 友 另 外 要 愛 仇 人 Fóng kiáo jên poŭ tān tān yáo gaý pěng yeòu, lín ouáy yáo gaý tcheōu jên. Un chrétien doit non-seulement aimer ses amis, mais encore ses ennemis.

雖 然 Siū jân. Non pas même. Quamvis, licet. 雖 然 我 肯 Siū jân ngò kěn. Non pas même quand je le voudrais. 全 全 不 Tsuēñ tsuēñ poŭ. Nullement. Nequaquàm. 我 全 全 都 不 知 道 Ngò tsuēñ tsuēñ toū poŭ tchē taó. Je ne le sais nullement.

Peut-être. Forsàn. Les jeunes sinologues font un usage abusif de ce mot dans la langue parlée. Les Chinois tournent la réponse sous une forme dubitative, qui, pour eux, équivaut au mot peut-être. 恐 怕 Kŏng pă. 恐 防 Kŏng fâng. 不 得 一 定 Poŭ tĕ ỹ tín. Non est certum. 彷 彿 Fàng foŭ. (Cette expression marque un doute plus prononcé.) 要 落 雨 麼 Yaó lŏ yù mô? Pleuvra-t-il? Pluet-ne? 不 得 一 定 Poŭ tĕ ỹ tín. Peut-être. 彷 彿 有 人 在 那 邊 Fàng foŭ yeòu jên tsaý lá piēn. Il y a peut-être quelqu’un là-bas.

La manière la plus ordinaire de faire les interrogations, en chinois, est de répéter le verbe en plaçant la négation après le premier. Au lieu de : Voulez-vous venir? on dit : Voulez-vous ou ne voulez-vous pas venir? Si le verbe était au parfait, l’interrogation se ferait par ces mots : 莫 有 mô yeòu, à la fin de la phrase. 喫 了 莫 有 Tchĕ leaò mô yeòu. Avez-vous mangé? 喫 了 Tchĕ leaò. Oui. 莫 有 Mô yeòu. Non. Sous-entendu : tchĕ. 他 來 不 來 Tā laŷ poŭ laŷ? Viendra-t-il? Veniet-ne? 好 多 Haò tō. 幾 多 Kỳ tō. Combien? Quot? 你 有 好 多 錢 Ngỳ yeòu haò tō tsiĕn? Combien avez-vous de sapèques? 他 要 好 多 錢 Tā yaó haò tō tsiĕn? Combien demande-t-il de sapèques? 有 幾 天 Yeòu kỳ tiēñ? Combien y a-t-il de jours? 好 多 回 數 Haò tō hoûy soú. } 幾 多 回 數 Kỳ tō hoûy soú. } Combien de fois? Quoties? 好 久 Haò kieòu. Combien de temps? Quandiù? En combien de se tourne souvent, en chinois, par employer 用 yóng ou 費 féy. EXEMPLES : 你 用 ou 費 了 幾 天 做 那 一 件 事 Ngỳ yóng ou féy leào kỳ tiēñ tsoú lá ỹ kién sé. En combien de jours avez-vous fait cela?

天 主 造 天 地 萬 物 用 了 幾 天 Tiēn tchoù tsaó tiēn tý ouán oŭ yóng leaò kỳ tiēñ. En combien de jours Dieu a-t-il créé le monde? Deus creans cœlum, terram, mille res, adhibuit quot dies? 你 在 路 上 幾 天 Ngỳ tsaý loú cháng kỳ tiēñ? En combien de jours avez-vous fait ce trajet? 怎 樣 Tsèn yáng… } 怎 麼 樣 Tsèn mô yáng. } Comment? Quomodò? 如 何 Joŭ hô… . . } 怎 樣 做 得 來 Tsèn yáng tsoú tě laŷ? Comment peut-il se faire? Quî fit ut? 爲 甚 麼 緣 故 Oúy chén mô yuên koú. Comment? signifiant pour quelle cause? Ob quam causam? 我 不 曉 得 爲 甚 麼 緣 故 他 這 樣 說 過 了 Ngò poŭ hiaò tě oúy chén mô yuên koú tā tché yáng chŏ kó leaò. Je ne sais comment il a pu dire cela. 爲 甚 麼 緣 故 Oúy chén mô } yuên koú. . } 甚 麼 意 思 Chén mô ý sé. } Pourquoi? Cur? 爲 何 Oúy hô… . . } 所 以 Sò ỳ… . . } 因 爲 Īn oúy… . . } C’est pourquoi. Quapropter. 全 全 不 Tsueñ tsueñ poŭ. } 萬 萬 不 Ouán ouán poŭ. } 總 不 Tsòng poă… } Pour quoi que ce soit. Nullà de causà. 不 論 甚 麼 緣 故 Poŭ lén chén } mô yuên koú. } 那 个 時 侯 Là kó chê heóu. } 甚 麼 時 侯 Chén mô chê } Quand? Quandò? heóu… . } 那 裡 Là lý. Où? Ubinàm? 你 在 那 裡 Ngỳ tsaý là lý? Où êtes-vous? 你 走 那 裡 Ngỳ tseoù là lý? Où allez-vous? 你 到 那 裡 去 Ngỳ taó là lý kiű? Où allez-vous? 甚 麼 Chén mô. Que (interrogatif). Quid, quæ. 是 甚 麼 Ché chén mô? Qu’est-ce? Quid est hoc? 甚 麼 事 Chén mô sé. Quelle affaire? Quæ res? 他 做 甚 麼 Tā tsoú chén mô. Que fait-il? Quid rerum agit?

MANIÈRE DE FAIRE LES INTERROGATIONS EN CHINOIS

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Il y a différentes particules qui servent à faire, en chinois, les interrogations, de même qu’il y a des tournures de phrases destinées au même but Voici les huit manières principales de faire les interrogations en chinois.

Première manière. — Cette manière d’interroger est la plus fréquente, surtout dans la langue parlée. Elle consiste à placer la particule négative poŭ 不, non, non, après le verbe, et à répéter celui-ci après la négation. EXEMPLES : 要 不 要 Yáo poŭ yáo? Voulez-vous? Velle, non velle?

On ne refuse presque jamais par la négation seule. On joint celle-ci au verbe de la demande. 不 要 Poŭ yáo. Je ne veux pas. 他 來 不 來 Tā laŷ poŭ laŷ? Viendra-t-il? Ille veniet, non veniet? 你 許 不 許 Ngỳ hiù poŭ hiù? Permettez- vous? Tu permittis, non permittis? 下 不 下 雨 Hiá poŭ hiá yù? Pleut-il? 落 不 落 雪 Lŏ poŭ lŏ siuě? Neige-t-il?

Deuxième manière. — On emploie la particule là 那, que l’on joint au numéral kó 個 s’il s’agit des personnes ou des choses, et au mot lý 裡 s’il s’agit de noms de lieux. Dans les livres, on se sert surtout du mot choûy 誰. Qui? Quis? EXEMPLES : 是 那 個 人 說 Ché là kó jên chŏ? Qui dit cela? Ou bien : 有 那 個 人 說 Yeòu là kó jên chŏ? 是 那 個 人 寫 的 Ché là kó jên siè tŷ. Qui a écrit cela? 誰 造 了 天 地 萬 物 Choûy tsaŏ leaò tiēn tý ouán oŭ? Qui a créé le monde? 你 那 裡 去 Ngỳ là lý kiű? Où allez-vous?

Troisième manière. — Tsèn yáng 怎 樣, ou Tsèn mô yáng 怎 麼 樣 Comment? Quomodò? 你 是 怎 樣 說 Ngỳ ché tsèn yáng chŏ? Comment dites-vous? 怎 樣 做 得 來 Tsèn yáng tsoú tě laŷ? Comment cela peut-il se faire?

Quatrième manière. — Lorsque l’interrogation commence par le pronom que, quid, quod, on la traduit, en chinois, par ces mots : chén mô 甚 麼, ou chě mô 什 麼, qui se placent à la fin de la phrase. 你 說 甚 麼 Ngỳ chŏ chén mô? Que dites-vous? 你 要 甚 麼 Ngỳ yáo chén mô? Que voulez-vous?

有 甚 麼 事 Yeòu chén mô sé? Qu’y a-t-il? Est quænam res? 莫 得 甚 麼 事 Mô tě chén mô sé. Il n’y a rien. Cinquième manière. — Dans quelques provinces, on se sert de l’une ou l’autre de ces tournures: 莫 不 mô poŭ ou 莫 非 mô feȳ, placées au commencement de la phrase. 莫 非 是 他 見 了 鬼 Mô feȳ ché tā kién leaò koùy. Nunc fortè vigilans somniat. Sixième manière. — Le mot 何 hô est une particule toujours interrogative, mais on l’emploie surtout dans les livres. 天 何 言 哉 Tiēn hô yên tsaȳ? Qu’est-il besoin que le Ciel parle? Quid opus est ut loquatur Cælum? Septième manière. — Tō chaō? Combien? Quot? 有 多 少 人 Yeòu tō chaò jên. Combien sont-ils de personnes? Quot sunt ibi homines? Huitième manière. — Dans les livres, on trouve souvent le mot kỳ 豈 pour particule négative. Kỳ kàn 豈 敢. Nùm auderem? 豈 不 羞 死 Kỳ poŭ sieōu sè? Ne devraient-ils pas mourir de confusion? An non præ confusione emori deberent?

就 是 Tsieóu ché. C’est-à-dire. Scilicet, nempè. 一 邊 Ȳ piēn. { D’une part… … } { D’un côté … … } Ex unâ parte. Que l’on répète pour exprimer de l’autre part. 這 一 邊 Tché ȳ piēn. De ce côté. Ex hâc parte. 兩 邊 Leàng piēn. De part et d’autre. 合 時 Hô chê. A point. 來 得 合 時 Laŷ tě hô chê. Il est venu à point. 一 句 一 句 Ȳ kiú Ȳ kiú. De point en point. 一 句 一 句 他 都 說 道 Ȳ kiú Ȳ kiú tā toū chŏ taó. Il a raconté de point en point. Sur le point. 他 要 死 得 狠 Tā yáo sè tě hèn. Il est sur le point de mourir. 一 面 Ȳ mién , ou 一 邊 Ȳ piēn, que l’on répète. En partie. Partim. 偶 然 Ngeoù jân. Par hasard. Fortuitò.

ADVERBES DEVENANT, PAR POSITION, ADJECTIFS

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今 Aujourd’hui. Hodiè devient hodiernus. 今 者 Kīn tchě. 今 之 孝 Kīn tchě hiáo. La piété de ce jour. 昔 Sỳ. Autrefois. Olim. 昔 者 Sỳ tchě. Passé. Præteritus. 前 Tsiên. Auparavant. Antè. 前 朝 Tsiên tchaô. La dynastie précédente. 前 年 Tsiên niên. L’année précédente. 前 人 Tsiên jên. Les hommes du temps passé. 後 Heóu. Après. Posteà. 後 母 Heóu moù. Mère postérieure. 上 Cháng. Au-dessus. Suprà. 上 者 Cháng tchě. Les supérieurs. 上 下 無 怨 Cháng hiá oŭ yuèn. Les supérieurs et les inférieurs sont en paix. 下 Hiá. Au-dessous. Infrà. 下 者 Hiá tchě. Les inférieurs. 外 Ouáy. Au dehors, en dehors. Extrà, foris. 要 討 外 差 Yáo taŏ ouáy tchaȳ. Je veux solliciter une mission extérieure. 先 Siēn. Auparavant. Anteà. 先 王 Siēn ouâng. Les anciens rois. 然 Jân. Certes. Certò. 雍 之 言 然 Yōng tchē yên jân. Les paroles de Yōng sont vraies.

Un bon nombre d’adverbes, changeant de ton, deviennent de véritables verbes. Ainsi, siēn 先, auparavant, devient sién, précéder, aller en avant, progredi, anté ire; cháng 上 devient chàng, monter, ascendere; hiá 下 devient descendre, tomber, descendere, cadere. — Cette série de mots, du reste peu nombreuse, n’offrant aucune difficulté, il suffit de la signaler au lecteur.

Siēn ouên 先 文 et Heóu ouên 後 文.

1° Des prépositions simples. — 2° Des postpositions. — 3° Prépositions prises substantivement. — 4° Prépositions devenant verbes.

Les Chinois donnent à cette classe de mots un nom assez bien choisi : ils la nomment classe des mots vides, hiū tsé 虛 字, parce qu’en effet, tous ces mots ont besoin d’un complément. Les mots de la langue chinoise n’ayant pas les désinences qui marquent, dans les langues à flexion, les rapports des mots entre eux, on y supplée, en chinois, par un certain nombre de particules qui font l’effet de nos prépositions. Il est important de saisir nettement le rôle de ces particules, c’est-à-dire le genre de rapports qu’elles déterminent dans le discours. Dans la langue écrite, ces particules perdent quelquefois leur signification ordinaire et deviennent de simples phonétiques de régime. Les particules chinoises, dont nous allons parler, se placent, en général, avant le complément. Cependant, un certain nombre d’entre elles se placent après ce même complément. De là leur nom de postpositions. La langue turque offre une classe semblable de postpositions. Ce sont ces mots qui causent le plus d’embarras à un jeune sinologue qui étudie la langue parlée. Pour ce motif, nous prenons pour point de départ les prépositions françaises.

A, marquant un rapport de mouvement, de tendance, de direction, ne s’exprime presque jamais en chinois par une particule spéciale.

EXEMPLE

到 北京 Taó pě kīn. Aller à Pékin.走 右 邊 Tseòu yeóu piēn. Tourner
做 當 兵 Tsoú tāng pīn. Aller à l’ar-à droite.
mée.會 他 Hoúy tã. Aller à lui.
上 船 Cháng tchouãn. Aller à
bord.

A, marquant un rapport de terme, de but, de fin, ne s’exprime presque jamais en chinois.

請 喫 飯 Tsǐn tchě fán. Inviter à manger. 要 死 得 狠 Yáo sè tě hèn. Tirer à sa fin. 凌 辱 人 Lîn joǔ jên. En venir à des injures. 中 意 Tchóng ý. Atteindre au but. 趕 人 出 去 Kàn jên tchoǔ kiǔ. Obliger quelqu’un à partir.

A, marquant un rapport de destination, d’application, de production, s’exprime fort rarement en chinois

出 米 田 Tchoǔ mỳ tiěn. Terre à riz. 甘 蔗 kān tchě. Canne à sucre. 麥 磨 子 Mě mó tsè. Moulin à farine. 磨 石 Mó chě. Pierre à aiguiser. 讀 書 Toǔ choū. S’adonner à l’étude. 拜 人 Paý jên. Faire un salut à quelqu’un. 教 人 格 文 Kiáo jên kě ouên. Enseigner à q. q. la philosophie. 慶 賀 人 Kǐn hó jên. Boire à la santé.

A, marquant un rapport d’attribution, de possession, s’exprime en chinois par le pronom possessif mon, ton, sien, meus, tuus, suus, etc.

是 我 的 書 Ché ngò tỳ choū. Ce livre est à moi. Meus est liber iste. 是 他 的 刀 Ché tā tỳ taō. Ce couteau est à lui. Illius est culter. 是 我 的 意 思 Ché ngò tỳ ý sē. C’est mon opinion à moi. Hæc est mea opinio. 是 他 的 怪 意 Ché tā tỳ kouáy ý. C’est sa manie à lui. Hoc est ingenium ejus. 是 我 們 衆 人 的 本 分 Ché ngò mên tchóng jên tỳ pèn fén. C’est notre devoir à tous. Officium hoc nobis commune est.

A, marquant un rapport de situation, de position, de manière d’être ou d’agir, de moyen, s’exprime par la particule tsaý , dans, in, intrà.

在 南 京 坐 Tsaý lân kīn tsó. Demeurer à Nân kin. 在 店 房 喫 Tsaý tién fâng tchě. Manger à l’auberge. 銀 子 在 手 上 Ŷn tsè tsaý cheòu cháng. L’argent à la main.

A, marquant un rapport d’état, de qualification, ne s’exprime pas en chinois.

可 怕 的 人 Kŏ pă tỳ jên. Homme à craindre. 風 鎗 Fōng tsiāng. Fusil à vent. 水 船 Hò tchouân. Bateau à vapeur. 風 船 Fōng tchouân. Navire à voile. 火 機 子 Hò kȳ tsè. Machine à vapeur. 喫 得 的 Tchě tě tỳ. Bon à manger. 會 哄 人 Hoúy hòng jên. Habile à séduire.

AU, dans, à l’intérieur, in, intrà, tsaý ou cháng .

在 天 Tsaý tiēn. Au ciel. 在 窰 內 Tsaý yâo loúy. Au four. 在 庄 上 Tsaý tchouāng cháng. Au lit.

DE, exprimant le rapport de relation, que les Latins rendent par leur génitif, se rend en chinois par la particule tỳ , qui est souvent sous-entendue par euphonie. Nous avons dit ailleurs qu’en chinois, le complément du sujet se plaçait toujours avant celui-ci :

天 主 的 仁 慈 Tiēn Tchoù tỳ jên tsě. La clémence de Dieu. 一 句 話 的 意 思 Y̆ kiú hoá tỳ ý sē. Le sens d’un mot. 伯 多 祿 的 書 Pě tō loŭ tỳ choū. Le livre de Pierre. 人 的 手 Jên lỳ cheòu. La main de l’homme.

DE, exprimant le sens ou le rapport de relation rendu, en latin, par l’ablatif, s’exprime en chinois par tsŏng , si le rapport est de comparaison.

從 城 內 到 這 裡 Tsŏng tchên loúy táo tchě lỳ. De l’intérieur de la ville ici. 從 北 京 到 廣 東 Tsŏng pě kīn taó kouàng tōng. De Pékin à Canton.

Lorsque le mot de exprime un rapport absolu, sans comparaison, on ne le rend pas en chinois.

全 靈 愛 天 主 Tsuēn lîm gaý Tiēn Tchoù. Aimer Dieu de toute son âme. 全 心 Tsuēn sīn. De tout son cœur. 全 力 Tsuēn lỳ. De toutes ses forces.

EN, marquant le lieu, l’endroit, s’exprime par tsaý, in, intrà.

他 在 城 內 Tā tsaý tchên loúy. Il est en ville. 他 在 路 上 Tā tsaý loú cháng. Il est en route.

EN, marquant le temps, se rend comme le participe présent des verbes, par les mots chê heóu 時 候.

做 夢 時 候 Tsoú móng chê heóu. En songe. 合 時 的 時 候 Hô chê tỳ chê heóu. En temps et lieu.

EN, marquant la matière dont une chose est faite, se rend en chinois par tỳ , comme pour les adjectifs.

木 的 象 Moŭ tỳ siáng. Statue en bois. 金 的 聖 爵 Kīn tỳ chén tsiŏ. Calice en or.

EN, marquant la manière, se rend en chinois par tỳ , lorsque le mot peut se tourner par un adverbe en ment :

悄 悄 的 Tsiăo tsiăo tỳ. En secret. — Tournez : secrètement. 外 面 的 Ouáy mién tỳ. En apparence. — Tournez : apparemment. 明 明 的 Mīn mīn tỳ. En public. — Tournez : publiquement.

Lorsque en, marquant la manière, ne peut se tourner par un adverbe en ment, il s’exprime soit par le mot tsiĕn , soit par le mot tāng ou le mot cháng , qui se placent après le mot, et sont ici postposition.

面 前 Mién tsiĕn. En présence de. 當 面 Tāng mién. En face de. 父 親 在 上 Foú tsīn tsaý cháng. En présence de mon père. 外 面 Ouáy mién. En apparence. 當 皇 帝 Tāng houâng tý. En roi.

EN, marquant la cause, s’exprime par ouý ou par tě ouý 得 為. Propter, quia, ad, à cause de, pour, parce que. Littér. : à cause de vous.

得 為 你 Tě ouý ngỳ. En votre considération. 為 罰 他 的 罪 Ouý fă tă tỳ tsoúy. En punition de son péché. Litlér. : Pour punir son péché. 為 賞 他 Ouý chàng tă. En récompense de. Littér. : Pour le récompenser.

EN, précédant un participe présent, se rend par chê heóu 時 候, qui indique le temps présent.

喫 飯 的 時 候 Tohě fán tỳ chê heóu. En mangeant. 睡 的 時 候 Choúy tỳ chê heóu. En dormant. 耍 的 時 候 Choà tỳ chê heóu. En jouant. 笑 的 時 候 Siáo tỳ chê heóu. En riant.

AVEC. Simul. Tông .

同 我 Tông ngò. Avec moi. 你 許 的 時 候 Ngỳ hiù tỳ chê heóu. Avec votre permission. Pace tuâ. 天 主 相 幫 時 候 Tiēn Tchoù siāng pāng chê heôu. Avec l’aide de Dieu. Deo juvante. 到 底 Taó tỳ. Avec tout cela. Et tamen.

AVEC…, devant un nom d’instrument ou de matière se tourne par employant, adhibens; en chinois yóng , ou par , qui a le même sens.

他 用 一 把 刀 子 打 人 Tā yóng ỳ pà taō tsè tà jên. Il frappe avec un couteau. Littér. : il emploie un couteau pour frapper. Ille adhibens unum cultrum percutit alios.

S’il y a commandement, on tourne la phrase de la manière suivante : 把 竹 子 打 他 Pà tchoŭ tsè tà tā. Frappe-le avec un bambou. Littér. : prends un bambou et frappe-le. Ar- ripe arundinem, cæde illum. 你 把 篙 子 打 他 Ngỳ pà kiāo tsè tà tā. Frappe-le avec un aviron.

{ 一 週 Y̌ tcheōu. AUTOUR. Circà. { { 一 對 Y̌ toúy.

江 週 城 Kiāng tcheōu tchên. La rivière passe autour de la ville. Tournez : la rivière tourne la ville. 賊 子 圍 倒 城 Tsě tsè oûy táo tchên. L’ennemi est autour de la ville.

CHEZ, apud, s’exprime par tsaý . A la question, ubi; à la question quò il ne s’exprime pas, non plus qu’à la question undé.

他 在 屋 裡 Tā tsaý oŭ lỳ. Il est chez lui.

196 GRAMMAIRE CHINOISE. 我們到你的屋裡去 Ngò mên taó ngỳ tỳ oŭ lỳ kiǔ. Allons chez vous. 他纔出門 Tā tsây tchoŭ mên. Il sort de chez lui. DANS, in, tsáy , s’exprime de la manière suivante : EXEMPLES :

在他屋頭 Tsáy tā oŭ teôu. Dans sa maison. 不久 Poŭ kieòu. Dans peu de jours. 過了三天 Kó leào sān tiēn. Dans trois jours. 他睡着時候 Tā choúy tohǒ chê heóu. Dans le sommeil. DÈS. A, ab. Tsõng . EXEMPLES :

從小 Tsõng siào. Dès l’enfance. 從如今 Tsõng joŭ kīn. Dès à présent. 他見我當時他來會我 Tā kién ngò, táng chê tā laŷ hoúy ngò. Dès qu’il me vit, il vint à moi.

DÈS LORS. Jam, tùm. Tsõng lá chê 從那時. ENVERS. Erga, in. Lén ou hiáng . EXEMPLES :

倫天主我們本分 Lén Tiēn Tchoù ngò mên pèn fén. Nos devoirs envers Dieu.

EXCEPTÉ. Præter, extrà. Tchoũ . EXEMPLES :

除了他 Tchoũ leào tā. Excepté lui. 除了主日 Tchoũ leào tchoù jĕ. Excepté le dimanche.

HORS. Foris, foràs. Ouáy teôu 外頭. EXEMPLES :

他不在屋裡 Tā poŭ tsáy oŭ lỳ, ou 他在外頭 Tā tsáy ouáy teôu. Il est hors de la maison.

MALGRÉ. Licet, quamvis. Siū jân 雖然. EXEMPLES

雖然他的年紀不大 Siū jân tā tỳ niên ký poŭ tá. Malgré sa jeunesse. Licet ejus ætas non magna.

MOYENNANT. Modò, si. Jŏ , jŏ ché 若是. EXEMPLES :

若他有工錢 Jŏ tā yeoù kōng tsiẽn. Moyennant qu’il reçoive un salaire.

天主相幫時候我要做 Tiēn Tchoù siāng pāng chê heóu, ngò yaó tsoú. Moyennant la grâce de Dieu, je ferai cela.

NONOBSTANT. Nihilominus. Siū jân 雖然. EXEMPLES :

雖然有凶險他起身了 Siū jân yeoù hiōng hièn tā kỹ chēn leào. Nonobstant le danger il est parti.

PAR. Per. , laý . EXEMPLE :

賴天主仁慈 Laý Tiēn Tchoù jên tsě. Par la clémence de Dieu. Fretus Dei clementiâ.

POUR… Causâ. Ouý , tě ouý 得為. EXEMPLES :

得為我 Tě ouý ngò. Pour moi. Propter me. 我怕為你 Ngò pâ ouý ngỳ. Je crains pour vous.

POUR, à cause de. Quiâ, eâ de causâ. Ỹn ouý 因為. EXEMPLES :

貴重人因為他發財 Kouý tchóng jên ỹn ouý tā fā tsăy. Estimer quelqu’un pour ses richesses. 他死了因為他喫酒多狠 Tā sè leào ỹn ouý tā tchě tsieòu tō hèn. Il est mort pour avoir trop bu.

POUR, marquant la fin, se rend tantôt par ouý , tantôt par . EXEMPLES :

為笑 Ouý siáo. Pour rire. 以愛還愛 Ỳ gáy houân gáy. Rendre amour pour amour. 以命還命 Ỳ mín houân míu. Rendre vie pour vie.

JUSQUE. Usque. Taó . EXEMPLES :

到北京 Taó Pě Kīn. Jusqu’à Pékin. 到法國京城 Taó Fă kouě kīn tchěn. Jusqu’à Paris. 到如今 Taó joŭ kīn. Jusqu’ici. 這樣 Tché yáng, ou 這般 tché pān. Jusqu’à ce point. 到死不變 Taó sè poŭ pién. Être inébranlable jusqu’à la mort.

SAUF, sans blesser. Poŭ tě tsoúy 不得罪. EXEMPLE :

雖然我不要得罪他。到底我要說 Siū jân ngò poŭ yaó tě tsoúy tā, taó tỳ ngò yaó chŏ. Sauf le respect que je lui dois, je dirai.

SANS. Sine. . EXEMPLES :

無疑惑 Oŭ nỳ hoăy. } 一定的 Ỳ tín tỳ… } Sans doute. 果然 Kò jân… } 不費力 Poŭ féy lỳ. } 容易的 Yông ý tỳ. . } Sans peine. Facilè. 不耽閣 Poŭ tān kŏ. Sans différer. 不笑 Poŭ siáo. Sans rire. 莫奈何 Mô laý hô. Sans le vouloir. Invitè. 無數的 Oŭ soú tỳ. Sans nombre. 無比的 Oŭ pỳ tỳ. Sans comparaison. 無限的 Oŭ hién tỳ. Sans bornes.

SANS, privatif. Mô yeòu 莫有. EXEMPLES :

莫有錢 Mô yeòu tsiěn. Sans argent. 莫頭莫腦 Mô teǒu mô laò. Sans tête, sans cervelle.

SOUS, indiquant l’époque, le temps sous lequel une chose s’est faite, se rend par chê heóu 時候. EXEMPLES :

同治在位的時候 Tŏng tohé tsaý ouý tỳ chê heóu. Sous le règne de Tŏng tohé. Dum regnaret Tŏng tchè. 安大人居官時候 Gān tá jên kiū kouān chê heóu. Sous le mandarinat de Gān tá jên.

SELON. Secundùm, juxtà. . EXEMPLES :

依我的規矩 Ỳ ngò tỳ koūy kiù. Selon ma coutume. Pro more meo. 依理 Ỳ lỳ. Selon la raison.

VIS-A-VIS. Ex adverso. Siāng toúy 相對.

A VOLONTÉ. Ad libitum. Soûy ý 隨意, soûy piēn 隨便.

VOICI. En, eccé. EXEMPLES :

有計在此. Yeòu ký tsáy tsě. Voici mon affaire, voici le bon moyen. 要落雨 Yáo lŏ yù. Voici la pluie. Impendet pluvia. 我在 Ngò tsaý. Me voici. Adsum.

Les prépositions françaises qui suivent se rendent en chinois par une particule que l’on place après le substantif, comme dans les mots latins mecum, te- cum, ipse-met. Elles sont peu nombreuses et faciles à retenir.

AVANT, devant. Anté, anteà. Siēn , Tsiên , ou tsiên teôu 前 頭. EXEMPLES :

先王 Siēn ouâng. Le roi qui régnait avant celui-ci. 他前頭 Tā tsiên teôu. Avant lui.

APRÈS. Post. EXEMPLES :

他後頭 Tā heóu teôu. Après lui. 死後 Sè heóu, ou 身後 chēn heóu. Après la mort.

AU BAS. Infrà. EXEMPLE :

擺在書房階下也 Pày tsaý choū fâng kiaý hiá ỳ. Il les fit placer au bas de l’escalier de sa bibliothèque.

DANS. In, intrà, intrò. Lỳ , ou loúy , lỳ teôu — 頭. EXEMPLES :

必裡 Sīn lỳ, ou 心內 sīn loúy, ou 必一頭 sīnlỳ teôu. Dans le cœur. 海內 Haỳ loúy. Dans la mer. 急急走到書房中 Ký ký tseòu táo choū fâng tchōng. Il courut bien vite dans la bibliothèque. 心下想一想 Sīn hiá siàng y̆ siàng. Au dedans de son cœur il pensa. 正統年間 Tohén tŏng niên kiēn. Dans les années de la droiture universelle (de 1436-50). 這村中 Tohé tsēn tchōng. Dans ce village. 山中有此花 Chān tchōng yeoù tsě hoā. C’est dans les montagnes qu’on trouve cette fleur.

DANS, signifiant après. EXEMPLE :

過了四天我起身 Kó leaò sé tiēn ngò kÿ chēn, ou 第四天我 起身 Tý sé tiēn ngò kÿ chēn. Je partirai dans quatre jours.

DESSUS. Super, suprà. Cháng cháng teôu. Tsaý cháng 在 上. EXEMPLES :

桌子上 Tchŏ tsè cháng. Dessus la table. 放在上 Fáng tsaý cháng. Placer dessus. 超過别人 Tchaō kó piě jên. Être au-dessus des autres. Tournez : surpasser les autres. Placer les jouissances intellectuelles au-dessus des jouissances corporelles. 把神樂放在先。把快樂放在後 Pà chên lŏ fáng tsaý siēn, pà kouăy lŏ fáng tsaý heóu. Arripere intellectualia gaudia, ponere (ea) in primo loco, accipere corpo- ralia gaudia, ponere (ea) in ultimo loco.

LA-DESSUS. Interim. Lá chê 那時, ou lá kó chê heóu 那个時候. DESSOUS. Sub, infrà. Hiá , hiá teôu 下頭, tỳ hiá 底下. EXEMPLE :

放在桌子下 Fáng tsaý tchŏ tsè hiá. Placer dessous la table. DEVANT. Mién tsiên. EXEMPLE :

門前 Mên tsiên. Devant la porte. ENTRE. Inter. Tchōng . EXEMPLE :

女中爾爲讚美 Niù tchōng eùl oûy tsán meỳ. Vous êtes bénie entre toutes les femmes. HORS. Extrà. Ouáy. Ouáy teôu 外頭. EXEMPLES :

他在外頭 Tā tsaý ouáy teôu. Il est hors de la maison. 凶險之外 Hiōng hièn tchē ouáy. Hors de danger. Extrà pe- riculum. 不合時 Poŭ hô chê. Hors de saison ou de propos. Intem- pestivus. 不興 Poŭ hīn. Hors d’usage. Obsoletum. 已出望外. Ỳ tchoŭ ouáng ouáy. Cela est hors de mes espérances.

PENDANT. Inter. Tchōng , kiēn . EXEMPLE :

夜中 Yé tchōng, ou 夜間 yé kiēn. Pendant la nuit. SOUS. Sub. Hiá . EXEMPLE :

地下 Tý hiá. Sous terre.

SUR. Suprà. Cháng . EXEMPLE :

他 在 樹 上 Tā tsaý choú cháng. Il est sur l’arbre. 放 在 桌 子 上 Fáng tsaý tchŏ tsè cháng. Placez sur la table.

Quelques prépositions ou postpositions chinoises deviennent des espèces de substantifs. EXEMPLES :

居 上 Kiū cháng. Occuper le rang suprême. 居 下 Kiū hiá. Occuper le rang inférieur.

上 路 Cháng loú. Faire route. Iter aggredi. 上 省 Cháng sèn. Aller à la capitale. 下 馬 Hiá mà. Descendre de cheval. 惟 天 能 下 其 目 Ouŷ Tiēn nên hiá kŷ moŭ. Le Ciel seul peut abaisser ses yeux. 今 早 命 下 了 Kīn tsaò mín hiá leào. Le décret a été rendu ce matin même. 却 如 何 下 手 Kiŏ joŭ hô hiá cheòu. Voyons comment s’y prendre.


Tsiě tsé 接 辭 ou liên kiú 連 句.

Dans la pratique, l’usage de cette classe de mots présente quelques difficultés. Toutes nos conjonctions ont leur équivalent dans la langue chinoise. Toutefois, on ne les emploie pas de la même manière. C’est sur ce dernier point que nous appelons l’attention des jeunes sinologues.

D’AILLEURS. Præter quod. Lín ouáy 另 外 ou kě ouáy 格 外. EXEMPLE :

另 外 他 是 才 學 的 人 Lín ouáy tã ché tsaŷ hiŏ tŷ jên. D’ailleurs il était fort savant.

AINSI. Sic, ità. Tché yáng 這 樣. EXEMPLES :

你 是 這 樣 做 Ngỳ ché tché yáng tsoú. Est-ce donc ainsi que vous agissez? Siccine agis? (Le ton de la voix parlée fait sentir l’interrogation.) 事 情 是 這 樣 Sé tsîn ché tché yáng. La chose est ainsi. 巴 不 得 Pā poŭ tě. Ainsi soit-il. Utinam. Ainsi, par conséquent, se rend par Sò ỳ 所 以. 所 以 不 要 來 Sò ỳ poŭ yaó laŷ. Ainsi ne venez pas.

AFIN QUE. Ut, causâ. (Expression rarement employée en chinois.) EXEMPLE :

為 免 他 推 故 Ouý mièn tã toŭy koú. Afin qu’il ne prétexte pas.

ATTENDU QUE. Quoniam. Ȳn ouý 因 為. EXEMPLES :

因 為 他 認 錯 Ȳn ouý tã jén tsó. Attendu qu’il reconnaît sa faute. 因 為 他 老 得 狠 Ȳn ouý tã laò tě hèn. Attendu son grand âge.

A CONDITION QUE. Dummodò, se tourne en chinois par si. EXEMPLE :

我 許 若 你 來 Ngò hiù jŏ ngỳ laŷ. Je vous l’accorde à condition que vous viendrez.

A MOINS QUE. Quin.. Jŏ poŭ 若 不. EXEMPLE :

莫 人 强 勉。我 都 不 做 Mô jên kiăng mièn, ngò toū poŭ tsoú. Je ne le ferai pas à moins d’y être forcé. (Si) non sunt homines cogentes, ego omninò non faciam.

AU MOINS. } } Saltem. Tché chaò 至 少. DU MOINS. }

至 少 你 許 來 會 我 Tché chaò ngỳ hiù laŷ houý ngò. Au moins promettez que vous viendrez me voir.

AU LIEU DE. Loco, pro, se tourne en chinois par une particule négative. EXEMPLES :

他 莫 有 用 刀 子, 用 了 一 根 棍 Tã mô yeoù yóng taō tsè, yóng leaò y̌ kēn kouén. Au lieu de couteau il employa un bâton. Tournez : il n’employa pas un couteau, mais un bâton. 他 不 讀 書 他 耍 Tã poŭ toŭ choū, tã choà. Au lieu d’étudier il joue.

BIEN ENTENDU QUE. Eâ conditione. . EXEMPLE :

若 我 去 一 定 你 送 我 一 百 把 銀 子 Jŏ ngò kiú, y̌ tín ngỳ sóng ngò y̌ pè pà ŷn tsè. Bien entendu que vous me donnerez cent taëls, si je vais.

CAR. Nam, etenim. Ȳn ouý 因 為. EXEMPLE :

不 要 說 白 話 因 為 是 罪 Poŭ yaó chŏ pĕ hoá, ȳn ouý ché tsoúy. Il ne faut pas mentir, car c’est un péché.

COMME. Velut, sicut. Yeôu joŭ 猶 如. Táng . (Comme, entre deux substantifs, signifiant de même que, ne se rend pas en chinois.) Ainsi, on dit : EXEMPLES :

善 人 惡 人 Chán jên, ngŏ jên. Les bons comme les méchants. 大 小 Tá siaò. Les grands comme les petits. 愛 人 當 父 親 一 樣 的 Gaý jên táng foú tsīn y̌ yáng ty̌. Aimer quelqu’un comme son père.

DE MANIÈRE QUE. } Adeò ut. Tché yáng 這 樣. (Tournure rarement emDE SORTE QUE. . } ployée en chinois.) EXEMPLE :

你 要 這 樣 安 排 事 情 Ngỳ yaó tché yáng gān paŷ sé tsîn. Disposez les choses de manière que.

DE MÊME QUE. Perindè ac si. Yeôu joŭ 猶 如. Táng . EXEMPLE :

他 做 事 猶 如 强 盜 一 樣 的 Tã tsoú sé yeôu joŭ kiăng taó y̌ yáng ty̌. Il agit de même que les voleurs.

DE PEUR QUE. Ne. Ȳn ouý 因 為, ouý mièn 為 免 EXEMPLES :

因 為 他 怕 受 罰 Ȳn ouý tã pă cheoú fă. De peur du châtiment. 為 免 他 出 去 Ouý mièn tã tchoŭ kiú. De peur qu’il ne sorte.

DONC. C’est pourquoi. Ergò, igitur. Sò ỳ 所 以. En conversation, il est fort rare qu’on emploie ce mot. Nous en prévenons les jeunes sinologues. La tournure de la phrase chinoise y supplée.

DURANT QUE. PENDANT QUE. } Dùm, intereà. Lá chê 那 時, ou chê heóu 時 候. TANDIS QUE. EXEMPLE :

他 喫 飯 時 候 官 來 了 Tă tchĕ fán chê heóu , kouān laŷ leào. Pendant qu’il mangeait le mandarin arriva.

ENCORE. Quinimò, insuper. Lín ouáy 另 外, yeóu . EXEMPLE :

另 外 他 說 過 Lín ouáy tã chŏ kó. Il m’a encore dit. Insuper ipse addidit.

ENCORE QUE. Quamvis. Siū jân. 雖 然. EXEMPLE :

雖 然 我 害 病 Siū jân ngò háy pín. Encore que je sois malade.

ET. Et. On fait un usage très-rare de cette particule copulative, en chinois, surtout dans la langue parlée. EXEMPLES :

天 地 Tiēn tý. Le Ciel et la terre. 水 火 Choùy hò. L’eau et le feu. 父 母 Foú moù. Le père et la mère. 大 小 Tá siaò. Les grands et les petits.

LOIN QUE. Nedùm. Poŭ tān tān 不 單 單. EXEMPLE :

不 單 單 我 不 依 他 另 外 我 都 責 備 他 Poŭ tān tān ngò poŭ ȳ tã, lín ouáy ngò toū tsĕ pý tã. Loin que je l’approuve, je le blâme.

LORSQUE. } Cùm, dùm. Le mot chê heóu 時 候 sert à faire ici une sorte QUAND. . } de participe présent, et se place après le verbe.

我 在 中 國 時 候 , 我 看 見 了 四 川 火 井 Ngò tsáy tchōng kouě chê heóu, ngò kăn kién leào sé tchouăn hò tsìn. Lorsque j’étais en Chine, j’ai vu les puits de feu du Su-tchuen. 我 小 時 候 害 怕 Ngò siaò chê heóu haý pă. Lorsque j’étais jeune, j’avais peur.

MAIS. Autem, verùm. Tán . Taó tỳ 到 底. On en fait un usage fort modéré en Chine. EXEMPLE :

我 寬 恕 你 . 不 寬 恕 他 們 Ngò kouān choú ngỳ, poŭ kouān choú tâ mên. Je vous pardonne, mais non aux autres.

OU. Vel, aut. Dans le langage parlé, on fait un très-rare usage de cette particule conjonctive. Si l’on veut l’exprimer, on dit houăy . EXEMPLES :

前 後 Tsiēn heóu. Avant ou après. 先 後 Siēn heóu. Devant ou derrière. AUTRE EXEMPLE :

或 他 要 或 他 不 要 Houăy tā yaó houăy tā poŭ yaó. Ou il veut ou il ne veut pas.

OUTRE QUE. Lín ouáy 另 外. Præterquàm, quod.

POURVU QUE. Dùm, modò. . EXEMPLE :

我 對 你 說 若 你 許 不 出 聲 Ngò toúy ngỳ chŏ jŏ ngỳ hiù poŭ tchoŭ chēn. Je vous le dirai pourvu que vous n’en disiez rien.

PUISQUE. Siquidem. Ȳn ouý 因 為. EX EMPLE :

因 為 你 命 Ȳn ouý ngỳ mín. Puisque vous l’ordonnez.

NI. Nec, neque. Poŭ . EXEMPLES :

不 多 不 少 Poŭ tō poŭ chaò. Ni plus ni moins. 猶 如 Yeôu joŭ.Tāng. Ni plus ni moins que si. Perindé ac si.

猶 如 他 是 主 人 家 Yeôu joŭ tā ché tchoù jên kiā. Ni plus ni moins que s’il était le maître.

兩 个 都 不 Leàng kó toū poŭ. Ni l’un ni l’autre.

QUAND. Licet, quamvis. Siū jên 雖 然. EXEMPLE :

雖 然 我 要 死 我 都 不 肯 Siū jên ngò yaó sè, ngò toū poŭ kěn. Quand même je devrais mourir, je ne consen- tirais pas.

QUOIQUE. Quanquàm. Siū jên. 雖 然. EXEMPLE :

雖 然 他 無 罪 Siū jên tā oŭ tsoúy. Quoiqu’il soit innocent.

SAVOIR. Scilicet. Tsieóu ché 就 是. EXEMPLE :

耶 穌 有 兩 性 就 是 天 主 性 人 性 Yê-Soū yeoù leàng sín, tsieóu ché Tiēn Tchoù sín jên sín. Il y a deux natures en J.-C., savoir : la nature divine et la nature humaine.

SI. , ou jŏ ché 若 是. Les Chinois font un usage fort rare de ce mot en conversation. Il est même plus élégant et surtout plus énergique de le supprimer en bien des cas. EXEMPLES :

你 做 我 打 你 Ngỳ tsoú, ngò tà ngỳ. Si vous faites cela, je vous frappe. 你 來 我 喜 歡 Ngỳ laŷ, ngò hỳ houān. Si vous venez, vous me ferez plaisir. 若 有 那 一 宗 事 Jŏ yeoù lá y̌ tsōng sé. 倘 然 Tăng jân. Si la chose est ainsi. Si ità esset. 隨 便 你 Soûy pién ngỳ. Si vous le voulez.

SINON. Sin minùs. Poŭ jân 不 然.

QUE SI. Quod si. Jŏ yeòu 若 有.

SINON. Sin aliter. Jŏ poŭ 若 不. EXEMPLE :

眾 人 除 了 你 Tchóng jên tchoŭ leaò ngỳ. Hormis. Præter. Tous, sinon vous.

SI GRAND. Tantus. Tché yáng tá 這 樣 大.

SI PETIT. Tantulus. Tché yáng siaò 這 樣 小. TANT QUE. Quandiù, dùm, Chê heoú 時 候. EXEMPLE : 我 在 的 時 候 Ngò tsaý tỳ chê heoú. Tant que je vivrai. Quan- diù vixero.

TANTÔT. Modò. Yeóu répété. EXEMPLE : 又 他 要 又 他 不 要 Yeóu tā yaó yeóu tā poŭ yaó. Tantôt il veut, tan- tôt il ne veut pas.


歎 詞 Tán tsě.

Nous allons grouper sous certains chefs principaux les interjections les plus usuelles et certains mots employés dans le même sens. L’accent, surtout en chinois, modifie singulièrement le sens de certaines interjections. Souvent il n’y a pas de caractères propres pour rendre chaque espèce d’interjections. On les exprime par des caractères dont le son est équivalent, en y ajoutant seulement la clef de la bouche.

1. — INTERJECTIONS DE DOULEUR, D’AFFLICTION.

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呀 唖 Yà yà. Ah! ia! 天 那 Tiēn lá. O Dieu! 嗚 呼 Oū hoû. Hélas! 可 憐 Kŏ liên. Quelle pitié! 呼 杏 Hoû tsë. Hélas! 可 惜 Kŏ sÿ. Quel dommage! 噫 Ý. Hélas! 饒 恕 Jaô choú. 饒 恕 Jaô choú. Pardon! grâce! s’il vous plaît. (Les enfants à leurs parents.) 施 恩 Chẽ gēn. Grâce, pardon! (Au mandarin.)

好 好 Haò, haò… . . } } Ah! bon, bravo! 好 得 狠 Haò tĕ hèn… . } 恰 好 Kiă haò ! … . . { Quel bonheur! { Quelle bonne fortune! 妙 得 緊 Miaó tĕ kìn. Admirable! admirable! 恰 好 Kiă haò. Fort bien! 恰 好 Kiă haò. Très-heureusement. 可 喜 可 喜 Kŏ hỳ kŏ hỳ. Quel bonheur!

INTERJECTIONS DE CRAINTE, D’AVERSION, DE DÉGOUT

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有 嘍 有 嘍 Yeoù lô, yeoù lô. . } } Assez, assez 够 了 Keóu leào… . . } 臭 Tcheóu 不 好 Poŭ haò. Fi donc! 呸 Pỳ. Fi! Pouah!

阿 呀 Ō yà. 好 得 狠 Haò tĕ hèn. Ah! bien — Ah! 恭 喜 你 Kōng hỳ ngỳ. 妙 得 狠 妙 得 狠 Miaó tĕ hèn, miaó tĕ hèn. Que c’est beau! 好 美 才 Haò meỳ tsaÿ. Quel beau talent! 妙 妙 Miaó miaó. C’est bien!

INTERJECTIONS DE SURPRISE, D’ÉTONNEMENT

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好 Haò. Bon! 怎 樣 Tsèn yáng. Eh bien! 好 大 膽 Haò tá tán… . { Quel front! { Quelle audace! 有 了 有 了 Yeoù leào yeoù leào. Voici! voilà! 大 奇 大 奇 Tá kÿ tá kÿ. Quelle chose singulière!

你 用 心 Ngỳ yóng sīn… } 不 怕 得 Poŭ pǎ tĕ… . . } Allons! courage! 怕 甚 麽 Pǎ chén mô… . } 有 趣 有 趣 Yeoù tsũ yeoù tsũ. C’est juste! c’est bien!

不 說 話 Poŭ chŏ hoá. Chut! silence!

救 人 Kieóu jên. Au secours! 救 火 Kieóu hò. Au feu!

INTERJECTIONS POUR AVERTIR, MODÉRER, APAISER

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小 心 Siaò sīn. Gare à toi! Caveas! 讓 Jáng 讓 jáng. Gare, écartez-vous!

INTERJECTIONS EN FORME DE MENACES, DE JURONS

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Dans presque toutes les langues de l’Europe, on trouve une foule d’expressions ou de jurons, employés lorsque les passions sont vivement surexcitées, en guise d’interjections. Les Chinois n’ont pas de semblables jurons. En revanche, ils ont des expressions qui s’y rapportent plus ou moins. Les exemples suivants en donneront une idée.

我 要 掃 他 的 臉 Ngò yaó saò tã tỹ lièn. Je lui en ferai voir! Littéral. : Je veux lui brosser la figure! 我 要 他 認 得 我 Ngò yaó tã jén tĕ ngò. Je lui apprendrai à me connaître! 我 要 他 喫 點 辣 子 湯 的 味 道 Ngò yaó tã tchĕ tièn lă tsè tãng tỹ oúy táo. Je lui ferai manger un peu de suc de piment. 我 要 你 知 道 我 的 利 害 Ngò yaó ngỳ tchē taó ngò tỹ lý háy. Je veux que vous sachiez l’étendue de ma vengeance. 我 要 収 拾 你 Ngò yaó cheōu chĕ ngỳ. Je veux ramasser tes effets.

L’élégance de la langue orale comme de la langue écrite consiste dans l’heureux mélange de la cadence prosodique et de certaines particules phonétiques. Le rôle de ces particules est de faire une pause dans la conversation comme dans le style écrit, et surtout de ménager agréablement la chute de la phrase. On 14

reconnaît, en Chine, les différentes classes de la société à l’usage plus ou moins habile que l’on fait de ces particules. Nous traiterons plus amplement cette matière dans le chapitre IX de la deuxième partie de cette Grammaire, lequel a pour titre : Du rôle important des particules chinoises.

這 也 使 得 Tchĕ ỳ chè tĕ. A la bonne heure! 學 生 到 也 不 知 Hiŏ sēn taó ỳ poŭ tchē. Moi, élève, j’ignorais cela. 一 句 也 說 不 得 Ỳ kiú ỳ chŏ poŭ tĕ. Il ne faut pas en souffler un mot. 要 開 口 又 開 不 得 要 閉 口 又 閉 不 得 Yáo pý keŏu yeoú pý poŭ tĕ, Yaó kaỹ keŏu yeóu kaỹ poŭ tĕ. Quand on veut parler, il faut se taire; si l’on désire se taire, il faut parler. 天 下 事 再 也 對 不 定 Tiēn hiá sé tsaý ỳ toúy poŭ tín. On ne peut répondre de rien en ce monde. 我 爲 才 貌 兩 件 愛 你 不 過 Ngò ouý tsaỹ mâo leàng kién ngáy ngỳ poŭ kó. Je vous aime surtout à cause de votre beauté et de votre génie. 喫 了 三 道 茶 Tchĕ leào sān taó tchă. Après avoir pris trois tasses de café.

On voit dans chacun de ces exemples, soit une particule phonétique, soit une particule numérique, destinée à donner de la grâce, de l’harmonie et de la mesure à l’expression de la pensée.


1° Idiotismes de la langue parlée. — 2° Idiotismes de la langue écrite.

Les idiotismes d’une langue sont la partie la plus difficile de cette langue. La connaissance des mœurs, des coutumes, du génie et de l’histoire d’un peuple est nécessaire pour saisir avec justesse le sens métaphorique de la plupart des idiotismes. La langue chinoise, qu’une déplorable ignorance des savants d’Europe proclame très-pauvre, est, au contraire, d’une richesse désespérante en idiotismes, en métaphores et en figures de toute espèce.

Dans le langage oral chinois, les idiotismes sont fréquemment employés. Ils sont pleins de grâce et de sel attique. Nous ne connaissons aucun Dictionnaire, même chinois, qui donne la signification des idiotismes. Dans le langage écrit, les idiotismes se forment souvent au moyen de simples particules, dont les unes ont un sens large, indéterminé; les autres sont purement phonétiques. Leur position dans la phrase forme l’idiotisme en même temps qu’il lui donne sa force. Nous engageons les jeunes sinologues à recueillir sur un album tous les idiotismes qu’ils entendent ou qu’ils rencontrent dans les livres.

1° 說 人 Chŏ jên. Littéralement : Dire quelqu’un. Cette locution s’entend toujours en mauvaise part, c’est-à-dire dans le sens de parler mal de quelqu’un. Il parle mal de vous. Tā chŏ ngỳ 他 說 你. 2° 說 人 的 是 非 Chŏ jên tỳ ché feȳ. Littér. : Dire le oui et le non de quel- qu’un. C’est parler à tort et à travers de quelqu’un, dire ses bonnes et ses mauvaises qualités, sans aucun discernement. 3° 說 別 人 的 長 短 Chŏ piě jên tỳ tchàng touàn. Littér. : Dire le long et le court de quelqu’un. Cela s’entend dans un sens peu favorable et s’applique à la médisance indiscrète. 4° 喫 虧 Tchĕ koūy. Littér. : Manger ses fautes. Se dit de ceux qui tombent eux-mêmes dans leurs propres filets. Chercher à tromper et être victime de sa propre ruse. 5° 喫 雷 Tchĕ loûy. Littér. : Manger le tonnerre. Se dit de ceux qui font clandestinement de petits bénéfices injustes. Ainsi, par exemple, un maître d’hôtel chargé des achats de son patron, qui porte plus haut qu’il ne l’est le chiffre de ses achats, mange le ton- nerre. 6° 失 臉 Chĕ lièn. Littér. : Perdre la face. Se dit de ceux qui ont commis un acte déshonorant. Ils ont perdu la face, chĕ lièn 失 臉, ou bien, ils n’ont plus de face, oŭ lièn mién 無 臉 面. Dire à un Chinois qu’il a perdu la face, qu’il n’a plus de face, c’est une grave injure, quelquefois même une accusation, une provocation, qui se termine par une bataille. 7° 擺 弄 門 陳 Paỳ lóng mên tchên. Tuer le temps en racontant des histoires. Cet idiotisme est d’un usage incessant en Chine. Nous n’avons en français aucune expression qui en rende bien le sens. 8° 傷 臉 Chāng lièn. Littér. : Blesser la face. Se dit d’une humiliation, d’une confusion grave que l’on inflige à quelqu’un, surtout en pu- 212 GRAMMAIRE CHINOISE.

blic. Il m’a couvert de confusion. Littér. : Il a blessé ma face. Tā chāng leào ngò tỳ lièn 他 傷 了 我 的 臉.

9° 打 把 市 Tà pà ché. Littér. : Battre le marché. Cette expression veut dire : tromper quelqu’un avec une rare adresse, par de belles paroles.

10° 愛 戴 高 帽 子 Gaý taý kaō máo tsè. Littér. : Aimer à porter un bonnet élevé. Se dit de tous ceux qui choquent par des prétentions excessives, par un orgueil déplacé.

11° 敲 釘 錘 Kaò tīn tchoŭy. Littér. : Battre le marteau. Se dit, en Chine, de la classe de ceux qui font métier d’intenter des procès, de susciter des chicanes pour extorquer de l’argent. Cette expression se prend toujours en mauvaise part.

12° 撫 心 自 問 Foù sīn tsé ouén. Littér. : Palpant son cœur s’interroger. Mettre la main sur la conscience.

13° 將 來 畢 竟 要 上 這 一 條 路 Tsiàng laŷ pỳ kīn yaó cháng tchě y̆ tiāo loú. Bon gré mal gré, il faudra bien y venir un jour. En chinois : Enfin il faudra bien un jour suivre cette route.

14° 文 理 不 甚 通 透 Ouên lỳ poŭ chén tŏng teóu. Ce n’est pas un grand clerc. En chinois : En fait de littérature, il n’en comprend guère.

15° 打 頭 子 Tà teǒu tsè. Réprimander quelqu’un. Littér. en chinois : Battre la tête.

16° 挨 頭 子 Yāy teǒu tsè. Recevoir une réprimande. En chinois : Se heurter la tête.

17° 寸 男 尺 女 皆 無 Tsến lân tchě niù hiày oŭ. Être sans postérité. En chinois : Une ligne de garçon, un pied de fille, n’avoir rien de tout cela.

18° 這 些 話 是 那 個 教 你 說 的 Tché sȳ hoá ché là kó kiáo ngỳ chŏ tỳ. Qui vous a si bien fait le bec?

19° 搔 不 着 心 頭 的 癢 São poŭ tchŏ sīn teǒu tỳ yâng. Je ne puis le gratter où le cœur lui démange.

20° 你 說 叫 他 氣 死 不 氣 死 Ngỳ chŏ kiáo tā ky̋ sè poŭ ky̋ sè. Qu’en pensez-vous, n’est-ce pas assez pour le faire enrager?

21° 難 道 是 我 眼 睛 花 了 Lân taó ché ngò yèn tsīn hoā leào. Est-ce, par hasard, que j’aurais la berlue?

22° 這 漢 子 好 不 睡 得 自 在 Tché hán tsè hào poŭ choúy tĕ́ tsé tsáy. Ah! voilà un drôle qui dort de bon appétit.

23° 怎 消 得 這 口 惡 氣 Tsèn siāo tĕ́ tché keǒu ngŏ kȳ. Le moyen, s’il vous plait, de digérer cela?

24° 食 言 Chĕ yên. Manger sa parole, c’est-à-dire : violer la parole donnée.

25° 拿某人的短子 Lâ mòng jên tỳ touàn tsè. Prendre quelqu’un en pa- role. En chinois : Prendre le court de quelqu’un. 26° 開膠 Kaȳ kiaō. Se tirer d’un mauvais pas. En chinois : Se dépêtrer de la colle. 27° 他手短 Tā cheòu touàn. Il n’a pas le sou. En chinois : Sa main est fort courte. 28° 逗耳朶 Teóu eùl tò. Tromper quelqu’un habilement par ses paroles. En chinois : Prendre par les oreilles. 29° 進了水 Tsín leào choùy. Se laisser gagner par des présents. En chinois : L’eau l’a pénétré. Le verbe est ici au sens passif. 30° 喫棉花頭 Tchě mièn hoā teǒu. Faire des profits illicites, tels que les pourvoyeurs d’une maison en font. En chinois : Manger les têtes de coton. 31° 拿架子 Lâ kiá tsè. Se vanter avec emphase. En chinois : Monter sur une machine. 32° 隔山喫藥 Kě chān tchě yŏ. Prendre une médecine d’après la simple consultation orale d’un tiers. En chinois : Une montagne séparant, prendre remède. 33° 辦人的燈 Pán jên tỳ tēn. Railler sur quelqu’un. 34° 耍背膊子 Choà peỳ pŏ tsè. Se vanter avec fracas de la faveur de quel- qu’un. 35° 耳朶上挦毛錢 Eùl tò cháng kã mâo tsiěn. Croire sans discernement aux paroles des autres. 36° 背時倒灶 Peý ché taó tsaò. Tomber dans l’infortune. Littér. : Tourner le dos à la faveur et regarder le foyer domestique. 37° 野鬼山魈 Yè koúy chān siáo. Être réduit à la plus affreuse misère. En chinois : Être avec les démons du désert et les esprits des montagnes. 38° 拷糠頭火 Kaò kāng teǒu hò. Devenir très-pauvre. En chinois : En être réduit à se chauffer avec de l’écorce de riz. 39° 教人把肚子也氣破了 Kiaó jên pà toú tsè ỳ ky̋ pố leào. Faire crever quelqu’un de dépit. 40° 鼻子也不敢輕鼻一鼻 Pý tsè ỳ poŭ kàn kīn pý y̆ pý. N’oser pas souffler. 41° 脱霉氣 Tŏ meȳ ky̋. Trouver la veine de la fortune. 42° 分薄厚 Fēn pŏ heóu. Avoir des préférences, être partial. Littér. : Diviser l’épais et le menu. 43° 不思前不慮後 Poŭ sē tsiên poŭ liǔ heóu. Ne pas voir les suites d’une affaire. Littér. : Ne pas songer à ce qui est en avant; n’avoir pas de souci de ce qui est après.

44° 說不出來 Chǒ poŭ tchoŭ laŷ. Je ne puis le dire. Au propre et au figuré. Littér. : La parole ne peut sortir. 45° 推三阻四 Toūy sān tsoù sé. Faire des mines, des façons, c’est-à-dire un semblant de difficultés. 46° 露情絲 Loŭ tsín sē. S’ouvrir loyalement à quelqu’un. 47° 失言 Chě yên. Perdre la parole, c’est-à-dire commettre une indis- crétion. 48° La langue chinoise est fort riche en expressions figurées pour stigmatiser les défauts, les vices. Ainsi on dit d’un avare sordide : 沃濁肥 Ouò tchŏ feŷ, ou bien : 邋遢肥 Lă tă feŷ. D’un homme sans caractère : 無氣之人 Oǔ ký tohé jên. D’un homme dont l’humeur est singulière : 冷冷落落 Līn līn lŏ lŏ. D’un homme qui se mêle de tout et passe sa vie à tromper : 光棍 Kouāng kouèn.

1° 看我打你耳刮子不打 Kán ngò tà ngỳ eûl kouá tsè poŭ tà. At- tends un peu, je te frotterai les oreilles. 2° 露出馬脚 Loŭ tchoŭ mà kiŏ. Montrer le bout de l’oreille. Littér. : Dé- couvrir le pied du cheval. 3° 千方百計 Tsiēn fāng pě ký. Faire mille plans, établir mille combinai- sons, c’est-à-dire faire tous ses efforts. 4° 弄一手脚 Lóng y̆ cheoù kiŏ. Faire des pieds et des mains. 5° 四下訪問 Sé hiá fáng ouén. Chercher de tous côtés. 6° 拜在人門下 Paý tsaý jên mên hiá. Être le disciple de quelqu’un. 7° 招他東堂 Tchaō tă tōng tāng. Attirer quelqu’un dans la partie orien- tale de sa maison, c’est-à-dire lui donner sa fille en mariage. 8° 請人來作一個西賓 Tsìn jên laŷ tsoú y̆ kó sȳ pìn. Devenir l’hôte du pavillon occidental. 9° 一路上好不興頭 Y̆ loú cháng haò poŭ hīn teǒu. Garder l’incognito en route. Littér. : Ne pas lever la tête durant toute la route. 10° 把盃與人洗塵 Pà peȳ yù jên sỳ tchên. Boire le coup du voyageur à son arrivée. Littér. : Pour secouer la poussière. 11° 景入桑榆 Kìn joŭ sāng yû. Je vais entrer parmi les mûriers et les ormes, c’est-à-dire : j’approche du tombeau.

12° 起一課 Kỳ y̆ kō. Faire une prière divinatrice pour quelqu’un. Littér. : Lever une fois le coffre dans lequel sont renfermées des monnaies de cuivre, en adressant une prière aux idoles. 13° 不分高底 Poŭ fēn kaō tỳ. Ne pas discerner les inconvénients qui se ren- contrent dans une affaire. Littér. : Ne pas discerner le haut et le bas. 14° 想色中餓鬼 Siàng sě tchōng ouŏ koúy. Être affamé de plaisirs. 15° 每欲再栽根于門墙之下 Meŷ yoŭ tsaý ngò kēn yū mên tsiàng tchē hiá. Désirer se réconcilier avec quelqu’un. Littér. : Désirer prendre racine au bas du mur de la maison de quelqu’un. 16° 已諧鳳卜 Ỳ hiây fōng poú. Avoir contracté un engagement de mariage. Littér. : Avoir consenti aux sorts du phénix. 17° 老夫自當然執斧柯 Laò foū tsé tāng jân tchě kīn hô. Revenir sur une affaire abandonnée. Littér. : Saisir de nouveau le manche de la cognée. 18° 雖犬馬執結亦不能報高厚千萬矣 Siû kiuèn mà tchě ky y̆ poŭ tsên paó kaō heóu tsiēn ouán ỳ. Quand j’épuiserais mes forces à votre service, je ne saurais jamais reconnattre la dix mil- lième partie de vos bienfaits. 19° 用是重執斤柯獻之東床 Yóng ché tchóng tohě kīn hō hién tchē tōng tchouâng. Saisir une occasion favorable pour présenter quelqu’un que l’on veut faire épouser à sa nièce. Littér. : Saisir le manche de la cognée en présentant quelqu’un pour le lit oriental. 20° 未知鹿死誰手 Ouý tchē loŭ sè choùy cheòu. Il est impossible de déméler cette affaire, d’accorder la préférence à l’un ou à l’autre. Littér. : On ne sait de quelle main le cerf a péri. 21° 做出糊塗 Tsoú tchoŭ hoû toŭ. Faire une grande sottise. 22° 出之肺腑 Tchoŭ tchē tohē foù. Ouvrir son cœur à quelqu’un. Littér. : Lui montrer ses entrailles. 23° 不是你尋我便是我訪你 Poŭ ché ngỳ siûn ngò, pién ché ngò fàng ngỳ. Se rechercher mutuellement. Littér. : Ce n’est pas vous qui me cherchez, c’est bien moi qui vous recherche. 24° 我是想道閨女識字以洗粉之羞 Ngò ché siàng taó kouý niù chě tsé ỳ sỳ fén tohē sieōu. J’imaginais qu’une jeune beauté pou- vait racheter par ses connaissances les frivolités de la toilette. Littér. : Laver la honte de la pommade et du fard. 25° 只弟自是金馬玉堂之物 Tchè tý tsé ché kīn mà yŭ táng tohē

oŭ. Vous êtes fait pour devenir académicien. Littér. : Pour monter le coursier d’or ou siéger dans la salle de jaspe. 26° 他注意車府之選者蘇生也 Tā ouāng ý tchēy foù tchē siuèn tchě Soū Sēn ỳ. Celui qu’il a choisi pour son gendre est M. Se. Littér. : Pour le lit oriental. 27° 他說有一妹許結絲罷 Tā chŏ yeoù y̆ meý hiù kiĕ sē pá. Il me dit qu’il avait une sœur cadette à laquelle il s’engageait de me marier. Littér. : avec laquelle il s’engageait de me faire serrer le nœud de soie. 28° 為何分厚薄 Ouŷ hô fēn heóu pŏ. Pourquoi mettre des différences entre nous? Littér. : partager l’épais et le menu? 29° 千肯萬肯 Tsiēn kĕn ouán kĕn. Être difficile, exigeant. Littér. : vouloir mille choses, vouloir dix mille choses 30° 令我愧死 Līn ngò kouý sè Vous me faites mourir de confusion. 31° 他立志必要登了甲榜方肯洞房花燭 Tā lỳ tché pÿ yaó tēn leào kiă pâng fāng kĕn tŏng fâng hoā tchoŭ. Il a formé le projet de s’élever dans les concours avant de songer à s’établir. Littér. : avant de penser aux cierges parfumés de la chambre nuptiale. 32° 意欲細羅附喬 Ý yoŭ sē lô foŭ kiāo. Désirer qu’un mariage se fasse. Littér. : désirer voir le lierre s’entrelacer autour. 33° 斧柯托人 Foù hō tŏ jên. Confier une affaire à quelqu’un. Littér. : lui remettre entre les mains le manche de la cognée. 34° 骨肉之情千金之托俱在于此 Koŭ joŭ tchē tsín tsiēn kīn tchē tŏ kiú tsaý yú tsé. Ce que j’aime comme moi-même, le bien le plus précieux que j’ai au monde, le voici. 35° 見粉壁上一首詩寫得龍蛇飛舞 Kién fén pÿ cháng y̆ cheoù chē sié tě lông chě feỳ où. Il vit sur un mur de plâtre une pièce de vers d’une beauté charmante. Littér. : il vit des vers écrits avec la légèreté du dragon. 36° 少東沒西那個就不大不便了 Chào tōng mŏ sȳ lá kó tsieóu tá poŭ pién leào. S’il manque soit ceci soit cela, la chose n’est pas commode. Littér. : si l’Orient manque un peu et qu’il n’y ait pas d’Occident, alors la chose n’est pas facile. 37° 這任乃是一个清談衙門 Tchě jén laỳ ché y̆ kō tsīn tān yâ mên. Cette place est une charge sans fonctions, une vraie si- nécure. 38° 你春此千里驥 Ngỳ yeoù tsé tsiēn lỳ kiú. D’un homme qui peut fournir une belle carrière, on dira : Vous avez là un coursier capable de parcourir mille lieues.

39° 俗曰解鈴人,還是係鈴人 Siŏu yuě kiaỳ lín jên, houân ché hý līn jên. On dit vulgairement: Celui qui a attaché le grelot doit le détacher. 40° 我意欲他招東坦 Ngò ý yoŭ tā tchaō tōng tân. Concevoir le désir de donner à quelqu’un sa fille en mariage. Littér. : avoir le désir de l’attirer dans la partie orientale de sa maison. 41° 椿萱定然並丞 Tchoūn nŷ tín jân pīn tchēn. S’informer si les auteurs de nos jours jouissent d’une bonne santé. Littér. : si le frêne paternel et l’hémérocalle sont dans un état florissant. 42° 不幸先嚴見背 Poŭ hín siēn niên kién peý. Malheureusement mon père est mort. 43° 人心不足。得龍望蜀 Jên sīn poŭ tsioŭ; tě Lông ouáng choŭ. Le cœur de l’homme n’est jamais content. Littér. : une fois qu’on a la principauté de Lông, on tourne les yeux du côté de celle de Chou. 44° 只怕你見了鬼子 Tchè pă ngỳ kién leào koúy tsè. Je crois que vous rêvez. Littér. : Je crains que vous ne voyiez un démon. 45° 早知燈是火飯熟已多時 Tsào tchē tēn ché hò, fán choŭ y̆ tō chê. Si j’avais su plus tôt qu’il y avait du feu dans la lanterne, il y a longtemps que le riz serait cuit. 46° 正當笄年 Tchén tāng ký niên. Elle est arrivée à l’âge où les jeunes filles assujettissent leurs cheveux avec une agrafe, c’est-à-dire à la quinzième année, époque du mariage. 47° 以致他含恨九泉 Y̆ tché tā chě hén kieòu tsuên. La peine et le ressentiment l’ont conduit aux neuf fontaines, c’est-à-dire sur les bords du Styx. 48° 你妹夫九泉之下 Ngỳ meỳ foū kieòu tsiuên tohē hiá. Votre beaufrère habite le séjour des neuf fontaines. 49° 苦不願結羅果然日失身非偶豈不是笑我 Jŏ poŭ yuén kiě lô kò jân jě chě chēn feȳ ngeoù kỳ poù ché siáo ngò. Si je ne témoignais le désir de serrer avec vous le tissu de soie, et qu’à l’avenir je ne trouvasse pas de gendre, ne se moquerait-on pas de moi? 50° 叔享洞房花燭之福也 Choŭ hiáng tōng fāng hoā choŭ tchē hó ỳ. Jouir du bonheur de placer les cierges parfumés dans la chambre nuptiale. 51° 許贈盤纏 Hiù tsén păn tchăn. Il promit de me donner le viatique. 52° 第一是老朱出頭 Tý y̆ ché laò Tohoū tchoū teōu. Celui qui s’est le plus mis en avant est le vieux Tchou.

53° 敢作敢為 Kàn tsoú kàn ouý. Oser tout. 54° 不甚往來 Poŭ chén ouàng laŷ. N’être pas bien avec quelqu’un. 55° 一夜千思百慮 Y̆ yè tsiēn sē pě liù. Toute la nuit se passa en réflexions et en pensées.

Lỳ sín ou lỳ maô. 禮信 禮貌。

1° Motifs de ce chapitre dans une Grammaire. — 2° Idées des Chinois sur l’urbanité. — 3° Des termes honorifiques en chinois, savoir : 1. A l’égard des hommes; 2. à l’égard des dames. — 4° Des titres que l’on prend, par modestie, en parlant de soi-même. — 5° Des termes dont on se sert pour désigner ce qui nous appartient ou nous concerne. — 6° Des expressions de politesse qui remplacent le pronom possessif de la deuxième personne. — 7° Des cinq manières de saluer en chinois. — 8° Des formules de remercîments en chinois. — 9° Des visites, savoir : époques des visites, paroles de politesse en visite, cartes de visite, cérémonial des visites. — 10° Des présents. — 11° Des festins et repas. — 12° De la correspondance épistolaire.

Un chapitre sur l’urbanité pourra sembler déplacé dans une Grammaire. Peut-être le serait-il ailleurs que dans une Grammaire chinoise. L’urbanité chinoise a, pour ainsi dire, un langage à part. On ne peut se livrer à l’étude de la langue orale sans connaître en même temps le langage si exquis, si raffiné, de la politesse chinoise. Les expressions de ce langage sont d’une pratique journalière. Quant aux sinologues qui n’étudient la langue chinoise que comme une langue morte, la connaissance des termes de l’urbanité chinoise ne leur est guère moins indispensable. On ne peut ouvrir un livre chinois, surtout un de ces romans de mœurs, un livre de comédie, sans rencontrer, à chaque pas, ces expressions exceptionnelles. Les Dictionnaires n’en donnent qu’une traduction imparfaite. Enfin, comme simple étude de mœurs, ce chapitre mérite l’attention de nos lecteurs. Les Chinois ont écrit de volumineux traités sur les rites ou la politesse de leur pays. Tout y est minutieusement décrit. Depuis des siècles, ces pratiques se conservent et s’observent avec une rare fidélité. En Europe, nos règles

de politesse se réduisent aujourd’hui à peu de chose. Les habitants de nos campagnes, le bas peuple de nos villes, ne connaissent rien de la politesse du pays. En Chine, au contraire, les classes les moins élevées de la société connaissent et pratiquent d’une manière parfaite toutes les règles de l’urbanité. Aussi l’observance de ces règles donne-t-elle aux habitants des campagnes de la Chine, aux ouvriers des villes, une aisance remarquable dans les manières, une sorte de désinvolture gracieuse mille fois préférable à la rusticité de nos paysans européens. Les Chinois, qui attachent, avec raison, une grande importance à ces pratiques, forment leurs enfants, dès le bas âge, à la connaissance et à l’observation de ces rites de la politesse. Si les Européens qui résident en Chine ont des rapports avec les Chinois, le grand moyen d’être bien reçus, bien accueillis, est d’observer, autant que possible, les règles de l’urbanité chinoise. Si le gouvernement, si le peuple chi- nois traitent, non sans fondement, les Européens de Barbares occidentaux, ŷ jên 夷人 ou de diables étrangers, fân koúy 番鬼, n’est-ce pas à cause du mépris affecté que ces derniers manifestent pour toute espèce de règle et de politesse, comme si, après tout, ces règles n’étaient pas les éléments naturels du savoir-vivre de tout homme civilisé? Les anciens missionnaires catho- liques, qui, aux vertus apostoliques, joignaient un tact exquis des hommes et des choses, se conformaient avec exactitude aux règles de la politesse chinoise. Les fonctionnaires publics, comme le peuple du pays, leur savaient gré de cette conduite, et les rapports sociaux n’avaient qu’à y gagner de part et d’autre.

Chacun sait qu’il existe en Chine des livres profanes d’une haute antiquité. Ces livres sont appelés kīn 經 ou livres par excellence. Aucun pays du monde ne peut rien mettre en parallèle de ces livres, tant pour l’ancienneté que pour l’excellence de la doctrine philosophique. Un de ces livres anciens porte le titre de lỳ ký 禮記, et traite de la politesse, des rites publics et privés. Ce code de l’urbanité chinoise a été commenté et répandu à profusion, sous toutes les formes, dans le Céleste Empire. L’empereur Kāng hỳ disait aux princes ses enfants : « Le lỳ ký ou le cérémonial de la nation est d’un grand « prix. Il renferme la source des grandes actions, le principe de l’heureuse « réforme des mœurs du peuple… L’observation des règles de ce livre fait « distinguer parfaitement le souverain, le sujet, le supérieur et l’inférieur… « Si l’on observe le cérémonial dans la conduite et dans les actions, la vertu « que le Ciel exige de l’homme est parvenue à sa perfection. Si l’on observe « ces règles et ces usages dans la conduite des affaires publiques, on peut ré- 220 GRAMMAIRE CHINOISE.

« puter excellent et accompli le gouvernement du Souverain. Aussi Confucius « disait-il : Celui qui n’étudiera pas le lỳ ký ne pourra jamais parvenir à rien. » Le peuple chinois est persuadé avec raison que l’accomplissement des devoirs de la politesse ôte à l’esprit sa rudesse naturelle, inspire la douceur, maintient la paix et le bon ordre autant dans la famille que dans l’État. Les jeunes Chinois, qui ne manquent nullement d’une grande sagacité d’observation, voyant l’importance que leurs parents attachent à la pratique des rites, s’y forment sans efforts et les observent avec une aisance exquise. Dire à un Chinois qu’il ne sait pas les rites, c’est un reproche qui va au plus vif du cœur. La fonction principale du lỳ poú ou du tribunal des rites est de conserver les cérémoniaux de l’Empire dans toute leur pureté. Si quelque cas nouveau se présente (ce qui est rare), c’est le tribunal des rites qui donne la solution. Il est si sévère qu’il veut soumettre même les ambassadeurs étrangers aux rites du pays dans les audiences accordées par le souverain de la Chine.

DES TERMES HONORIFIQUES EN CHINOIS, 稱呼 tchẽn hoû

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§ 1er. A L’ÉGARD DES HOMMES.

Des termes honorifiques dont on se sert en adressant la parole à quelqu’un ou en parlant de lui.

Les Chinois sont très-attentifs à décerner à chacun le titre d’honneur qui lui est dû, mais seulement celui-là. Parmi ces titres d’honneur, il y en a qui ne peuvent être donnés qu’à certaines classes de gens. Tous ces titres font l’office de pronoms à la troisième personne. Ils se placent toujours après le nom de famille, quand on emploie celui-ci, soit dans la langue orale, soit dans la langue écrite. 1° Monsieur. En chinois : yê 爺. Monsieur Ouâng, Ouâng yê 王爺. Monsieur Ouâng le IIIe. Ouâng sān yê 王三爺. Monsieur Ouâng le IXe. Ouâng kiéòu yê 王九爺. Ces mots troisième, neuvième, indiquent l’ordre de naissance. Les garçons et les filles font chacun une catégorie à part, et comptent séparément leur ordre de naissance. Si l’on veut attacher au titre chinois qui répond à monsieur un degré plus élevé de respect, on dira : Tá yê 大爺. 2° Monseigneur. En chinois : Laò yê 老爺. Littér. : Senex Pater. Domina- tio vestra. — On donne ce titre aux personnes que l’on considère beaucoup, mais surtout aux mandarins, actuellement en fonction, des villes de 2e et de 3e ordre, soit civils, soit militaires. Ainsi l’on dira : Monseigneur Ouâng, Ouâng lào yê 王老爺 : Monseigneur Tông, Tông lào yê 童老爺.

On peut donner à ce titre un degré d’élévation en le faisant précéder du mot 大, grand. On dira : Tá laò yê 大 老 爺, très-grand seigneur (mag- nus senex pater). Pour mettre cette formule au pluriel, il suffit de la faire suivre de l’affixe mên 們. On aura : Laò yê mên 老 爺 們, ou bien, tá laò yê mên; très- grands seigneurs. 3° Excellence. En chinois : Tá jên 大 人, ou Táy yê 太 爺 (magnus vir). On ne donne ce titre qu’aux personnes assez élevées en dignité, comme aux mandarins des villes de premier ordre, à ceux qui gouvernent une division de province nommée Taó 道. Quant aux trésoriers généraux, Poú tchén sē, aux procureurs impériaux (gān tchă sē), on leur donne le titre de Tá laò yê 大 老 爺 ou celui de Laò tá jên 老 大 人. Si l’on adresse la parole à ces dignitaires, c’est toujours à la troisième personne : Votre Excellence, Tá jên 大 人; Son Excellence Ouâng, Ouâng tá jên 王 大 人. On se sert de ces titres sur la subscription des lettres. 4° Les dignitaires chinois, selon leur rang dans la hiérarchie mandarinale, ont tous un titre officiel d’honneur, que l’on emploie surtout en leur écrivant. Nous renvoyons nos lecteurs au deuxième volume de notre Dictionnaire, pages 126 et suivantes, pour l’énumération de ces titres. 5° Aux parents des mandarins en fonction, on donne les titres suivants : Au père du mandarin : 太 爺 Táy yê, ou 老 太 爺 laò táy yê. A la mère… … . 老 太 太 Laò táy táy. A l’épouse… … . 太 太 Táy táy. Aux belles-filles… . 奶 奶 Laỳ laỳ. A la femme du 1er fils. 大 奶 奶 Tá laỳ laỳ. A la femme du 2e fils. 二 奶 奶 Eùl laỳ laỳ. Aux fils du mandarin. 公 子 Kōng tsè, ou 相 公 Siāng kōng. Au 1er… … … 大 公 子 Tá kōng tsè, ou 少 爺 Chaò yê. Au 2e… … … 二 公 子 Eúl kōng tsè, ou 大 相 公 Tá siāng kōng. 6° Maître. En chinois : Siēn sēn 先 生 (anteà natus). On donne ce titre particulièrement aux professeurs, aux maîtres d’école. Un élève, parlant à son maître, lui dit : Siēn Sēn 先 生. Le maître veut-il me permettre…? Siēn Sēn hiù poŭ hiù 先 生 許 不 許. On donne également ce titre d’honneur à toute personne que l’on respecte, mais à laquelle on ne peut donner celui de monseigneur. Ce titre est susceptible de deux degrés d’élévation. On peut dire : Laò siēn sēn 老 先 生, le vieux maître, et Tá laò siēn sēn 大 老 先 生, le très- vieux ou respectable maître. 7° Maître. Docteur. Præceptor. En chinois : Foū tsè 夫 子.

Ce titre est plus honorifique que le précédent. On le réserve presque exclusivement pour ceux qui ont la charge d’enseigner. On l’accompagne de l’adjectif laò 老, vieux. Ainsi : Tŏng laò foū tsè 童 老 夫 子, le très-res- pectable maître Tŏng. Confucius est appelé en Chine le maître par excellence, Kòng foū tsè 孔 夫 子. De ces trois mots réunis, les Européens ont fait le mot latin Confucius, nom par lequel on désigne le grand philosophe et sage de la Chine. On dit dans le même sens : Laò sē 老 師, vieux maître. Souvent aussi on n’emploie que le caractère 子 tsè, fils, pour désigner un philosophe, un savant. C’est un peu le rabbi des Juifs. 8° Honorable, respectable. Kōng 公. Ce titre est positivement attribué aux vieillards. Ouâng sān kōng 王 三 公. Tŏng kōng 童 公. Si l’on veut marquer d’avantage son respect, on doublera le mot kōng 公, qui fait ainsi une sorte de superlatif. On peut, en outre, ajouter encore à ce dernier mot double l’adjectif laò 老, vieux. Dans ces deux cas, on ne se sert pas du nom de famille. Les catholiques chinois donnent souvent ce titre aux Évêques, aux prêtres avancés en âge, aux vieillards qu’ils respectent : Kōng kōng 公 公, ou laò kōng kōng 老 公 公. 9° Siāng kōng 相 公 (lettré) est une qualification honorifique plus distinguée que la précédente. On en fait usage à l’égard de ceux que l’on veut honorer, surtout lorsqu’on ignore leur position sociale, leur dignité. Avec ce terme honorifique, on n’emploie pas le nom de famille, en adressant la parole. 10° Le nom de tendresse que les tout jeunes enfants chinois donnent à leur père est tiê 爹, qui répond chez nous au terme de papa. Ce caractère est composé du mot foú, père, et de l’adjectif , beaucoup, bon. En le faisant précéder du mot laò 老, vieillard, on a un terme honorifique que l’on donne surtout aux personnes avancées en âge. Ainsi l’on dira : laò tiê 老 爹, respectable père. 11° Respectable vieillard. Ōng 翁. Cette expression est réservée aux personnes avancées en âge. Votre respectable père. Tsēn ōng 尊 翁. Le préfet de la ville. Tăng ōng 堂 翁. 12° Respectable vieillard. Laò tsēn niên 老 尊 年. Ce titre se donne aux vieillards des classes ordinaires de la société et audessous. Dans le même sens, on dit aussi : Laò seoú 老 叟, ou bien encore : laò pĕ 老 伯, vénérable oncle. 13° Votre Révérence. Dominatio tua. Tá kiá 大 駕, ou tsēn kiá 尊 駕, ou līn tchēn 令 正. Deux dignitaires chinois, conversant ensemble, se donnent le titre de Niên hiōng 年 兄. 14° Quant aux parents ou alliés, on emploie le terme générique qui exLANGUE ORALE. 223

prime le degré de parenté ou d’alliance, et l’on y ajoute un terme honorifique, par exemple : laò 老, vieux. En parlant de ses oncles, on dira : Laò pĕ 老 伯, laò choŭ 老 叔, ou bien pĕ yê 伯 爺, choŭ yê 叔 爺. Les parents, en parlant de leurs enfants, disent : siào eùl 小 兒, mon petit enfant. 15° Un maître de maison, le chef de famille, est désigné par les termes de laò jên kiā 老 人 家, dominus, senex. 16° Si l’on veut témoigner, dans une juste mesure, du respect, de l’estime à un égal, on lui donne l’un des titres suivants : tá kō 大 哥, frère aîné, ou celui de : laò hiōng 老 兄, vieux frère. 17° Lorsqu’on adresse la parole à un parent d’un degré égal, à un ami, à un condisciple, souvent on ne veut pas et l’on ne doit pas, à cause des liens d’intimité, leur donner un titre honorifique. La politesse chinoise défendant, d’une autre part, l’emploi du pronom à la deuxième personne, on se sert alors d’expressions affectueuses et polies. Ainsi l’on dira : 仁 兄 Jên hiōng. Mon frère pieux, clément. 賢 契 Hiên ký. Mon ami sage, prudent. 18° Les maîtres d’hôtel ou de jonques reçoivent en Chine le titre de laò pán 老 板 ou celui de tchoù jên kiā 主 人 家. Domus dominus. 19° Tous les patrons d’arts et métiers, les chefs de maisons de commerce reçoivent de leurs disciples et autres employés le titre honorifique de sē foú 師 傅.

§ 2. TITRES DÉCERNÉS AUX DAMES CHINOISES

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1° On donne aux dames chinoises du premier rang, de la classe élevée, le titre honorifique de taý taý 太 太. Très-respectable mère. Laò taý taý 老 太 太. 2° Les dames des mandarins en fonction ont un titre d’honneur particulier, comme chez nous les femmes des Maréchaux, des Amiraux, etc. Les dames des mandarins du 1er ordre : 大 夫 Tá foū. — — du 2e ordre : 夫 人 Foū jên. — — du 3e ordre : 叔 夫 Choŭ foū. — — du 4e ordre : 恭 人 Kōng jên. — — du 5e ordre : 宜 人 Nŷ jên. — — du 6e ordre : 安 人 Gān jên. — — du 7e ordre : 孺 人 Joŭ jên. 3° Aux dames chinoises d’une bonne condition, on donne le titre de niâng 大 娘. Madame Tŏng. Tŏng tá niâng 童 大 娘.

4° Quant aux dames d’un rang ordinaire ou égal, on peut se servir à volonté de l’une de ces qualifications : 大 嫂 Tá saò. … … } 大 姐 Tá tsiè. … … } Grande sœur. 大 妹 Tá meŷ. … … } 5° Généralement, on donne aux vieilles dames le titre de Laỳ laỳ 奶 奶. Littér. : vieille nourrice, ou bien encore celui de pŏ pŏ 婆 婆, ou de laò pŏ pŏ 老 婆 婆. 6° Quant aux demoiselles chinoises, on leur donne le titre de koū niâng 姑 娘.

DES TITRES QUE L’ON PREND, PAR MODESTIE, EN PARLANT DE SOI-MÊME

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L’usage du pronom personnel je ou moi, ngò , est très-fréquent dans la langue orale. Cela tient au génie de la langue autant qu’au caractère luimême du peuple chinois. Toutefois, dans les relations sociales, dans les visites, en adressant la parole à ceux qui sont en dignité ou que l’on respecte, la politesse chinoise exige que l’on évite, avec soin, l’emploi du pronom je ou moi. On se sert d’expressions qui marquent la déférence, le respect, l’abaissement, pour faire hommage à son interlocuteur ou relever sa personnalité. Cette coutume est universelle en Chine. Depuis le Souverain jusqu’au dernier des sujets, chacun l’observe. Ces règles de politesse ne sont pas nouvelles à la Chine; on les trouve en vigueur depuis la plus haute antiquité. Le luxe de ces formules est sans doute parfois tout oriental; mais on n’oubliera pas que c’est là une exigence du génie de ces peuples d’Orient. 1° L’Empereur de la Chine, parlant de lui, se sert des expressions suivantes : 朕 Tchén. (Moi qui suis hors des rangs) 24. 寡 人 Kouà jên. (Homme de peu de vertu) 25. 孤 家 Koū kiā. (Homme de peu de valeur) 26. 不 彀 Poŭ keoú. (Moi, l’homme insuffisant à la charge.)


2° Les mandarins, dans leurs édits, se servent d’une dénomination empruntée au titre même de leur place, pour parler d’eux-mêmes. Ainsi : Un vice-roi (Tsōng toŭ 總 督) dira : Pèn toŭ 本 督. Un trésorier général. Poū tchén sē 布 政 司. } Un procureur impér. Gān tchă sē 按 察 司. } Pèn yûen 本 院. Un préfet des villes de 1er ordre. Pèn foù 本 府. — — de 2e ordre. Pèn tcheōu 本 州. — — de 3e ordre. Pèn hién 本 縣, ou Pèn tâng 本 堂. En présence de leurs supérieurs hiérarchiques, les mandarins se nomment : Pỳ chĕ 敝 職. En présence de l’Empereur, ils prennent le titre de Tchên 臣, moi, votre sujet, ou celui de siào tchên 小 臣, ou bien encore celui de oûy tchên 微 臣, moi votre petit ou pauvre vassal. Les mandarins tartares disent : Loŭ tsaÿ 奴 才, moi, votre esclave. En écrivant à l’Empereur, ce caractère Tchên 臣 doit être écrit très-fin et en dehors de la ligne courante. Plus on l’écrit fin, plus on témoigne de respect en s’abaissant davantage. 3° Un supérieur, un homme élevé en dignité, s’adressant à ses inférieurs, se sert, en général, du pronom personnel ngò 我, moi, ou de celui de yú 余, qui lui est synonyme. 4° Un vieillard, en parlant de lui, a coutume de dire Laò foū 老 夫, ou Laò hàn 老 漢. 5° Les gens de lettres, parlant entre eux, se désignent par l’une de ces qualifications : 學 生 Hiŏ sēn, Moi, élève. 們 生 Mên sēn… . . } 們 弟 Mên tý… … } Moi, disciple. Dans leurs ouvrages, les auteurs chinois, pour éviter le pronom ngò 我, je, se servent de leur petit nom. Confucius se désignait souvent par Kieōu 丘. moi Kieōu. Moi Kieōu, je ne sais pas cela. 非 丘 所 知 Feȳ Kieōu sò tchē. 6° Les vieilles dames chinoises, parlant d’elles-mêmes, disent laò chēn 老 身. 7° Un jeune Chinois, en présence de personnes âgées, se désigne par le titre de ouàn sēn 晚 生 (serò natus). 8° Un négociant parle de lui à la troisième personne : chāng 商 ou kě 客, moi, homme de négoce. 9° Un disciple, un élève, un employé de commerce, parlant de lui, en présence de son maître, de son patron, dira : Mên sēn 們 生, moi, votre dis- ciple. 10° Les bonzes de la secte de Bouddha se nomment Pîn sēn 貧 僧, moi, pauvre bonze. Ceux de la secte de Laò tsè : siào taó 小 道.

11° Un fils chinois, parlant ou écrivant à son père, n’omet pas de se nommer son tout petit fils, Siào eûl 小 兒, bien qu’il soit peut-être l’aîné de la famille et père lui-même de plusieurs enfants. Sur l’adresse des lettres, un fils chinois ne manque pas d’écrire : Niên foú 嚴 父, à mon père sévère. Tsé moù 慈 母, à ma clémente mère. Ces formules inspirent aux enfants chinois un grand respect pour les auteurs de leurs jours. 12° Les parents, les alliés, se désignent par le mot qui exprime leur degré de parenté, surtout quand ce degré est inférieur à leur interlocuteur. 13° En dehors des expressions précédentes, affectées aux classes de personnes ci-dessus désignées, il y en a qui sont générales et que tout Chinois peut prendre par politesse, pour éviter le pronom de la première personne. Voici ces expressions :

  1. 小 的 Siào tỹ. Moi, le tout pe- 5. 不 才 Poŭ tsaý. Moi, l’incatit. pable.
  2. 僕 Poŭ. Moi, votre es- 6. 愚 人 Yû jên. Moi, le stupide. clave. 7. 愚 悙 Yû mòng. idem.
  3. 小 弟 Siào tý. Moi, votre petit 8. 蠢 子 Tohoũn tsè. Moi, l’héfrère. bété.
  4. 在 下 Tsaý hiá. Moi, votre in- 9. 罪 人 Tsoúy jên. Moi, l’homme férieur. pécheur.

CE QUI NOUS APPARTIENT OU NOUS CONCERNE.

Si la politesse chinoise exige que l’on évite l’usage du pronom personnel soit à la première, soit à la deuxième personne, elle défend également que l’on fasse usage des pronoms possessifs à la première et à la deuxième personne, en parlant de ce qui nous appartient, de ce qui nous concerne, ou de ce qui appartient aux autres. Il y a, pour tous les cas, des expressions consacrées qu’il n’est pas permis d’ignorer. Voici ces expressions qui, par une humble marque de politesse, remplacent le pronom possessif de la première personne. 1° 敝 Pý. Vil, bas, pauvre…, s’applique aussi bien aux personnes qu’aux choses qui sont à nous ou qui ont rapport à nous. On dira : 敝 國 Pý kouě. Mon pauvre royaume. 敝 地 Pý tý. Mon pauvre pays. 敝 姓 Pý sín. Mon vil nom. 敝 處 Pý tchoŭ. Ma misérable demeure. 敝 房 Pý fâng. Mon abjecte épouse. 敝 友 Pý yeoú. Mon humble ami.

敝 同 學 Pý tŏng hiŏ. Mon modeste condisciple. 2° 賤 Tsién. Vil, abject, méprisable, ignoble…, ne s’applique guère qu’aux choses qui touchent de près notre personne ou bien encore aux personnes que l’on désigne métaphoriquement par des noms de choses. Ainsi : 賤 手 Tsién cheòu. Ma vile main (au propre et au figuré). 賤 房 Tsién fâng. Mon abjecte épouse. 賤 室 Tsién chě. idem. 賤 妾 Tsién tsiě. Ma pauvre concubine, ou 小 妾 Siào tsiě. 賤 身 Tsién chēn. Mon humble personne, ou 賤 體 Tsién tỹ. 3° Kiā 家, maison, sert à désigner les parents vivants de la ligne ascendante ou les alliés auxquels on doit des égards. Ainsi, l’on dira : 家 祖 Kiā tsoú. Mon aïeul. Avus. 家 祖 母 Kiā tsoù moù. Mon aïeule. Avia. 家 父 Kiā foú. Mon père. Pater. 家 母 Kiā moù. Ma mère. Mater. 家 伯 Kiā pě. Mon oncle. Patruus major. 家 叔 Kiā choŭ. Mon oncle. Patruus minor. 家 眷 Kiā kiuén. Mon épouse. Uxor. 家 兄 Kiā hiōng. Mon frère aîné. Frater major. 家 寒 Kiā hân. Ma maison. Domus mea. 4° Tchoŭ 拙. Stupide, vil. 拙 筆 Tchoŭ pỹ. Ma pauvre écriture. 5° Le mot chě 舍, (maison) est spécialement affecté à désigner les parents vivants de la ligne collatérale moins âgés, tels que les frères cadets, les sœurs cadettes, les cousins, etc. 舍 親 Chě tsīn. Mon parent. Cognatus. 舍 弟 Chě tý. Mon frère cadet. Frater minor. 舍 姪 Chě tché. Mon neveu. Nepos. 舍 姪 女 Chě tché niù. Ma nièce. Neps. 6° L’adjectif siào 小 (petit) sert à désigner surtout les descendants, les inférieurs, tels que le fils, les domestiques et autres de ce genre. Les amis se servent aussi de ce mot entre eux. Les domestiques, parlant d’eux-mêmes en présence de leur maître ou de ses amis, n’omettent pas d’employer ce même mot siào 小. Ainsi, l’on dira : 小 兒 Siào eûl. Mon fils. | 小 婿 Siào sý. Mon gendre. 四 小 兒 Sé siào eûl. Mon 4e fils. | 小 徒 Siào toŭ. Mon disciple. 小 女 Siào niù. Ma fille. | 小 僕 Siào poú. Mon esclave. 小 孫 Siào sēn. Mon neveu. | 7° L’expression yû 愚, méprisable, peu éclairé, s’emploie non-seulement

lorsqu’on parle de soi avec modestie, mais encore de ses opinions, de ses vues, de ses goûts, etc. 愚 見 Yû kién. Ma méprisable opinion. 8° 寒 Hân. Froid, grand froid, sert à désigner ce qui est bien pauvre. 寒 舍 Hân chě. Ma pauvre demeure. 9° Le mot kǐn 荊, épine, broussailles, est souvent employé pour désigner, par modestie, ce qui est à nous. 荊 婦 Kǐn foú. Ma pauvre épouse. 荊 府 Kǐn foù. Ma pauvre ville. 10° Si l’on parle d’un parent ascendant, déjà mort, on fait précéder le terme qui désigne le degré de parenté du mot Siēn 先. On ne l’emploierait pas pour les descendants. 先 父 Siēn foú. Feu mon père. Defunctus pater. 先 母 Siēn moù. Feu ma mère. Defuncta mater. 先 叔 Siēn choŭ. Feu mon oncle. Defunctus patruus. 先 兄 Siēn hiōng. Feu mon frère. Defunctus frater.

VI. — DES EXPRESSIONS POLIES QUI REMPLACENT LE PRONOM POSSESSIF DE LA DEUXIÈME PERSONNE.

1° L’impératrice-mère, en chinois, Houâng tá heóu 皇 太 后, donne à l’Empereur régnant le titre de kouān kiā 官 家. 2° En adressant la parole à l’Empereur, un Chinois se sert des formules suivantes, qui correspondent un peu à ces mots : Votre Majesté, mais qui offrent des nuances variées d’un plus grand respect pour la dignité impériale. 萬 歲 Ouán soúy. 聖 上 Chén cháng. 聖 駕 Chén kiá. 陛 下 Pý hiá. Le dessous des degrés 24. . } 朝 廷 Tchǎo tīn. Imperialis palatii aula. . } Votre Majesté. 上 Cháng. Un Tartare dit plus communément : Tchoù tsé 主 子, en parlant à l’Empereur. 3° Les fils de l’Empereur sont désignés par le titre d’Altesse, selon le rang qui leur est assigné par l’Empereur en récompense de leurs services et à titre d’honneur. (Voir notre Dictionnaire, au mot Altesse.) 4° Il y a quatre ou cinq adjectifs que l’on emploie par honneur, par res-

pect pour ceux auxquels on parle, au lieu du pronom possessif à la deuxième personne. Ces adjectifs sont : kouý 貴 noble, illustre, précieux, riche. On l’emploie en nommant les choses, les villes, les royaumes, etc. Kaō 高, élevé, distingué…; on l’emploie quand on interroge quelqu’un sur son âge, qu’on parle de l’habileté, de l’intelligence de quelqu’un, etc. Tsōn 尊, vénérable, et līn 令, qui s’emploie surtout quand on adresse la parole à un proche. Par l’inflexion de la voix, chacun de ces mots a souvent un sens interrogatif. Voici des exemples pratiques de l’application de ces adjectifs.

貴 姓 Kouý sín. Votre noble nom. 貴 家 Kouý kiā. Votre noble famille. 貴 國 Kouý kouě. Votre célèbre royaume. 貴 府 Kouý foù. Votre illustre ville. 貴 手 Kouý cheòu. Votre habile main. 貴 幹 Kouý kán. Votre précieux métier. 貴 庚 Kouý kēn. Votre âge distingué.

高 姓 Kaō sín. Votre nom élevé. 高 明 悟 Kaō mín où. Votre haute intelligence. 高 見 Kaō kién. Votre haute opinion. 高 筆 Kaō py̆. Votre brillant pinceau. 高 庚 Kaō kēn. Votre âge élevé, ou 高 手 Kaō cheoù. 高 才 Kaō tsaỹ. Votre grande habileté.

尊 駕 Tsēn kiá. Votre Seigneurie. 尊 號 Tsēn haó. Votre beau surnom. 尊 諱 Tsēn houý. Votre noble petit nom. 尊 族 Tsēn tsoŭ. Votre illustre parenté. 尊 內 Tsēn loúy. Votre respectable épouse. 尊 筆 Tsēn py̆. Votre brillant pinceau. 尊 面 Tsēn mién. Votre respectable face. 尊 府 Tsēn foù. Votre noble hôtel. 尊 寓 Tsēn yú. Votre honorable demeure.

令 祖 Līn tsoù. Votre honorable aïeul. Avus. 令 祖 母 Līn tsoù moù. Votre honorable aïeule. Avia. 令 尊 Līn tsēn. Votre digne père. Pater, ou 令 翁 Līn ōng.

令 堂 Līn tẵng. Votre vertueuse mère. Mater, ou 令 慈 Līn tsě. 令 兄 Līn hiōng. Votre précieux frère. 令 姐 Līn tsiě. Votre chère sœur. 令 郎 Līn lâng. Votre cher fils, ou 公 郎 Kōng lâng. 令 愛 Līn gaý. Votre fille aînée. 令 千 金 Līn tsiēn kīn. Votre fille cadette. 令 伯 父 Līn pě foú. Votre oncle aîné. 令 貞 Līn tohén. Votre épouse. 令 寵 Līn lōng. Votre concubine. 令 親 Līn tsín. Votre parent.

VII. — DES CINQ ESPÈCES DE SALUTATIONS OU DES CINQ MANIÈRES DE SALUER DES CHINOIS.

La langue chinoise, la plus ancienne des langues connues, a quelques rapports, soit de génie, soit de syntaxe, avec un grand nombre de langues modernes. Ces rapports proviennent sans doute de l’unité primitive des langues et des races. Mais sur quoi est fondée la forme si variée, si curieuse, du salut chez les différents peuples du monde, ce salut étant plus bizarre et plus varié que les langues et les races elles-mêmes? En Chine, les différentes espèces de salutations sont en rapport avec le génie de la nation. On demeure toujours couvert; on se revêt selon les rites et selon les époques de l’année. Prendre ou baiser la main de quelqu’un, offrir son bras à une dame, embrasser quelqu’un, choquerait gravement l’œil d’un Chinois. Il serait de la dernière inconvenance de caresser, en société, un animal, un chien, par exemple. Voici les cinq modes de saluts chinois.

1er Mode de salut, dit : Tchaō hoû 招 呼.

Cette espèce de salutation est fort simple. On adresse quelques paroles polies, gracieuses, à celui que l’on salue; on fait, en même temps, un léger signe de tête. En route, au milieu des rues, ce salut est fort usité. On emploie surtout les paroles suivantes : 恭 喜 . 恭 喜 Kōng hỳ, kōng hỳ. Soyez félicité, soyez félicité, ou bien encore : 發 才 . 發 才 Fă tsãy, fă tsãy. Devenez riche, devenez riche. Dans un bon nombre de provinces, on dit aussi : Tchě fán leào 喫 飯 了 . Avez-vous mangé? ce qui veut dire : Vous portez-vous bien?

2° Mode de salut : Tà kòng 打 拱.

Pour faire ce salut, on place les mains fermées l’une sur l’autre, on les agite légèrement, en même temps que l’on incline un peu la tête. Ce salut se fait ou se rend surtout aux personnes auxquelles on veut rendre un devoir, mais sans entamer de conversation.

3° Mode de salut : Tsó ỹ 作 揖. Yú jên tsó ỹ 與 人 作 揖. Le faire à quelqu’un.

Si l’on rencontre une personne que l’on estime un peu, on lui fait le tsó ỹ. Si l’on reçoit quelqu’un à la maison, c’est encore le salut ordinaire. Ce mode de salutation s’observe en joignant les mains fermées sur la poitrine, en les remuant d’une manière affectueuse et inclinant un peu la tête. Si l’on est en rue, on dit alors : Tsìn tsín 請 進, qui est un compliment un peu vague et d’un sens large, comme le favorisca des Italiens. Si l’on est à la maison, on dira, à volonté, soit : Tsìn tsó 進 坐, veuillez entrer et vous asseoir. Pīn gān mŏ 平 安 麼 ? Êtes-vous bien portant? Si l’on veut être plus gracieux encore, on dira : Hỳ kě laỹ leào 希 客 來 了. Voici un hôte bien rare!

4° Mode : Tà tsiến 打 遷.

Si l’on reçoit, si l’on rencontre une personne que l’on veut saluer avec déférence, on fait ce salut, en joignant les mains, les élevant jusqu’au front, puis en les baissant assez profondément, en même temps que l’on incline tout le corps. On finit comme dans le tsó ỹ ordinaire. Tel est ce mode de salut.

5° Mode : Le Kŏ teoŭ 磕 頭.

Ce grand salut chinois est le plus solennel. C’est proprement le vrai salut chinois. On le fait dans les circonstances importantes de la vie, avant ou au retour d’un voyage; on saluera ainsi ses parents, ses supérieurs; au jour de la naissance des parents ou d’un supérieur, au nouvel an chinois, en abordant un supérieur ou s’éloignant de lui, en sollicitant une grâce, en remer- ciant d’une faveur obtenue, etc., etc., on fait le Kŏ teoŭ 磕 頭. Ce salut consiste à se mettre à genoux, à élever gravement les mains jointes jusqu’au front, à incliner la tête presque jusqu’à terre, et à la relever avec les mains toujours jointes et élevées. On fait trois fois cette même inclination avant de se relever. Dans les occasions importantes, celui qui rend le salut commence par faire une demi-génuflexion (Kioŭ sỹ 曲 膝); on lui répond en faisant la même révérence, mais plus profonde, comme pour le surpasser en poli- 232 GRAMMAIRE CHINOISE.

tesse. Ne voulant pas être vaincu, le premier fléchit alors entièrement le genou jusqu’à terre, tà koúy 打 跪; le second rend le même salut en laissant voir qu’il tient toujours à n’être point vaincu. Le premier met alors les deux genoux en terre et fait le Kŏ teŏu. Un supérieur auquel on fait le Kŏ teoŭ ne le rend jamais. Il se borne à toucher légèrement l’épaule de celui qui le salue, en l’invitant à se lever, quand celui-ci est d’un certain rang ou d’un certain âge. Il y a plusieurs circonstances solennelles, telles que la veille du nouvel an au soir, le nouvel an au matin, à une cérémonie de mariage, etc., où le grand salut chinois est accompagné de quelques rites qu’il importe de faire connaître. Un maître de cérémonie dirige les assistants et porte la parole sur un ton grave et élevé. Voici l’odre de ces rites : 1° Que chacun prenne son rang et sa place. Paý pān 排 班. L’ordre s’exécute. Le maître de cérémonie : 2° Que chacun se tienne debout comme il convient. Tsieóu ouý 就 位. 3° Que chacun s’ajuste avec décence. Tchēn sieôu 整 肅. A ces mots, toutes les personnes présentes examinent si le bonnet, les habits, les manches des vêtements sont en ordre, et placent leurs mains selon l’exigence de l’urbanité. 4° Que chacun incline le dos. Kioŭ kōng 鞠 躬. Tout le monde obéit et se tient dans cette position durant quelques secondes. 5° Que chacun se prosterne une première fois. Ỳ cheoù foŭ 一 首 伏. Les personnes qui composent la réunion tombent à genoux avec ensemble, les mains jointes sur la poitrine. 6° Que chacun incline profondément la tête une première fois. Ỳ keóu chedu 一 叩 首. Chacun incline la tête jusqu’à terre, en tenant les mains jointes. 7° Que chacun s’incline profondément une deuxième fois. Eùl keóu chedu 二 叩 首. 8° Que chacun s’incline une troisième fois. Sān keóu cheòu 三 叩 首. 9° Que chacun se relève. Hín 興. Le maître de cérémonie entonne alors quelques chants, que tout l’auditoire continue. 10° Que chacun se remette à genoux. Tsé foŭ 次 伏. On recommence alors, comme plus haut, les trois salutations consécutives, puis on se relève. La cérémonie est terminée. Si l’on charge verbalement quelqu’un de saluer un autre de sa part, on dit : 問 厚 Ouén heóu. 拜 上 Paý cháng. 平 安 Pín gān.

Si quelqu’un se donne de la peine pour être agréable, pour faire plaisir, on lui dira, par manière de remercîments : Vous prodiguez votre cœur 費 心, ou bien, vous épuisez vos forces Feý lý 費 力, tsaō sīn 操 心, Tchóng fâng 重 重 勞. On exprime sa reconnaissance à quelqu’un qui a rendu service, en disant : Je vous suis bien reconnaissant; mes remercîments ne sauraient avoir de fin. Sié poŭ tsīn 謝 不 盡. Si quelqu’un s’est détourné de ses occupations pour rendre service, on le remerciera ainsi : Je vous suis bien importun. Fân lâo 煩 勞. Si l’on parle à un inférieur, on dit : Lân oûy ngỳ 難 爲 你, dans le même sens. — On dit encore très-communément : Tě tsoúy 得 罪. C’est une grande faute que d’avoir osé prendre une telle liberté. On répète deux ou trois fois de suite cette for- mule pour mieux exprimer sa reconnaissance. Si quelqu’un prévient par des marques d’honneur, on doit avoir l’air de ne pas accepter, en disant deux ou trois fois : Poŭ kàn 不 敢. Est-ce que j’oserais? Je ne puis souffrir que vous preniez cette peine. Lorsqu’on nous adresse un compliment, une parole flatteuse, on remercie en disant : Kỳ kàn 豈 敢. Est-ce que j’oserais? Je ne puis croire de moi de telles choses. Si l’on a reçu un cadeau, une rémunération, on se sert des mots Tō sié 多 謝. Grand merci, ou Kàn sié 感 謝. Mille et mille obligations à vous, Tchóng tchóng sié ngỳ 重 重 謝 你. Un inférieur ne remercie jamais un supérieur sans lui faire le Kŏ teŏu 磕 頭.

拜 會 Paý hoúy. Visites reçues. 回 拜 會 Hoûy paý hoúy. Visites rendues.

§ 1. Époque des visites.

Les Chinois entretiennent entre eux des relations sociales très-fréquentes. On y observe avec soin les règles de la politesse. Cette politesse exquise répand sur toute la population de l’Empire un vernis remarquable de belles et bonnes manières. Les visites font une partie essentielle de l’urbanité chinoise. Parmi les visites, les unes sont obligatoires, les autres sont facultatives ou de pure bienséance. Les visites obligatoires regardent particulièrement les inférieurs à l’égard des supérieurs, dans toutes les classes de la société et dans

la famille. Les jours de visites obligatoires pour un subalterne sont, par exemple, le jour anniversaire de la naissance (Tān jě 誕 日 ), le matin du nouvel an (yuên tān 元 旦 ), certains jours de fêtes civiles, tels que le 15° jour de la 1re lune, ou la fête des Lanternes (yuên siáo 旦 宵 ); la fête des morts ou le Tsīn mīn 清 明, vers le 5 avril; le 5° jour de la 5° lune dit : Touân yâng 端 楊, anniversaire de la mort du célèbre ministre Kiŭ yuên 屈 原 ; le jour de la naissance du fils de quelque supérieur ou d’un ami intime; l’époque du mariage ou de la mort de quelque supérieur, celle au retour d’un voyage lointain entrepris par un supérieur, etc. Sept jours après la mort d’un parent, on doit faire une visite à ceux qui sont venus faire la cérémonie Tiáo 弔. Si un supérieur visite un inférieur, on se sert des mots Lìn hiá 臨 下.

§ 2. Paroles de politesse durant les visites

Section titled “§ 2. Paroles de politesse durant les visites”

En Chine, on n’adresse jamais la parole à un hôte sans employer le mot Tsìn 請, qui peut se traduire par : je vous prie, veuillez bien. On accompagne naturellement ce mot du geste qui lui convient. Ainsi l’on dit : Tsìn lây 請 來, veuillez entrer; tsìn tsó 請 坐, veuillez vous asseoir; tsìn fán 請 飯, veuillez manger. Souvent on emploie en même temps la qualification de l’hôte au- quel on parle. Ainsi : Tsìn chên foú tchě fán 請 神 父 喫 飯. On invite Votre Révérence (le miss.) à prendre le repas. 請 放 心 Tsìn fáng sīn. Veuillez être tranquille. 請 寬 尊 袍 Tsìn kouān tsēn páo. Veuillez déposer votre habit. 請 上 Tsìn cháng. Veuillez monter plus haut. 請 期 Tsìn kỳ. Veuillez fixer le jour. 請 問 Tsìn ouén. Oserais-je vous demander? 請 罪 Tsìn tsoúy. Veuillez m’excuser. Un Chinois dira souvent, par un sentiment de modestie et de politesse : Veuillez m’instruire, tsìn kiáo 請 教. La manière polie de refuser, de faire difficulté d’accepter une chose est de dire : Poŭ kàn 不 敢. Je n’oserais. Il faut, toutefois, employer ce mot avec tact et discernement. Si l’on reçoit un conseil d’une personne que l’on honore, on répondra ; Lìn min 領 命, je reçois avec respect vos ordres. Si l’on reçoit des instructions, on dira : Lìn kiáo 領 教, je reçois avec respect vos instructions. Si l’on reçoit un ordre ou quelque chose qui y ressemble, on dira : Foŭ min 服 命, ou tsēn min 遵 命, je me soumets à vos ordres. Si l’on se rencontre avec quelques personnes à la porte d’une maison, comme chez nous, il s’engage un combat de politesse pour céder le pas aux autres. A la fin, le plus honorable se rend et passe le premier, mais alors il s’excuse en disant : je le fais par obéissance, foŭ min, ou tsēn mīn. On se sert

LANGUE ORALE. 235 de ces paroles toutes les fois que, dans un combat de politesse, on est obligé de céder. Si l’on est pressé de faire un acte dont on se croit trop honoré, on ne manque pas de dire : Kỳ kán 豈 敢, est-ce que j’oserais? Quand on veut s’excuser d’avoir beaucoup parlé, dans une visite, et occasionné peut-être de l’ennui, on dit : Kīn tchǎo 輕 鈔, ou mieux encore : tō yên koú eùl 多 言 鼓 耳, j’ai assommé vos oreilles de trop de paroles. A un hôte qui s’est fatigué pour rendre visite ou un service, on ne manquera pas de dire : Laô kiá 勞 駕, ou yeŏu laô 有 勞, ou fān laô 煩 勞. Que de peines je donne à Votre Révérence!

§ 3. Des cartes de visites. Paý tiě tsè 拜 帖 子

Section titled “§ 3. Des cartes de visites. Paý tiě tsè 拜 帖 子”

Il y a deux ou trois espèces de cartes de visites 二 三 名 帖 Eùl sān mìn tiě. La première et la plus ordinaire consiste en une feuille de papier rouge, sur lequel est imprimé en gros caractères le nom et les prénoms du visiteur. On donne à cette feuille un peu plus ou un peu moins de dimension, selon le rang social que l’on occupe. Le choix du papier, la manière de rendre les caractères brillants et comme couverts de vernis, tout cela est l’objet de l’atten- tion chinoise. L’autre espèce de cartes de visites ( Tsuēn tiě 全 帖 ) consiste en une sorte de cahier, composé d’une grande feuille de papier rouge, pliée en forme de paravent, d’un format plus ou moins grand, selon la dignité, le degré d’honneur que l’on veut rendre à la personne que l’on visite. Sur le premier pli, on écrit ses nom et prénoms ; sur le second, on adresse quelques paroles gracieuses de civilité, en style élégant, mais concis. On dira, par exemple : Un tel, le bon et sincère ami de Votre Seigneurie, le très-fidèle disciple de sa doctrine, se présente pour vous rendre ses devoirs et vous faire sa révérence. En chinois, tout cela peut très-bien se rendre par ces quatre ou cinq caractères : 眷 弟 頓 首 百 拜 Kiuén tý tēn cheòu pě páy. Ignari discipuli hebetum caput reverentiam exhibet. Pour les mandarins ordinaires ou pour les nobles du commun, on écrit Kuěn tý 眷 弟, ou Tǒng kiā tý 同 家 弟, ou niên kiā tý 年 家 弟 Plus on veut exprimer de déférence à la personne que l’on visite, plus elle est élevée en dignité, plus aussi menus doivent être écrits les caractères ci-dessus. En visitant un dignitaire, on ne manquera pas de lui donner les titres fixés par le cérémonial de l’Empire. Les fonctionnaires publics sont fort chatouilleux à cet endroit. Si un missionnaire envoie une carte de visite aux mandarins des villes de deuxième et de troisième ordre, il peut écrire en caractères de la dimension que ces dignitaires emploieraient. Quant aux Tchē foù 知 府, on écrira plus fin, et ainsi de suite en diminuant le format de l’écriture,

§ 4. Cérémonial des visites.

En général, dans une visite un peu solennelle, on fait demander audience par l’envoi de sa carte. Si la visite est acceptée, le maître de la maison donne une réponse verbale : je recevrai M. un tel; sa visite me fera plaisir. Si la visite n’est pas agréable, on fait répondre que l’on est absent. On rend la carte de visite en disant : Taó tǎ poǔ kàn tāng 倒 達 不 敢 當. Lorsque l’on rend visite, sans avoir prévenu d’avance, on envoie quelques instants auparavant un domestique pour informer de son arrivée prochaine. On demeure dans son palanquin jusqu’à la réponse verbale. Si l’on est reçu, le concierge s’empresse d’ouvrir les deux battants de la porte du milieu 中 門 Tchōng mên. Ce serait une impolitesse que de laisser entrer ou sortir par les portes latérales 耳 門 Eùl mên 27. L’hôte, convenablement vêtu, sort jusqu’à la porte pour recevoir le visiteur 忙 出 來 相 見 Mâng tchoū laŷ siāng kién. Les dignitaires reçoivent dans la salle même de réception. Les visiteurs d’un rang un peu élevé se font porter en palanquin jusqu’aux pieds de l’escalier qui conduit au salon de réception. Dès que le visiteur a franchi le seuil de la porte ou qu’il est arrivé près du salon, le maître de la maison dit : Kieòu niàng 久 仰. Il y a bien longtemps que je vous attends. 久 仰 臺 光 無 緣 進 謁 Kieòu niàng tãy kouāng, oŭ yuên tsín yě. Depuis longtemps, j’étais jaloux de faire votre connaissance, je n’avais pas trouvé l’occasion. 接 芝 宇 果 是 不 凡 Tsiě tchē yû kò ché poǔ fân. Ce n’est pas une petite faveur que celle de votre visite. Si le visiteur vient pour la première fois, on dira : Kieòu oûy 久 違. Qu’il y a longtemps que je vous désire! En dehors de ces cas, on dit : Tsìn tsó 請 坐, en se plaçant à la droite, tant que l’hôte n’est pas en mouvement. Une fois en marche, c’est le côté gauche qu’il reprend, parce que c’est alors le plus honorable. Tsìn chēn 請 升, veuillez aller devant, dit-il, et il accompagne le visiteur en se tenant un peu en arrière, si celui-ci est d’un rang élevé. Chaque fois qu’il y a une porte à franchir, le maître doit dire à l’hôte : Tsìn 請, afin qu’il entre le premier. Si celui-ci résiste, on insiste : Tsìn siēn 請 先. La salle de réception porte à volonté l’un de ces noms : Kě fâng 客 房. kě tín 客 廳, ou kě hoúy 客 會. Les siéges de la salle sont, en général, rangés sur deux lignes parallèles, et couverts de tapis plus ou moins élégants. S’il y a des lits de camp (dorsualia 墊 子 靠 背) avec escabeau pour les pieds, c’est le grand genre. Lorsque le visiteur est très-élevé en dignité, par

exemple, qu’il est vice-roi, les siéges de la salle ne doivent pas être égaux en nombre; on place, au milieu de la salle, un siége plus élevé et plus orné. Dans les provinces du midi de la Chine, le côté sud de la salle est le plus honorable; c’est le contraire dans celles du nord. En Chine, voici le côté droit de la salle. Si la salle regarde le Midi, la droite est à la partie orientale; si elle regarde le Nord, l’Occident est le côté droit. Si elle regarde l’Occident, le Midi est le côté droit, le contraire pour l’Orient. Dès qu’on est arrivé dans la salle, on se fait mutuellement les saluts d’usage. Selon la dignité, tantôt c’est le visiteur, tantôt c’est le maître de la maison qui le premier fait le salut appelé : Tsǒ y̌ 作 揖. Quelquefois, c’est le salut appelé Kó teoǔ. L’urbanité exige que celui auquel on va faire ce dernier salut, hôte ou visiteur, cherche à l’empêcher, en disant : Poǔ kàn. Est-ce que j’oserais le permettre? Ce salut terminé, le maître reprend aussitôt : hoûy lỳ 回 禮, je rends votre cérémonie, et il rend le salut. Le visiteur ne manque pas de dire, au début : Tě tě laŷ fóng paý 特 特 來 奉 拜. C’est exprès que je viens vous visiter. Le maître répond : Kieòu niàng 久 仰, ou kieòu ouŷ 久 違. Qu’il y a longtemps qu’on vous désire! 爲 何 有 此 高 興. Quelle heureuse inspiration nous procure le plaisir de votre visite? Si l’hôte est un grand dignitaire, le maître de la maison peut lui dire : Laô kiá 勞 駕, ou yeòu laô 有 勞. C’est une grande fatigue pour Votre Excellence! Si l’on a reçu une faveur de l’hôte, on profite de l’occasion pour le re- mercier : Tō sié 多 謝, ou tō mông 多 蒙. Celui qui a accordé le bienfait répond alors : siào ný 小 儀, c’est un petit don, ou bien encore : Lỳ kīn tsîn ý tchóng 禮 輕 情 意 重. Le don est petit, mais l’affection et la volonté sont grandes. Lorsque le visiteur a un peu retardé sa visite, il s’en excuse en disant : Fóng paý tě tchě 奉 拜 得 遲. C’est bien tard que je vous rends mes devoirs. 多 曠 于 禮 Tō kouâng yû lỳ. J’ai bien manqué à la politesse, ou 失 敬 Chě kín, qui a le même sens. Lorsque le maître de la maison a été surpris par une visite ou qu’il s’est fait attendre, voici les paroles d’excuse qu’il prononce en arrivant : chě ŷn 失 迎, j’ai manqué par ma faute à votre réception; ou bien : chě lỳ 失 禮, j’ai violé les rites, ou enfin : kīn mán 輕 慢, je vous ai méprisé; il ajoute aussitôt : Tě tsoúy 得 罪. C’est une grande faute de ma part. L’hôte ne manque pas de répondre : Poǔ kàn 不 敢. Est-ce que j’oserais? Lorsque les salutations d’arrivée sont finies, le maître de la maison invite, en faisant un geste, son hôte à prendre le côté le plus honorable du salon. Celui-ci, par un acte de modeste courtoisie, s’empresse souvent de dire : Oui, j’accepte, parce que nous faisons ici les rites du Nord : Pě lỳ 北 禮, je suis donc à ma place. — Nullement, réplique aussitôt le maître de la maison, nous suivons ici les rites des provinces du Midi : Lân lỳ 南 禮, vous êtes donc à la place qui

vous convient. — En visite ordinaire, la place d’honneur est la plus voisine de l’autel domestique. Dans le salon de chaque famille chinoise, au fond de la salle, en face de la porte d’entrée, est un autel plus ou moins orné, selon la fortune de la famille. Sur cet autel sont les lares ou divinités domestiques et la tablette des ancêtres, Līm páy 靈 牌. Chaque jour, matin et soir, le chef de la famille ou son fils aîné, vient, au nom de sa famille, saluer ces dieux domestiques, brûler des cierges et des parfums en leur honneur, réciter des prières d’invocation et se recommander aux ancêtres. Au moment où l’hôte va s’asseoir à la place désignée, le maître de la maison, par un nouveau raffinement de politesse, feint d’épousseter le siége avec le pan de sa robe. L’hôte, ce voyant, en fait autant au siége du maître de la maison, qui répond : Ky̆ kàn 豈 敢 ? Est-ce que je le souffrirais? On fait une petite révérence au siége et chacun prend sa place. Durant tous ces rites, la politesse ne permet pas de jamais tourner le dos à quelqu’un. On répète souvent cette parole : Poŭ kàn. A peine chacun est-il assis à sa place que l’on se fait un profond Tsó y̆. La politesse veut que l’on se tienne assis droit, sans s’appuyer contre le dos ou sur le bras d’un fauteuil. Chacun tient les mains sur ses genoux, les pieds un peu avancés. Il serait fort malséant de croiser les jambes. On ne doit pas non plus regarder de côté et d’autre. La conversation s’engage d’une manière grave et, par conséquent, un peu lente. On souhaite la bonne venue au visiteur. Laò yê, nă foŭ hiáng gān 老 爺 納 福 享 安. On peut dire aussi : Koúy kēn 貴 庚, ou kaō cheóu 高 壽? Quel est votre âge respectable? etc. 爲 何 有 此 高 興? Ouý hô, yeoù tsé kaō hīn. Qui nous procure la haute satisfaction de votre visite, ou le plaisir délicieux de vous voir? A peine est-on assis au salon que les domestiques apportent le thé. Les tasses en porcelaine sont rangées sur un cabaret plus ou moins élégant nommé en chinois : Tchă păn 茶 盤. Les feuilles de thé sont placées au fond de chaque tasse; on y a versé simplement de l’eau bouillante. C’est le grand genre. Si le visiteur est un personnage élevé, on apporte d’abord sa tasse seule, puis celle des autres hôtes sur un cabaret. Le maître, prenant la tasse des deux mains, l’offre à son hôte, en lui disant : Tsĭn tchă 請 茶. Veuillez accepter du thé. L’hôte reçoit sa tasse, en la prenant avec les deux mains, et, se tenant debout : Ky̆ kàn 豈 敢. Comment oserais-je? Le maître de la maison offre en- suite une tasse à chacun des autres hôtes, en suivant l’ordre de la dignité. Tous les hôtes, ayant reçu leur tasse, se font un grand salut, en prenant garde de rien renverser, ce qui serait malséant. On boit lentement, sans découvrir la

tasse, tous ensemble et en silence, afin d’être prêts à la remettre tous à la fois sur le cabaret. On dépose la tasse des deux mains, après que le principal hôte l’a fait lui-même. Si la visite doit un peu se prolonger, on apporte du thé une deuxième et une troisième fois. On offre aussi quelques fruits confits ou des pâtisseries chinoises. On ne fait pas alors de nouveau le Tsŏ y̆ 作 揖; on prend sa tasse des deux mains, et l’on se borne à un petit salut de tête mutuel. Si l’on était à l’époque des chaleurs, le maître de la maison, faisant une inclination à la compagnie, dirait : Tsĭn chán 請 扇, veuillez prendre vos éventails. Chaque visiteur est muni de cet instrument. On ne doit pas ouvrir l’éventail d’un seul trait, mais peu à peu; il convient de s’en servir avec grâce et lenteur. Selon la circonstance, le maître juge s’il est à propos d’ajouter : chên kouān 陞 冠. Veuillez déposer vos bonnets. Il est également reçu d’inviter parfois les hôtes à déposer les habits de dessus : Tsĭn pién 請 便, lorsque les chaleurs sont très-grandes. Si le visiteur avait quelque chose de particulier à dire ou à demander, il ne le ferait que sur la fin de la visite, s’y prenant comme s’il n’était pas venu dans ce but et disait cela par accident. Il emploie alors ces mots : Tchěn pǎn 眕 盼. Seriez-vous assez bon pour écouter ceci? Le maître de la maison répondrait : Foŭ mín 服 命, je suis à vos ordres. La conversation finie, le visiteur se lève et demande la prermission de se retirer, en employant l’une de ces expressions : Kaó piě 告 別, ou pìn mín 稟 命, ou kaó tsě 告 辭. On salue le maître de la maison comme en arrivant. Celui-ci prend la gauche de l’hôte et le reconduit jusqu’au lieu où est déposé son palanquin, tout en s’excusant de ne pouvoir le reconduire plus loin : Poŭ sóng 不 送. Le visiteur essaie de retenir le maître de la maison : Est-ce que j’oserais? Veuillez retourner. Poŭ kàn 不 敢; tsìn hoûy 請 回, ou lieôu poú 留 步. Le maître insiste : C’est mon devoir de vous reconduire : Sóng sóng 送 送, ou kaȳ sóng 該 送. L’hôte répète tsìn hoûy et lieôu poú. Arrivés à la porte, le maître et l’hôte se font encore le Tsó y̆. Le maître se recule alors un peu sur le seuil de la porte et attend que l’hôte soit assis dans sa chaise ou soit remonté à cheval, en disant : Heóu tchěn 候 乗. Le visiteur, remonté dans sa chaise, salue une dernière fois le maître de la maison par ces mots : Tsĭn leào 請 了. Le maître répète : Tsĭn leào. Les adieux sont faits. Le cortége part là-dessus. Si l’on a reçu la visite d’un dignitaire, on ne manque pas de lui envoyer sa carte dès le lendemain, Sié laô 謝 勞, pour remercier de la peine qu’on a prise de rendre visite. Dans les visites ordinaires, les cérémonies sont moins nombreuses. On présente au concierge sa carte de visite, Tiě tsè 帖 子. En temps de deuil, on se

sert de papier blanc. Dans ces visites, le maître de la maison ne se met pas en habit de cérémonie. Il se présente à l’hôte qui arrive à la salle de réception. On se fait mutuellement le Tsó y̆, en s’adressant l’un des souhaits ordinaires : 恭 喜 恭 喜 Kōng hỳ kōng hỳ. 發 財 Fă tsăy. 受 福 Cheóu foŭ. 享 便 Hiàng pién. Toutes les formules suivantes répondent à notre bonjour français, savoir : Tsĭn tsó 請 坐; veuillez entrer, tsĭn cháng 請 上; veuillez monter plus haut. Si le visiteur est un nouveau venu, on lui demande ses noms par une des formules d’usage. On offre le thé, le tabac, mais sans cérémonie. 事 務 順 遂 Sé oú chuén souý. Vos affaires vont-elles bien? 生 易 好 Sēn ý hào? Le commerce prospère-t-il? 生 易 興 隆 Sēn ý hīn lông? Le commerce marche-t-il bien? 貴 庚 Koúy kēn. Quel est votre âge? ou 春 秋 幾 何 Tchoūn tsieōu kỳ hô? La visite terminée, on reconduit l’hôte jusque sur le seuil du salon, en lui disant : Poŭ sóng 不 送. Je ne vous reconduis pas. — Je me retire. Lieôu poú 留 步. Quand vous reverra-t-on? Kỳ jě tsáy hoúy 幾 日 再 會, ou heóu hoúy yeòu kȳ 後 會 有 期? Nous espérons vous voir sans trop de retard.

Lỳ oŭ 禮 物.

« Les hommes, dit l’Empereur Kăng hỳ, dans ses instructions aux Princes « ses fils, ne peuvent se dispenser de se faire mutuellement des présents. Il con- « vient que ce présent consiste en une chose utile ou que l’on sache être dé- « sirée par celui auquel on fait le présent. On prouve par là que l’on connait le « goût de ses amis et qu’on veut les satisfaire. Envoyer à quelqu’un un pré- « sent quelconque et en renvoyer un du même genre, ce serait une sorte d’é- « change qui ne montre pas une véritable intention d’être agréable. » On ne fait jamais, en Chine, une visite sans la faire précéder ou accompagner de quelques présents. La nature de ces présents varie, selon les personnages auxquels on les offre et selon les circonstances qui déterminent la visite. Il faut au moins cinq ou six sortes d’objets par présent. Il serait inconvenant d’offrir de petits présents à un grand dignitaire. Afin de faciliter le choix des présents que l’on peut offrir, les ouvrages chinois qui traitent de la civilité contiennent une longue énumération des objets que l’on peut offrir, groupés sous six chapitres. On peut en un instant fixer son choix, à volonté, selon son goût et sa fortune. Voici les titres de ces chapitres : 1° vases et ustensiles;

2° oiseaux et animaux; 3° comestibles et liqueurs; 4° vêtements et broderies; 5° fruits divers; 6° fleurs curieuses. Aujourd’hui il est du bon goût d’offrir des objets européens qui, à cause de leur nouveauté, sont reçus avec faveur. Dans les visites solennelles, l’offrande est envoyée quelques heures auparavant. Un domestique, en habit de cérémonie, va présenter les présents. 家 人 將 禮 物 呈 上 Kiā jên tsiāng lỳ oŭ tchèn cháng. Outre la carte de visite, il présente une liste des objets offerts, Lỳ tān 禮 單 sur papier rouge, laquelle est placée dans une grande enveloppe : Tsuên tiě 全 帖. En la présentant au nom de son maître, le domestique dit : Lỳ pŏ 禮 薄 : c’est un bien petit présent. Il est rare que l’on accepte tout ce qui est offert. On s’excuse avec politesse, Poŭ kàn 不 敢. Comment accepter? Tō sié 多 謝. Mille remercîments. On conserve le Lỳ tān 禮 單, et l’on en remet un autre, également sur papier rouge, sur lequel on inscrit les noms des objets que l’on accepte. Si, par exemple, on choisit quatre espèces de présents, cela se dira : 點 四 色 Tièn sé sě. On renvoie le reste 餘 者 退 出 Yû tchě touỳ tchoū. L’on remercie par ces quatre mots : Yû tchēn pỹ sié 餘 珍 璧 謝, c’est-à-dire : les autres dons sont des perles précieuses, je n’oserais y toucher; je vous remercie. La règle est de donner quelque chose au domestique qui apporte les présents. Le renvoi des autres présents se dit : Fàn pỹ 反 璧. La politesse chinoise permet de refuser une première et une deuxième fois les présents qui sont offerts. Un troisième refus serait la marque d’une rupture des liens sociaux avec le donateur. Le grand genre, lorsque l’on veut être agréable à celui auquel on offre un cadeau, est d’envoyer une simple liste d’objets. Celui-ci fait alors lui-même le choix des objets qu’il accepte, en marquant d’un cercle ces objets. Le donateur les envoie ensuite. On accuse réception, en marquant ce qu’on a reçu, et l’on ajoute : Yû pỹ 餘 璧. Le reste est chose précieuse. En offrant à quelqu’un un cadeau, on peut employer la formule suivante ou toute autre analogue : « Ces bagatelles sans valeur sont de bien faibles marques de mon sincère atta- « chement. Si vous les repoussiez, ce serait exclure votre disciple du seuil de votre « porte. J’ose espérer que vous voudrez bien les accepter comme un gage de sou- « venir. » 此 湏 薄 物 聊 展 鄙 忱 若 是 帥 臺 峻 拒 便 是 棄 門 在 于 門 墻 之 外 了 萬 望 叱 存 足 微 奴 錄 Tsé soū pŏ oŭ, leâo tchèn pỹ tchên, jŏ ché sē tāy tsén kiú pièn ché kŷ mên sēn yū mên tsiáng tche ouáy leào ouán ouáng tchě tsēn, tsioŭ tchēn cheōu loŭ. A quoi l’on peut répondre : « Je ne devrais pas recevoir de si grandes marques de courtoisie ; mais, parce que « vous me montrez des sentiments si affectueux, je ne puis qu’accepter un de ces

« objets, et cela en rougissant. » 厚 禮 本 不 當 受 既 賢 契 過 千 用 情 只 得 貴 領 也 Heóu lỳ pèn poǔ tāng cheóu ký hiên ký kó tsiên yóng tsîh tchè tě koúy lìn ỳ. Les mandarins suivent généralement la coutume de n’offrir que le catalogue des présents. Après que l’hôte a fixé son choix, les serviteurs du mandarin vont les chercher. Il ne convient pas de donner aux domestiques des mandarins des étrennes plus fortes que celles que les mandarins donneraient à nos propres domestiques. On aurait l’air de leur faire la leçon. Il faut, toutefois, en excepter le cas où les cadeaux seraient d’une valeur exceptionnelle. Les amis intimes apportent quelquefois deux sortes de présents, l’une ordinaire, l’autre extraordinaire. Celle-ci consiste en objets précieux. On refuse avec instances ces derniers, par ces mots : Pỹ sié 璧 謝. Je n’oserais accepter. Il y aurait de l’inconvenance à les accepter. Lorsque l’on présente soi-même son cadeau, on fait d’abord les civilités ordinaires de la visite; puis on offre le Lỳ tān. Celui qui reçoit le cadeau le livre de suite, sans l’examiner, à un domestique, en remerciant poliment le donateur. La visite finie, on lit le billet et l’on reçoit ce qui convient. Si l’on accepte tout, on garde le Lỳ tān et l’on en envoie un autre pour accuser réception et remercier. Chaque fois que l’on accepte un présent, la politesse demande que l’on en rende soi-même un à une époque convenable. Sur les présents, on voit toujours une carte en papier rouge, qui porte deux gros caractères chinois. Ces caractères sont expressifs et indiquent le motif qui détermine à offrir le présent. Ainsi, lorsque la personne à laquelle on offre un cadeau est sur le point de faire un long voyage, on écrit ces mots : 贐 儀 Tsín ngý. Présent de départ. Si le présent est offert à quelqu’un qui est de retour d’un voyage, on écrit : 洗 塵 Sỳ tchên. Littér. : Pour laver la poussière. Si c’est à l’occasion de l’anniversaire d’un jour de naissance, on écrit : 祝 敬 Choǔ kín. Don respectueux de congratulation et de vœux. Si c’est à propos de la mort de quelqu’un : 奠 儀 Tsín ngý. Doléances respectueuses. Lorsqu’on offre un cadeau en retour d’un autre qui a été reçu, on écrit : 厚 貺 Heóu hoúang. En retour d’un grand présent. Si le présent est offert par pure politesse, on dira : 賤 敬 Tché kín. } ou 賤 見 Tché kién. } Don de première visite. Lorsqu’un haut fonctionnaire chinois va prendre possession de sa charge, les rites veulent que ses subalternes ou ses clients lui offrent un repas ou des cadeaux de départ. On dit alors : 餞 行 Tsién hîn. Don offert à l’illustre voyageur.

Si c’est un mandarin qui offre ce repas ou ce cadeau, on dit alors : 公 餞 Kōng tsién. . Si ce sont des amis ou des clients : 私 餞 Sē tsién. . Dans tous les cas énumérés ci-dessus, on ne doit jamais manquer de s’excuser d’offrir des présents d’une valeur aussi minime : 禮 薄 Lỳ pǒ. Présent de peu de valeur.

Les Chinois s’invitent souvent à des festins où ils se donnent des marques d’estime et d’amitié. Il y a les festins solennels et les repas ordinaires. En bonne règle, tout festin un peu solennel est précédé de trois invitations, qui se font par des cartes de visite. La première se fait l’avant-veille. La deuxième le matin même du jour du festin. La troisième à peu près à l’heure du festin. Dans cette dernière, on annonce que le repas est préparé et l’on manifeste l’impatience où l’on est de voir arriver ses hôtes. Si la carte d’invitation est du genre de celles qu’on nomme : Tān tiě 單 帖. ou du genre : Tsuēn tiě 全 帖. on répond sur une carte du même genre. Lorsque l’on accepte, on peut dire : « Vous êtes vraiment trop bon! Je n’ose- « rais refuser votre invitation. » 老 爺 盛 意 不 敢 來 領 Laò yê chên ý poǔ kàn laŷ līn. Si au contraire on refuse, on peut dire : « Je ne puis absolument pas accepter. « Présentez mes respects et mes remercîments à votre maître et veuillez remporter « ce billet. » 這 个 斷 不 敢 領,煩 管 家 與 我 拜 上 多 謝 了 原 帖 煩 管 家 拿 去 Tché kó touán poǔ kān līn fân kouān kiā yù ngò páy cháng tō sié leào, yuèn tiě fân kouān kiā lâ kiü. Après la troisième invitation, on part, revêtu des habits de cérémonie, selon la saison. Un domestique précède quelque peu le convoi pour annoncer l’arrivée; les autres accompagnent la chaise du convive. La salle du festin est parée de vases de fleurs, de peintures, de cartouches élégants et spirituels, de porcelaines, etc. Chaque table est revêtue de parcments sur le devant. Les siéges sont couverts de tapis ou de fourrures. En recevant chacun des convives, à l’entrée de la salle, le maître de la maison les salue les uns après les autres, en leur faisant le Tsó ǐ 作 揖. Quand tous sont arrivés, il se fait servir du vin dans une tasse, qu’on apporte sur un cabaret. Il prend la tasse des deux mains, fait un salut à tous les convives; puis, se tournant vers la grande cour du logis, il s’avance sur le devant de la table. Là, il élève la tasse comme s’il l’offrait au Ciel, en tenant en même temps les yeux élevés en haut; puis il verse un peu de vin à terre, pour reconnaître que tous les biens et tous les dons nous viennent du Ciel.

Il se fait servir ensuite du vin dans une autre tasse, salue le plus honorable des convives et place cette tasse sur la crédence qui est à ses côtés. L’hôte répond à cette civilité en faisant des difficultés pour l’accepter : Poǔ kàn 不 敢. Comment oserais-je? Lui-même se fait servir du vin et le porte à la place du maître de la maison qui, en Chine, est toujours la dernière. Le maître de la maison conduit le premier hôte à son fauteuil, couvert de tapis ou de fourrures, et l’invite à s’asseoir : Tsìn cháng tsó 請 上 坐. Veuillez prendre la place supérieure. L’hôte s’excuse de prendre une place si honorable. Kỳ kǎn 豈 敢 Est-ce que j’oserais? Le maître du festin insiste : Je vous en supplie, prenez cette place. Tsìn chēn cháng 請 升 上. La place d’honneur est généralement décernée à un étranger, s’il s’en trouve un parmi les invités. Le maître de la maison, après avoir ainsi conduit les hôtes à leur place respective, prend la sienne au dernier siége de la table. Un visiteur ne manque pas d’apporter quatre ou cinq rouleaux de papier rouge dans chacun desquels il met un peu d’argent ou des sapèques. L’un est destiné au cuisinier; l’autre au servant de table; celui-ci aux comédiens; celui-là aux musiciens; enfin, le dernier, aux porteurs de l’invitation. Sur chacun de ces rouleaux on écrit la destination. Lorsque tous les hôtes sont rangés, arrive la troupe de comédiens, qui salue gracieusement les convives. Le chef de la troupe présente au premier convive une liste élégante, en papier rouge, sur laquelle sont écrits les titres des comédies. Le premier convive s’excuse souvent sur son mauvais goût et renvoie la liste au deuxième convive. Alors, comme pour couper court au différend, le chef de l’orchestre choisit une comédie, en montre le titre, et les autres hôtes approuvent. Immédiatement après, on commence le premier acte. Le festin s’ouvre par le vin pur. Après avoir servi tous les convives, le maître d’hôtel salue d’un genou, en disant : Messieurs, on vous invite à prendre chacun votre tasse. Tsìn laò yê mên kiù peỳ 請 老 爺 們 舉 盃. A ces mots chacun prend sa tasse des deux mains, l’élève jusqu’au front, puis la baisse et la portant à la bouche boit lentement à deux ou trois reprises. Tsìn kān 請 乾. Buvez tout, dit le maître de la maison. C’est ce qu’il fait le premier, en montrant qu’il a vidé sa tasse. Les hôtes inclinent un peu leur tasse vers le maître, comme pour lui montrer qu’on a obéi à ses ordres, et la déposent sur la table. On sert du vin plusieurs fois. Nous allons boire à la ronde, Tsìn y̌ siûn 請 一 巡. Ensuite, le maître dit : Vous êtes priés, messieurs, de boire deux verres, Kín chouāng peȳ 敬 雙 盃. Les hôtes s’excusent : Nos forces ne le permettent pas, Leâng tchoûn 量 蠢. Leáng tsién 量 淺. — Ma tête est faible. 喫 不 得 Tchě poǔ tě ou 量 窄 Leáng tsě. — Veuillez nous ex- cuser. 請 恕 Tsìn choǔ. Non, je n’admets pas votre excuse; vous êtes très-forts,

Leâng hông 量 宏. Vos forces sont grandes, 酒 量 大 Tsieoù leáng tá. Vous êtes très-forts. Les convives s’exécutent. Chaque plat est apporté successivement. Après l’avoir disposé sur la table, le maître du festin, ou le maître d’hôtel, invite les hôtes à se servir : Tsìn tsaý 請 菜 : Veuillez vous servir. Chacun prend alors les bâtonnets (Kouáy tsè 快 子) des deux mains, les élève jusqu’à la poitrine et fait un salut de tête au maître, qui y répond, puis on se sert du mets qui vient d’être servi. Les mets chinois sont, en général, rangés en pyramides. Il ne convient pas de prendre au dessus, mais vers le milieu. On boit tous ensemble après chaque plat. Le nombre des plats varie selon la solennité du festin. Pour un festin ordinaire, on compte, au moins, 15 à 18 plats. On mange peu de chaque plat. Le maître du festin presse les convives à boire : Vous cachez vos forces, mes- sieurs, Tsăng sín 臧 性. Une fois, au moins, durant le repas, le maître sert lui-même du vin à chacun des hôtes : Allons, messieurs, trois verres de vin font saisir une doctrine profonde, Sān peȳ tōng tá taó 三 盃 通 大 道. Les hôtes se faisant presser la dernière fois, le maître du festin dit avec grâce : Vous le voyez, messieurs, ma main se fatigue, en tenant ainsi le vase élevé, Tỳ hoû jên cheòu jouán 提 壺 人 手 軟. Après que tous les plats ont été servis, on offre du bouillon de viande ou de poisson, et chacun en boit avec sa cuiller. Au moment de servir le riz, le maître du festin dit : Messieurs, il est de règle de boire, avant le riz, trois verres de vin, Kién fán sān peȳ 見 飯 三 盃. Ensuite, on sert le riz. Si les convives sont liés entre eux par l’amitié, le maître du repas propose de faire une partie du jeu de mourre : Tsìn hoâ kiuén 請 譁 拳. Si l’offre est acceptée : M. un tel sera le régulateur du jeu, N. tāng kouān 當 官. Le maître, par politesse, commence avec l’un des hôtes. Peu après, il cède le tour à l’un des convives : Kiāo kiuén 交 拳. — Il faut fixer la règle du jeu : Hīn tsieoù līn 興 酒 令. Celui qui perd est condamné à boire, chaque fois, une tasse : Fă tsieoù y̌ peȳ 罰 酒 一 盃. Après avoir joué quelque temps, on se lè̀ve de table et chaque hôte se lave les mains et la figure pour se rafraîchir. On se promène ensuite dans la cour, en examinant les fleurs et en fumant. Dans les familles nobles, il existe un théâtre sur une des plates-formes du jardin. Il est du bon ton de faire jouer alors une pièce de comédie pour divertir les invités. A la fin de la pièce de comédie, on se remet à table pour le dessert. Les cérémonies sont les mêmes. A la fin du repas, le maître du festin s’excuse d’avoir aussi mal traité ses convives : Mô yeoù tsăy 莫 有 菜. Les hôtes lui répondent : Comment! Il y a beaucoup de superflu! Pĭn oŭ 品 物 ou bien : Yeoù yû 有 餘. — C’est alors que les domestiques de chaque hôte apportent

les bourses à offrir, et on les place sur la table du maître, qui répond : Tō sié 多 謝, Bien merci! Les hôtes : Poŭ kàn 不 敢. Le lendemain, les convives envoient leur carte pour remercier. Si le repas est ordinaire, on le fait avant de se retirer. Si l’on avait été invité seulement à boire le thé, à ne prendre qu’une collation : Tièn sīn 點 心, on dit : Siè tchă 謝 茶. Le maître répond : C’est de bien mauvais thé, Tsoū tchă 粗 茶. Dans les repas ordinaires, les convives, levant les baguettes qu’ils tiennent par l’extrémité entre les deux mains, disent aux autres convives : Kiā kouây 加 懷 些, et, en déposant ses bâtonnets sur son écuelle, le maître dit : Chaò peŷ 少 陪, On vous a bien mal reçu. — Les autres répondent : Tsìn lŏ tohoú 請 落 筯, Permettez que nous déposions les bâtonnets.

Le style de la correspondance épistolaire doit être plus ou moins élevé, selon la dignité de celui auquel on écrit. La variété du style épistolaire est donc fort grande. Nous traiterons ce sujet ex professo dans la deuxième partie de cette grammaire, au chapitre VII, qui a pour titre : De la Littérature chinoise. Le choix du papier n’est pas indifférent en Chine pour les lettres. Plus on honore quelqu’un, plus on a soin de choisir un papier élégant. Il est du bon ton de prendre du petit papier et d’employer plusieurs demi-feuilles pour une lettre. L’entête de la lettre, les distances à garder entre les lignes, les caractères qui doivent ressortir du niveau de la ligne, ceux qui doivent être placés comme en interlignes et plus fins, tout cela est réglé par les rites de la Chine. Plus le caractère d’une lettre est petit, plus il est respectueux. Une chose fort importante est de donner à chacun les titres d’honneur qui lui sont dus. Si l’on écrit à une personne élevée en dignité, on doit se servir d’un papier blanc qui ait dix ou douze replis à la manière des paravents. C’est sur le deuxième repli que commence la lettre. Il existe un papier spécial pour les suppliques à l’Empereur ou aux premiers dignitaires des grands tribunaux; c’est comme chez nous le papier dit ministre. On a soin d’appliquer son sceau sur deux endroits d’une lettre, savoir : sur les premiers mots de la lettre et sur sa signature. Les enveloppes des lettres chinoises sont comme de petits sacs recouverts d’une bande de papier rouge. La dimension de ces enveloppes varie selon la dignité de celui auquel on s’adresse.

Quant à la suscription de l’adresse, voici un modèle pour les lettres les plus ordinaires :

FACE DE LA SUSCRIPTION. — 董 Tŏng

大 Tá 面 mièn 煩 fân

老 laò 呈 tchĕn 交 kiaō

爺 yê 四 sé

川 tchouăn

ou ou ou ou 重 Tchŏng

入 joŭ 膝 sỹ 臺 Taŷ 足 tsioŭ 慶 kīn

目 moŭ 下 hiá 前 tsiên 下 hiá 大 Tá

ou ou 足 tsioŭ

內 louý 內 louý ou ou ou

具 ký 詳 siáng 玉 yŭ 升 Chēn 親 tsīn

展 tchĕn 啟 kȳ 折 tsě

開 kāy 福 foŭ

折 tsě 剖 foú

TRADUCTION DE LA FACE DE LA SUSCRIPTION. On regrette de vous donner la grande peine de faire parvenir cette lettre dans la ville de Tá tsioŭ, du département de Tchŏng kīn foù, province du Su-tchuen. On vous prie de la remettre à Son Excellence Tŏng, en la déposant respectueusement en sa présence. Son Excellence l’ouvrira elle-même. Le nom de l’auteur de la lettre est écrit à l’intérieur.

REVERS DE LA SUSCRIPTION. — 謹 護 緘

八 Pă

月 yuĕ

初 tsoū

三 sān

日 jĕ

緘 封 固

TRADUCTION DU REVERS DE LA SUSCRIPTION. Cette lettre a été écrite le troisième jour de la huitième lune. Elle est bien fermée et scellée.

FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE DE LA GRAMMAIRE CHINOISE

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DES DIVERS DIALECTES OU PATOIS DE LA CHINE

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DES TITRES QUE L’ON PREND, PAR MODESTIE, EN PARLANT DE SOI-MÊME

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FACILITÉ DE LA LANGUE CHINOISE, SURTOUT DE LA LANGUE ORALE

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MANIÈRE DE FORMER EN CHINOIS LES MODES ET LES TEMPS DES VERBES

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  1. Si le visiteur était un haut dignitaire, on devrait de suite envoyer à sa rencontre un domestique lui dire : Poǔ kàn : Je ne suis pas digne d’un tel honneur. 2 3 4 5 6 7 8

  2. Les anciens rois, surtout en présence des étrangers, prenaient fort souvent ce titre. 2 3

  3. Voir à la fin de la Grammaire la note A, avec le titre de Bibliothèque d’un jeune sinologue. 2 3

  4. Les anciens rois, surtout en présence des étrangers, prenaient fort souvent ce titre.

  5. La Science du langage, par M. GILLY, professeur à Nîmes. 2 3 4

  6. Voir, à la fin du volume, la note B, sous le titre : Choix de mots sur les cinq tons chinois. 2 3

  7. Les anciens rois, surtout en présence des étrangers, prenaient fort souvent ce titre.

  8. Si le visiteur était un haut dignitaire, on devrait de suite envoyer à sa rencontre un domestique lui dire : Poǔ kàn : Je ne suis pas digne d’un tel honneur. 2

  9. Si le visiteur était un haut dignitaire, on devrait de suite envoyer à sa rencontre un domestique lui dire : Poǔ kàn : Je ne suis pas digne d’un tel honneur.

  10. Si le visiteur était un haut dignitaire, on devrait de suite envoyer à sa rencontre un domestique lui dire : Poǔ kàn : Je ne suis pas digne d’un tel honneur. 2 3 4 5 6

  11. Si le visiteur était un haut dignitaire, on devrait de suite envoyer à sa rencontre un domestique lui dire : Poǔ kàn : Je ne suis pas digne d’un tel honneur.

  12. Ce sont les noms de quatre disciples de Confucius. 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13

  13. Si le visiteur était un haut dignitaire, on devrait de suite envoyer à sa rencontre un domestique lui dire : Poǔ kàn : Je ne suis pas digne d’un tel honneur.

  14. Les anciens rois, surtout en présence des étrangers, prenaient fort souvent ce titre. 2 3 4

  15. Si le visiteur était un haut dignitaire, on devrait de suite envoyer à sa rencontre un domestique lui dire : Poǔ kàn : Je ne suis pas digne d’un tel honneur.

  16. L’Empereur prend ce titre surtout aux époques des calamités publiques.

  17. Les anciens rois, surtout en présence des étrangers, prenaient fort souvent ce titre. 2

  18. Voir ce cycle, dans le Dictionnaire français-chinois, tome I, page 118.

  19. Si le visiteur était un haut dignitaire, on devrait de suite envoyer à sa rencontre un domestique lui dire : Poǔ kàn : Je ne suis pas digne d’un tel honneur.

  20. Les anciens rois, surtout en présence des étrangers, prenaient fort souvent ce titre.

  21. Si le visiteur était un haut dignitaire, on devrait de suite envoyer à sa rencontre un domestique lui dire : Poǔ kàn : Je ne suis pas digne d’un tel honneur.

  22. Si le visiteur était un haut dignitaire, on devrait de suite envoyer à sa rencontre un domestique lui dire : Poǔ kàn : Je ne suis pas digne d’un tel honneur.

  23. Si le visiteur était un haut dignitaire, on devrait de suite envoyer à sa rencontre un domestique lui dire : Poǔ kàn : Je ne suis pas digne d’un tel honneur.

  24. Si le visiteur était un haut dignitaire, on devrait de suite envoyer à sa rencontre un domestique lui dire : Poǔ kàn : Je ne suis pas digne d’un tel honneur. 2

  25. Les anciens rois, surtout en présence des étrangers, prenaient fort souvent ce titre.

  26. L’Empereur prend ce titre surtout aux époques des calamités publiques.

  27. Si le visiteur était un haut dignitaire, on devrait de suite envoyer à sa rencontre un domestique lui dire : Poǔ kàn : Je ne suis pas digne d’un tel honneur.